Des milliers de personnes ont défilé en France. Rue89 a suivi des Montreuillois qui occupent des écoles depuis plusieurs jours.

Vendredi 16 janvier, 20 heures. Six écoles de Montreuil ont gardé leurs portes ouvertes. Les parents d'élèves mobilisés contre les réformes de Xavier Darcos ont organisé cette opération « Nuit des écoles » pour sensibiliser l'opinion et les élus locaux à l'avenir de l'éducation.
Dans la cantine de l'école maternelle Louise Michel, plus de soixante parents et enseignants, installés sur des minuscules chaises d'enfants, écoutent les interventions des uns et des autres. Les suppressions de postes, la disparition des Rased (Réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) et la perte de deux heures hebdomadaires d'école conjuguée avec un alourdissement des programmes inquiètent les parents.
Au micro, Nicolas, professeur au lycée horticole de Montreuil, qualifie ces réformes d'« attaque d'ampleur » contre l'école républicaine. Il dénonce aussi les milliards donnés aux banquiers alors que l'école est en crise et sans moyens :
« Ce qui se passe n'est pas une lubie du Président mais la mise en place d'une idéologie. Souvenez-vous ce que Nicolas Sarkozy avait dit sur le rôle de l'instituteur à Rome, devant le Pape ! ('Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé »,ndlr) On veut donner le rôle de l'école à la famille, à la religion, au privé ! »
Assis au premier rang, un père hésite avant de prendre la parole. Il précise n'être membre d'aucun parti, ni association. S'il est là, c'est pour ses enfants, élèves de maternelle :
« Je suis pessimiste, presque désespéré. J'irai à la manifestation demain mais je n'y crois plus. Je pense que la majorité des Français n'aspirent pas à l'école égalitaire. »
Un professeur de collège s'interroge, lui, sur l'intérêt de ces opérations menées par les parents d'élèves et profs opposés aux réformes :
« Je m'inquiète parce que ça bloque les réformes et que rien ne bouge. Est-ce que ce n'est pas mieux de laisser les choses se mettre en place ? »
Une professeure lui rétorque que les réformes se succèdent avant même que les professeurs n'aient le temps de s'y habituer alors que les moyens sont toujours plus réduits.
Cette conversation publique dure plusieurs heures, à l'issue desquelles on décide de se revoir, d« en rediscuter au calme “sans les enfants” et surtout de ne pas rater la manifestation du lendemain.
Entre 4500 et 8000 personnes à Paris
Ce samedi, près de 60 000 personnes ont, selon les syndicats, défilé dans toute la France contre les 13 500 suppressions d'emplois dans l'Education nationale. Ils étaient de 4500 à 8000 à Paris. Dans les rangs, une petite soixantaine de personnes venaient de Montreuil. Goulven, père d'une élève de maternelle et d'une lycéenne, estime que les écoles doivent résister au gouvernement :
“Ils sont en train de casser l'éducation. Pour sauver l'école, on doit réussir à fédérer toutes les écoles, à faire de Montreuil une ville hors Darcos comme il y a des villes hors AGCS. [Certaines villes ont décidé de se déclarer zone hors AGCS pour combattre l'Accord général sur le commerce des services, ndlr,]
Lui et sa femme Laurence se mobilisent depuis plusieurs années au sein de la Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles (FCPE) contre ‘la casse organisée’ de l'éducation. Laurence insiste sur l'importance d'une mobilisation transversale. Parents, profs et enfants de tous les niveaux doivent se serrer les coudes parce que leur combat est le même : sauver l'école. (Voir la vidéo)
Une professeur d'art plastique souligne que de l'engagement des parents dépend le succès du mouvement : ‘En 2003, j'avais participé à la longue grève des professeurs mais on nous l'a fait payer. Quand ce sont les parents, le gouvernement réagit mieux et plus vite.’ Déjà, différents collectifs locaux ont annoncé leur ‘nuit des écolesun peu partout en France..
A lire aussi :
► Les articles de Rue89 sur les réformes dans l'éducation
► Le blog de La nuit des écoles tenus par les opposants aux réformes Darcos
► Des informations sur les Réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED)




















7
De Hemenate
11H08 | 18/01/2009 |
Ce qu'il y a de réellement triste dans cette réforme, c'est que c'est un constat d'échec. Elle entérine la situation actuelle.
Elle n'a d'autre but, au mieux, que le statu quo pour moins cher…
Encore une enième occasion manquée de lancer un réel débat sociétal sur l'avenir de l'école…
Le système scolaire français est en faillite, il a coupé les cables de l'ascenseur social. Si le niveau moyen a globalement augmenté, le niveau scolaire au sortir du Baccalauréat s'est littéralement effondré.
On a abaissé le niveau scolaire pour permettre à tout le monde d'obtenir son bac, dans un souci d'égalité louable, mais qui s'avère malheureusement totalement contre productif.
Par un égalitarisme forcené on préserve les jeunes de la sélection. Précaution qui s'avère totalement inutile puisqu'elle finit inéluctablement par avoir lieu lors des études supérieures et sur le marché du travail.
Et quand la selection finit par arriver qui s'en sort le mieux ?
Les enfants des classes aisées qui ont globalement bénéficié d'un meilleur environnement culturel, ou de l'école privé, ou de prépa payante, etc…
Les autres restants, malgré leurs diplômes, sur le carreau.
Plus l'école publique sera exigente, plus le différentiel culturel entre classes sociales diminuera, ce qui amènera une meilleure « égalité des chances ».
C'est l'élitisme qui relancera l'ascenseur social, pas cet égalitarisme qui n'a pour seul objectif que l'accès au diplôme pour tous. Egalitarisme qui au final, sous ses réelles bonnes intentions, ne fait que cautionner la reproduction des élites.
De skalpa
actif et militant ? | 23H43 | 17/01/2009 |
http://kprodukt.blogspot.com/2008/11/pour-leducation.html
De Alabama
00H20 | 18/01/2009 |
Que de haine et de mépris dans certains posts !
Mais, non, maia, il ne faut pas baisser les bras !
Je suis toujours surprise pas les gens qui parlent d'un métier qu'ils ne connaissent pas. Un vieux problème avec l'école qui les fait se consumer d'amertume …
Leur vocabulaire - pétri de termes ump : immobilisme en est un - vis à vis de l'enseignant renforce ma détermination à me mettre en grève, à manifester contre la manière dont ce gouvernement nous traite.
Les ump qui envahissent les sites ne supportent pas que des gens puissent encore se dresser contre ce pouvoir qui ne les défend même pas, à force de sabrer les acquis par profession . Peut être sont -ils jaloux de ce que nous sommes capables de faire. Peut-être devraient-ils s'interroger sur cette haine qu'ils expriment ?
Je suis enseignante en rased et fière d'exercer ce métier. que je « choisis » tous les jours.
Je suis contente de passer mon temps avec les enfants , leurs enfants.
je n'en ai rien à foutre des discours haineux sur les fonctionnaires : ma récompense , ce sont les élèves que je remets dans le circuit des apprentissages et le sourire de leurs parents…
Alors, oui, j'ai manifesté aujourd » hui , et le 29 janvier, je serai gréviste. Et FIERE !
De Hulk
Gros con de droite | 02H29 | 18/01/2009 |
Ils sont vraiment pas bandants ces manifestants…
Nianniannian, nianniannian à tous les étages, c'est pathétique.
On finirait par croire qu'on est au Zimbabwe ou tout autre pays misérable. Alors qu'on a la chance de vivre dans un des pays les plus riches au monde, et où la qualité de vie est la meilleure.
Il se trouve que malgré notre prospérité, nous avons pris l'habitude déplorable depuis 30 ans de vivre au dessus de nos moyens, et ce n'est plus tenable. La plupart des pays d'Europe ont des citoyens raisonnables qui ont bien compris cela, et qui ont accepté ces dernières années des réformes parfois drastiques pour éviter de couler et pour pouvoir rebondir.
En France, non. Les gens ne veulent pas, ils préfèrent crever à petit feu, et leurs enfants avec eux, plutôt que de changer quoi que ce soit à leurs habitudes et à leurs croyances, le tout sur un fond de défiance envers le reste de la société sans équivalent ailleurs dans le monde.
Ce pays est foutu. Pas à cause de ses élites, de ses administrations, de ses entreprises, de la mondialisation, des autres. Non : ce pays, la France, est foutu parce que sa population le veut, et fait tout ce qu'il faut pour.
Soyez sûrs que quand nous aurons rejoint le tiers monde dans 30 ou 50 ans, personne ne nous regrettera ; c'est notre choix.
De framboise92
Je refleurirai un jour ! | 07H30 | 18/01/2009 |
Bonjour,
Je n'ai pas pu manifester hier, trop fatiguée ! Je me réserve pour le 29 janvier. Dans ma ville, bon nombre décoles sont mobilisées. Il faut continuer.
On assiste à un recul : 1500 postes de RASED au lieu de 3000. Les enseignantes spéciaisées dont le poste à été supprimé ne réintégrront pas une classe mais continueront leur travail comme avant.
Le ton change au gouvernemet, on nous « comprend »….après la lettre méprisante aux éducateurs reçue en 2007 !
Ne rien faire, se taire, c'est accepter la casse de l'école maternelle, de l'école publique qui, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, n'a pas tant de moyens et be fonctionne pas si mal. On nous fait endosser tous les maux et on attend de nous le colmatage des défaillances de la société et de ces injustices sociales. Nous sommes devenues la proie à toutes les rancoeurs et les agressivités.
Ce qui compte, c'est notre conscience professionnelle et humaine. Notre abnégation, nous la connaissons intérieurement. Les enfants nous sont reconnaissants.
« T'es belle comme une pricesse, maîtresse », un coucou d'un ancien dans la rue qui veut travreser pour vous parler…
Notre salaire est à revoir, mais tant que nous ne nous défendrons pas fermement,nous ne serons jamais crédibles.
Maintenons cette pression . C « est ce que redoutaient les gouvernants au sommet du G8 en 2004 (article charlie hebdo sur rené dutreil).
Si les français aiment le service public et leur école, quoi de plus naturel que de vouloir la garder ? -- Améliorer, oui, la laisser s'éteindre volontairement, non.-- Ces réformes sont à l'encontre du progrès dans la recherche de l'éducation.
De Yvon le Zébulon
Retraité | 12H06 | 18/01/2009 |
« les choses s'mélioreraient-elles si on passait à 10 élèves par classe ? »
NON : Je passe pour un vieux ringard, mais j'ai appris beaucoup de choses pendant ma courte scolarité > notamment la soif d'apprendre encore et encore…en autodidacte bien sur.
* Dans les classes que j'ai fréquentées, nous étions au moins 30…mais à mon époque, il existait un paramètre qui semble avoir disparu :
- le respect que l'on portait à notre instituteur, qui en échange, se donnait vraiment comme mission de faire de nous des adultes responsables.
J'ai d'excellents souvenirs de ma scolarité, et je crois qu'aujourd'hui, les enseignants n'ont plus vraiment les moyens de leur sacerdoce. Certains en sont totalement dégoutés, car ils voudraient tous pouvoir en faire davantage.
…mais une société débilisée est en construction…avec la volonté des pouvoirs publics. Ceux qui la compose redeviendrons de véritables esclaves à la grande satisfaction des joueurs de casino.
De expat
13H03 | 18/01/2009 |
Je ne sais pas si il y a vraiment une reforme en cours, mais la suppression d'autant de poste semble difficile a justifier quand il y a des classes de 40 eleves, dans d'autres pays des classes de 30 eleves font deja tirer le signal d'alarme.
Les justifications par la baisse du nombre d'eleves paraissent au mieux farfelues, 47 000 eleves en moins ne peuvent justifier la suppression de 20000 postes d'enseignants.
L'ecole dure environ 12 ans, est-ce que le cursus des eleves leur permet d'absorber une reforme tout les 2 ans ? ca parait improbable.
On va a l'ecole pour apprendre pas pour etre selectione !