A debattre 27/01/2009 à 16h33

12 000 milliards de dollars pour la guerre au Proche-Orient


Une étude inédite chiffre à douze mille milliards de dollars la somme perdue suite aux conflits proche-orientaux depuis 1991.



Des dons pour la reconstruction de la mosquée d'or de Samara détruite en 2006 (Mushtaq Muhammad/Reuters).



(De Genève) Douze mille milliards de dollars, c'est la somme exorbitante perdue suite aux guerres qui ensanglantent l'ensemble du Proche-Orient depuis 1991. Ce constat chiffré est issu d'une étude inédite qui a été présentée au Palais des Nations, à Genève.

Mené par le Strategic Foresight Group (SFG) -groupe de réflexion basé en Inde- et soutenu par la Suisse, la Norvège, le Qatar et la Turquie, le rapport de 170 pages est basé sur 97 paramètres. Ces derniers vont des pertes humaines aux conséquences sur l'eau, le climat, l'agriculture, en passant par les libertés d'expression, de religions ou de la presse, l'éducation, la croissance démographique, le chômage, l'émigration, la hausse des loyers ou du prix du pétrole. Plus de cinquante experts d'Israël, des territoires palestiniens, d'Irak, du Liban, de Jordanie, d'Egypte, du Qatar, du Koweït et de la Ligue arabe ont participé à la recherche.

Une cascade de coûts

Le chercheur indien Sundeep Waslekar, président du SFG, précise :

« On doit parler d'une cascade de coûts dont une partie n'est pas quantifiable financièrement comme les atteintes à la dignité humaine. »

Le rapport pointe par exemple les centaines de milliers d'heures de travail perdues par les Palestiniens aux check-points (barrages israéliens). Il révèle aussi que 91% des Israéliens vivent dans un perpétuel sentiment de peur et d'insécurité. Sundeep Waslekar s'interroge :

« Comment construire une société à long terme dans de pareilles conditions ? »

Le chercheur précise que l'étude ne vise pas à trouver des solutions pour la paix dans la région :

« C'est la tâche des décideurs politiques. Nos recherches partent de 1991, date de la Conférence de Madrid [entre Israéliens et Palestiniens] où le destin du Proche-Orient aurait pu s'inverser. Cela n'a pas été le cas, mais nous avons trouvé judicieux d'estimer les gains qu'auraient engendré alors un processus de paix.

Il est important de savoir, par exemple, que 40% de la population en Jordanie est composée de réfugiés. Que se passerait-il si la Suisse devait accueillir deux millions de réfugiés ? Sans conflit, la croissance au Proche-Orient serait de 8% par an. »

L'Irak le plus touché


Proportionnellement à sa situation économique, l'Irak est le pays le plus touché, avec 2262 milliards de dollars de pertes. Ce montant représenterait son PIB -plus de trente fois supérieur à celui d'aujourd'hui- si le pays avait été à l'abri des guerres et des sanctions depuis 1991. Si l'on inclut les guerres contre l'Iran et le Koweït depuis 1980, son PIB serait cinquante fois supérieur.

Même après avoir payé des compensations aux réfugiés palestiniens et aux colons israéliens pour qu'ils déménagent, le revenu moyen annuel d'une famille israélienne pourrait croître de 4429 dollars, celui d'une famille égyptienne de 500 dollars, de 1250 dollars en Jordanie et de 5000 dollars en Arabie saoudite, selon l'étude. Sans parler du coût des infrastructures : transports entre les villes, acheminement du gaz entre Israël et le Liban, approvisionnement en eau, etc.

Un appel à la raison

« Ce rapport appelle à la raison dans une région dominée par les passions et les émotions, explique Jean-Daniel Ruch, représentant spécial pour le Proche-Orient du Département helvétique des affaires étrangères (DFAE), qui ajoute :

“Bien sûr, pour une mère de famille qui a perdu son mari et ses enfants dans les hostilités de Gaza, ces chiffres n'apportent aucun réconfort, là où il y a besoin de vérité et de justice. Mais ce genre d'étude pourrait enclencher la volonté politique nécessaire à un véritable processus de paix.”

Raja Khalidi, économiste à la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), reste dubitatif face aux ambitions du projet. Pour lui, l'ouvrage pourrait servir aux académiciens mais cela n'aura aucun impact sur les décideurs politiques pour arrêter la guerre :

“Le but d'une telle étude est certes noble, mais l'évaluation des coûts, aussi éloquents soient-ils, n'amènera pas la paix. Tous les calculs du monde n'arrêteront pas la guerre. Les racines du conflit sont autrement profondes. La justice et les droits sont en cause. Ces aspects doivent être abordés et résolus pour pouvoir envisager la fin des hostilités.

De plus, si cette logique qui consiste à évaluer les coûts pour décider de continuer ou non une guerre avait réellement un impact, on n'aurait certainement pas effectué les dépenses de ces dix dernières années.”

Les profiteurs de guerre

Autre remarque de l'économiste :

“Il ne faut pas oublier que les guerres sont nourries par les besoins des industries militaires qui se trouvent surtout en Europe et aux Etats-Unis. On sait que les conflits en Irak, Afghanistan et Gaza ont été exploités pour développer de nouvelles armes.

Par contre, si j'étais un politicien palestinien, je me servirais de cette étude pour revoir ma stratégie et gérer différemment ce conflit. En effet, les chiffres montrent que les pays arabes (à part l'Irak) et l'Iran ont perdu huit fois plus qu'Israël. Donc comme politicien arabe, je me poserais de sérieuses questions quant aux résultats obtenus par rapport aux gigantesques dépenses engendrées.”

De son côté, l'ancien ministre des travaux publics de l'autorité palestinienne, Mohammed Stayyeh, demande qu'on parle des coûts de l'occupation israélienne -et non du conflit israélo-palestinien :

“Une occupation qui profite économiquement à Israël. Un tiers de l'eau des cuisines israéliennes provient de Cisjordanie. Voilà dix-huit ans que le processus de paix se poursuit sans résultat tangible. Nous sommes obligés de reconstruire en boucle nos infrastructures avec les donations internationales. Il m'est arrivé de reconstruire jusqu'à cinq fois le même pont. Et c'est votre argent qui est gaspillé ! ”

En partenariat avec :



Ailleurs sur le Web
 ? Le site du groupe de réflexion Strategic Foresight Group (SFG)

Photo : en février 2008, une enfant irakienne regarde des billets de banque donnés pour la reconstruction de la mosquée d'or de Samara détruite en 2006 (Mushtaq Muhammad/Reuters).

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  • Infovite
    Infovite
    info-espress.over-blog.com
    • Posté à 16h53 le 27/01/2009
    • Internaute
      info-espress.over-blog.com

    « Mais ce genre d'étude pourrait enclencher la volonté politique nécessaire à un véritable processus de paix. »
    Si la volonté politique de faire la paix a pour motivation essentielle le fric , ce dernier prospère aussi malheureusement très bien durant les guerres.
    Lien

  • dulconte
    • Posté à 17h06 le 27/01/2009

    12 000 milliards c'est pas 40 fois la somme que réclame la FAO pour mettre fin à la faim dans le monde ?

    ok je sors.

  • Ryuu
    Ryuu répond à lioe
    Informaticien parisien
    • Posté à 17h14 le 27/01/2009
    • Internaute
      Informaticien parisien

    C'est marrant, moi je n'ai pas compris l'article comme ça.
    J'ai plutot l'impression que ces milliards perdus n'ont profités à personne, ils ont bels et bien été perdus. Ils correspondraient en fait à la valeur supplémentaire qui aurait été créée si les conflits n'avaient pas eu lieu.

    Pour reprendre l'exemple de l'article, arreter des gens à un checkpoint, ça leur fait perdre du temps, donc de l'argent (en temps de travail), mais ça n'enrichit personne d'autre à la place.

  • TARPON
    • Posté à 17h29 le 27/01/2009

    les vies humaines sont estimees à combien ?

  • Hulk -bloqué-
    • Posté à 18h01 le 27/01/2009

    Relisez l'article : une grosse partie de ces 12 000 milliards, c'est un manque à gagner.
    Ce n'est pas de l'argent qui a été dépensé ou détourné, c'est de la croissance économique qui n'a pas eu lieu.

  • trobador
    • Posté à 18h28 le 27/01/2009

    Tout ça pour aller piquer du pétrole et du gaz naturel. Eh ben, ça fait cher le gallon volé...

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 20h59 le 27/01/2009
    • Internaute
      oiseau

    Si j'en crois les chiffres que je trouve, le budget de la défense de tous les pays se trouve en perpétuelle augmentation. 37% en 10 ans peut-on lire dans un texte datant de 2006. Pour certain pays, c'est un budget identique à ceux qu'ils avaient durant la guerre froide. Quel est donc le grand péril qui nous menace tant et qui exige de tant s'armer ?

    Selon le Stockholm International Peace Research Institute, (Lien) les ventes d'armement se sont aussi accrues et trouve des acheteurs notamment au proche-orient. D'ailleurs, cet institut notait que ces armes risquaient fort d'augmenter l'instabilité de la région. C'est gagné.

    Évidemment, quand on a une arme, on est tenté de se croire fort et de vouloir s'en servir.

    12 000 000 000 000 de dollars de perte apprend-t-on maintenant. Les pertes sont néanmoins situées au proche orient. Je doute que les grandes entreprises de l'armement (essentiellement aux USA et en Europe de l'ouest) y voient un problème majeur à leur chiffre d'affaire en hausse. C'est comme en période de crise. Les petits trinquent et même si globalement une crise est une perte, les gros et gras ploutocrates y gagnent car il achètent à vils prix ce que le pauvre est obligé de vendre pour simplement manger. Certains ploutocrates se sont vicieusement enrichies en 1929 et dernièrement n'apprenait-on pas qu'un richissime achetait à tout va ?

    Bref, est-ce que ça va changer ? Non. Et pourquoi cela changerait-il ? Ceux qui s'enrichissent sur la mort des autres sont aussi ceux qui font la politique internationale. Regarder : Bush, le père est associé à la firme Carlyle (firme d'armement entre autre) dirigé par Frank Carlucci (conseiller national de sécurité pour Ronald Reagan). La femme de Dick Cheney (le vice-président de Bush-fils) siège au conseil d'administration du géant de l'armement US, Lockin Martin...

    Ils parlent de liberté et de paix, mais sous la table, ils vendent des armes. « On n'est pas ceux qui appuient sur la gâchette » se justifient-ils. Mais dans quelle mesure n'entretiennent-ils pas les conflits au moyen orient pour maintenir une forte demande de leur engins de mort et une ouverture vers les ressources, notamment pétrolières ?

  • comptebloqué 27 juillet 2009
    • Posté à 21h36 le 27/01/2009

    Les profiteurs de guerre

    Autre remarque de l'économiste :

    « Il ne faut pas oublier que les guerres sont nourries par les besoins des industries militaires qui se trouvent surtout en Europe et aux Etats-Unis. On sait que les conflits en Irak, Afghanistan et Gaza ont été exploités pour développer de nouvelles armes.

    Par contre, si j'étais un politicien palestinien, je me servirais de cette étude pour revoir ma stratégie et gérer différemment ce conflit. En effet, les chiffres montrent que les pays arabes (à part l'Irak) et l'Iran ont perdu huit fois plus qu'Israël. Donc comme politicien arabe, je me poserais de sérieuses questions quant aux résultats obtenus par rapport aux gigantesques dépenses engendrées. »

    Nous retrouvons toujours les mêmes noms de pays dans la liste des profiteurs de guerre « impunis ».... ! ! ! !