A la Une 17/01/2009 à 22h44

Israël décide un cessez-le-feu unilatéral mais reste à Gaza

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Pour la première fois de son histoire, Israël a mis fin à une guerre de manière unilatérale, en décidant samedi soir d’arrêter l’opération « plomb durci » dans la bande de Gaza à partir de 2h du matin, heure locale, dans la nuit de samedi à dimanche. Cette décision unilatérale, prise après trois semaines d’attaques aériennes et terrestres qui ont fait plus de 1200 morts dont des centaines de civils côté palestinien et 13 morts côté israélien, ne met toutefois pas totalement fin à cette crise.

Le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, avait rejeté par avance toute décision unilatérale israélienne qui ne se traduirait pas par un retrait des troupes de l’Etat hébreu. Or, samedi soir, le Premier ministre israélien Ehud Olmert a conditionné le retrait de ses troupes à l’arrêt des tirs de roquettes du Hamas en direction d’Israël, et a menacé de riposter à toute action du Hamas. Selon la BBC, une roquette a été tirée quelques minutes avant que le premier ministre israélien ne prenne la parole...

Mais la décision d’Israël, prise en étroite concertation avec les Etats-Unis avant la prise de fonction de Barak Obama mardi, vise avant tout à éviter à l’Etat hébreu de se voir imposer la paix de l’extérieur, et d’empêcher le Hamas de proclamer la victoire, comme le Hezbollah avait pu le faire lorsque les armes s’étaient tues au Liban en 2006. Samedi soir, Olmert a bien pris soin d’affirmer qu’Israël avait atteint « tous ses objectifs et même au-delà ».

La diplomatie va immédiatement prendre le relais des armes, si tant est qu’elles se taisent réellement cette nuit. Dimanche, le président égyptien Hosni Moubarak a convoqué un sommet international à Charm El-Cheikh, dans le Sinaï, auquel participera Nicolas Sarkozy, mais ni les dirigeants israéliens ni l’Autorité palestinienne. C’est le président français qui ira leur livrer ensuite les conclusions du sommet de Charm El-Cheikh.

Cette sortie de guerre est complexe car, malgré les affirmations d’Ehud Olmert, Israël n’a pas réussi à détruire totalement le Hamas, même si ses capacités militaires ont sans doute été sérieusement entamées. Mais l’affirmation par certains dirigeants israéliens dans les premiers jours, visant à chasser le Hamas du pouvoir à Gaza et de le remplacer par le Fatah de Mahmoud Abbas, n’ont pas été possibles.

A l’arrivée, le Hamas reste un élement incontournable de l’équation politique palestinienne, et ne pourra être aisément contourné.

A l’heure du bilan, il y a surtout un désastre humanitaire provoqué par l’offensive israélienne, qui n’a épargné ni les hôpitaux, ni les bâtiments de l’ONU à Gaza, faisant de très nombreuses victimes civiles, pas toutes attribuables au fait que le Hamas se fond dans la population. Israël sort de cette guerre avec une image internationale gravement détériorée, même si, en interne, l’opinion israélienne juive est restée majoritairement en faveur de l’opération « plomb durci ».

Le grand perdant, c’est une fois de plus la paix dans la région, mirage sans cesse repoussé par l’accumulation de haine et de rancoeur.

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La douleur d’un père palestinien, en direct à la TV israélienne
► Télé89 : Arte : face à Gaza, au coeur de la bataille des images

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  • LG240
    • Posté à 23h09 le 17/01/2009
    • Internaute 23978

    Guerre unilatérale, cessez-le-feu unilatéral. Il y a une certaine cohérence...

  • andriouchka
    • Posté à 23h44 le 17/01/2009
    • Internaute 34387

    « Nommer l’autre et sa souffrance, pour rendre la paix inévitable » David Grossman

    Tant que le gouvernement israélien n’aura pas compris cette phrase, la paix ne pourra se faire. Il est responsable de plus de 1000 morts et de milliers de blessés. Il a perdu la bataille de la communication, oubliant la puissance d’internet, même si les journalistes étaient interdits de Gaza.

    Nous verrons ce qui sortira de la conférence de demain, l’intronisation d’Obama mardi va peut être obliger le gouvernement israélien à se montrer moins extrémiste et à sortir son armée de Gaza.

    Le Hamas doit accepter d’arrêter de lancer des roquettes.

    Peut être, à partir de là quelques négociations pourraient se tenir, mais quel sera le rôle des élections israéliennes ? Quel gouvernement va en sortir ? L’avenir est encore bien sombre.

  • amar le pacifiste contrit
    • Posté à 23h46 le 17/01/2009
    • Expert 66241
      enseignant

    Voilà un article d’information pure, avec juste des commentaires judicieux et non tendancieux. Pourvu que cessent enfin les bombardements sur les enfants, même si on n’a pas « le droit de dire » que les adultes devraient s’assumer car ce serait du cynisme gratuit. Et pourtant...
    De toute façon, Israël aura sali la mémoire des juifs victimes de l’holocauste et terni pour un temps celle des survivants et de leurs descendants, y compris malheureusement celle des pacifistes, trop peu nombreux. Quant au Hamas, il aura beau crier victoire... On ne peut rien attendre des extrémistes jusqu’auboutistes, qu’ils soient islamistes ou juifs orthodoxes. Et Obama ne pourra strictement rien faire si les arabes et les juifs ne veulent pas faire la paix ou, tout au moins, se regarder autrement le temps d’une trève que nous souhaitons la plus longue possible.

  • Irfan
    • Posté à 23h54 le 17/01/2009
    • Internaute 30779

    Malgré le désastre, on peut au moins se réjouir de l’arrêt temporaire du pillonnage des camps où les Palestiniens sont parqués.
    Maintenant, reste à réparer les dégats causés par cette attaque inégale, ce qui prendra sans doute autant d’années qu’elle a duré de jours... Et encore, si on est optimistes.

    Les instances internationales défèreront-elles les dirigeants d’Israël devant des tribunaux pour « crimes de guerre » ? Il me semble que c’est bien ce qui a été le cas, bombardements de populations civiles, empêchement du travail des ONG, impossibilité pour les populations de se déplacer...

    Votre série d’articles, sans aucun doute tournés contre la politique guerrière d’Israël, souligne bien, malgré ce que vos détracteurs peuvent en dire, qu’il s’agit d’abord d’être pour la paix. Dans une telle situation, on ne peut pas se dire, sans contradiction, pour la paix et le droit international sans se dire opposé à cette action d’Israël.
    Bien sûr, certains fâcheux paranoïaques, poursuivant un but idéologique, ou cherchant à hurler à contre-courant, diront que cela revient à s’opposer à Israël, mais c’est faux, mensonger, dangereux.

  • bloqué le 24.09.09
    • Posté à 23h58 le 17/01/2009
    • Internaute 25106

    Vous êtes optimiste, vous avez l’air de croire que l’agression contre les palestiniens est terminé et qu’on passe à une reconstruction et à un jugement des criminels.

    Je crains hélas que le suite soit aussi atroce que le début.

  • zoupy
    zoupy répond à andriouchka
    retraitée
    • Posté à 00h22 le 18/01/2009
    • Internaute 64669
      retraitée

    Crois-tu vraiment que la paix soit encore possible après ça ?
    Crois-tu encore qu’Israël la souhaite ? Je ne parle pas seulement de l’état, cette fois, mais de 80% de sa population.
    Je plains ceux qui avaient choisi de vivre là-bas par amour de ce pays, par idéal, j’en ai connu, et qui font partie des 20% qui refusent le massacre. Pourquoi sont-ils restés, quand ils ont découvert que le pays de leurs rêves était le pays le plus raciste du monde (je cite). Ils ont mon âge. Peuvent-ils encore partir ?

    Je les ai perdus de vue depuis longtemps, mais à cause d’eux, pour eux, il y a encore peu de temps, je croyais acceptable, viable, la solution de deux états que les palestiniens avaient acceptée. Je voudrais la croire encore possible. Mais, objectivement, elle ne tient plus debout : il faut se rendre à l’évidence, ce n’est pas la paix que veut Israël.

  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 01h06 le 18/01/2009
    • Internaute 17943
      Author & Chief AtoZ Officer

    ce cessez le feu ne met nullement fin a l’operation.

    Israel « respecte » simplement son calendrier initial : profiter des derniers jours du regne de Bush-Cheney pour renforcer les faucons aux elections de fevrier.

    le vrai conflit commence : entre Israel et ses propres demons :
    Lien

  • said sellali
    said sellali
    cadre à nantes
    • Posté à 01h30 le 18/01/2009
    • Internaute 25979
      cadre à nantes

    Le Hamas sort renforcé politiquement de l’épreuve de force avec Israel.En Effet, l’une des armées les plus puissantes du monde a été incapable de faire cesser les tirs de roquettes des combattants palestiniens-cela va continuer tant que Israel n’aura pas retirer ses soldats et ouvert les points de passage-et n’a pas été capable de pénétrer durablement dans les territoires habités de Gaza,tel que le centre de Gaza ville. Plus encore, les combattants du Hamas qui ne constituent en rien une armée digne de ce nom-ils n’ont ni hélicoptère, ni char, très peu de mortiers.... ; -ont résisté 22 jours à l’offensive israélienne, ce que les armées arabes avaient été incapables de faire en 67.
    Ensuite, le Hamas n’avait pas pour objectif de gagner militairement la guerre-il n’est pas une armée-mais seulement de ne pas être rasé de la carte par Tsahal, ce qu’il a réussit a faire sans trop de problème. Israel a donc préféré détruire les infrastructures de Gaza pour affaiblir le Hamas, sa disparition étant un objectif impossible. En effet, le Hamas est avant tout une organisation politique et sociale ancrée très profondément dans la société palestinienne.
    En outre, Abbas est discrédité et Israel ainsi que les européens et Obama devront discutés tôt ou tard avec le Hamas, devenu incontournable d’un point de vue politique -représentant pour beaucoup maintenant seul l’identité nationale palestinienne- pour parvenir à la seule paix possible : la création d’un Etat palestinien sur les frontières de 1967 (Gaza,Cisjordanie,Jérusalem Est). Sans cela le conflit Israélo-palestinien durera encore 100 ans dans l’hypothèse optimiste.
    P.S : Le Hamas est maintenant immensément populaire dans le monde arabe et musulman depuis qu’il a résisté à l’offensive israélienne et Israel a son image détruite dans la plupart des pays du monde pour un très long moment.

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 13h49 le 18/01/2009
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Pierre, je souscris à vos conclusions. Le Hamas existe toujours et survivra quoi qu’on fasse. Pour l’éliminer de la bande de Gaza, Israël aurait dû accepter un combat de rue prolongé « au corps à corps » et le risque de subir de lourdes pertes parmi ses soldats. Politiquement, cela était hors de question. L’opinion israélienne a massivement soutenu l’intervention de Tsahal, mais il en aurait sans doute été autrement si le nombre de victimes militaires israéliennes avait été élevé.

    Il y a donc statu quo sur le terrain (plus ou moins) : le Hamas maintient ses positions, quoique affaibli, et la population de Gaza ne s’est pas retournée contre lui. Les tirs de roquettes sur les villes israéliennes continueront donc. Au mieux, on se retrouvera dans une situation de guerre « rampante », Jérusalem ne pouvant accepter une continuation de ces tirs sans riposter et infliger de nouvelles et lourdes pertes à la population civile de Gaza. En ce sens, la guerre à la Pyrrhus annoncée par le Hamas devrait se poursuivre, car peut lui chaut que des civils l’accompagnent dans le martyre.

    Malgré les rodomontades d’Olmert, les objectifs israéliens n’ont pas été atteints, et cela risque d’influer grandement sur le résultat des élections de février. La question est : dans quel sens ? Une victoire de Nétanyahou et de la droite dure accroîtrait considérablement le risque d’en embrasement régional, Israël étant tenté de régler le « problème iranien » en priorité.

    L’intervention « diplomatique » des Européens vise sans doute à couper court à cette possibilité, tout en soutenant de facto la position israélienne sur Gaza. Ban-ki-moon avait logiquement proposé qu’une force de contrôle de l’ONU empêche l’entrée d’armes dans Gaza tout en permettant l’accès des convois humanitaires. C’était une solution (temporairement) acceptable, mais elle a été refusée par Olmert. A la place, les Européens parlent d’acheminer des navires de guerre au large de Gaza et de bombarder éventuellement les voies d’entrée à Rafah pour aboutir aux mêmes résultats. C’est insensé ! Des forces européennes se substitueraient ainsi à Tsahal ou à la force d’interposition de l’ONU, mais avec une efficacité dont on peut douter (pas mal de sources indiquent que l’approvisionnement en armes du Hamas ne se fait pas par la mer ; il serait au contraire assuré par des bédouins traversant le Sinaï). Par ailleurs, le conflit serait internationalisé sans raison valable, avec des conséquences politiques qu’il est difficile de mesurer au sein des pays européens, dont l’opinion est de moins en moins favorable à Israël.

    Le nœud du problème demeure intact. Personne ne veut reconnaître une quelconque légitimité politique au Hamas, comme auparavant. Moubarak veut bien jouer les intercesseurs, mais il se refuse à reconnaître officiellement le Hamas, qui est l’extension palestinienne du mouvement des Frères Musulmans, la principale force d’opposition au pouvoir égyptien. Quant aux Européens, ils entendent maintenir le cap : pas question d’admettre la représentativité du Hamas car « c’est une organisation terroriste ». Ils se cramponnent toujours à l’idée de réimposer à Gaza le pouvoir de l’Autorité palestinienne au moment même où celle-ci a perdu encore de sa crédibilité. De plus, s’ils acceptaient de reconnaître le Hamas, ils sanctionneraient en quelque sorte une victoire tactique de l’Iran dans la région, une possibilité qu’ils honnissent, à l’instar de l’Amérique de Bush.

    En fin de compte, nonobstant les réticences de Moubarak et de Sarkozy (qui s’accroche à la notion irréaliste d’une Union pour la Méditerranée viable), je ne vois pas comment il va être possible de sortir de cet imbroglio sans une politique audacieuse de reconnaissance du Hamas assortie de conditions drastiques concernant la sécurité d’Israël. Tout indique que le Hamas serait prêt à renoncer à son opposition irrédentiste à l’état hébreu en échange d’une telle reconnaissance. Pourquoi ne pas le faire, alors ? Arafat lui-même était un terroriste et on a fini par négocier avec lui. Une diplomatie intelligente ferait de même ; elle pourrait ainsi se concentrer sur l’aménagement des rapports entre le Hamas et Mahmoud Abbas, une tâche ardue mais pas impossible.

    A mon sens, hormis cette voie possible de sortie, il n’y aura pas de solution au problème, et par conséquent, pas de paix.