Parlons Net 23/01/2009 à 21h44

Barack Obama stratège : « trois électeurs sur quatre » fichés


C'est lui qui a dirigé la stratégie Internet de Ségolène Royal en 2007. C'est lui aussi, accompagné du « think tank » de gauche Terra Nova, qui vient d'étudier, quinze jours durant aux Etats-Unis, la Web campagne de Barack Obama. A ces deux titres, au cœur de l'actualité, Benoît Thieulin, fondateur de La Netscouade, était l'invité ce vendredi de « Parlons Net », le club de la presse Internet de France Info, dont Rue89 est partenaire.

Ségolène Royal a-t-elle « inspiré » Barack Obama, comme elle l'a prétendu, puis démenti ? Si Benoît Thieulin confie trouver l'expression un peu osée, il évacue le débat en abordant le fond : « Le Web politique au fond s'inspire des usages sociaux du Web et il passe son temps à se copier à améliorer les outils. »

Ne pas croire pour autant qu'il manie la langue de bois, arme préférée des politiques qu'il n'est pas. S'il croît en Ségolène Royal, il tient aussi à son indépendance d'esprit. Il se félicite de « la constitution et l'organisation d'un mouvement politique alternatif à côté du PS » en 2007, mais reconnaît aussi l'échec des synthèses des propositions des adhérents de Désirs d'avenir.

1 électeur sur 14 convaincu par le porte-à-porte

Mais, aujourd'hui, il préfère se concentrer sur l'étude de la campagne d'Obama, sur Internet et sur le terrain. Une campagne menée de main de maître, qui a été le fruit d'un nombre impressionnant d'études statistiques, rappelées par Benoît Thieulin : « Quand vous distribuez 100 000 tracts, vous arrivez à convaincre un électeur. » Alors que le ratio est de 1 sur 100 pour le démarchage au téléphone. Et de 1 sur 14 pour le porte-à-porte.

Autant dire que pour les équipes de Barack Obama, le choix a été rapidement fait. L'organisation verticale a été d'une redoutable efficacité, et ne s'est pas privée d'utiliser un fichier qui regroupait au final « trois électeurs sur quatre », croisant jusqu'à « 500 critères » simultanément... Un enseignement parmi d'autres des travaux de Benoît Thieulin et Terra Nova. (Voir la vidéo)



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Le site de l'agence Internet La Netscouade

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  • Akaz
    • Posté à 22h36 le 23/01/2009

    j'adore m'auto-citer en ce moment :

    De Akaz

    Malfini | 10H16 | 23/01/2009 | Permalien

    Encore mieux, Obama a le co-créateur de Facebook comme chargé de campagne Internet. Donc partir de Facebook pur s'inspirer de Désirs d'Avenir…

    Mais pour arrêtez de railler. Je vais réitérer mes exemples bien plus important stratégiquement pour Obama :
    -Howard Dean qui fait finaliste des primaires démocrates grâce à la moblisation et à une levée de fond Internet alors qu'il était bien moins dotée que ses concurrents.
    Enseignement : Internet est utile en politique si on sait capter comment fonctionne le réseau(pas un nouvel outil marketing), mais un réseau ou les acteurs sont plus ou moins au même niveau. Le participatif accolé à Internet, c'est le principe même du 2.0 et ça fait trèèèèèès longtemps que cette conception d'Internet comme outil de campagne existe. C'est Howard Dean qui transforme l'essai et libère les acteurs.

    -Moveon.org, énorme lobby Internet anti-républicain, capable de mobilisations importante, de faire une véritable contre-campagne sur internet.
    Enseignement : pour la mobilisation, l'action, la collecte de données, contourner les médias traditionnel, internet est LE média, on peut très facilement imposer son « agenda ».

    -Roh Moo-Hyun en 2002 : une campagne gagné contre tous les grands médias(détenus par le parti conservateur ou des sympathisants), à partir de « journalistes citoyens » (tiens tiens ») puis d'une grande association qui mêle contre campagne sur le Net, grande manifs, circulation ultra rapide de l'information par chaines SMS. C'est le premier exemple, celui qui a intéressé tous les spécialistes.
    Enseignement : La capacité à faire d'Internet un moyen de mobilisation dans le réel. Enorme enseignement, utilisé à plein pot par Obama, très très loin de cantonner sa campagne à une plateforme participative.

    Voilà les modèles américains et étrangers. Pour en revenir aux idées et aux discours donnant une pseudo antériorité dans le temps à Ségolène : la politique aux Etats-Unis est par définition, par tradition participative. Les primaires, ouvertes/fermées, c'est eux. Les consultations locales perpétuelles, c'est eux. Ils élisent leur magistrats et juges de paix etc…
    De ce point de vue Internet dans la campagne d'Obama utilise des principes américains(d'ailleurs l'Internet tel qu'il est comme outil de communication et d'échanges de données, est américain dans ses principes), il réinstaure à une plus grande échelle quelquechose qui leur parle énormément et c'est u principe nouveau pour une présidentielle.
    Deuxième chose, Obama à ses idées, et c'est sur ses idées et sa capacité à les faire passer mais aussi à faire voir comment il veut les faire passer, qu'il a gagné. Il a des comptes sur ses idées, pas sur celles de « citoyens experts ». On sauvegarde le politique comme « ars », on sauvegarde une certaine sacralité et croyance du leadership, sans pour autant minimiser le peuple et les comptes qu'on doit lui rendre.
    Une équilibre bien plus subtil que celui de Ségolène qui a frôlé à plusieurs reprises le populisme. La différence de société se traduit dans ses hommes politiques, « suroptimisme »
    d'un côté(donc capacité à se renouveler et à refaire du sens) / pays désabusé et mort de l'autre…

    (la fin est particulièrement subjective je l'avoue)

  • vol19
    • Posté à 23h04 le 23/01/2009
    • Internaute

    Intéressant, même certaines parties passionnantes. C'est bien le « community organizing » associé au réseau social internet qui est à la base du succès internet et non pas le simple réseau social internet.
    Toutefois ces méthodes et outils ne peuvent fonctionner que si elles sont cohérentes avec la culture politique de base/institutionnelles et on pourrait ajouter, la personnalité des leaders. C'est bien là en France, tout parti confondu que le bas risque de blesser... en outre sans réflexion de fond sur les « dispositifs ».
    Par exemple, ce sont des petits détails, ce n'est pas un hasard si OBAMA a voulu reprêter serment une deuxième fois, suite à la « transgression » verbale du Président de la court suprême, une manière de bien instancier les cadres de chacun...

  • Airinys
    • Posté à 23h26 le 23/01/2009
    • Internaute

    Pour avoir participé à la campagne de Ségolène Royal, et avoir suivit (presque) de l'intérieur celle de Barack Obama, on peut noter des différences fondamentales.

    Le programme. Obama a construit le sien petit à petit, thème par thème, pendant 2 ans de campagne. Ségolène Royal, elle, l'a construit en 2 mois, d'un seul bloc. Alors que le programme de Royal était un compromis improbable balayant les différentes tendances du centre à l'ultra gauche, le programme d'Obama positionnait un thème par courant de pensée.

    Le militantisme. La campagne de Royal était démotivante, toute l'énergie des militants était dilapidée à justifier ses gaffes continuelles, à tenter d'expliquer ses initiatives personnelles. Il y a également eu la discorde entre militants du PS et de la gauche entière, au final seul 1/4 des forces actives du PS étaient encore sur le terrain dans les dernières semaines. Dans la campagne d'Obama, au contraire, pas de gaffe à gérer un jour sur 2, pas de mesurette surprise chaque semaine, pas de conflits interne entre les militants actifs sur la couleur des tracts ou le logo du PS. A noter que la campagne de Royal par sa maladresse, ressemblait plus à celle de McCain une fois Palin désignée Veep.

    L'outil informatique. Alors que la campagne d'Obama permettait de mettre en relation, de faire rapidement descendre l'information, la campagne de Royal cherchait à faire remonter l'information et pas du tout à créer des réseaux. La base de donnée de Royal ne lui servait qu'à mesurer son impact dans tel ou tel territoire, comme outil de sondage, alors que celle d'Obama lui servait à communiquer (vraiment), à cibler les territoires les moins représentés ... Ne parlons même pas du sectarisme et du centralisme de la Net campagne de Royal, à l'extrême opposé de la diversité et de la décentralisation de la campagne Obama.

    Et évidemment il y a eu le rôle du parti, marginalisé avec Royal, alors qu'Obama en a fait la colonne vertébrale de sa campagne une fois le cap de la Convention démocrate passé.

    Au final, il m'a plus semblé que les campagnes d'Obama et de Royal étaient radicalement opposées que semblables.

  • Dadavid
    • Posté à 23h31 le 23/01/2009

    « Je pense que tout les partis doivent s'organiser en réseaux sociaux, il n'y a pas de limite, et les courants aussi [...] »

    Ce qui est dommage, c'est de ne pas avoir réussi a faire un réseau social global a un parti qui permettrai au sein de celui-ci d'intégrer les différents courants, et d'en faire connaître/faire naître d'autre sûrement moins médiatisé.

    Sinon, on s'y perd, ça génère des batailles entre courants, une dispersion de l'action...
    Parce que même a l'aire numérique, le diviser pour mieux régner est toujours aussi efficace.

    Tant que la guerre interne du partie socialiste sera un combat de personne et non d'idée, cela ne se ferra pas, chacun préférant garder pour lui sa base de donnée, son réseau social.
    Mais cela arrivera, avec ou sans la participation de ces personnalités politiques.

  • Chris152
    Chris152
    Enseignant
    • Posté à 07h38 le 24/01/2009
    • Expert
      Enseignant

    Interview fascinante. Le big brother politique dans un écosystème politico-social qui constitue le contre pouvoir. Aujourd'hui le problème et sa solution ne semble plus de se savoir fiché, mais d'être fiché dans de multiples bases de données de contre-pouvoirs pour réaliser cet équilibre en écosystème.
    La question : en Europe, cela fait-il partie de notre culture démocratique ?
    En d'autres termes, l'écosystème politique est-il possible, ou une dérive privative de nos libertés de type big brother est-elle largement inévitable ?

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 10h59 le 24/01/2009
    • Internaute
      oiseau

    Attention, ce n'est pas nouveau d'utiliser ce genre de méthode, ce qui est impressionnant, c'est la finesse et l'ampleur.

    Un certain JF Kennedy faisait campagne et avait un gros soucis. Il était catholique et cela pouvait être préjudiciable dans un pays protestant. C'était une angoisse pour lui. Alors que fit-il ?
    Une armée de statisticiens, psychologues, sociologues de son équipe firent une enquête. Cette enquête ne visait pas ceux qui ne voulaient pas voter (à quoi bon ? ) ou ceux qui savaient déjà qui ils allaient voter (pas utile), mais le peuple des indécis (ceux qui font pencher la balance). Une fois repéré, avec une batterie de questions portant sur la religion du président souhaité mais plein d'autres choses aussi, ils furent questionné. Kennedy sut alors ce qu'il devait mettre en avant pour convaincre un maximum ces gens et il sut que son catholicisme n'était pas un soucis. Depuis lors, la plupart des candidats utilise cette méthode pour se forger l'image désirée. Obama n'est pas novateur ici.

    Quant au fait que la source de persuasion soit plus efficace quand elle est proche (face à face et porte à porte) qu'éloignée (téléphone ou tract), c'est connu depuis longtemps. Il faut cependant avoir beaucoup de ressources (et de ressources humaines) pour pouvoir se permettre de mettre en place une stratégie de persuasion de proximité (il faut des gens qui aillent faire du porte à porte). C'est généralement ce qui dissuade les candidats d'utiliser cette approche. C'est aussi la question concernant Obama : comment eut-il de telles ressources (dont entre-autre celle de se payer 25 minutes de pub en prime-time) ?

  • Vuedechezmoi
    • Posté à 12h27 le 24/01/2009

    MERCI ! d'avoir transmis cet échange organisé par « Parlons-net » ! Ouf ! enfin une analyse claire et compréhensible qui permet de réaliser que :
    1/ Les bonnes idées efficaces ne naissent pas forcément toujours du même côté de l'Atlantique comme on l'entend en boucle depuis des décennies, surtout en matière stratégique, politique voire même scientifiques !
    2/ Obama, bien qu'homme indiscutablement charismatique, est tout sauf un « ange ou un sauveur », mais bel et bien un stratège très fin et vif qui n'a pas hésité à utiler les dernières technologies permettant de râtisser large,
    3/ au-delà de l'incontestable efficacité du procédé, se profile qu'on le veuille ou non, l'inévitable puissance de manipulation des masses et cela s'appelle la Propagande massive, sauf qu'elle est mâtiné des comodes couleurs démocratiques...
    4/ Là où l'horizontalité des manoeuvres (USA) est à l'oeuvre, l'incroyable rigidité verticale (France) maintient à l'évidence le peuple dans un angle archi étroit où il ne lui reste effectivement plus qu'à gueuler dans le vide !
    5/ Là où un homme « différent » (Obama) peut du coup se lever, un « homme différent » (c'est à dire une Femme ! ) en France, se fait anéantir d'ébord et surtout sur cette « différence »,
    6/ Homme (Obama) ou Femme (Ségo) différents, ayant ou non réussi son ascension, l'usage de la propagande par influence, études psychologiques des comportements de groupes, d'affinités, etc.... est et sera la forme très prochaine d'un Nouveau Totalitarisme contenu de fait dans nos nouvelles Démocratures.
    Merci donc à benoît Thieulin pour son analyse claire au cours de laquelle, lui-même n'hésite pas à s'interroger précisémment sur cette perversion de la vraie Liberté (celle de penser par soi-même et non sous influence directe, porte-à-porte scientifiquement organisé...) qu'est la Nouvelle Démocratie Mondiale exprimée grâce à l'usage multiple des nouvelles technologies de communication.
    Si à l'évidence, l'action horizontale est préférable à la politique verticale façon française, les lendemains ne chanteront toujours pas pour les peuples, qu'ils soient mondialisés ou non, et ce parce que tant qu'on ne permettra pas à un maximum d'individus de se dévelloper au niveau de la conscience individuelle (seul moyen permettant de penser par soi-même) les grandes manipulations de masses, déjà très pratiquées, feront naître cette Nouvelle Démocrature. Obama est probablement, à dessein ou d'une façon opportune, celui par qui se pointent les prémices de cette démocratie douteuse.
    C'est pourquoi, au-delà du « symbole », très revigorant qu'est l'élection d'Obama et dont tous les médias se gavent et nous gavent depuis des semaines, l'alliénation de masse, déjà bien installée dans les sociétés sur-téchnologiques, risque d'entériner vraiment tout forme de désir d'avenir individuellement conscient, responsable et adulte.