Vos reactions 25/01/2009 à 18h04

La grève en Guadeloupe racontée par ses habitants




Entreprise fermée à Jarry en Guadeloupe le 23 janvier 2009 (capture du site Jarrycafe.com).

Suite à la publication de l'article « La Guadeloupe paralysée par la grève générale », nos lecteurs de Guadeloupe nous ont écrit pour raconter leur quotidien dans le département d'outre-mer en révolte contre la vie chère depuis mardi.

Monique : « Je regarde ces hommes avec immensément de fierté »

« Je suis une métro enseignante vivant en Guadeloupe depuis douze ans. C'est une grève générale venue des entrailles, avec les excès inévitables de langage et les radicalisations de ceux qui sont élevés dans le “baisse les yeux, ferme ta bouche”.

Mais les raisons de manifester sont justes. Même si certaines sont irréalistes, et je le dis avec émotion.

La vie chère : au moins 50% plus cher qu'en métropole. C'est gérable pour les fonctionnaires qui touchent 40% de plus pour la vie chère justement, mais je sais que ma femme de ménage doit mettre les ignames (importés) sur la table plus souvent qu'à son tour. Tout est taxé par l'octroi de mer perçu par la région.

Les politiques sont pourris. J'assume ce que je dis. Un mépris manifeste du peuple, un abêtissement programmé, une spoliation de l'argent public pour des intérêts privés.

Malgré les maladresses de toute manifestation de cette ampleur, malgré les “la Guadeloupe est à nous, elle n'est pas à eux” inhérents à une douleur non encore cicatrisée, je regarde ces hommes avec immensément de fierté. Des hommes debout. »

Catherine : « Nous avons peu d'informations »

« Depuis mardi, la Guadeloupe est paralysée : plus d'essence dans les cuves donc plus de transports, plus d'école, plus de commerces ouverts, des coupures d'électricité tournantes (hier soir, dans notre quartier, à 18h15, l'heure où il fait nuit et où les gens rentrent), des coupures d'eau (hier, durant presque neuf heures chez nous, dès 6 heures du matin).

La plupart des entreprises et commerces qui n'avaient pas fermé ont été obligés de le faire par intimidation. Des dérapages ont lieu, car les esprits s'échauffent et les voyous en profitent (voitures brûlées, essence siphonnée...) Un lot de revendications, aussi nombreuses que variées et un refus de négocier, de la part des syndicalistes, s'il n'y a pas toutes les bonnes personnes, si cela empiète sur l'heure de la manif prévue...

Les gens, ici, sont fatalistes et habitués, car ils ont connu dans le passé des grèves très dures. Ils vont faire leurs réserves d'eau et de provisions. Je connais même des personnes qui ont fait construire des citernes, en même temps que leur maison, pour pallier toute pénurie et qui ont un groupe électrogène. Moi, bêtement, je ne suis pas allée remplir un chariot plein, car cela m'agaçait...

Mais le plus grave, à mon avis, est le peu d'information que nous avons. La chaîne locale, acquise ouvertement au mouvement, distille toute la journée des images de routes vides et de barrages et donne une info partisane, sans débat contradictoire, sans analyse journalistique véritable. Les gens s'échangent des liens et internet heureusement apporte plus d'éléments. »



Grève du 20 janvier en Guadeloupe (capture du site Jarrycafe.com).

Rudia : « C'est une attitude ridicule »

« Je fais le constat suivant : les Guadeloupéens suivent ce mouvement de grève comme des “moutons” ! Certes, le pouvoir d'achat est une question qui interroge tout le monde et d'avantage les Antilles car les prix sont encore plus élevés qu'en métropole, mais je pense qu'avec ne serait-ce qu'un peu de réflexion, on se rendrait compte à quel point c'est une attitude ridicule.

Nous sommes en période de crise, ils empêchent les commerces de fonctionner, si je prends l'exemple de Pointe-à-Pitre, la situation des commerces est catastrophique, je reste persuadée qu'à l'issue de ce mouvement, de nombreux magasins fermeront leurs portes.

Concrètement, qu'est ce qu'on peux faire pour eux ? Moi, je me le demande. Avec toutes leurs revendications, ce n'est pas une grève qu'il faudrait, mais une révolution.

Le syndicat majoritaire qui a appelé à la grève est l'UGTG (Union générale des travailleurs guadeloupéens). Ce syndicat a un penchant très nationaliste, voire même indépendantiste. J'ai pu noter que la manifestation qui, au départ traitait du pouvoir d'achat (notamment), penche maintenant vers un discours indépendantiste. »

Christophe : « Les revendications sont complètement fantaisistes et irréalisables »

« Les grands hôtels et donc les touristes sont pris pour cible. Ils ne peuvent sortir qu'à pied, il y a des barricades y compris devant la vieille tour mais ils gèrent puisqu'ils peuvent se payer des vigiles. Parallèlement, les stations services sont fermé depuis lundi. Les ravitaillements commencent à être problématiques.

Pour la première fois dans la longue histoire des barrages en Guadeloupe, l'appel à la grève est le résultat d'une coalition de tous les syndicats, malheureusement les revendications sont complètement fantaisistes et irréalisables.

Depuis trois jours, des groupuscules sans convictions particulières érigent des barrages à droite, à gauche, y compris en pleine campagne, mais c'est un genre de sport national. De toute façon, tout sera débloqué ce weekend car nous sommes en plein carnaval.

Ironie : tout ça advient alors que l'Etat négocie des tarifs aériens préférentiels pour relancer le tourisme. »

Nadine : « La vie est super chère ici »

« Nous habitons entre Pointe-à-Pitre et Basse-Terre. C'est seulement depuis vendredi, dans ma petite, très petite commune où il ne se passe jamais rien (dommage) que je ressens les méfaits de la grève.

Les gens viennent de Basse-Terre parce qu'ils avaient appris que chez nous, c'était cool et que les magasins étaient encore ouverts. Pas de chance, les manifestants aussi l'ont appris. Alors ils ont fermés notre Leader Price et autres commerces. Pour autant, mon courrier a été distribué dans ma boîte aux lettres aujourd'hui. Remarquez, je me passerais plus des factures que du pain ou de cigarettes… Mais le 8 à huit a été dévalisé de ses raviolis, cassoulets et de packs d'eau.

Ici, pas de coupure d'eau ni d'électricité, et je croise les doigts. J'ai fait le plein d'eau, j'ai fait le plein de bougies, et j'ai sorti mes jeux de sociétés (style Scrabble).

Le seul problème est qu'il est vrai que la vie est super chère ici. J'ai trente ans d'expatriation (Afrique, Polynésie, DOM) mais pour joindre les deux bouts, je peux vous assurer, quoi que toutes les stats puissent vous dire, c'est impossible, et chacun y va de sa raison. »

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Ailleurs sur le Web
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Photos : entreprise fermée à Jarry le 23 janvier 2009. Grève du 20 janvier en Guadeloupe (captures du site Jarrycafe.com).

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  • Rafa
    Rafa répond à chocobon21
    • Posté à 18h58 le 25/01/2009

    Absolument ! c'est incroyable personne n'en parle ! a croire que rue 89 a inventer tout ca !

  • LOLO97190
    LOLO97190
    fonctionnaire
    • Posté à 19h58 le 25/01/2009
    • Internaute
      fonctionnaire

    Fonctionnaire blanc ( précision malheureusement necessaire pour certains) percevant 20°/° de plus qu'à Paris ( et non 40 °/°car une grande partie du salaire est composé de primes et n'est donc pas indexé) , vivant en Guadeloupe depuis 10 ans je me permet de vous apporter modestement mon témoignage.
    Effectivement vu sous l'angle d'une demande d'augmentation du pouvoir d'achat, tout mouvement ne peut qu'avoir le soutien de tous.
    Mais derriére ce mirroir aux alouettes ou cette carotte , se cachent beaucoup de problémes propres à la Guadeloupe.
    Tout d'abord ce syndicat leader dans ce mouvement l UGTG est bien connu ici depuis longtemeps pour ne pas hésiter à utiliser des méthéodes d'intimidations physiques, verbales contres ces opposants ce qui a entrainé une certaine peur de la part de la population qui est loin d'être majoritaire à les soutenir.
    Parmi cesgens là, nous retrouvons des indépendantistes méthode dure donc un gracié par un ancien président de la République pour acte terroriste, des anti blancs avérés et qui ne se cachent même pasdans leurs propos, des opportunistes, des paumés, des racistes et des anti france mais qui travaillent dans la fonction publique.
    Autour de ce noyau dur gravitent heureusement destravailleurs sinceres en difficulté qui en ont assezde cette vie chére ou certains ous prétexte de l'eloignement multiplie à gogo le sprix.Vous me direz que le client a le choix, la concurrence existe et bien non pas forcément ici tout est cher, peu depersonnes controlent presque tout.
    Contrairement à la Martinqiue , j'ai le sentiment que nous n avançons pas.J'entends toujours les mêmes conflits, les mêmes propos hargneux , les mês politiques , le même discours de l'état.Tout est de la faute de l'autre , on critique un état dont on demande de plus en plus.
    Cette ile est magnifique, elle devrait regorger de tourristes , êtreà peu présheureuse par rapport à ce que nous pouvons constater chez nos voisins de la caraibe.
    Et bien non, on s'enfonce petit à petit, on s'insulte, on se bat
    on sedétruit....Je suis triste car pour moi cela est un gros gachis.
    Dommage.

  • Kathie Péjie
    Kathie Péjie
    My business
    • Posté à 19h59 le 25/01/2009
    • Internaute
      My business

    Je suis Guadeloupéenne, et j'ai toujours vécu sur mon île. Je trouve qu'une bonne part des revendications sont légitimes, mais que la forme du mouvement est inappropriée. Beaucoup des 123 points relèvent du champ du politique. Certaines organisations politiques, qui se sont opportunément jointes au mouvement (à défaut d'avoir pu se faire élire lors des récentes élections), alors que jusqu'ici elles brillaient par leur silence mortifère.

    Certes, les élus en poste n'en ont peut-être pas fait assez, mais est-ce une raison pour tout bloquer ? Moi qui suis actuellement en recherche d'emploi, j'enrage. Bloquée chez moi, sans revenu garanti comme ceux qui mènent le mouvement, dont une bonne part est issue de la fonction publique, tel M. Elie Domota, meneur du collectif et chef de l'UGTG.

    J'enrage d'autant plus que je suis absolument certaine que s'ils obtiennent même partiellement satisfaction, ils poursuivront le mouvement avec un grand classique que l'UGTG nous sert à chaque grève, dans quelqu'organisation où ils s'imposent : faire grève pour obtenir … le paiement des jours de grève.

  • Nobody
    Nobody répond à alberte
    • Posté à 20h56 le 25/01/2009

    C'est tout les fonctionnaires qui gagnent plus, pas que les métropolitains.