Tribune

La lettre d'Henri Vacquin, « vieux con » de la gauche, aux riverains

Henri Vacquin (Audrey Cerdan/Rue89)

Après l'article consacré à son livre Mes acquis sociaux et au vu des très nombreuses réactions des riverains, Henri Vacquin nous adresse cette réponse, à la fois chaleureuse et argumentée et, ne boudons pas notre plaisir, sympathique à notre égard.

Merci Rue89 d'avoir sorti Mes acquis sociaux de l'omerta que lui a réservé la presse de gauche traditionnelle. De quoi peuvent en effet avoir peur ces tartuffes de la gauche en carte pour faire silence sur ce bouquin consacré a trente ans de relations sociales dans l'entreprise et les fonctions publiques ?

Il est clair que cela tient aux 20 dernières pages où j'explique mon vote Sarkozy, comme si ce n'était pas là, comme l'ont révélé les sondages de sortie des urnes, un symptôme qui a concerné une part de l'électorat traditionnel de gauche. Un électorat fatigué d'une gauche dans laquelle il ne se reconnaît plus. Un symptôme sur lequel il est hélas naturel à nos partis de gauche de fermer les yeux plutôt que de s'interroger sur ce qu'il révèle de leurs carences.

Ce vote d'une partie de l'électorat de gauche pour Sarkozy s'est fait discret, l'appartenance classique aux chapelles ne se dépasse pas facilement. J'ai, quant à moi, assumé ce vote en le criant sur les toits. J'en ai plein le dos des gens qui se mettent en carte pour se faire chaud ensemble au détriment des choix de société qu'ils sont censés poursuivre.

Je ne voulais pas d'un vote sanction de la droite qui conforte la bêtise de gauche

Les « envoûtés d'appareils » sont des nuisances pour la pensée à gauche comme à droite, et très vite haineux à ce qui dérange leurs certitudes. L'insulte tient dès lors facilement lieu d'argument, ce qui me navre d'autant plus quand cela émane de ceux qui font parti de la fratrie de gauche.

Force est de constater que les internautes de Rue89 s'y sont laissé aller. Je pense aux arguments du type « vieux con », « sénile » comme s'il n'y avait pas autant de jeunes cons que de vieux cons. Ou encore, le cadrage, un peu étroit, du type qui en vieillissant vire normalement à droite comme si naturellement la maturité était forcément un handicap.

Mais basta, après tout, en m'adressant à mon père pour lui expliquer mon vote Sarkozy, à lui le militant « du » parti, c'était pour moi, à la manière de Pagnol, de faire le coup de la chatte du boulanger à tous les attardés d'aujourd'hui. Lesquels n'ont pas les circonstances atténuantes d'être nés en 1893 et de pouvoir encore croire aux « lendemains qui chantent » conduit par Lénine et Staline.

Pour être clair, j'ai voté Sarko parce qu'en politique le choix du moindre mal est hélas depuis trop longtemps le seul qui reste pour éviter le pire.

Sarkozy évitait Ségolène, et préparait un PS capable d'ouvrir un débat de fond

Je ne voulais pas, qu'une fois de plus, un vote sanction de la droite vienne conforter la bêtise de gauche capable d'y voir la validation de sa médiocrité de pensée.

Le postulat du capitalisme ultra libéral initié par Thatcher et Reagan n'est pas qu'une affaire de droite, c'est tout autant le fruit d'une énorme incurie de la social démocratie comme des gauchismes.

L'écroulement de l'ultra libéralisme aujourd'hui n'est dû qu'à la propension de tous les totalitarismes de finir par être suicidaire, en rien à un quelconque contrepouvoir politique de gauche ou syndical.

Pour moi Sarkozy évitait Ségolène, et préparait possiblement un PS enfin capable d'ouvrir un débat de fond sur la continuité de ses échecs. Ça n'a donné que des congrès de Reims, même l'espoir que le PS puisse toucher le fond de l'eau pour pouvoir rebondir n'est plus crédible. A quand le moment où pouvoir crier « la gauche institutionnelle est morte, vive la gauche » ?

Enfin, un dernier souhait aux copains internautes, lisez les 200 premières pages de « Mes acquis sociaux » sur la mutation du travail, de l'emploi et des relations sociales, depuis la restructuration de la sidérurgie des années 70. Nous devrions pouvoir nous y reconnaître malgré le vote Sarko.

Tchao, très cordialement à tous sans distinction.

A lire aussi sur Rue89
Henri Vacquin : la gauche est morte, vive Sarkozy
Alain Badiou : « Il y a une barbarie sarkozienne »
Onfray : « Il y a un défaut d'intelligence tous azimuts »

Photo : Henri Vacquin (Audrey Cerdan/Rue89).

5 commentaires sélectionnés

Portrait de cagancho

De cagancho

15H01 | 30/01/2009 | Permalien

avec besson , boeckel , allégre : vous voila quatre pour faire une belote pendant que charasse fera le café

Portrait de Fifidou

De Fifidou

Thésard en Physique | 15H05 | 30/01/2009 | Permalien

Il y a des jours où je partage votre analyse, M Vacquin. Sur le militantisme béat, déjà, où on commence par rejeter hystériquement qui ne partage pas les même conviction sans chercher à écouter, et où la contradiction relève plus de l'insulte qu'autre chose. Sur le désespoir que l'on peut ressentir, en ayant la fibre de gauche, a écouter un quelconque quidam de Solférino énoncer péniblement une phrase contenant le mot « social », ou tout autre forme de notion de partage. Ils n'ont que ces jolis mots à la bouche, sans qu'aucune proposition concrète et novatrice n'arrive à sortir de leur bouches. Tout au plus recyclent-ils de vieilles propositions démodées par le monde mondialisé tel que nous le connaissons. Et vous avez raison probablement aussi sur la chute de l'ultralibéralisme, qui n'a rien à voir avec aucune force de gauche, juste avec le fait que les gestionnaires du mondes se sont transformés en prêtres de cette doctrine, avec la foi aveugle que cela suppose.

Mais de là à voter pour cet atlantiste patenté, chantre du communautarisme, saint patron des forces de l'ordre, et fasciné par le pouvoir et l'argent. Ca se voyait avant même qu'il soit président, non ? Et voter pour lui pour un motif aussi faible que : « Je ne voulais pas, qu'une fois de plus, un vote sanction de la droite vienne conforter la bêtise de gauche capable d'y voir la validation de sa médiocrité de pensée. » Ca me semble procéder d'un raisonnement que je ne comprends pas. Même si on trouvait Ségolène aussi nulle que ElKabach veut bien le dire : ). (ce qui a mon sens, est assez douteux…)
Cordialement

Portrait de GonzoStyle

De GonzoStyle

Journaliste | 15H38 | 30/01/2009 | Permalien

Henri Vacquin ou quand l'hôpital se fout de la charité !

Il est bien brave cet homme là… Le pauvre, on l'a blessé avec des « vieux con » et des « sénile » , ça c'est triste ! Mais qui parle des « attardés d'aujourd'hui » ou des « envoûtés d'appareil » ? C'est bien lui. Alors, certes, c'est plus littéraire et mieux formulé qu'un « vieux con » classique mais finalement c'est tout aussi blessant (surtout le terme « attardés » : blessant pour ceux qui ne le sont pas et pour ceux qui le sont vraiment et qui ne l'ont pas choisi ! ). Enfin…

D'autre part, c'est quand même hallucinant, pour quelqu'un qui dit avoir un passé de gauche, d'affirmer que Sarkozy est un « moindre mal »… Henri, ouvre les yeux et regarde aujourd'hui les résultats, sur tous les plans (social, culturel, économique…), de ton « moindre mal ». Y'a pas à dire c'est du grand art !

Je ne m'étendrai pas sur la gauche actuelle, morte depuis longtemps (d'ailleurs Henri, c'est mal de tirer sur l'ambulance ! ), on est d'accord… En revanche, je reviendrai sur cette belle manoeuvre qui consiste à nous dire de lire « les 200 premières pages de Mes acquis sociaux » pour tenter de nous convaincre que tu n'es pas totalement passé du côté obscur de la force… Belle tentative Henri, mais ça m'emmerde profondément de devoir payer pour lire les justifications d'un type de peu de convictions qui essaie de se donner bonne conscience… Je ne verserai pas un euro pour payer tes droits d'auteur !

Pour finir, aucune argumentation, même très habile, ne peut justifier un vote pour le mini despote qui nous gouverne aujourd'hui… Tu t'es planté mon gars, c'est tout ! Reconnaître ses erreurs, c'est aussi être intelligent !
Mais bon, au final, tu dois être content : deux papiers sur Rue89, c'est la meilleure promo possible pour ton bouquin… Rusé le bougre. Sous couvert de débat intellectuel, il vend sa soupe. Dommage pour toi, personne n'est dupe !

Voilà, c'est tout.

Très cordialement aussi.

P.S : pour te prouver que je ne suis pas totalement « attardé », j'accepte volontiers de lire ton bouquin (je ne perds jamais une occasion de rigoler ! ), à une condition : que tu me l'envoies gratuitement. Si tu n'es pas complètement passé du côté de la bling-bling connection, je ne doute pas que tu le feras !

Portrait de Zibel

De Zibel

(inquiète depuis le 6 mai 2007) | 15H25 | 30/01/2009 | Permalien

Merci à Henri Vacquin pour cette réponse que j'ai eu plaisir à lire.
Hélas donc vous n'êtes pas sénile, comme je savais ne pas pouvoir l'espérer ! ; -)

Mais j'aimerais beaucoup, beaucoup que vous nous donniez votre sentiment aujourd'hui, après 18 mois de règne du « moindre mal ».
Pensez-vous toujours que Sarkozy a fait naitre un « PS capable de revenir sur la cause de ses échecs » ? Quelle est votre analyse du « rapport de force » actuel entre droite et gauche ? Quid de la personnalité de celui pour qui vous avez voté ? Au-delà de ses convictions politiques, ses tendances mégalomaniaques voire un brin impulsives, son absence absolue d'esprit voire sa grossièreté ne vous semblent-elles pas mettre la République en danger ?

Portrait de h-r

De h-r

15H29 | 30/01/2009 | Permalien

Les internautes de Rue 89 ont largement réagit à la position de M. Vaquin : pas de circonstances atténuantes au geste d'imposture de ce monsieur !
Heureusement, tous les français, y compris ceux qui ont une sensibilité de gauche n'ont pas besoin de « s'encarter » et suivre comme des moutons une direction partisane qui ne correspondrait pas à leurs aspirations politiques.
Et pour corriger M.Vaquin, non Sarkozy n'est pas « le moindre mal » !
A suivre son raisonnement, rien n'aurait empêché d'élire un(e) candidat(e) de gauche et se mobiliser contre sa politique si elle ne convenait pas à nos concitoyens.
Heureusement, les français nous ont démontré hier qu'ils n'avaient pas besoin d'être « encartés » pour s'exprimer.
A en croire, d'ailleurs, la confusion parmi les commentateurs de l'actualité, cette mobilisation citoyenne et populaire a dérouté bien des observateurs : est-il si difficile à comprendre que les gens détestent Sarkozy et sa clique, ses méthodes, sa politique, ils ne trouvent pas de voie dans le paysage politique établi capable de porter leur parole, alors ils manifestent et se manifestent.
Heureusement, à l'inverse de M.Vaquin, certaines personnes, des citoyens français, organisent de nouveaux réseaux d'expression pour alerter, mobiliser, réfléchir, exprimer.
A cause de gens comme M.Vaquin, on mobilise en France un certain esprit de résistance.
La résistance, ça résonne comment pour vous ?

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