
Le 13 janvier 2009 paraissait sur le site du gouvernement le rapport qu'on attendait depuis octobre : « L'état de l'école 2008 ». Issue du gouvernement, cette publication est réalisée pour justifier les mesures entreprises par notre ministre. Elle est toutefois instructive à bien des égards.
Jetons un oeil sur deux points : les difficultés de lecture des jeunes et l'évolution du coût de l'enseignement du premier degré.
Mais vous trouverez aussi dans ce rapport les synthèses des études internationales, et tout ce qui concerne le second degré (coût, conditions d'accueil, pourcentages de diplômés, etc.)
12% d'élèves en difficulté de compréhension
Les compétences en lecture ont été évaluées, en 2007, auprès des 800 000 jeunes hommes et femmes de 17 ans ou plus, de nationalité française, qui ont participé à la journée d'appel de préparation à la défense (JAPD) :
« En 2007, 78,2% des jeunes d'environ 17 ans sont des lecteurs habiles. En revanche, 12% rencontrent des difficultés de compréhension. Pour une partie d'entre eux -4,9% de l'ensemble- ces difficultés sont très importantes.
L'évaluation révèle également l'existence de lecteurs médiocres -9,8% des jeunes. De 2004 à 2007, la proportion de jeunes en difficulté de lecture lors de la JAPD est passée de 11% à 12%. »
L'enquête PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study) en 2001, qui évalue les compétences en lecture des jeunes de l'OCDE en fin de quatrième année d'école obligatoire (CM1) avait mis la France en position médiane. L'enquête de 2006 confirme cette position.
Ce qui ressort de cette étude de façon inquiétante, c'est que les élèves français manquent d'assurance : quand ils hésitent, ils s'abstiennent de répondre (pour 16% d'entre eux si la réponse exigée risque d'être longue). Ce fait est corrélé au peu de valeur qu'ils s'accordent : ils pensent que les Français se classeront en 42e position sur 45, alors que c'est loin d'être la réalité.
« L'état de l'école 2008 » montre que les jeunes les plus en difficultés (4,9% de l'ensemble) souffrent de lacunes importantes en vocabulaire. Le linguiste Alain Bentolila, qui avait remis en mars 2007 un rapport sur le langage à monsieur de Robien, avait fait le même constat et prônait les « leçons de vocabulaire » dès la maternelle, introduites dans les programmes de 2008.
Par rapport à ses voisins, la France a des classes chargées
Dans les années 70, les écoles maternelles françaises comptaient en moyenne quarante élèves, moyenne actuellement descendue à vingt-six par classe. En élémentaire : vingt-six en 1970, vingt-trois jusqu'en 2003, un peu plus de dix-neuf en 2006.
La France se situe pourtant dans le peloton de queue des pays de l'OCDE : il n'y a que onze élèves en moyenne par classe en Italie, douze en Suède, treize en Espagne. Nos différents ministres de l'Education nous ont souvent dit que la baisse des effectifs n'intervenait que très peu sur la qualité de l'enseignement. (Voir le diagramme.)

Une expérimentation temporaire a même été menée dans une centaine de cours préparatoires défavorisés en 2002, par la réduction des effectifs à douze élèves. Résultat ? Un score un peu meilleur pour ces élèves, mais qui se trouve gommé en CE1. Précision : dans ce CE1, l'effectif était redevenu normal ! L'éducation n'est pourtant pas affaire d'expérimentations éphémères, mais d'efforts au long cours…
Le coût d'un écolier français
« Entre 1980 et 2007, la dépense d'éducation a crû en moyenne au même rythme que la richesse nationale (soit de 2,2 % par an). » La dépense moyenne par élève a augmenté de 79% dans le 1er degré et de 63% dans le second degré.
La part de l'Etat dans ces dépenses : 61,2%, des collectivités territoriales : 22,8%, des ménages : 7,7%, entreprises : 6,5%, autres administrations publiques et CAF : 1,8%. (Voir le diagramme.)

La dépense par élève en France est légèrement supérieure à la moyenne des pays de l'OCDE. Elle reste très supérieure à la dépense de pays comme l'Italie ou l'Espagne qui pourtant ont en moyenne beaucoup moins d'élèves par classe.
L'enseignement dans des classes à effectifs plus légers ne serait donc pas si coûteux ?
A lire aussi :
► Le rapport « L'état de l'école 2008 »
► L'enquête PIRLS sur les compétences en lecture des jeunes de l'OCDE
► Le rapport sur le langage du linguiste Alain Bentolila
► Tous les articles de Rue89 sur l'éducation
Photo : dans une école primaire de Vincennes en mai 2008 (Charles Platiau/Reuters). Graphiques : nombre moyen d'élèves par enseignant dans l'enseignement élémentaire, 2006 et la dépense d'éducation par rapport au PIB (OCDE).





















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De sebl01
17H22 | 03/02/2009 |
Quelques petits commentaires sur les chiffres présentés dans cet article…
Si le dernier histogramme et bien ce que je pense (dépense d'éducation du pays /PIB du pays), ça ne correspond pas du tout à la « dépense par élève » évoquée dans le texte. Vous remarquerez que les les ratio les plus bas sont ceux des pays qui ont (et depuis déjà longtemps) des taux de natalité très bas (bien plus bas que celui de la France). Par conséquent leur pyramide des âges est très déficitaire dans les classes d'âges scolarisées, d'où une dépense plus faible par rapport au PIB qui lui est le fruit des classes d'âges nettement plus nombreuses (nés entre 1950 et 1980).
Les Italiens dépensent peut-être plus que nous par élève (11 élèves par enseignant) mais avec nettement moins d'enfants scolarisés par rapport à leur population globale… Ce que mesure ce graphique c'est « l'effort de la nation » vis à vis de la jeunesse considérée comme une seule entité.
Par ailleurs, diviser le nombre d'élèves par le nombre d'enseignant ne nous donne pas l'effectif moyen d'une classe (mais une valeur moindre) car il faut compter les profs remplaçants, les décharges d'horaires des directeurs, les maîtres spécialisés (les postes que Darcos veut supprimer)…
De Phil2922
Retraite invalidité | 17H43 | 03/02/2009 |
Je retiens que l'enseignement dans des classes à effectifs légers searit moins coûteux que le nôtre où des élèves se retrouvent dans des classes de 35 . Comment voulez-vous, dans ces conditions, que le gamin, qui éprouve déjà certaines difficultés, puisse s'en sortir…. ? !
Au fait, on ne sait toujours pas si Darcos sait faire une règle de 3… ? !
http://phil195829.overblog.com
De lauraingalls
Prof des écoles et j'aime ça! | 18H26 | 03/02/2009 |
Ce qui en tout cas ne change pas, c'est qu'à chaque fois qu'on constate que le niveau des écoliers est médiocre, on accuse : les profs, les méthodes, le manque de moyens, etc… Mais on ne parle jamais des familles !
Ben oui, depuis le temps que j'enseigne, le constat est simple : un enfant qui a des parents qui s'occupent de lui, qui l'ouvrent à la culture, qui prennent l'école au sérieux, qui aiment lire ou au moins ne dénigrent pas la lecture = élève sans problème !
Un exemple banal mais si révélateur : cette année encore, les 3/4 de mes élèves de CE1 n'étaient pas fichus en début d'année de me nommer les 4 saisons !
Ma fille de 3 ans et demi le peut… Et pourtant, je ne lui fait pas l'école, bien au contraire. Mais on parle, on partage devant les feuilles aux couleurs automnales…Ils parlent de quoi, les parents actuels avec leurs gosses ? De la Wii ? Des Pokémons ?