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Cizia Zykë en Guyane (1/2) : trouble troc dans la jungle de l'or

Cizia Zykë à Cayenne, en janvier 2009 (Frédéric Farine).

(De Guyane) En 1985, son best-seller « Oro » contait ses frasques de chercheur d'or au Costa Rica. Invité sur le plateau d'Apostrophes, Cizia Zykë avait estomaqué un Bernard Pivot, séduit par le livre, alors que, dans le même temps, l'ambassadeur du Costa Rica en France s'indignait par courrier auprès du journaliste que l'on puisse accueillir un tel personnage « dans une émission aussi raffinée ».



Près d'un quart de siècle plus tard, Cizia Zykë, 59 ans, est toujours un chercheur de désordres. En Guyane, il ravitaille les « garimpeiros » (chercheurs d'or brésiliens) clandestins. C'est « la seule manière » selon lui « d'infiltrer » ce milieu, sujet principal de son prochain livre, « Oro and Co », programmé pour cette année. Les gendarmes sont venus l'interpeller mi-décembre en hélicoptère à Saül, village isolé de la forêt guyanaise et ont saisi son « shotgun », arme « achetée sur le fleuve Maroni » qui sépare la Guyane du Surinam. Il a été mis en examen pour « complicité d'exploitation aurifère illicite » et laissé en liberté sous contrôle judiciaire.

« C'est un type incroyable. A peine arrivé, il a loué un carbet (petite habitation de bois ouverte vers l'extérieur) au beau milieu du village, a fait venir un avion avec des sacs de manioc, de riz, des lampes frontales, des balances pour peser l'or. Et il a commencé à vendre tout cela aux Brésiliens », explique, sidérée, Fabienne, commerçante de Saül qui a, elle aussi, des ennuis judiciaires pour avoir vendu des denrées aux orpailleurs brésiliens clandestins. « Il est vraiment fou. A ce point-là, je n'en avais jamais vu » renchérit, amusé, Joselito, son concubin, un Brésilien, en règle, qui en a pourtant connu d'autres en quinze ans de Guyane.

Le « fou », c'est Cizia Zykë. Crâne rasé, larges épaules, regard clair, chemise ouverte à la BHL s'il avait été pirate. Il me donne rendez-vous dans un snack chinois de Cayenne pour commenter ses dernières frasques. A l'index gauche, la bague ostentatoire de trente grammes d'or avec un diamant qu'il porte depuis plus de vingt ans représente une divinité hindoue. Il se justifie d'emblée :

« Si j'avais voulu faire le trafiquant, je ne me serais pas installé au centre de Saül. devant tout le monde. Il existe des réseaux où l'on peut être beaucoup plus discret (…)J'ai fait du troc avec les orpailleurs brésiliens. C'est la seule manière de pénétrer la forêt, de les filmer travaillant comme des fourmis. »

Puis, si vous vous permettez de douter de son explication :

« Pour vous c'est plus facile d'y pénétrer. Vous êtes journaliste et vous n'avez pas une gueule de flic. Moi j'ai une gueule de flic, alors je m'adapte. »

En Guyane « depuis près d'un an » il met en scène avec ses recettes très personnelles, outre un documentaire qui doit encore trouver un distributeur, la trame du premier tome de « Oro and Co », son prochain livre, censé sortir « fin mai, début juin, aux éditions Fleuve Noir ». L'éditeur nous l'a confirmé.

Fiction ou réalité ? Une ville dans la jungle avec un casino-bordel flottant

« Au départ, je suis revenu en Amérique du Sud pour créer une ville dans la jungle en face de Maripasoula, sur le fleuve Maroni (frontière isolée entre Guyane française et Surinam). C'est le vieux rêve de tout aventurier. Je veux la construire sur la rive surinamienne, car côté français, c'est très compliqué d'ouvrir un casino. Je vais ainsi clore mes aventures terrestres qui durent depuis quarante-deux ans et une aventure éditoriale qui aura duré vingt-cinq ans. Puis, je m'occuperai de mes deux derniers enfants de 9 et 11 ans qui sont très turbulents, tout en réalisant les films de mes bouquins. Ensuite, je prendrai la mer. »

Son projet de ville ? « Il l'a évoqué aux enquêteurs. Ça me paraît relever de la mythomanie », estime le procureur de la République de Cayenne, François Schneider. « S'il réunit tous les financements, c'est possible » estime, au contraire, Thierry Heuret, opérateur minier de Maripasoula. Le projet prévoit, selon Cizia Zykë, « un supermarché pour casser le monopole côté français, une école, un dispensaire, un comptoir d'or et un casino-cabaret flottant “.

Autrement dit un bordel. ‘Oui, un cabaret, c'est un bordel, pourquoi le cacher, mais il ne sera pas question de proxénétisme ni d'exploitation de la femme’, soutient étrangement Zykë avant d'ajouter : ‘j'ai été chercheur d'or. Lorsqu'on est dans une jungle et qu'on a la chance de trouver de l'or, on veut le dépenser et c'est ce rêve là que je veux donner, ce plaisir : il y aura neuf chambres de luxe avec jacuzzis. Les Brésiliens travaillent dans toute la forêt, en Guyane comme au Surinam. Ce n'est pas moi qui ai créé cela, c'est une ambiance…’

Cizia Zykë concède que ce projet sulfureux de ville far-west dans la jungle ‘est un peu long’ à se dessiner. ‘Il faut rassembler les investisseurs de Guyane, de métropole et des hommes influents du Surinam.’ Entretemps, ‘des amis, opérateurs miniers légaux de Guyane m'ont demandé de m'intéresser aux orpailleurs clandestins. C'est le virage de cette aventure. Je me suis plongé dans l'univers des clandestins en forêt pour le premier tome d'Oro and Co’. Mais le projet de ville demeure”, insiste-t-il. La création de sa cité dans la jungle pourrait offrir le thème central du second tome d'“Oro and Co”.

“On a saisi tout ce que l'on a pu des denrées et du matériel qu'il avait fait affréter à Saül. Il était venu pour s'immerger, c'est réussi ! ”, commente le procureur de la République François Schneider quand on l'interroge sur la mise en examen pour “complicité d'orpaillage clandestin” de Cizia Zykë. “J'ai lu ‘Oro’. Et le personnage correspond à celui du livre”, concède le magistrat.

Lire aussi sur Rue89 :
la seconde partie de l'enquête sur Cizia Zykë en Guyane : infiltré pour un scénario en or

Photo : Cizia Zykë à Cayenne, en janvier 2009 (Frédéric Farine).

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Carvalho

De Carvalho

militant associatif à Paris | 15H01 | 23/01/2009 | Permalien

Un portrait ridicule d'un type qui l'est tout autant. Il serait temps, chers amis de Rue 89, de parler autrement de la Guyane.
Par exemple de ceci : http://mdh.limoges.free.fr/spip/spip.php ? page=actualites&id_article=302

Portrait de pail

De pail

15H45 | 23/01/2009 | Permalien

J'ai du mal à comprendre les réactions enjouées des lecteurs de cet article.
Les bouquins de Zikë, c'est l'apologie de la violence, de la misogynie et de la beaufitude…
Bref très dans l'air du temps quoi !
Il ne devrait pas tarder à se retrouver haut commissaire à l'aventure chez NS…

Un aventurier comme on ne les aime pas, même si j'ai moi aussi rêvé ado sur ses bouquins…, j'ai appris à réfléchir (un peu) depuis.

Portrait de Zibel

De Zibel

(inquiète depuis le 6 mai 2007) | 16H44 | 23/01/2009 | Permalien

Merci de valoriser le fantastique et indispensable travail de la CIMADE en Guyane, en parlant de cette réunion. Même s'il n'y a pas de « hauts » en Guyane, qui n'est pas une île volcanique, ce qui montre combien l'auteur connait bien le terrain.

Frédéric Farine, lui, poursuit son travail d'enquêteur-journaliste en Guyane avec une objectivité professionnelle qui le rend parfois détestable (quand on fait du mieux qu'on peut et qu'on subit quand même ses critiques), une précision d'horloge qui le fait craindre, et un mépris total de la bienséance qui lui attire bien des reproches.

Quant à ce Cyzia Zyke pourri qui méprise le monde entier, il n'est hélas pas ridicule mais dangereux et concentre tous les dangers de l'orpaillage en Guyane : destruction de l'environnement, mise en danger de la santé, travail des clandestins dans des conditions quasi esclavagistes, objétisation des femmes, compromission des habitants-victimes (qui deviennent complices des orpailleurs, faute de mieux)…

Saül, berceau historique de l'orpaillage, était devenu ces dernières années un paradis pour les randonneurs, qui faisait espérer un développement du tourisme vert en Guyane (certains habitants commençaient à en vivre). Le retour des orpailleurs et la destruction rapide des sites au mépris de la législation (parc naturel) est en train de tout fiche en l'air. Ca fait mal aux tripes.

Portrait de Fidelista

De Fidelista

En colère | 16H45 | 23/01/2009 | Permalien

Ha ha ha, j'adore les pisses froids qui ne comprennent rien aux subtilités du monde. Je remercie Cizia de m'avoir donner le virus après avoir lu ORO, le livre qui me fit partir 7 années durant, mais avec moins de succès que lui. Cependant, c'est tellment le bordel dans nos contrées, que je me laisserais bien séduire par une petite partie en Guyane.

Portrait de Serge Quadruppani

De Serge Quadruppani

Nomade italo-bellevilois | 17H05 | 23/01/2009 | Permalien

Ce qui serait intéressant à comprendre, c'est la fascination qu'exerce sur certains ce genre de personnage qui s'avère, dès qu'on gratte un peu, un minable. Ce n'est pas parce qu'on a soi-même une vie qu'on trouve parfois minable (parce que dépourvue d'aventure) qu'on devrait être aussi crédule. Pourquoi ce besoin de croire à ce genre de type tout juste bon à allumer des fantasmes sexuels chez ceux-celles que ça branche, le genre « il sentait bon le sable chaud » ?
Si vous avez envie de rêver des « contrées magnifiques », comme disait Rimbaud, y'a quand même tant de bons auteurs. Lisez Conrad, Stevenson, Jusles Vernes ! Ou Cendrars qui, lui au moins, ne se fatiguait pas à voyager, il paraît qu'il inventait presque tout. Ou alors, pour un vrai savoir-voyager, lisez l'« Usage du Monde » de Nicolas Bouvier.
Tous ces bons conseils de lecture, ça n'arrange pas mes affaires, le Fleuve Noir étant un de mes employeurs (et publiant AUSSI d'excellents livres).

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