Témoignage 18/01/2009 à 01h53

La douleur d'un père palestinien, en direct à la TV israélienne

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Cela restera peut-être l’image la plus marquante de cette guerre, la plus inhumaine et la plus humaine aussi : cette scène, en direct à la télévision israélienne, avec au téléphone un médecin palestinien hurlant sa douleur car ses trois filles viennent d’être tuées par un obus israélien. Le duplex était prévu, mais l’attaque du char israélien ne l’était pas.

Sur son blog Chroniques orientales, sur le Figaro.fr, Delphine Menoui raconte l’histoire :

« Izz el-Deen Aboul Aish est un médecin connu des spectateurs israéliens. Ce gynécologue palestinien, qui parle parfaitement l’hébreu, exerce à la fois dans un hôpital de Tel Aviv et dans la bande de Gaza, où vit sa famille. Depuis le début des raids, il y a 21 jours, il était resté à Gaza. L’accès des journalistes étant strictement contrôlé, il fut très vite sollicité par les média israéliens pour témoigner des conditions de vie sur place. »

Mais lorsque la télé l’appelle, vendredi soir, à l’heure de grand écoute, ce n’est plus le témoin qui est en ligne, mais un père effondré par la mort de ses filles, et qui implore Dieu. Le journaliste le laisse parler, tente de le calmer, de lui promettre une ambulance (qui viendra d’aileurs plus tard), et, visiblement ébranlé, ému, il préfère quitter le plateau avec le téléphone portable encore branché, plutôt que d’interrompre le flot de sanglots de cet homme.

Ce n’est pas souvent qu’un pays en guerre peut ainsi assister à l’impact humain de ses propres armes, de ses actions, sur l’« autre » camp, de manière humaine et pas froidement statistique. Cela ne change peut-être pas les choix politiques, mais les Israéliens n’oublieront pas aisément Izz el-Deen Aboul Aish et ses larmes.

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  • Lairderien
    • Posté à 02h58 le 18/01/2009
    • Internaute 22751

    Moi non plus je ne parviens pas à oublier les cris de cet homme effondré, depuis que j’ai vu le reportage de FR2 à midi.

    L’émotion visible du journaliste israélien, ajoute encore à l’horreur, mais ce qui m’a achevé c’est dans la suite du reportage, la haine manifesté par cette femme israélienne le lendemain devant ce médecin encore totalement effondré, en disant que le Hamas était installé chez lui.

    Si seulement le désespoir de cet homme ainsi médiatisé, pouvait enfin atteindre le coeur de ceux qui ont le pouvoir de stopper cet engrenage infernal.

    Mais je crains bien que cela ne reste qu’un exercice de voyeurisme collectif.

  • nono le simplet
    nono le simplet
    nihil scio nisi scio quod nihil (...)
    • Posté à 06h41 le 18/01/2009
    • Internaute 9767
      nihil scio nisi scio quod nihil (...)

    moi à travers ces images horribles je retiendrai les paroles de ce pére , qui, quelques heures plus tard , n’exprime aucune haine envers Israel malgré sa douleur immense.
    cela laisse entrevoir un espoir de paix , un jour , quand les gens sans haine de l’autre voudront bien s’asseoir et vivre ensemble.
    Le pouvoir aux gens de bonne volonté et non aux hystériques de tous bords !
    J’ai vu un Grand Homme .

  • kkadim
    kkadim
    service public rhone alpes
    • Posté à 08h04 le 18/01/2009
    • Internaute 24768
      service public rhone alpes

    par la personnalisation c’est une forme d’humanisation de ce conflit, même si toutes les dérives émotionnelles proche de la télé réalité ne sont pas écartées.nous pouvons nous identifier, nous accrocher à une image qui incarne ( c’est à dire qui met en chair ) les conséquences d’une guerre.
    celà dit deux remarques : où est l’Europe, celle que l’on nous imposa, et où est passé notre nouvel alexandre le grand des temps moderne, nicolas de neuilly ?
    et je constate que les dirigeants israeliens ( et je n’ai pas écrit les juifs, ni même les israéliens ) se contrefoutent de tout celà : ils cesseront cet inutile massacre quand bon leur semblera.
    ah oui leur fait qu’une télé israélienne puisse diffuser celà, tout comme le fait que des gamins de vingt juifs israéliens refusent de combattre quand leur pays est en guerre ne me fait pas desespérer de ce pays.

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 10h20 le 18/01/2009
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    Nous avons tous en mémoire de nombreux exemples d’instrumentalisation par les politiques, par médias interposés, de la douleur de victimes. On tend les micros et on avance les caméras vers des proches effondrés réclamants le rétablissement de la peine capitale ou criant vengeance et l’idéologie sécuritaire avance ses pions en s’aidant de sondages manipulés et manipulateurs de l’opinion publique.

    Le témoignage de ce père, sa force et son intensité, l’attitude du journaliste et le fait que cela soit possible en directe, sur un chaine de télévision, imposent, à mon avis, une réelle méditation sur les nombreux versants de notre environnement qui vivent de sérieuses mutations.

    Le public sait de plus en plus et de mieux en mieux décrypter les manipulations et pour survivre à la crise que traverse les médias leur véritable chance est leur indépendance vis-à-vis du pouvoir, le respect de leurs lecteurs, spectateurs, auditeurs..

    Chercher le scoop et les images chocs pour faire monter l’audimat est une stratégie périlleuse et une piètre tactique, les médias ont plutôt intérêt à se recentrer sur les règles déontologiques de leur métier. Le témoignage de ce père, et les conditions qui nous le font découvrir, que je salue très respectivement, nous montrent qu’il faut des acteurs de l’information et non des manipulateurs d’opinion, des bidouilleurs d’images, d’interviews, de faux direct, etc.

  • andycap
    andycap répond à philippe.edmond
    photographe
    • Posté à 20h12 le 18/01/2009
    • Internaute 35577
      photographe

    Qu’est ce que vous en savez ce qu’on oublie ou pas. J’ai une amie dont la fille s’est suicidée, elle s’est pendue pendant son absence. En rentrant elle m’a appellé vers 10 h. du soir. Sa maison avait 2 étages. Je plaisantais avec elle, je lui ai demandé d’aller sur son ordinateur lire un message. Arrivée à l’étage j’ai entendu un hurlement, le même que celui du ce gynécologue ; elle venait de voir sa fille pendue.C’était le même cri que celui du gynécologue palestinien en direct sur le journal de 20h. J’étais pétrifié, horrifié, incapable de penser.
    Cétait pour elle et indirecement pour moi ce que vous devez appeller une souffrance immédiate au-delà de laquelle il faudrait aller, je suppose, pour chercher les causes, les raisons, les responsabilités.
    Il y a un temps pour tout, Monsieur, et n’en déplaise aux Zémour de service, on a nous 2 parties du cerveau qui fonctionnent et, le temps de l’émotion est aussi respectable que celui de la raison.
    Vous nous faites royalement chier avec vos relations de cause à effet qui diffèrent d’ailleurs d’un camp à l’autre comme de bien entendu. Vous nous faites royalement chier avec vos dégâts collatéraux, votre realpolitik de mes deux qui excusent tout, qui expliquent tout. Et je ne vous reconnais pas le droit de me dire ce que les souffrances des autres me font oublier. Vous en tout cas vous l’oubliez vite la souffrance des autres pour nous gaver aussitôt que vous l’avez bottée en touche, de votre discours politico engagé de mes deux. De vos analyses à la petite semaine. Vous vous prenez pour qui ? un expert du moyen-orient ? un grand reporter ? , un observateur privilégié et averti ?
    A défaut de bombes, il y a des coups de pieds au cul qui se perdent.

  • Cédric Kalonji
    Cédric Kalonji
    Journaliste
    • Posté à 22h57 le 18/01/2009
    • Journaliste 59532
      Journaliste

    Cruauté, stupidité, ignorance, ce sont des mots qui résument assez ce qui anime les acteurs de tous ces conflits meurtriers. Que ce soit dans la bande de Gaza, au Congo ou en Irak, le manque de tolérance et le manque de respect pour la vie humaine ne font qu’engendrer des tragédies que nous regardons ensuite à la télévision comme s’il s’agissait de films Hollywoodiens.

    Le jour où l’homme sera un peu plus intelligent, tout ça s’arrêtera. D’ici là, tuons, violons et regardons les films d’horreur à la télévision.