Pascal Boniface : antisémite ! A défaut de reposer sur le moindre élément concret, l'accusation a au moins le mérite de la constance. Comme si la répétition inlassable d'une assertion sans fondement pouvait combler le vide du dossier d'un procès en diabolisation instruit depuis plusieurs années.
Voilà en effet bientôt huit ans que le directeur de l'Iris (Institut de recherches internationales et stratégiques) fait l'objet de l'accusation récurrente d'antisémitisme. Périodiquement, ressort une nouvelle « affaire Boniface » ; reposant à chaque fois sur des éléments à charge pour le moins ténus. Mais la réputation sulfureuse de l'intéressé, soigneusement entretenue par tant de « précédents », garantit la permanence du préjugé chez ceux qui ne demandent qu'à être convaincus d'avance. Car un petit groupe, obsessionnel et acharné, s'est, en effet, juré d'avoir sa peau.
Dernier épisode en date, celui du Salon du livre d'Alger, dont il était l'invité à l'automne dernier. Lors d'une table ronde tenue le 3 novembre, un journaliste algérien l'interroge sur l'existence, en France, d'un « lobby juif ». Le directeur de l'Iris récuse aussitôt l'existence d'un tel lobby, soulignant, bien au contraire, la diversité des sensibilités et des opinions au sein de la communauté juive française, notamment au sujet du Proche-Orient.
Dans la suite du débat, Pascal Boniface évoque, pour les critiquer, les positions sur l'islam, les musulmans et l'islamisme exprimées par des personnalités telles que Bernard-Henri Lévy, Philippe Val et Mohamed Sifaoui. Rien de très nouveau sous le soleil, donc.
Un lobby arabe
Mais le 5 novembre, le quotidien El Khabar rend compte de ce débat de manière quelque peu déformée, et rapporte que Pascal Boniface aurait dénoncé l'existence, en France, de « campagnes hostiles à l'islam commanditées par des intellectuels et des journalistes tels que Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Val » et qu'il aurait regretté « l'absence d'un lobby arabe ou musulman en Occident, capable de défendre son image à l'instar du lobby juif ».
Ce compte rendu très particulier est relayé, dès le lendemain, par le site Mediarabe.info, puis, deux semaines après, par le site de l'UPJF (Union des patrons et professionnels juifs de France). L'article intitulé « Pascal Boniface attaque les intellectuels juifs depuis Alger », tient pour acquise la version des faits et des propos tels que rapportés par El Khabar :
« Boniface est resté Boniface, il vient de le prouver en réitérant ses propos contre les Juifs. »
Et conclut d'un péremptoire « le Bonifacisme ne passera pas ». Aucun de ces deux médias n'a pris soin, bien entendu, de demander à l'intéressé s'il confirmait ou démentait de tels propos, alors même qu'aucun autre média présent lors de cette table ronde n'avait rapporté que Pascal Boniface les eût prononcés, et que Mediarabe.info avait lui-même, auparavant, mis en garde ses lecteurs contre El Khabar « lamentablement discrédité » par la « médiocrité et la légèreté de ses analyses ».
Mais chacun, depuis, y est allé de son article. Le site Causeur.fr, animé par la journaliste Elisabeth Lévy, a consacré un premier papier à l'« affaire », intitulé « Le lobby juif, voilà l'ennemi ! » Pascal Boniface a envoyé un droit de réponse, qu'Elisabeth Lévy a refusé de publier… mais en se payant elle-même le luxe d'y répondre par un nouvel article au vitriol :
« Boniface qui mal y pense. Les journalistes auraient déformé ses propos. Les salauds ! »
Ou comment instruire un procès uniquement à charge en faisant soi-même les questions et les réponses.
L'hebdomadaire Actualité Juive a consacré deux articles à l'affaire, citant le démenti du directeur de l'Iris mais habilement construits dans un sens défavorable à ce dernier. Mohamed Sifaoui y a consacré deux billets sur son blog :
« [Boniface] surfe sur une ligne qui se situe à la limite de l'antisémitisme non avoué et non assumé (…) Gollnisch, Dieudonné ou Jean-Marie Le Pen ne disent pas, hormis sur les questions liées au négationnisme et au révisionnisme, des choses très différentes. »
Dans Charlie Hebdo, Philippe Val a exprimé son impatience de voir Pascal Boniface exiger un droit de réponse et assigner les journaux algériens. Façon de passer sous silence ceux que les médias français avaient refusé de publier.
La réputation de Pascal Boniface
Enfin, le site Mediarabe.info est revenu sur l'affaire pour reproduire un autre compte-rendu de la réunion d'Alger, publié par Le Jour d'Algérie, rapportant, parait-il, des propos tenus par Pascal Boniface, « similaires (à ceux rapportés par El Khabar), à quelques nuances près ». A quelques nuances près, en effet : jamais l'intéressé n'y prononce le mot lobby juif, et Le jour d'Algérie note très justement qu'« il refuse la théorie du complot juif ».
Qu'a donc fait Pascal Boniface pour mériter une telle réputation ? En 2001, le directeur de l'IRIS avait adressé à la direction du Parti socialiste une note interne dans laquelle il s'interrogeait sur la difficulté à exprimer une critique rationnelle de la politique d'Israël à l'égard des Palestiniens. La formulation de cette note pouvait laisser planer le soupçon d'un opportunisme électoral en direction de la communauté arabo-musulmane au détriment de la communauté juive.
L'historien Elie Barnavi, qui était alors ambassadeur d'Israël en France, avait été le premier à s'en alarmer. Depuis, toute ambiguïté aurait dû être levée. Pascal Boniface a dit et redit que sa note mettait précisément en garde contre le danger de penser le conflit en fonction des communautés en présence et non des principes du droit.
Il a, surtout, multiplié les initiatives par des livres, des articles et des colloques, destinées à faire se rencontrer et se parler ceux « qui critiquent Israël » et ceux qui le défendent. Car loin de constituer une provocation en forme de litote, le titre de son livre « Est-il permis de critiquer Israël ? » (un « pamphlet », selon certains) ne faisait que réaffirmer la croyance dans les vertus du débat et de la confrontation d'idées pour aider à l'évolution vers une coexistence pacifique de deux états, israélien et palestinien, au Proche-Orient.
Ce dernier épisode du Salon du livre d'Alger constitue-t-il une crise d'« interprétationite » malencontreuse à forme paranoïde, ou un « coup monté » ? Deux indices font pencher pour la seconde hypothèse. Car si Boniface est bien, « l'homme à faire taire », c'est précisément en raison du caractère modéré de ses positions sur le conflit du Proche-Orient, qui ne les rend que plus dangereuses pour les extrémistes de tout poil.
S'il était véritablement antisémite, on lui foutrait la paix. Mais, hélas, il ne l'est pas. Version actualisée du « qui veut noyer son chien… ». Mais surtout, cette affaire avait été précédée d'une première tentative, plus grossière, donc plus visible, mais étrangement similaire En décembre 2005, un responsable du CRIF avait informé Pascal Boniface qu'un « coup » se préparait contre lui et qu'il tenait à l'en avertir, se disant « révulsé » par de pareilles méthodes.
L'opération Balkans Infos
Une obscure revue, « Balkans Infos », vendue sur abonnement à 700 exemplaires, prêtait à Pascal Boniface des propos foncièrement antisémites prétendument tenus en octobre 2005, lors d'un colloque réunissant plusieurs centaines de personnes. Le caractère très confidentiel de la diffusion de cette revue pouvait laisser penser qu'aucune procédure en diffamation ne serait engagée dans le très court délai de trois mois après lequel le droit de la presse prévoit qu'aucune poursuite n'est plus possible. Et après lequel, donc, il aurait été possible de citer l'article en question pour nourrir de nouveaux articles. En toute impunité.
Après moult péripéties, l'auteur de cet article, bien en peine d'apporter le moindre commencement de preuves à ses allégations, a été reconnu coupable de diffamation, en juillet 2008, par le Tribunal correctionnel. En novembre de la même année, l'affaire du Salon d'Alger démarrait…
A lire aussi sur Rue89
► Le risque pour Israël est de reproduire son échec du Liban, par Pascal Boniface
Ailleurs sur le Web
► Le site de l'Iris
► La biographie de Pascal Boniface, sur Iris-France.org
► « Boniface qui mal y pense », par Elisabeth Levy, sur Causeur.fr





















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De STEFFEN Louis
ancien enseignant réformateur | 14H47 | 03/02/2009 |
« Israël présente le Hamas comme un mouvement terroriste. Les Etats-Unis et l'Europe ont adhéré à cette vision. Mais le Hamas n'est pas Al-Qaeda. Ses racines populaires sont profondes, et il est à la fois un mouvement armé et une organisation de masse »
Cet extrait de l'article de monsieur Pascal Boniface « Le risque pour israël… » montre que son auteur n'a pas l'impartialité que vous lui prêtez. Certes Israël affirme que le Hamas est un mouvement terroriste. Mais cette conviction est-elle erronée ? .
Monsieur Boniface utilise le terme de « vision » pour qualifier un tel jugement. On peut légitimement en déduire qu'il ne le partage pas et que pour lui le Hams n'est pas un mouvement terroriste, comme Al-Qaeda dit-il. Pourquoi ? Parce que « ses racines populaires sont profondes et qu'il est à la fois mouvement armé et organisation de masse. »
L'argument est donc le suivant : un mouvement de masse ne peut pas donner naissance à une organisation terroriste. Argument bien léger et extrêmement dangereux. L'histoire nous donne plusieurs exemples du contraire.
C'est une absurdité d'acccuser Monsieur Boniface d'antisémitisme et les campagnes contre lui doivent être dénoncées. En revanche il n'est pas interdit de dire qu'il se trompe gravement, sans doute par sympathie intellectuelle envers un peuple injustement traité. La compassion peut parfois fausser le jugement politique et faire oublier la vigilance nécessaire à l'égard des résurgences obscurantistes.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 16H37 | 03/02/2009 |
Voici une tribune très fouillée qui vient rétablir quelques vérités qui ne devraient être ignorées par quiconque prétend avoir un point de vue défendable sur l'antisémitisme en France. Bravo !
S'il existe bien un antisémitisme « de gauche » (il a toujours existé, y compris à l'époque de l'affaire Dreyfus), Pascal Boniface n'en est pas coupable, pour les raisons élaborées par M. Weill-Raynal, bien au contraire.
Au risque de déplaire à certains, il n'y a pas non plus de lobby juif, seulement quelques personnes médiatiquement bien en vue qui se répandent en accusations sans fondement, et quelques grands bourgeois qui les soutiennent. Il y a aussi une cabale pro-israélienne qui répand occasionnellement son venin dans les commentaires d'articles de Rue 89. Ca ne fait pas un lobby. Est-il vraiment nécessaire de souligner de nouveau qu'un grand nombre de juifs français ne trempent pas dans ce genre d'affaire ? Le problème est que le développement des médias (pas tous des meilleurs) peut susciter le soupçon, le créer, le façonner pour servir telle ou telle cause. La calomnie aussi ne manque pas à l'appel. Ne s'acharne-t-on pas sur Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, pour avoir indiqué qu'un enfant était mort sous les balles de Tsahal durent le deuxième intifada ? C'était la simple vérité, mais elle n'était pas bonne à dire aux yeux de ceux qui ne veulent voir la réalité que sous un seul angle.
J'apprécie beaucoup Pascal Boniface, dont les analyses de la situation au Proche et au Moyen-Orient sont respectées par ses pairs ainsi que par ses lecteurs et/ou auditeurs en quête de réflexions sérieuses sur la géopolitique dans la région..
De Deborah
18H01 | 03/02/2009 |
Le problème c'est que trop de gens assimilent juifs et israéliens. Juifs et Israël. Et que les amis d'Israël un coup demandent aux Juifs de France de soutenir Israël les yeux fermés, font de la retape pour qu'ils aillent combattre - mais oui - dans l'armée israélienne « la plus morale du monde » et clament ensuite qu'il faut lutter contre le communautarisme ! Oui, c'est difficile de dire qu'on est radicalement contre la politique israélienne, parce qu'aussitôt on est classé parmi les « faux culs » comme vous dites élégamment, M. Dominguin. Oui, c'est difficile parce que les véritables antisémites se frottent les mains. D'un côté ils désignent tous les juifs de France comme des âmes damnées d'Israël, de l'autre, quand nous, je, critiquons Israël, ils disent « Ah vous voyez bien,“etc… J'ai pour habitude de dire et je m'y tiens que si Le Pen déclare qu'il fait beau, en plein mois d'août quand le soleil brille, je me contente de changer de trottoir.
Mais ce n'est pas en soutenant béatement la politique suicidaire, je dis bien suicidaire, d'Israël, qu'on est un ‘philosémite’ - un terme que je déteste, mais bon, faute d'un autre, il fera l'affaire. Oui, Israël n'est plus qu'une société à visage de Barbarie. Oui, l'occupation militaire des palestiniens par Israël est non seulement illégale, mais criminelle, oui, les palestiniens ont droit de revendiquer leur état, déjà bien écorné par Israël, son occupation, ses colons, et sa muraille de Chine.
Et disant ça, je ne suis pas antisémite. Je dis que je suis profondément hostile à une politique délétère qui ne peut déclencher que des catastrophes. ‘Jubilation crapuleuse’ sans doute ?
C'est triste, M. Dominguin, de n'avoir pour défendre une politique tragique, criminelle, honteuse, celle d'Israël, que le répertoire de l'imprécation. Et quand vous saurez ce qu'est un sophisme on parlera peut-être sérieusement.