
Le blocage des facs annoncé depuis une quinzaine de jours a bien démarré. Lundi, le Snesup-FSU, premier syndicat de l'enseignement supérieur, annonçait que près d'un cours sur deux (45%) était perturbé -un chiffre tempéré du côté du ministère. Le mouvement, parfois doublé du gel des notes, concerne les grosses universités comme les petits pôles d'enseignement, y compris des IUT, ou encore des instituts d'études politiques et le gros des IUFM.
Ici ou là, on annonce déjà que la mobilisation des prochaines semaines sera « historique », alors que la coordination nationale des universités, qui regroupe 74 universités, écoles et instituts, a appelé lundi à une grève illimitée, à une journée de manifestations en France jeudi 5 février et à une manifestation nationale à Paris le mardi 10.
Sur le net, l'exaspération bat son plein, depuis le discours de Nicolas Sarkozy sur la recherche, le 18 janvier, qui a fait office de catalyseur pour la mobilisation. Un internaute de Rue89 nous a signalé cette vidéo qui circule sur les blogs, mixant graphiques OCDE sur les crédits aloués à la recherche et extraits du discours présidentiel. (Voir la vidéo)
Les enseignants-chercheurs sont à l'amorce du mouvement, pas les étudiants. Et ce, même si, à Rue89, nous recevons de plus en plus de témoignages spontanés d'étudiants qui débattent à leur tour de la réforme et entendent se joindre au mouvement. Mais c'est d'abord la réforme de leur statut qui a stimulé la contestation des 57 000 enseignants-chercheurs que l'on compte en France au total.
Parmi les principaux points d'achoppement, il y a le recrutement des enseignants, qui doit évoluer à la faveur de l'autonomie des facs. Le projet de décret Pécresse, qui remonte à octobre 2008, donne davantage de flexibilité à la hiérarchie d'une fac en la matière. Quitte à entailler largement l'égalité d'accès à ces postes qui relèvent pourtant de la fonction publique.
Ainsi, pour recruter un maître de conférences, certaines facs prévoient des commissions plutôt nombreuses (une vingtaine de personnes à Strasbourg)… alors que d'autres misent davantage sur l'entre-soi (quatre à Aix-Marseille, précise un riverain maître de conférences de la région).
Autre critique adressée par les personnels en grève : le recours possible à des intervenants extérieurs, y compris venus du monde de l'entreprise. Sur ce point, pas mal d'ATER (« attaché temporaire d'enseignement et de recherche », c'est à dire des chargés de cours qui terminent leur thèse et attendent un poste de maître de conférences) ont déjà écrit à Rue89 pour dénoncer « manque de légitimité » des jurés et « risques d'arbitraire ».
Or cette marge de manœuvre nouvelle à la faveur de l'autonomie des facs risque d'accentuer le « localisme », version universitaire et savante du « clientélisme ». Au printemps 2008, Rue89 s'était justement fait l'écho des travaux sociologiques d'Olivier Godechot et Alexandra Louvet. Ils montraient qu'un doctorant a en moyenne dix-huit fois plus de chances d'obtenir un poste d'enseignant-chercheur dans la fac où il a poursuivi son cursus qu'un candidat de l'extérieur.
L'autre enjeu très décrié de la réforme du statut des enseignants, c'est l'évaluation des enseignants et la gestion de leur carrière. C'est ce point qui a mobilisé des pôles pas franchement activistes d'ordinaire. Ainsi, les facs de droit, de sciences économiques, ou encore les Instituts d'études politiques.
Pour le moment, les maîtres de conférence doivent assurer une charge horaire répartie sur l'année, à raison de 128 heures de cours ou de 192 heures de « travaux dirigés ». Ces cours ne sont qu'un volet de leur travail, le reste de leur temps étant en censé être alloué aux travaux de recherche.
Or, selon le projet de décret Pécresse, la hiérarchie de chaque fac aura là aussi davantage de marge de manœuvre pour ventiler les activités de ses personnels enseignants. Notamment en fonction de l'évaluation.
Or cette évaluation des enseignants-chercheurs par leur hiérarchie administrative pose un problème de critères. Sur leur blog, Pierre-Philippe Combes (directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille) et Laurent Linnemer (professeur d'économie à Montpellier 1) s'interrogent : « Peut-on mesurer la productivité des enseignants ? »
Economistes, ils mettent en garde sur « la représentation inégale des différents domaines de recherche », un des biais de cette évaluation :
« Le problème central de la mesure des publications des enseignants-chercheurs est l'évaluation de leur qualité. Comment distinguer les découvertes capitales des avancées plus progressives de la connaissance ? Les indices de qualité pondérant les publications donnent en général plus de poids aux premières mais n'ignorent pas les secondes. Une solution souvent utilisée s'appuie sur les citations reçues par les publications. Travailler dans un domaine “à la mode”, où les chercheurs sont nombreux, engendre mécaniquement plus de citations. »
Si économistes et juristes s'émeuvent de la réforme plus que d'ordinaire, c'est parce qu'ils s'estiment menacés. Notamment parce que les juristes travaillent souvent à titre d'expert, dans le cadre de leurs recherches, et pas forcément sous forme de publications académiques.
L'enseignement supérieur apparait moins mal loti que le secondaire, si l'on compare les chiffres Darcos et Pécresse. Toutefois, 900 suppressions de postes sont prévues pour la rentrée 2009. C'est ce que rappelait notamment jeudi dernier le cortège d'enseignants du supérieur venus participer à la mobilisation intersectorielle.
Les enseignants protestent aussi contre la perte de pouvoir d'achat d'une corporation surdiplômée dont le salaire, durant les premières années en début de carrière, ne dépasse pas 2000 euros net par mois. Aucun rapport avec la réforme du statut et l'autonomie des facs ? Pas sûr : si l'on poursuit la lecture des économistes blogueurs de Montpellier et Aix-Marseille, on relève cette analyse :
« On ne peut oublier qu'un directeur de master en France fait souvent ses emplois du temps lui-même ou gère aussi le site Internet de sa formation. Que les enseignants-chercheurs assurent leurs surveillances d'examen. On ne peut oublier non plus à l'inverse que d'autres ont des décharges complètes ou très larges d'enseignement ou ne participent guère à l'administration de leur université.
Nous avons dit que les enseignants-chercheurs du Royaume-Uni publient 63% plus que les Français. Il se trouve qu'ils ont également des salaires moyens 62% plus élevés. Si l'on ajoute l'Allemagne, la Belgique, la Suède et les Pays-Bas à notre comparaison, la relation entre publications et salaires est fortement positive, avec une corrélation de 0,81. »
Dans les IUFM, c'est la réforme du recrutement des enseignants du primaire et du secondaire, avec la « masteurisation » qui mobilise.

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Photo : manifestation à Paris le 24 janvier contre les suppressions de postes dans l'Education (Jacky Naegelen/Reuters).




















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De Phil2922
Retraite invalidité | 09H58 | 04/02/2009 |
Valérie Pécresse, elle sait faire une règle de 3… ? !
http://phil195829.overblog.com
De groche
chef de produit | 10H03 | 04/02/2009 |
Pourquoi est ce scandaleux d'évaluer les professeurs et de mettre en place des critéres d'évaluation ?
On peut parfaitement mesurer la productivité des enseignants comme cela se fait depuis trés longtemps dans le privé , quelle que soit la fonction .
Le corporatisme des enseignants commencent à lasser trés sérieusement les Français , qui jugent ces gréves comme des mouvements de privilégiés , qui s'accrochent à leurs acquis !
Dans le privé , quand vous n'étes pas contents de votre sort ou que vous n'étes pas d'accord avec la politique de l'entreprise , votre hiérarchie vous signifie que la porte est grande ouverte …
Voila un beau sujet de méditation pour cette cohorte de « jamais contents “ et de nantis, qui commencent sérieusement à lasser la Françe qui travaille dur et qui souffre .
à groche
De JohnJohn
Prof. | 10H15 | 04/02/2009 |
Monsieur,
Je vais vous expliquer pourquoi c'est compliqué au moyen d'un exemple.
Si vous faites de la macro-économie, vous développez des modèles dans votre bureau à partir de bases de données publiques. Vous publiez votre article tous les ans, et tout le monde est content.
Si vous êtes chercheur en marketing (vous êtes chef de produit), il se peut que le collègue s'intéresse aux outils que vous utilisez. C'est plus compliqué, il faut que veuillez bien l'accueillir, ce que vous faites n'est peut-être pas intéressant pour la communauté académique. Et dommage, le collègue se sera fatigué pour rien puisqu'il n'arrivera pas à faire son article ou celui-ci sera refusé.
La morale de l'histoire. On se veut utilitariste, ne récompenser que ceux qui produisent et on ne récompense que ceux qui font des choses qui sont inutiles…
à groche
De Schtroumpf perplexe
physicien | 16H39 | 04/02/2009 |
Pourquoi parlez-vous de « mettre en place des critères d'évaluation ». C'est déjà en place, depuis longtemps. Bien-sûr que nous sommes évalués. D'abord, les articles que nous soumettons le sont par deux (ou trois) collègues, en général étrangers, et souvent des concurrents. Cette évaluation est internationale, tous les chercheurs du monde s'y frottent, à égalité.
Ces articles sanctionnent plusieurs mois de recherche. Je peux vous garantir que les rapporteurs honnêtes (la majorité) ne font pas de cadeaux. Entre la soumission d'un article et son acceptation, il faut compter plusieurs mois d'examen, de critiques, de corrections, de travail supplémentaire de recherche, et parfois de réécriture en profondeur. Des papiers sont refusés. On ne s'en plaint pas, c'est normal.
Par ailleurs, les chercheurs du CNRS sont évalués tous les ans, plus rapidement, sur la base des articles publiés (en principe lus par les rapporteurs du jury), et dans une moindre mesure sur d'autres activités (prises de responsabilités, encadrement d'étudiants, participation à des conseils, à des actions de diffusion scientifique etc.)
Pour les enseignants-chercheurs, je connais moins mais comme ils soumettent des articles de recherche, ils sont au moins évalués là-dessus.
Les laboratoires de recherche sont évalués tous les quatre ans. Il est fort rare que des laboratoires bâclent ce processus, car les enjeux sont le soutien par ses tutelles (CNRS, universités etc.) Cette évaluation abouti à un contrat (dit quadriennal car il est sur 4 ans) où sont définis les moyens que les institutions publiques mettront à disposition du laboratoire.
Certains laboratoires ont aussi des contrats avec d'autres entités, parfois privée, qui à leur tour évaluent les projets. (Normal.)
D'autre part, les gouvernements du temps de Chirac ont mis en place d'autres agences de financement sur projets, la plus connue est l'ANR, car elle est nationale. Les projets sont à court terme, 4 ans maximum non reconductibles, avec embauches sur CDD à 1800 euros etc. Chacun de ces projet est évalué pour acceptation, puis deux fois, à mi chemin et en fin de parcours.
Les projets européens sont liés à des processus d'évaluation particulièrement lourds, avec des dossiers administratifs interminables à remplir.
Par ailleurs, les promotions de chercheur se font sur concours (4 ou 5 étapes dans une carrière bien menée). Or que je sache, le concours est aussi une forme d'évaluation. Comme les places sont chères, c'est une des évaluations les plus sélectives… et la cause de grandes aigreurs.
En bref, à un certain moment, au lieu de passer notre temps à remplir des dossiers d'évaluation, passer devant des jury, siéger à d'autres, et fournir des rapports d'exertise, on aimerait pouvoir bosser.
à Schtroumpf perplexe
De Jim Profit
(touriste) | 20H57 | 04/02/2009 |
Les concours une forme d'évaluation.. Certes mais une évaluation de quoi ?
Je connais des informaticiens dans la fonction publique, le concours pour passer ingénieur il contient des maths, de la physique, du français.. Et surtout rien qui puisse permettre de distinguer un bon professionnel de l'informatique d'un mauvais.
Entre un fonctionnaire consciencieux, et un autre, pas très bon dans son travail, mais qui va prendre le temps de bien bachoter, eventuellement pendant ses heures de travail, qui sera le mieux classé au final ?
J'espère que pour les concours de chercheur c'est différent.
à Jim Profit
De Schtroumpf perplexe
physicien | 23H03 | 04/02/2009 |
Oui, c'est différent.
Ce sont des concours, principalement sur dossier, où figurent un résumé de nos travaux depuis le début de notre carrière, les publications des dernières années, une description étayée de notre projet scientifique. On doit dire comment on compte s'organiser pour travailler, s'il y a des liens avec les grands projets (du moins au CNRS du temps où celui-ci s'occupait de coordonner des grands projets) etc.
Pour les concours de directeurs ou de professeurs, on est aussi jugé sur les prises de responsabilités, les fonctions d'encadrement etc.
Rien à voir avec une bête épreuve scolaire de français maths physique.
De JohnJohn
Prof. | 10H07 | 04/02/2009 |
Enseignement supérieur mieux loti que le secondaire ?
Pourquoi les agrégés du secondaire préfèrent leurs lycées à l'Université ? Parce qu'ils y sont mieux payés ! L'universitaire français est un mendiant. On lui donne 1.500 euros par mois après avoir soutenu sa thèse (8 ans minimum). Faites une comparaison avec un agrégé du secondaire, il a la même chose…
Je ne vais pas plus loin dans la comparaison. Je vais juste tenter une explication : les enseignants du secondaires sont nombreux, quand ils font grève, c'est pénible pour tout le monde, il faut garder les enfants. La grève à l'Université, le plus souvent on s'en fout ! C'est pour cela que Mme Pécresse dit qu'elle ne bougera pas.
à JohnJohn
De Chloé Leprince
(auteur)
Rue89 | 10H17 | 04/02/2009 |
Bonjour JohnJohn
en effet, un papier sur les « PRAG » est d'ailleurs en préparation… sujet fort intéressant !
Permettez toutefois de preciser que « moins mal loti » concernait les suppressions de postes. N'hesitez pas a me contacter si vous souhaitez intervenir sur la dimension « niveau de vie », votre témoignage sera le bienvenu.
à Chloé Leprince
De JohnJohn
Prof. | 11H01 | 04/02/2009 |
Bonjour,
Pas la peine de témoigner, consultez les grilles indiciaires. Maître de conférences = agrégé du secondaire, cela veut tout dire.
Demandez aux chercheurs qui finance leur ordinateur, le bureau à la maison. Il y a des disciplines dans lesquelles les collègues paient de leur poche leurs congrès : pour réduire les frais, ils vont dormir chez les collègues… c'est assez classe…
La comparaison avec les enseignants du secondaire est extraordinaire. Ils sont sollicités pour plein de choses, les corrections de copies, les jurys, les réunions de concertation, les colles en prépa, quel dévouement… mais tout est rémunéré. L'universitaire évalue ses collègue, c'est gratuit, il évalue les formations des autres universités, c'est gratuit, il publie plus de papiers que le minimum requis, c'est normal et on pourrait continuer. C'était considéré comme normal, cela faisait partie de la mission de l'universitaire.
Si on commence à compte, il faudra tout compter. Les heures de cours et les articles, très bien. Ils ne feront plus que cela et plus rien ne fonctionnera. Le système commence déjà à se gripper ; la fameuse AERES commence à avoir des difficultés à trouver des évaluateurs !
Les tenant du tout libéral vous expliquent qu'à l'étranger c'est mieux, les profs sont évalués. C'est vrai mais ils sont aussi beaucoup mieux rémunérés.
Si les universitaires français ne se plaignent pas c'est par ce qu'ils ont autre chose, la liberté. On est en train de la leur prendre.
Soit le gouvernement lâche, soit le système explose. Il n'explosera pas brutalement car l'université, tout le monde s'en moque, mais il mourra tout doucement. Ceux qui font vivre l'université la quitteront et elle n'attirera plus que les mauvais !
De newf
essaye de s'en sortir | 10H21 | 04/02/2009 |
Quelle hypocrisie !
L'article explique que la réforme risque d'« entailler largement l'égalité d'accès à ces postes qui relèvent pourtant de la fonction publique. »
On croit rêver ! Cette égalité d'accès n'a jamais existé. Les maitres de conférence ont toujours été recrutés en passant une audition devant une commission composée de mandarins qui s'arrangent entre eux pour placer leurs thésards. Cette année on case le tien mais l'année prochaine ce sera le mien. Et les grévistes qui craignent « le risque d'arbitraire » ? La présence d'intervenants extérieurs ne pourrait au contraire n'être que salutaire à l'objectivité de ces commissions. Sauf bien sûr si ces intervenants sont des chefs d'entreprise qui financent les thèses (en tout cas en sciences) auquel cas le problème sera le même mais il ne sera pas plus grave qu'il ne l'est déjà.
Quant à l'évaluation des enseignants au nombre de publications, elle a également toujours existé. Les maitres de conf sont déjà évalués sur le nombre et non la qualité des publications. Par contre personne n'a jamais pensé à évaluer leurs qualités pédagogiques car sinon effectivement çà ferait de la place.
La seule revendication légitime est celle des salaires et des moyens donnés à la recherche publique. Mais la comparaison avec les autres pays est une intoxication médiatique, notamment pour les pays anglosaxons où le privé finance beaucoup plus la recherche qu'en France (même la recherche fondamentale). Mais çà les idéologues qui manifestent ne le diront jamais parce que le privé, quelle horreur ! n'est-ce pas ?
à newf
De Sacha25
11H43 | 04/02/2009 |
De mon temps (c'était il y a longtemps), dans ma discipline, on appelait ça des mandarins
à newf
De glt
Chercheur | 23H50 | 04/02/2009 |
Par la faible expérience de quelques années passées dans la recherche que je possède, j'ai pu constater que les universitaires (UMR) et chercheurs (CNRS) n'ont effectivement pas une opinion particulièrement positive du privé (typiquement, ils n'ont pas envie d'y travailler). Plutôt de la méfiance. Rien à voir cependant avec le mépris que le privé a généralement pour les chercheurs… assorti de plus d'une exploitation sans vergogne des travaux des chercheurs qu'ils ne sont généralement plus capables d'effectuer (beaucoup d'entreprises se sont délestées de leurs branches R&D, cf.Total) alors qu'ils leur coûtent une somme tout à fait modique. Car, contrairement à ce que newf sous-entend, les chercheurs français (du moins en Sciences de l'Ingénieurs : Math/Physique appliqués) ont très fréquemment affaire au privé pour leur contrats, c'est souvent ceux-ci qu'ils leur permettent d'acheter les fournitures indispensables à leur travail.
à glt
De newf
essaye de s'en sortir | 09H19 | 05/02/2009 |
Bonjour,
A vous lire, le privé méprise les chercheurs mais leur permet de travailler, cherchez l'erreur ! Deplus il devrait financer les thèses mais pas en exploiter les travaux, c'est bien çà ?
Je n'ai pas dit que les chercheurs français n'avaient pas affaire au privé mais que c'était peanuts par rapport aux pays anglosaxons. D'ailleurs les grandes entreprises britanniques ou états-uniennes se délestent proportionnellement tout autant que les nôtres de leur R&D. Par contre ils n'ont pas en face d'eux des directeurs de recherche qui leur demandent des financements tout en leur tenant le discours du NPA.
Cordialement
à newf
De glt
Chercheur | 22H51 | 05/02/2009 |
Manifestement, vous méconnaissez le fonctionnement de la recherche. Dire
que la part de collaborations entre privé et recherche publique « peanuts »
est tout simplement faux. Dans ma branche (qui n'est certes pas la moins bien lotie), les contrats représentent la majorité de financement du laboratoire. Ils peuvent être avec des partenaires publiques (typiquement l'armée) mais le sont le plus souvent avec des partenaires privées (toutes sortes d'entreprises de la PME à cellesdu CAC 40). Je caricature lorsque je parle de mépris dans le sens ou dans bien des cas, le contrat se déroule convenablement, particulièrement avec les PME. Pour l'avoir vécu cependant, de nombreux partenaires privées exploitent les ressources des laboratoires (soit
sous forme de thésard : CIFRE, soit sous forme de contrats ou encore de projets commun type ANR)
à des coûts très faibles voire dérisoire pour eux et qui ne correspond pas à la création effective de richesse induite. Pour l'avoir vécu
encore, il peuvent s'impliquer scandaleusement peu dans certains projets
pourtant communs (ANR) retournant ainsi d'une jolie manière l'image
d'Epinal sans cesse ressassée du chercheur improductif. Et ce type de
situation a explosé depuis que l'instauration du crédit impôts recherche
qui permet aux entreprises de déduire leurs impôts de leur activités ou
partenariats recherche (voir à ce titre le rapport de la cour des comptes sur le décalage entre l'argent déclaré et l'argent réellement investi).
Et puisque vous aimez faire le parallèle avec le monde anglo-saxon,
vous devriez être plus juste (mais connaissez-vous seulement les
mécanisme, ? ) et reconnaitre que dans ces pays, les entreprises
se comportent avec beaucoup plus de maturité portant une considération bien comprise beaucoup plus importante aux chercheurs, ne négligeant pas la recherche fondamentale et les financements à la hauteur de ce qu'ils leur apportent. Alors oui, même si c'est une caricature, bien souvent en France « le privé méprise les chercheurs mais leur permet de travailler » et il n'y a pas d'erreur hélas.
Pour le reste…
De Spiripotain
dilettante | 10H34 | 04/02/2009 |
Le jour où les enseignants-chercheurs daigneront prendre en compte la situation des chagés de cours, on se solidarisera avec eux…
Rappel des faits : les chargés de cours sont soit des doctorants, soit, dans les filières « professionnalisantes », des professionnels qui apportent à l'université leurs savoirs et leur expérience. La plupart du temps, ils héritent des cours les moins bien rétribués (TD et TP).
Ils ne peuvent être embauchés qu'à condition de justifier d'un emploi.
Ils ont donc un employeur principal, qui paie l'essentiel des charges sociales, d'où des économies pour l'université.
Ils sont embauchés par semestres, sans aucune garantie d'être ré-embauchés le semestre suivant ni avoir le même nombre d'heures. L'université ne se fend même pas d'un courier pour les prévenir.
Ils sont payés par semestre, une fois le travail effectué, en général en février et en juin/juillet. Il n'existe pas d'autre cas, à ma connaissance, de salaire versé tous les 6 mois. La rétribution est, si je ne me trompe, d'environ 35 euros nets de l'heure (tout dépend du statut du cours)
Certains départements universitaires n'existent qu'en recourant à une masse importante de chargés de cours, parfois supérieure au nombre de maîtres de conférence ou de professeurs.
Dans leurs mouvements revendicatifs le étudiants comme les enseignants négligent systématiquement ce prolétariat de l'enseignement supérieur. C'est tout simplement scandaleux.
à Spiripotain
De watashi_baka
... | 11H07 | 04/02/2009 |
Tout a fait ce qui manque à ce mouvement c'est l'explosion du personnel précaire
Pas seulement du thèsard qui fait quelques heures d'enseignement payé tous les 36 du mois (Mais bon de toute façon les thèsards sont payé pour leurs activité de thèsard ça fait bien longtemps que les directeur de thèse ayant des thèsard non financé sont envoyé en prison pour esclavagisme : p)
Mais il y a une précarisation générale de la fillière
Les effectifs des labos sont constant mais désormais les départ en retraite sont remplacé par des ATER ( CDD Enseignant chercheur 1 an) et les financement de projet sont accompangé par de quoi payé un post-doc ( CDD chercheur 2 ans) on a même l'apparition de CDD chercheurs
Il y a 10 ans les gens pouvaient esperer être permanent (en France) à thèse+1 désormais thèse+5.
Je sais bien que cette précarisation fait moderne mais en passant d'ATER dans une Fac Française à post-doc àl'étranger
-J'ai doubler mon salaire / J'ai enfin un ordi portable pro
-J'ai gagner en considération (pour l'étranger je suis un vrai scientifique pas juste un précaire)
Bref le risque de la précarisation du système c'est que les gens continuent a quitté le pays
à Spiripotain
De meli
rêveuse | 11H41 | 04/02/2009 |
alors joignez-vous à eux et exprimez-vous lors des AG…
C'est comme si vous faisiez porter le chapeau du recrutement de saisonniers ou de temps partiel à ceux qui sont en CDI dans la même entreprise…
Mais c'est vrai, l'Université n'est pas une entreprise…
Oui, il y a beaucoup de choses à dire, critiquer…L'Université a véritablement besoin d'une réforme. Je ne demande qu'à ce qu'il n'y ait plus cette masse précaire (ATER, vacataires extérieurs, etc.). Et surtout je souhaite cette fameuse « transparence » dans les recrutements….
Mais je suis solidaire de ce mouvement. La loi LRU remet en cause en définitive l'accès aux études supérieures pour tous (ou presque pour tous). On n'a pas suffisamment insisté sur cela. La perte de subventions d'Etat, sous prétexte d'autonomie des Universités, va forcément entraîner une augmentation des droits d'inscriptions. La sélection par l'argent (qui existe déja bien sûr) sera davantage renforcée.
C'est pourquoi il est vital que les étudiants rejoignent ce mouvement, en dépit de nos divisions et de nos conflits internes. Car c'est l'avenir même des études supérieures pour tous qui est remis en cause…
Je rappelle qu'aux Etats-Unis, le prix des études supérieures dans l'Université la plus médiocre qui soit est l'équivalent d'une prix d'une baraque en France….les familles s'endettent pour payer les études, en plus de payer la maison ! Sinon, les jeunes s'arrêtent au lycée, par faute de moyens.
Est-ce que ce modèle là est souhaitable ?
Avec la LRU, ce sera pire que ce modèle.
à meli
De Spiripotain
dilettante | 12H57 | 04/02/2009 |
« C'est comme si vous faisiez porter le chapeau du recrutement de saisonniers ou de temps partiel à ceux qui sont en CDI dans la même entreprise… »
Erreur d'interprétation. C'est le système universitaire, qui bouche les trous comme il peut et en traitant mal les bouche-trous, que j'accuse. Je rappelle aussi que les UFR ont une autonomie et que les enseignants participent de façon très collective au fonctionnement des UFR. Rien à voir avec un maraîcher employant des saisonniers ! ! ! !
Et que dire « merci » n'a jamais écorché une bouche.
à Spiripotain
De Au sud de nul part
Situation | 17H12 | 07/02/2009 |
Bonjour. J'ajoute, par expérience, que certains UFR de province ont besoin de chair à canon..oups, pardon, d'étudiants pour emplir leurs « licences ». Car certaines fillières se vident. Comme celle de philosophie. Exemple, il y a quelques années : 85 élèves en première année….32 à la fin ; 24 en troisième année.
Cerise sur le gâteau : en début de troisième année , on annonce aux élèves qu'ils sont de grands débutants, et on se plaint ouvertement des retards accumulés par les élèves….comme si l'U.F.R, et ses responsables, n'y étaient pour rien. Pas plus que les enseignants, d'ailleurs, qui se renvoient la balle, l'un invoquant pour raison majeure l'état dégradé du lycée, l'autre le manque d'effectifs, etc…Et l'élève, en attendant, se démerde tout seul, ou presque. Si je vous dis que cette promotion a vu des étudiants en philosophie arriver en troisième année en ayant à peine lus Aristote, vous me croyez ? Quant à évoquer des auteurs plus récents, n'en parlons même pas….
Je suis allé juqu'en licence, avec un niveau satisfaisant ; puis, je suis partis, profondément choqué ; car j'avais repris mes études à 25 ans, de manière certainement fort naïve, mais avec confiance. La manière dont les élèves -plus jeunes que moi- étaient livrés à eux-mêmes me semblait invraisemblable. Scandaleuse. Seuls certains « chargés de cours » avaient bien conscience de la catastrophe : sinon, l'élève se devait de la boucler. Car la compétition, bien réelle, mais sans l'encadrement d'une vraie école, était en marche.
Je n'ai désormais plus aucune confiance dans l'université et ceux qui prétendent la défendre alors qu'ils éludent trop souvent la situation actuelle des étudiants sur le plan de la transmission des contenus de savoir.
A.S.D.N.P
à meli
De Au sud de nul part
Situation | 16H42 | 07/02/2009 |
Bonjour. Vous imaginiez qu'auparavant, en France, la ségrégation par rapport aux études supérieures n'existait pas ?
Je ne comprends pas :
» La loi LRU remet en cause en définitive l'accès aux études supérieures pour tous (ou presque pour tous).
A.S.D.N.P
à Spiripotain
De vol19
awash | 15H30 | 04/02/2009 |
Absolument, vous avez bien raison de soulever le problème des chargés de cours vacataires. De statut on ne peut plus précaire. De mon temps, la rémunération brute était de 56 euros/heures, bien sûr préparation, déplacements, corrections de copies non compris, rarement… les réunions pédagogiques. Règlements, trois à neufs mois après les cours exécutés.
L'effet pervers, c'est que plus le vacataire prend de cours de ce type, plus il est coinçé et n'a donc plus le temps de chercher d'autres projets ailleurs et se retrouve dans des situations très fragiles.
Les étudiants connaissent la fragilité des chargés de cours et n'hésitent pas de faire pression, des chantages etc…. ni d'ailleurs les enseignants recruteurs de leurs pouvoirs sur les vacataires.
et bien sûr aucun droit au chomage.
Il serait plus pertinent de proposer des CDD à temps partiels annuels qui ouvrent un peu de droits au chômage que de laisser se développer ce système de tâche à l'heure….
De Guillaume Cingal
MCF | 11H34 | 04/02/2009 |
Rétablissons quelques vérités…
C'est depuis la mi-octobre (ET PAS DEPUIS UNE SEMAINE) que les enseignants-chercheurs de France, dont ceux de l'Université de Tours, sont en lutte contre diverses réformes.
Cette lutte ne concerne pas seulement la réforme des statuts, comme les médias cherchent à le faire croire depuis qu'ils se sont enfin décidés à parler de ce mouvement d'une ampleur sans précédent.
Les universitaires se battent, aux côtés des étudiants et des personnels BIATOSS :
1) contre les suppressions de postes
2) contre la réforme des concours d'enseignement, qui aura pour seule conséquence de mettre face aux élèves du secondaire des enseignants dénués de toute compétence dans la matière qu'ils enseignent (ET CELA CONCERNE TOUS LES PARENTS D'ELEVES, actuels ou futurs)
3) contre le plan Licence et le plan Campus, qui sont des emplâtres sur des jambes de bois (d'autant qu'ils doivent être financés par le produit de la vente de parts d'EDF que l'Etat a investis depuis septembre en bourse ! ! ! ! )
4) enfin, oui, contre la réforme des statuts.
Notre lutte n'est pas une lutte sectorielle ; elle ne concerne pas seulement une obscure question de statuts…
Les enseignants grévistes de Tours s'apprêtent à ouvrir les sites de leur université mercredi 11 février à tous les enseignants, parents d'élèves, élèves, citoyens désireux de s'informer sur ce mouvement long de 4 mois et qui n'a rien d'une lutte corporatiste !
De ganima
chomeur de longue durée furtur trav... | 12H50 | 04/02/2009 |
bonjour,
moi ce qui m'interesse c'est de savoir de quelles recherches on parle ! ? ? ?
Des recherches sur le sida ou la maladie d'alseimer qui n'avancent pas ? des recherches sur les médicaments toujours de plus en plus couteux pour les gens ? alors qu'on peut se soigner gratuit par les plantes !
quand on sait ce que le système investit dans la recherche et les applications qui sont faites pour uniquement faire marcher le système capitaliste qui n'a rien d'humanitaire !
je me pose la question ? à quoi ou plutôt à qui ça sert aujourd'hui ? est ce éfficace ? et enfin les méthodes de cobayages animaux ou humain sont ils nécéssairent réelement ?
à ganima
De elLolo
18H50 | 04/02/2009 |
Et la trithérapie, par exemple, elle est venue en mélangeant des choux avec des orties peut-être ?
Navrant…
Quant à vos questions de coûts, elles sont en partie politiques et n'ont strictement rien à voir avec la recherche.
Enfin, remplacer des souris par des humains serait probablement mal accepté.
De Tofraziel
Orwellien | 12H52 | 04/02/2009 |
Un peu court ce que vous dites sur la réforme du recrutement (et de la formation) des enseignants !
C'est pourtant aussi au coeur du problème et des revendications, et cela ne concerne pas que les IUFM mais aussi les universités qui à terme auront à charge de former les futurs enseignants.
Cette réforme des concours est faite n'importe comment (on est toujours dans le flou total sur les épreuves et les programmes à…7 mois de la rentrée et…moins d'un an des premières épreuves écrites de ces nouveaux concours ! ), et en plus tire tout vers le bas en abandonnant quasiment stages et pédagogie…
Il serait temps que les medias fassent leur travail ou cessent de bosser pour le pouvoir en omettant les revendications sur cette réforme des concours pour essayer de faire passer ce mouvement pour corporatiste…
à Tofraziel
De Chloé Leprince
(auteur)
Rue89 | 13H21 | 04/02/2009 |
Un peu court, en effet, pour la simple raison ( et sans volonté délibrée bien au contraire de tronquer la couverture de ce point) qu'un témoignage est en préparation pour éclairer cette question. A croire que les médias font parfois leur travail… je sais, c'est dingue de le croire !
à Chloé Leprince
De Tofraziel
Orwellien | 18H15 | 04/02/2009 |
Je visais plus particulièrement les medias audiovisuels dans cette affaire, et le fait de n'avoir vu ici que 2 lignes m'avait presque fait perdre espoir dans le dernier îlot de résistance : le net (les sites sérieux comme ici ou Marianne2)…
J'attends donc avec impatience la suite… ; -)
à Tofraziel
De ninas
retraitée | 22H42 | 04/02/2009 |
mais les médias sont aux mains des gouvernants il fallait se douter que quelque chose cloche quant on passe en force comme la publicité, vous c'est du pareil au même, pas de concertation et on passe en force vous verrez Pécresse une tigresse elle va défendre sa réforme bec et ongle car il s'agit de ça ou la porte voyez un peu comme on traite les Préfets et commissaire, directeur d'école, Ministre donc il va falloir être vigilant car c'est la force qui faît loi sous Sarkosy.
De ganima
chomeur de longue durée furtur trav... | 12H56 | 04/02/2009 |
re,
il y a aussi des chercheurs en économie !
on se demande bien à quoi cela peut servir, vu dans le merdier complét ou se trouve la mondialisation ? ? ? ! ! ! ! !
à ganima
De gribouillemoqueur
13H59 | 04/02/2009 |
Oui, il y a des chercheurs en Economie mais ils passent pas à la TV. Leurs propos seraient très dérangeants, sur l'immigration et le chomage, la flexibilité du travail sur l'emploi, l'impact des dléocalisations, le célèbre déclin de l'industrie française, notre déficit du commerce extérieur…..
Sur tous ces sujets, Ils auraient à n'en point douter des arguments qui iraient en totale contradiction avec ce qu'affirme nos politiques.