tribune 19/01/2009 à 17h01

Les labos d'analyses bientôt la proie des spéculateurs

Marie S. | Pharmacien-biologiste



Dans un laboratoire d'analyses médicales de Nantes (Daniel Joubert/Reuters).


Après avoir ruiné les banques, groupes financiers et spéculateurs lorgnent sur un nouvel eldorado financé par la solidarité nationale : le système de soin français. Le gouvernement entend imposer en catimini la dérégulation du secteur des analyses de biologie médicale.

La biologie médicale est pour l'heure assurée par des professionnels de santé, médecins ou pharmaciens, dont les analyses participent de la phase clé du diagnostic. Huit actes de soins sur dix en dépendent directement pour un coût équivalent à 2,6% de la consommation de soins et de biens médicaux. Une réforme était certes attendue et demandée par les professionnels mais au lieu de procéder au toilettage du cadre d'exercice, celle-ci annonce une lame de fond menaçant de sinistrer la profession et de remettre en question les fondements du système de santé.

Ouvrir le capital à des non professionnels de santé

En l'état, la réforme programmée par le gouvernement français dans le cadre du projet de loi Hôpital, Santé, Patients, Territoires pour janvier 2009 se propose d'ouvrir à 100% le capital des SEL (Société d'exercice libéral, forme juridique la plus usitée pour les laboratoires d'analyses médicales) aux investisseurs tiers non professionnels de santé. En clair, aux fonds d'investissement, aux groupes financiers français ou étrangers, qui lorgnent sur la Santé pour réaliser leurs marges et leurs taux de rentabilité à deux chiffres.

Leur méthode ? Accepter des baisses tarifaires à l'acte pour mettre en avant les économies créées par l'entrée de grands groupes dans la biologie médicale. Le coup est double. Cela asphyxiera les petits laboratoires présents sur l'ensemble du territoire aux volumes restreints, au profit d'une concentration vers de grands plateaux techniques. La baisse des tarifs annoncée, elle, étant compensée par une course aux volumes des prestations. « Travailler plus pour gagner plus ! ». La leçon a été retenue par Labco, qui recrute activement des visiteurs médicaux chargés de mobiliser les prescripteurs et de « vendre » au chaland des analyses médicales.

Radiologues, dentistes ou encore pharmaciens sont les nouvelles cibles

Attention, ce sont les Français et le système de remboursement qui vont en faire les frais… Et les prétendues économies amenées par l'ouverture complète du capital des laboratoires d'analyses médicales risquent de passer à la trappe en même temps que certaines valeurs propres à la Santé et défendues par les ordres professionnels. Mais ce n'est pas tout !

Dans le sillage de la biologie médicale, les autres professions de santé, radiologues, dentistes ou encore pharmacies, sont les nouvelles cibles des lobbys financiers. Avec une Santé accaparée par quelques grands groupes, comme aux Etats-Unis, qui proposeront un panel complet allant des prestations de soins réalisées par des professionnels désignés par les groupes, des analyses médicales jusqu'aux assurances, le réveil risque d'être difficile.

Pour faire avaler la pilule, le gouvernement cultive le mythe d'une réforme imposée par Bruxelles, alors même que la CJCE ne s'est pas encore prononcée sur les limitations actuelles à l'entrée au capital des laboratoires d'analyses et que les récentes conclusions rendues par l'avocat général Yves Bot sur la même problématique ne vont pas dans le sens d'une « ouverture inévitable ».

 »Le domaine de la santé n'est pas un domaine marchand comme un autre. Les considérations de rentabilité -si elles doivent être prises en compte- ne peuvent pas être la seule règle » rappelle Jean Benoît, représentant de l'Intersyndicale des biologistes. Les Français ne disent pas autre chose puisque 85% d'entre eux sont contre la mainmise des groupes financiers sur la biologie médicale comme le révèle un sondage réalisé par l'Institut BVA en octobre 20087. Par ailleurs, la pétition en ligne sur ce site a recueilli pour l'heure près de 100 000 signatures. Mais qu'importe puisque le gouvernement a décidé d'offrir aux financiers une réforme par ordonnance et donc sans aucun débat parlementaire…

Photo : dans un laboratoire d'analyses médicales de Nantes (Daniel Joubert/Reuters).

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  • relisath
    relisath
    Interne
    • Posté à 18h50 le 19/01/2009
    • Internaute
      Interne

    En s'attaquant à la biologie, le gouvernement envoie un signal fort, celui de légaliser l'entrée du grand capital dans un domaine sanitaire. Il est vrai que les financiers quelque peu refroidis par l'évaporation de milliards d'euros doivent d'urgence trouver de nouveaux secteurs dégageant un rendement à 2 chiffres pour « se refaire une santé ». Sauf que.......devrons nous bientot renoncer au droit de se soigner sans être obliger d'emprunter ?
    Ceci est un scandale et personne n'en parle hormis les sites d'informations indépendants.
    Marre de ce hold up organisé ! ! !
    Lien

  • peuimportant
    peuimportant
    travailleur
    • Posté à 11h07 le 20/01/2009
    • Internaute
      travailleur

    Comment peut-on affiler autant de niaseries en aussi peu de mots et désinformer le public à ce point ?
    outre l'introduction grotesque sur les méchants spéculateurs qui ont ruiné les banques (pour info ce sont les banques qui se sont ruinés toute seule et par la même occasion ruiné tout le monde et surtout les actionnaires. N'allait pas nous faire dire que les investisseurs se sont goinfrés ces dernières années, le CAC 40 est au niveau de 1996...).
    enfin pour avoir analysé l'opportunité d'investir (oui, oui je suis un méchant spéculateur, l'enfer m'attend) dans votre secteur, devinez quel est le seul véritable levier de création de valeur ou gain de productivité qu'un industriel ou investisseur pourrait réaliser ?
    Le salaire du biologiste qui (se rémunère soit en dividendes - vit sur la bête alors qu'il paie ses employés aux lances pierres) soit en salaire. Le revenu total étant selon les régions compris entres 80k€ (en Corse) jusqu'à 300k€/an avec une moyenne à 180k€.
    Pas mal pour des prolétaires qui se plaignent des spéculateurs...
    Le pire c'est que toute cette rémunération pour quel travail et responsabilité ? La plupart (OK, faut pas généraliser, mais là...) laissent leur techniciencs payés 35k€ charges patronales incluses faire tout le boulot, pendant que eux n'ont que pour seule valeur ajoutée de signer des papiers pour demander du pognon à la sécu (ce sont le seuls habilités à le faire). le reste du temps ils partent jouer au golf avec leur BMW. (cher lecteur, si vous vous êtes toujours demandés comment autant de gens peuvent se payer des Série 7 en province, ne cherchez pas, ce sont nos chères professions libérales)....

    Et qui paie ces excès ? : la sécu soit indirectement les travailleurs qui paient des charges sociales pour financer cette même sécu.
    quand on voit que les tarifs sont 2x moins chers en espagne ou en Allemagne parce que là bas ils ont compris que ça ne servait à rien d'avoir un biologiste et des labos partout et que seul des centres de collectes de proximités étaient utiles qui envoie tous les jours les ses échantillons à un labo régional bien équipé.

    mais vous en faîtes pas, la France sous l'effet du lobby des professions libérales (72 députés à l'assemblée nationale) semble une fois de plus reculer (et ça me fait marrer que ce lobby trouve des relais dans la presse dit de gauche comme rue 89...). et tout ceci va accoucher d'une souris.

  • DUF
    DUF répond à peuimportant
    Ce qui vient au monde pour ne (...)
    • Posté à 11h35 le 20/01/2009
    • Internaute
      Ce qui vient au monde pour ne (...)

    Les biologistes tels que vous les décrivez correspondent à une image donnée par une minorité d'entre eux, qui ne grandissent pas la profession.
    Quand aux excès dont vous parlez, réduisez les à néant, A ZERO, que vous n'aurez entamé le « trou de la sécu » qu'à hauteur de 2.6%, en entravant plus de 80% des diagnostics...

    Mais il ne s'agit pas d'un problème de biologistes. Le problème est beaucoup plus large et grave que ça : il s'agit de l'extension à tout le système de santé (car les cabinets de radio, d'anapath, de kinés, de généralistes, etc y passeront aussi) de ce qui se passe depuis un certain temps avec les cliniques.
    Il s'agit de la destruction pure et simple du système de santé français dans son ensemble, et ce de la pire façon : via les financiers.

  • Henri S
    Henri S répond à peuimportant
    Biologiste
    • Posté à 11h57 le 20/01/2009
    • Internaute
      Biologiste

    Monsieur, la moyenne du revenu que les biologistes libéraux tirent du seul exercice de leur profession est autour de 130 keuros, rémunérations du travail et du capital comprises, selon les caisses de retraites des pharmaciens et médecins biologistes qui sont les seules, par nature, à receuillir systématiquement et en totalité ces données
    Je laisse juge le lecteur sur l'éventuel excès de ce montant eu égard à un diplôme scientifique Bac+10, à des responsabilités professionelles qui dépassent le simple acte de signature d'un compte rendu d'analyse (organisation quotidienne du travail, management de la qualité, disponibilité pour les interpretations, les urgences), à une vraie prise de risque financière, sociale et un temps de travail qui, sauf exceptions qui existent dans tous les secteurs, dépasse choniquement 35h et même 39 par semaine pendant les deux tiers d'une carrière.

    En réalité votre propos revient à tomber le masque des investisseurs-santé : tenter les politiques avec un dumping sur les prix que vous ferez sur le dos des soignants (aujourd'hui biologistes, demain radiologues, médecins).

    Lorsque plus personne ne voudra faire 10 ans d'etudes pour 6000 euros par mois, les français ne seront plus soignés.

    L'exercice personnel d'une profession libérale (au sens indépendante) avec détention majoritaire de l'outil, est l'avenir d'une globalisation à taille humaine à laquelle les européens aspirent.

    C'est un enjeu de démocratie, dans lequel vos gesticulations d'investisseur déçu ne pèsent pas lourd. Les électeurs devraient vous le montrer en mars prochain.

    Jacqueline Rousseaux, Union nationale des professions libérales et intellectuelles de Belgique disait :

    « - Au fond, quel est le point commun de ces professions dites libérales ? Ce sont les gardiens des libertés fondamentales. Tous ces métiers se caractérisent par des relations humaines dans un cadre de confiance. Il y a une éducation au respect du secret professionnel, à ne pas divulguer les confidences des clients. Ce respect de la bulle personnelle à laquelle chacun a droit est essentiel dans un monde complexe et déshumanisé par les nouvelles technologies. Si nous n'attirons pas, nous, l'attention sur les dangers de l'automatisation et de l'informatisation, qui le fera ?
    François Mitterrand a dit : “Les pays où il n'y a pas de professions libérales ne sont pas démocratiques” »

  • Marie S.
    Marie S. répond à peuimportant
    Auteur(e) de l'article Pharmacien-biologiste
    • Posté à 23h45 le 20/01/2009
    • Internaute
      Pharmacien-biologiste

    Je suis l'auteur de cet article et je souhaiterais préciser à mes quelques détracteurs que, contrairement à ce qu'ils indiquent sous une avalanche de poncifs démagogues, je n'exerce pas comme praticien-libéral mais comme SALARIEE du secteur privé. Du reste, je n'ai pas d'intéressement et lorsqu'un patient vient me voir, seule sa santé m'intéresse et non son portefeuille. Malheureusement, je n'ai pas de mécène prêt à me payer des vacances aux Maldives (quoique je commence à être un peu connue dans la blogosphère….). En revanche, les hommes politiques ont déjà noué de solides amitiés avec ceux qui leur offrent des vacances en yacht …

    Mes confrères, pour qui je travaille, non seulement ont fait au min. 10 ans d'études mais sont également chef de PME allant de 5 à 80 salariés. Ils ont également souscrit des emprunts pour pouvoir s'installer, ce dont le seul chiffrage de la rémunération brute, qui peut sembler excessif à première vue, ne tient pas compte. De plus, il y a eu 3 baisses de nomenclature depuis les rapports auxquels il est fait référence. Quant à des biologistes qui jouent au golf aux heures où la France travaille, je ne les connaîs pas. Ceux qui font 50h et plus par semaine, oui j'en cotoie beaucoup…

    Quant au secteur public, je tiens à rappeler que les praticiens de santé sont d'anciens internes, qui ont passé au moins 4 ans dans les hôpitaux publics et que nous avons tous noué des amitiés au cours de ces jeunes années passées à l'hôpital. Il ne s'agit pas de concurrence entre public et privé mais de complémentarité.

    Je vois que mes détracteurs ont une parfaite connaissance des rapports sur la biologie sur lesquels s'appuie la rhétorique /langue de bois gouvernementale et on devine facilement qu'ils animent les lobbys financiers qui demandent la destruction des systèmes de soins public ET libéral privé à leur profit.

    La rhétorique gouvernementale s'appuie sur des rapports d'experts partiaux et confond à dessein de simples plaintes auprès de la CJCE de lobbys financiers désireux d'avoir la mainmise sur le secteur, avec une évolution jurisprudentielle, qui demanderait à émerger et qui au contraire de ce qu'indique le gouvernement, risquerait de réaffirmer « l'exigence d'un niveau élevé de protection de la santé humaine » à l'écart de la spéculation en vertu de l'article 152 CE.

    Ni jurisprudence, ni débat. C'est la « méthode Sarkozy ».

    La rhétorique gouvernementale adore s'appuyer sur les « normes », prétexte à une concentration maximale du secteur vers les quelques monopoles que se souhaitent se partager les financiers. Normes de confinement qui demandent un investissement de 300.000 euros pour faire un diagnostic de fièvre typhoïde alors que le patient est en chambre double et excrète depuis plusieurs jours 1000 milliards de Salmonella typhi par gramme de selles dans les toilettes et donc dans la rivière… Normes d'accréditation qui laissent croire au néophyte que la biologie est une « prestation de services » et que l'exactitude de la mesure et de son incertitude est la garantie d'une « qualité prouvée ». Alors que la garantie d'une médecine de qualité repose avant toute chose sur la perspicacité d'un professionnel de santé formé à 10 ans d'études médicales.

    Pour conclure sur un bon mot. Je citerais notre contemporain Christophe Aleveque :
    « Lobbying (Anglic, n.m.) : Raison d'être d'un lobby. Consiste en une causerie amicale avec un ou plusieurs élus autour d'un verre et d'une malette. Permet de traiter un problème à la source. »