Grève générale : un parfum de 1936 et 1968 ? Oui, mais…
Depuis mercredi matin, veille de la grande journée de manifestation unitaire, pas mal de commentateurs rivalisent de substantifs pour arguer du caractère historique de la mobilisation. De fait, c'est vrai qu'on annonce des records de débrayages : 70% de grévistes à l'école primaire, annonçait l'Unsa à vingt-heure heures du jour J.
C'est vrai, aussi, que cela faisait longtemps qu'on n'avait pas vu pareille mobilisation interprofessionnelle. La défense du service public en bandoulière, les fonctionnaires s'annoncent certes en rangs nouris, jeudi, mais ils ne seront pas seuls à faire grève.
Aux côtés des magistrats, des personnels de santé, des profs ou des cheminots, on trouvera aussi des ouvriers de chez Renault et PSA, des journalistes, des intermittents, des retraités, des employés de banque, des dockers. Et même des pilotes d'hélicoptère !
Vague ? Peut-être, mais « éminemment politique »
Ce qui frappe, c'est l'absence d'objectif explicite. Des mots d'ordre, il y en a, bien sûr : biffer les suppressions de poste dans l'Education nationale, retoquer la réforme de la carte judiciaire, amender celle des universités où 57 000 enseignements chercheurs devraient voir leur statut muer sous l'impulsion de Valérie Pécresse.
Mais de grande revendication fédératrice, pas vraiment. Le grand mouvement prévu de longue date tend plutôt à fédérer autour de l'opposition à Nicolas Sarkozy et les préoccupations liées au pouvoir d'achat.
Ce flou peut-il remettre en cause l'ampleur historique de la journée de jeudi ? C'est la question que Rue89 a posée à Danielle Tartakowsky, historienne spécialiste de l'étude des mouvements sociaux, et a accompagné ses réponses de vidéos tirées des archives de l'INA.
L'absence de revendication claire est-elle souvent un frein à la mobilisation ?
Danielle Tartaknowsky rappelle « on est dans une logique qui vise à rassembler toute une série de mouvements qui s'expriment depuis quelques mois » :
« A la base, ils ont principalement en commun de se dresser contre la remise en cause du service public. Mais des questions de pouvoir d'achat sont venues s'ajouter, qui expliquent que la mobilisation du secteur privé s'annonce plus forte.
Les mots d'ordres existent, mais ils sont plus flous, plus larges. Mais par là-même, cette mobilisation est plus politique. On ne pouvait pas en dire autant des manifs contre le CPE ou même des grèves de décembre 1995, qui visaient le retrait du plan Juppé. »
A l'époque, le pays avait pourtant été largement bloqué, mais Chirac n'était pas de toutes les banderoles. Nicolas Sarkozy, a l'inverse, fait davantage office de catalyseur, ce qui n'était pas le cas en 1995 en dépit d'une hostilité indubitable à l'encontre d'Alain Juppé.
On relevait à l'epoque l'émergence de la problématique de la "résistance", tombée en désuétude, "et un réveil en sursaut après deux décennies de très grande atonie", précise Danielle Tartakowsky. (Voir la vidéo)
A quand remonte la dernière grande mobilisation toutes générations et tous secteurs confondus ?
Pour Danielle Tartakowsky, il faut sans doute remonter au 13 mai 1968, quand les ouvriers ont rejoint, à l'appel des syndicats, la contestation étudiante.
« Bien sûr, tout avait démarré sur un phénomène de dénonciation de la répression contre le mouvement étudiant. Mais les revendications étaient extrêmement larges. A une nuance près, toutefois : Force ouvrière avait fait un appel séparé, alors que jeudi,les syndicats seront au diapason. Cette année, l'unité est plus large encore qu'en 1968. »
Des archives de l'INA, on peut exhumer cette vidéo, qui évoque le moment la contestation gagne les usines. A Boulogne-Billancourt, les grévistes qui occupent les ateliers gardent portes closes devant le cortège étudiant. Dans le commentaire sonore, on retrouve les mots d'ordre de l'époque et notamment cette revendication, plutôt large : « réhumaniser les universités », « réhumaniser les usines ». (Voir la vidéo)
On compare la mobilisation de jeudi à celle de 1936. N'est-ce pas un peu excessif ?
« Ce qui est sûr, c'est qu'il est historique qu'on en vienne à mobiliser l'histoire antérieure de cette façon », note Danielle Tartakowsky :
« Quand on en est à prendre la référence de 1936, c'est qu'il se passe quelque chose. Et de fait, 1936 et 2009 ont en commun (avec 1968) d'être ce que j'appelle dans mes recherches “la grande manifestation” : une vocation globalisante, mais aussi la présence du mouvement associatif, comme c'est le cas cette semaine.
En 1936, on peut relever la présence dans les cortèges de toutes les grandes générations d'associations, de la Ligue des droits de l'homme, qui fait figure d'ancêtre aux mouvements de jeunes et de femmes en passant par les associations antifascistes et culturelles. On retrouve cette année la présence de tout le tissu associatif, et des secteurs public et privé. »
Si elle dresse un parallèle entre la mobilisation de jeudi et le monument que reste « 36 » dans la mémoire collective, l'universitaire invite toutefois à la prudence lorsqu'il s'agit de comparer les époques. Ainsi, au moment du Front populaire, le paysage syndical n'avait rien de comparable avec celui d'aujourd'hui, principalement ancré autour d'un gros syndicat majoritaire, là où émiettement et faible syndicalisation dominent aujourd'hui.
De plus, on n'oublie pas que les partis de gauche avaient déjà publié son programme au moment des grandes grèves, lequel n'avait pas grand chose à voir avec, mettons, le plan de relance du parti socialiste ! Retour sur l'époque en images. (Voir la vidéo)
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De warf
Handicapé | 07H28 | 29/01/2009 |
Je discutais hier soir avec mon entourage et ce n'est pas le mots « grève » dont on parlait, mais le mot prèsque Ségolènien :
La grèvolution…
Puis quand quelques cas sociaux se sont joints à nous, nous avons pensé à ce qui devrait en découler.
- Dissolution de l'assemblée et donc nouvelles éléctions
- Baisse du prix du manger(c'est comme ça qu'on dit par chez nous)
-Baisse immédiate du prix du gaz et pas cet été (on nous prends vraiment pour des cons)
- A bas le Roi, sa suite et sa cours…
- A 37 dollars le baril, le gasoil de devrait pas dépasser les 0.58€
- A bas les privilèges pour les grandes surfaces ou le droit du travail n'existe pas (source : les infiltrés d'hier soir) mais ou seul existe le droit pour les plus riches , de s'en foutre plein les fouilles…
-Stop au arrestations arbitraires d'hommes politique, de journaliste, de déssinateurs, de bloggeurs, de défensseurs de la liberté de la presse, etc…
-Stop aux mises sous écoute, des syndicalistes et autres personalités et politiques.
Bref l'apéro aidant et plus la soirée avancait, on n'en pouvait plus de ce qu'on ne voulais plus, mais avant que tout le monde rentre chez soi, on était sur d'une chose, alors que de droite et de gauche nous partions, c'était de dire stop à Sarkozy…
Je n'ai jamais manifesté de ma vie, ce sera une première ! ! !
De sinclair
08H17 | 29/01/2009 |
Titre pour accrocher le chaland il n'y a aucun rapprochement possible ni entre 36 et 68 d'ailleurs. Pourquoi pas 1789 ?
Je ressens un malaise a cette surenchère médiatique alors que vraisemblablement seule la fonction publique sera présente c'est la seule a ne pas craindre d'être virée. Le prive est trop soumis a un contrat de plus en plus précaire. De plus les fonctionnaires sont las d'être dénigrer alors que souvent ils manifestent et se battent pour rendre un service le meillur possible aux français. Eh ! oui regardez ce que donne le passage au prive
Tout cela pour je le crains mais j'espère me tromper dire que finalement les syndicats sont des irresponsables, les fonctionnaires des enfants gates. Que c'etait un « pétard mouille » comme disait un article ici.
Rue 89 se met au diapason du tam tam médiatique. Décevant. Après la prise d'otage des usagers par les méchants syndicaliste fonctionnaire voila le vous voyez malgré tout leurs efforts d'immobilisme ils n'y arrive que lamentablement.
Vu le battage même si la mobilisation est forte elle restera en dessous des annonces médiatiques. Trempez les mains dans l'eau chaude puis dans l'eau glace et elle vous paraitra tiede. Un must de la com
De cabocheouille
improbable bien que rémunératrice | 08H31 | 29/01/2009 |
C'est un peu une argutie cette histoire d'absence de revendication. C'est le contraire : il y a TELLEMENT de revendications qu'on ne sait plus par où commencer. Depuis 20 ans, on se fait enfoncer de partout, au nom d'un système économique qui nous emène dans une spirale nuisible et destructrice. La valeur de notre société est détruite par un esprit de banditisme. Là aujourd'hui, 29 janvier, on chasse les peur,s on retrouve le goût de la lutte et on prend un tournant. Personnellement j'ai 56 et j'ai décidé d'adhérer à la CGT. Et de militer contre la précarité et la fascisation de la société. Il y a un début à tout. S'il n'y avait pas de grève on en serait encore à l'esclavage. Il est temps de se remettre debout.
De Anastaze
☺ | 09H18 | 29/01/2009 |
Votre boutade sur 1789, n'en est peut-être pas une.
Les efforts pour ringardiser 1968 de notre président ne sont certainement pas gratuits.
Les rapprochements avec 36 et 68, nous rappellent, au-delà du fait que ce mouvement nous ferait régresser en 1935, que ces mouvements se sont fait en dehors et au-delà des organisations syndicales.
Quand on regarde les réformes effectuées par le gouvernement on se rend compte qu'il ne vise pas 1935, mais véritablement le rétablissement de l'ancien régime (jusqu'au rôle du curé dans l'éducation).