L'edito

Manifs de jeudi : pourquoi les Français soutiennent les grèves

Le ministre du Budget, Eric Woerth, a posé une question pertinente, ce week-end, en se demandant si le recours à la grève était « la meilleure réponse » au moment où l'économie mondiale est en crise. Il y apporte, hélas, la mauvaise réponse.

Au début d'une semaine sociale très importante, qui culminera avec la journée de grèves et de manifestations de jeudi, la France se trouve dans une situation paradoxale. Comme Eric Woerth, on pourrait se dire que la crise étant mondiale et pas seulement française, à quoi bon manifester sur le pavé parisien ou toulousain : contre qui ? pour quoi C'est la crise, mon bon Monsieur…

Pourtant, le sondage du Parisien ce week-end, révélait que 70% des Français se montraient « favorables » ou avaient « de la sympathie » pour ce mouvement du 29 janvier.

Un pourcentage qui va évidemment bien au-delà des clivages partisans de l'opinion française, et qui met en évidence un profond malaise et une exaspération sociale croissante auxquels le discours sur « la crise » ne suffit pas.

Un plan de relance insuffisant

Sept Français sur dix estiment, en soutenant ce mouvement, que la réponse apportée jusqu'ici à la crise ne les a pas convaincus. Certes, le gouvernement fera valoir que le plan de relance a besoin de plus de temps pour avoir de l'effet, et qu'il est trop tôt pour que l'impact des injections massives d'argent dans les économies des principaux pays fassent leur effet.

Mais il était visible d'entrée de jeu que le plan annoncé par Nicolas Sarkozy était insuffisant, et que d'autres mesures seront nécessaires.

Le problème est que les Français ont quelques raisons de ne pas faire confiance au gouvernement dans cette conjoncture difficile -pas plus d'ailleurs qu'ils n'ont été transportés d'enthousiasme par le contre-plan présenté par un PS qui a encore du chemin à faire pour offrir une alternative crédible.

Nicolas Sarkozy avait perdu, avant même d'achever sa première année à l'Elysée, toute crédibilité sur une valeur essentielle en temps de crise : le souci d'équité. Il a été perçu par l'opinion, y compris une partie de ses électeurs qui lui font défaut dans les sondages, comme le président des plus nantis. Et son coup de gueule de la semaine dernière pour forcer les patrons des banques françaises à renoncer à leurs bonus n'y change rien.

Le président de la République n'a pas réussi à convaincre les Français qu'il serait à la fois capable de piloter l'économie au coeur de la tempête, de traverser la crise en gérant équitablement la souffrance sociale qu'elle génère, et, peut-être surtout, qu'il était porteur d'un modèle de société adapté au monde de demain. Car il y a dans cette crise une dimension refondatrice, une opportunité, peut-être, à remodeler un système malade et inadapté.

Refonder le capitalisme : le poids des mots…

Et c'est non sans quelque agacement qu'on aura découvert l'interview du conseiller de Sarkozy Henri Guaino dans le Figaro, samedi, promettant de « refonder le capitalisme », et ressortant la « politique de civilisation » qui avait fait le bonheur des voeux présidentiels de 2008 pour disparaître aussi vite sans avoir jamais acquis la moindre consistance. On ne peut pas se gargariser de mots dans le contexte actuel.

Barack Obama a la chance paradoxale d'arriver aux commandes au moment où la crise est au plus fort aux Etats-Unis ; mais, surtout, il a su susciter chez les Américains l'espoir quasi messianique que, oui, on va s'en sortir tous ensemble. Le messianisme n'est heureusement pas trop de mise de ce côté de l'Atlantique, on lui préfère la politique.

Mais la réponse politique, en France, est encore loin du compte. Alors il y a la rue pour se faire entendre, pour faire passer les messages, tous les messages. C'est le sens, aussi, de l'« Appel des appels », qui fédère les mécontentements sociaux de toutes les catégories touchées par des réformes de Sarkozy aux allures de casse sociale.

Jeudi, la France vivra donc à l'heure de la grève et des manifs ; vendredi à l'appel de six médias dont Rue89, se tiendra une soirée sur la liberté d'information au théâtre du Châtelet à Paris ; et samedi, les signataires de l'« Appel des appels » organisent une réunion de coordination.

Après ? Chacun sera devant ses responsabilités, responsables des mouvements sociaux, partis politiques et gouvernement, à un moment grave. Mais sans doute faut-il en passer par là pour que le monde de demain ne soit pas le même qu'avant la crise, en encore moins bien…

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5 commentaires sélectionnés

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De Airinys

ailleurs | 18H06 | 26/01/2009 | Permalien

Nicolas Sarkozy distribue des milliards à tour de bras, et moi-même, comme les autres français qui travaillent, je ne vois rien arriver dans ma poche. D'autant que la situation commence à devenir explosive, les salaires restent désespérément bloqués alors que la flambée inflationniste du printemps a durablement entamée le pouvoir d'achat, y compris sur les produits de base (essence, alimentation …).

Comme si cela ne suffisait pas, le pourfendeur de l'impôt, a créé une nouvelle taxe chaque mois pour la classe moyenne, et dans le même temps s'est efforcé avec un acharnement déraisonné à defiscaliser les plus aisés.

Tout ceci aurait pu être acceptable, car beaucoup de français ont sincèrement cru que le pacte social de Sarkozy leur permettrait d'améliorer leur situation personnelle, en travaillant plus. Mais là non plus, rien n'arrive, pourtant ce n'est pas la bonne volonté des français qui est en cause.

En 18 mois, une crise des prix et un cyclone financier plus tard, l'optimisme débordant de mai 2007 s'est transformé en pessimisme historique.

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De Thiasma

Passant sans-soucis | 13H49 | 26/01/2009 | Permalien

Luis, et si c'était un tout petit peu plus compliqué que « les méchants fonctionnaires nantis » contre les « cocus du privé » ?

Moi, je suis du privé, et effectivement, je me tâte à me déclarer gréviste jeudi, sachant que je risque d'être bien seul à la faire dans ma SSII fourmillante de jeunes cadres ambitieux et dépolitisés…

Mais en discutant avec eux, je me rends bien compte qu'ils souhaitent secrètement que quelqu'un la fasse « à leur place », cette grève !

Parce que même avec des salaires élevés, ces ingénieurs et ces commerciaux commencent à se rendre compte que la pression continuelle qu'ils subissent au travail, cette performance qu'on exige d'eux et à laquelle ils se consacrent (« créer de la valeur pour le client et l'actionnaire ») leur sera bientôt récompensée à coup de plan sociaux, à coup de rabiotage sur le peu de temps libre qu'il leur reste, de sacrifices encore et encore exigés sans jamais voir la couleur des bénéfices promis…

Et cette « cocufication » là, ils savent très bien que ce n'est pas aux vilains fonctionnaires nantis du public qu'ils la doivent.

Alors, oui, la grève, même s'ils râlent pour leur métro-boulot-dodo, de jeudi prochain, ils l'attendent, et certains aimeraient carrément la voir flambante.

Portrait de SANTIER Jean-Claude

De SANTIER Jean-Claude

journaliste | 14H32 | 26/01/2009 | Permalien

Il me semble que les français en ont assez de voir des dirigeants qui gagnent pour plusieurs générations de SMIC, pour eux et toute leur descendance, rien qu'avec leurs bonus, des gens qui n'ont pas besoin d'argent qui se font rembourser des impôts, des syndicats qui sont souvent là pour être planqués, et effectuer le minimum de travail, et des magouilles, passe moi le beurre, je te passe le sel.
Combien de patrons, j'emploie ce mot à juste titre ont compris qu'en ménageant les délégués avec une petite promotion, une petite prime,ils vont acheter la paix sociale. d'autres plus fins comme dans certaines compagnies d'assurancesdonnent un chèque syndical à tout le personnel afin d'avoir moins de cinq interlocuteurs au lieu de l'effectif ?
Les gens des syndicats ne risquent rien à faire grêve, mais où est passé leur humanité quand leurs camarades employés des petites sociétés vont avoir leurs salaires réduit leurs et qu'ils vont encore avoir plus de difficultés à faire simplement manger leurs familles.
En plus tout ceci est exacerbé avec la crise dont nous avons vu que la partie immergée de l'iceberg, et la confiance ne reviendra pas avec magie dans un pays où tout le monde exploite tout le monde : les grossistes, les différents fournisseurs, les super et hypermarchés, qui achètent au producteurs à des prix tout petits et enfin les industriels qui s'en mettent plein les poches.
Pourquoi tous ces prix augmentent ils autant en France ?
Alors que faire ? entre prêter ou garantir par l'Etat les prêts des banques, sans aucune contre partie, le système continue, et perdure, et pourquoi ne pas dépenser son énergie à réformer le pays et analyser les points de bloquage au lieu d'effectuer de deux à six annonces par semaines et tant de lois, de communication, sans décrets d'application. Du vent, dans les ministères, ils ont le tournis, à peine ont ils échafaudé comment écrire un texte qu'un autre leur tombe dessus, c'est vraiment la pagaille.
A partir du moment où au plus haut niveau de l'état les ministres sont devenus des valets, où les députés ne peuvent plus être la paroi entre le peuple et le pouvoir, où les médias, gratuits ou payants recopient texto les dépêches, sans sourcer les informations, et que la menace règne si vous dépasser la ligne et critiquer je regrette de l'écrire mais tout devient possible, et celà va mal finir.
Souvent les courants d'air proviennent de ce qu'il y a trop d'ouverture, être dans le vent, c'est une ambition de feuille morte.
Les capitalistes gagnent ce qu'ils dépensent, les salariés dépensent ce qu'ils gagnent.
Avouer qu'on s'est trompé en communiquant à tout va, sans résultats sur investissement visible ,c'est rendre le plus éclatant hommage à la perspicacité de son esprit.
il est encore tant de passer aux actes concrets et cessez cette communication marketing où au bout du compte rien ne change, la rupture c'est aussi améliorer la vie des gens qui souffrent, quand ils seront désespérés et auront faim, le mouvement ne pourra plus s'arrêter, et nous constatons que des milliers de gens sont exaspérés, il suffit d'une étincelle pour que àa flambe et dégénère.
Cette contibution se veut positive pour ouvrir les yeux car nous vivons dans un pays où tout le monde, moi même sont d'accord pour le changement si celà affecte l'autre.
Il suffirai de saisir un problême , de suivre jusqu'au peuple sa réalisation et passer à autre chose, au lieu de faire télescoper des mesures parfois contradictoires où même des décideurs du plus haut niveau de l'Etat m'ont dit » on n'y comprends plus rien »
Ce n'est pas le coup d'état permanent, il viendra plus tard, c'est le changement sans méthode, sans analyse, sans prospective, sans comprendre le terrain, et après nous constations le résultat.
Alors Stop ou encore ?

Portrait de thurobgl

De thurobgl

etudiant | 14H37 | 26/01/2009 | Permalien

Moi ce qui me révolte c'est vraiment l'arrogance insupportable dont fait preuve Sarko.
Cet homme ( enfin cet ado attardé) fait peur à voir. Il est fou de son pouvoir et manque de recul.
Personne à la majorité n'a les couilles de lui faire des remarques et l'opposition il veut la supprimer.
Quand je pense que Obama a gelé son salaire et celui de ses collaborateurs à la maison blanche en disant qu'effectivement on est en crise ca c'est un beau geste. Après est ce qu'il sauvra le monde ? Faut pas rêver non plus.
Mais quand je vois que Sarko en tant de crise profite de cela pour faire passer des réformes liberticides qui vont à l'encontre même du Gaullisme.
Là on est face à un président qui ne sert pas le peuple mais n'oublie pas de se servir ( en tant de crise c'est inacceptable).
Enfin n'oublions pas que Sarko a été adoubé par Pasqua exactement comme Berlusconi ( eh oui Pasqua a lancé Berlusconi).
Bref tout ca est pittoyable

Portrait de hagalma

De hagalma

14H49 | 26/01/2009 | Permalien

Merci à Pierre Haski de rappeler l'antériorité du problème français sur la crise. Une France qui a élu en mai 2007, tel un passage à l'acte dans un contexte de repères brouillés, un bonimenteur de la concupiscence. Sûr que dans la sympathie d'une majorité de français à l'endroit de la journée du 29 janvier, il y a par exemple l'image du Fouquet's, et la déclaration un peu plus tard que les caisses sont vides. Soit une représentation parmi d'autres (nombreuses ! ) qu'une parole n'a pas été tenue, que le nouage tant magnifié de l'offre à la demande économique pour nous assurer à chacun et à tous des lendemains qui chantent, n'a pas pris.
Le plus étonnant est la persévérance du paradigme dans les décisions du gouvernement : l'économie de marché appliquée aux services publics, alors que le même gouvernement trouve des milliards en veux-tu en voilà pour sauver les banques, l'automobile, les grands groupes industriels et financiers. Le tout assorti d'un discours moralisateur de retour à des fondamentaux : récompenser l'effort, permettre l'ascension à la diversité « naturelle », cultiver le souvenir du traumatisme (Guy Mocquet), égaliser les diversités culturelles (l'uniforme cher à Darcos), enfermer tous les fous dangereux (fou, c'est dans Fouquet's…). Bref, une sorte de positivisme s'imposant comme langue naturelle, « la politique de civilisation », alors même que la bienfaisance du discours référentiel, l'évangile selon l'économie de marché, n'a jamais autant qu'aujourd'hui fait entendre qu'elle ne concerne que quelques uns sur cette planète.
Donner de l'argent en plus à la fin du mois ? Pauvre P.S, quand il s'agirait d'abord de faire écart avec le marché, en demandant aux français pour quels services fondamentaux ils sont près à se battre pour leurs enfants, et aux boursicoteurs de leur rappeler qu'un sujet n'est pas une variable d'ajustement.
Refonder le contrat social.

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