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Disparition de JPK à Tahiti : Gaston Flosse sur la défensive

Douze ans après la mort du journaliste, une lettre accusatrice a été retrouvée chez l'ex-président de Polynésie.

Jacques Chirac et Gaston Flosse le 28 juillet 2003 à Bora-Bora (Philippe Wojazer/Reuters)

Près de douze ans après la disparition à Tahiti du journaliste Jean-Pascal Couraud, surnommé JPK, l'instruction avance, au point d'inquiéter l'ancien président de la Polynésie française, Gaston Flosse, 77 ans. Qui songe à organiser une conférence de presse.

Pendant des années, la justice de Polynésie, sous pression, a donné l'impression de patauger et de faire du surplace. Le juge qui instruit aujourd'hui l'affaire, Jean-François Redonnet, et les policiers de la Division nationale des investigations financières (DNIF) avancent plus rapidement. Le magistrat n'a pas hésité, par exemple, à perquisitionner au siège de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, les services secrets) et au domicile de Gaston Flosse.

L'hypothèse -officielle jusque-là- d'un suicide par noyade du journaliste perd ainsi peu à peu de sa crédibilité. Et de plus en plus d'éléments et de témoignages concordants indiquent que JPK, qui gênait, serait mort aux mains de gros bras du pouvoir local : un commando formé de quatre hommes qui l'auraient noyé au large de Papeete.

L'élément nouveau : une confession écrite

En septembre, les policiers ont retrouvé dans le tiroir du bureau de Gaston Flosse, à son domicile, une confession non signée, mais attribuée à Vetea Cadousteau, ancien membre du Groupement d'intervention de la Polynésie (GIP), la milice de Gaston Flosse (lorsqu'il était au pouvoir) aujourd'hui dissoute. Deux analyses graphologiques ont été engagées pour vérifier l'authenticité de cette lettre.

Vetea Cadousteau n'est plus là pour témoigner : il a été retrouvé dans la montagne le 24 janvier 2004, mort, un coup suspect à la tête. L'autopsie conclut à une mauvaise chute. Ce qui est difficile à croire : le rapport d'autopsie dont nous avons pris connaissance précise que le corps a été retrouvé sans chaussures, alors qu'il était censé chasser.

La lettre retrouvée chez Flosse commence ainsi :

« Je me nomme Vetea Cadousteau. j'écris ce testament car je sais que je serai tué dans quelque temps car j'ai participé à l'assassinat de Couraud. J'ai réfléchi à ce qui s'était passé et je n'arrive pas à vivre avec ça. (…) Je vais vous dire comment, pourquoi, pour qui j'ai exécuté Couraud ».

Celui qui se présente comme Cadousteau raconte comment lui et trois autres membres du GIP, qu'il cite nommément, ont embarqué le journaliste (« et un dossier ») dans une voiture, puis sur un bateau :

« Nous avons reçu l'ordre par Félicien de faire nettoyage de Couraud. »

Ils auraient alors attaché les pieds de Couraud à « 04 gros ciments », auraient pris la direction de Moorea, auraient accroché leur victime « à une corde et une chaîne » et l'auraient fait descendre plusieurs fois dans l'eau, en lui demandant de parler du contenu de son dossier.

L'auteur de la lettre écrit par la suite que les quatre hommes, après avoir téléphoné à un certain « Réré », ont lâché le corps, qui « est parti dans le fond ». Le lendemain, selon le récit, « Félicien » les a félicités.

Un récit qui confirme
un témoignage naguère écarté

« Félicien » désigne Félicien M., l'un des deux ex-agents de la DGSE qui dirigeaient un service de renseignement mis en place par Flosse (l'autre étant André Y.). Car si Flosse avait sa garde prétorienne, il avait aussi son propre service de barbouzes. Ce n'est pas la première fois que leur nom apparait dans ce dossier pour le moins confus.
Pour Félicien, toute cette histoire n'est qu'une « affaire politico-financière » montée de toute pièce : « la lettre testament est bidon ».

Ce n'est pas non plus la première fois que l'interrogatoire fatal de JPK est raconté. Au mois d'octobre 2004, Vetea Guilloux, employé au GIP, avait affirmé que Couraud avait été noyé, le corps lesté de parpaings, par des agents du GIP qui s'en étaient vantés un soir de beuverie. (Voir la vidéo)

Vetea Guilloux avait été pris pour un fou et avait été condamné à une peine de prison ferme pour « déclarations mensongères et dénonciation calomnieuse ». L'enquête a, depuis, failli tomber en panne, plusieurs fois. Elle a repris sous l'impulsion du juge Redonnet.

L'ombre du « compte japonais » de Chirac

Les proches de JPK, sa famille comme son ancien ami Me Dominique des Arcis, ont aujourd'hui la conviction que la disparition du journaliste est liée à une enquête que Jean-Pascal Couraud menait sur les financements politiques du RPR. En arrière fond de ces soupçons, l'affaire du « compte japonais de Chirac ».

En février 2007, le frère de JPK, Philippe Couraud, avait rencontré Maître Dominique des Arcis, également avocat du journaliste, dans un café. Ce dernier, racontera par la suite Philippe Couraud, lui aurait alors affirmé qu'il a été en possession d'informations relatives à des transferts de fonds de Polynésie française vers un compte ouvert au Japon au nom Jacques Chirac. Interviewé par Rue89 en janvier 2008,l'avocat avait démenti avoir prononcé le mot « Japon ».

Mais il reconnaît que l'enquête que JPK et lui menaient sur le financement politique de la campagne de Chirac en 1995 peut très bien avoir été à l'origine de l'enlèvement supposé du journaliste.

De l'enquête qu'avaient mené JPK et des Arcis, il reste une note de 13 pages que nous avons consultée (il y en avait initialement 14). Cette note, rédigée en 1998, fait état d'opérations financières mêlant Gaston Flosse, son ami Robert Wan, richissime homme d'affaires local, et Jacques Chirac. Le mot Japon y apparaît bien :

 »…CHIRAC et GASTON ont été ensemble au JAPON en juillet et en août. Or chacun sait que les cours de la perle noire de Tahiti sont entre les mains des Japonais. »

Gaston Flosse sur la défensive

Gaston Flosse a raconté aux policiers que « quelqu'un » lui a fait parvenir ces documents, mais qu'il n'a pas cru bon de les livrer aux autorités judiciaires parce qu'il avait « trouvé cette affaire farfelue » : « J'ai jugé que ce document n'était pas très intéressant pour l'affaire en cours », déclare-t-il aux policiers qui l'interrogent. Il considère que ces confessions « inventées » font partie d'une manoeuvre montée contre lui par ses adversaires politiques.

Mais si ce testament était farfelu, pourquoi l'avoir « archivé » dans son bureau, lui ont demandé les policiers en septembre dernier ? Réponse du sénateur divers droite :

« S'il y avait une quelconque réalité du récit, j'aurais fait disparaître ce document. »

Détail troublant : le « testament », un texte écrit à la fois à la main et à la machine, a été trouvé dans le tiroir droit du bureau de Flosse, dans une grande enveloppe. A l'intérieur de la grande enveloppe se trouvait une plus petite enveloppe, également adressée à Flosse, contenant un relevé d'identité bancaire et une demande de rendez-vous manuscrite.

Selon le journal Monde, qui a révélé une partie du contenu des documents trouvés au domicile de Gaston Fosse, à Pirae, le juge « s'intéresse aussi au crash d'un avion, en 2002, dans lequel a péri Boris Leontieff, le rival politique historique de M. Flosse », et dont JPK était très proche.

En attendant, le sénateur pourrait être poursuivi pour délit d'entrave à la justice : fût elle anonyme, non datée, et de source inconnue, la pièce qu'il s'est abstenue de communiquer au juge est directement liée à l'enquête.

Le 29 décembre, Gaston Flosse avait déjà réagi à ces informations par un communiqué posté sur son blog, pour faire part de son « effarement » :

« Le sénateur Gaston Flosse précise qu'il s'est contenté de recevoir une lettre anonyme, relatant de prétendues révélations sur cette affaire, tout comme Oscar Temaru, en 2004, avait reçu le témoignage de Vetea Guilloux. Quand on sait que Vetea Guilloux a été condamné à de la prison ferme pour son témoignage, il n'y a aucune conclusion hâtive à tirer de ce document. »

Il trouve « proprement scandaleux que la presse et ses détracteurs continuent de parler d'enlèvement et de meurtre de Jean-Pascal Couraud puisque, après plus de 10 ans depuis la disparition du journaliste, rien ne vient étayer cette thèse ». Sur son blog, il n'accuse pas les opposants locaux, mais carrément les services de l'Etat français :

« A l'heure où le sénateur Gaston Flosse joue un rôle déterminant dans la réconciliation politique en Polynésie française, il ne peut que s'interroger sur l'intérêt de certaines autorités de l'Etat à manipuler sciemment des informations judiciaires dans le seul but de tenter de faire barrage à un consensus politique qui n'a pas l'assentiment de certains à Paris : pure coïncidence ou volonté délibérée ? »

Photo : Jacques Chirac et Gaston Flosse le 28 juillet 2003 à Bora-Bora (Philippe Wojazer/Reuters)

A lire aussi :
L'ensemble de nos articles sur l'affaire JPK
Le blog de Gaston Flosse
Le dossier de Tahiti-Pacifique

Mise à jour, 17/01/2009 : Ajout de la réaction de Félicien M.
Nouvel élément 17/02/2009  : Selon le Journal du Dimanche, la lettre non signée serait un faux. Un homme aurait en effet avoué aux enquêteurs avoir rédigé ce courrier, pour faire pression sur Gaston Flosse.

6 commentaires sélectionnés

Portrait de le soudanais

De le soudanais

ici et là | 18H12 | 16/01/2009 | Permalien

Pour les jeunes qui parcourent ce forum, on parle effectivement de la politique française des années 90 et non pas d'une quelconque république bananière d'Afrique ou de d'Amérique Latine…

On a les dirigeants qu'on mérite il parait… !

Portrait de Philippe17000

De Philippe17000

France | 18H34 | 16/01/2009 | Permalien

Pauvre Polynésie, pauvres Polynésiens, humilés par la présence coloniale de la France, dont la culture a été foulée aux pieds.

Lisez « l'ile des rêves écrasés » de Chantal SPITZ et vous comprendrez mieux l'âme polynésienne.

Et comme si tout ça ne suffisait, Gaston, Jacquo et leurs seides ! !

Lamentable

Portrait de gloubgloub

De gloubgloub

assis | 20H53 | 16/01/2009 | Permalien

La lecture du blog de Gaston Flosse cité dans l'article (http://gastonflosse.typepad.fr/mon_weblog/2008/12/communiqu%C3%A9-de-pre…) m'a plongé dans une profonde perplexité. Je pense que ce blog est un faux, conçu par les adversaires politiques du grand homme pour le décrédibiliser.

Il est en effet impossible d'imaginer qu'un respectable sénateur de la République mette en ligne en cinquante exemplaires sur une page web sa binette souriante au milieu d'administrés en extase.

Il est tout aussi peu probable qu'un respectable Sénateur de la République réponde aux multiples messages de soutien qu'il reçoit, par des textes rédigés dans un français approximatif, truffé de fautes de français et d'orthographe, dans un style de collégien de SEGPA.

Il est enfin rigoureusement impossible qu'un respectable Sénateur de la République publie un blog qui ressemble, par le fond comme par la forme, à un petit morceau d'Union Soviétique qui se serait détaché de l'empire à la faveur d'une improbable dérive des continents pour s'enfoncer dans le Pacifique.

Ou alors c'est que la République est tombée bien bas.

Portrait de Tartarin

De Tartarin

Chasseur de casquettes | 01H20 | 17/01/2009 | Permalien

Bonjour Andycap,
JPK a disparu SANS LAISSER DE TRACES, au point que certains de ses amis ont pensé à un départ volontaire et discret (très courant en Polynésie, surtout chez les hommes d'affaires), suite à la mésentente dans son ménage. Mais, s'en aller et laisser sans nouvelles ses deux enfants, sa mère et ses frères et soeur.. au bout de quelques temps cela devenait peu probable.
Pour l'histoire des pieds dans le béton, c'est une invention journalistique. Le seul témoin entendu par le juge parle de pieds attachés à des parpaings (appelés « agglo » en France). Toutefois, ce témoin a été condamné pour faux témoignage….

Portrait de yann.stephant

De yann.stephant

Festival du Film Insulaire | 03H36 | 17/01/2009 | Permalien

Tiroir justice pour JPK, enfin ! Corruption, horreur, malheur, mort ! Tiroir douleur pour pour Lucien ! Lucien Kimitété ! Maire de Nuku Hiva Hiva (îles Marquises), avion, malheur, mort ! Même vol que Léontieff. Hors proches, amis, et famllies… Pour la première fois, un juge s'interroge, des journalistes « métropolitains » y donnent écho… Lucien, on t'aime ! Justice !

http://www.tahiti-pacifique.com/Articles.divers/Lucien-KIMITETE/Lucien_K…

Le Monde annonce également que le juge Jean-François Redonnet, qui instruit le dossier, devrait se rendre à Paris en février. Il s'intéresse aussi au crash d'un avion, en 2002, dans lequel a péri Boris Leontieff, président du Fetia Api, rival politique historique de M. Flosse. En pleine ascension politique, Boris Léontieff avait disparu aux Tuamotu, le 23 mai 2002, en compagnie de trois politiciens membre du Fetia Api, Lucien Kimitete, Arsen Tuairau et Ferfine Besseyre, pendant la campagne des élections législatives. Malgré les recherches intensives aucune trace de l'appareil, un piper, n'a été retrouvée. Jusqu'à présent, le seul lien établi entre la disparition de Boris Leontieff et l'affaire JPK, est que ce dernier, était en charge de la communication de la mairie de Arue, commune dont Boris Léontieff était le maire.

Portrait de Aimeho de Tahiti

De Aimeho de Tahiti

21H35 | 17/01/2009 | Permalien

Bonjour à tous et bravo à Pascal Riché de poursuivre l'enquête depuis le début de son apparition publique via une conférence de presse du « Comité de soutien pour faire la vérité sur la disparition de JPK » dont je suis membre.
RUE89 s'est d'ailleurs distingué en exhumant l'assassinat du juge Borel à Djibouti où selon une version le président de ce Pays pourrait être impliqué. L'assassinat du journaliste Kieffer – après que la thèse de la disparition ne tienne plus la route et où là encore ce sont les plus hautes instances qui sont soupçonnées d'avoir commandité le meurtre. Et même le troublant « suicide » de Robert Boulin. Mais nous sommes bien en présence de disparition qui après investigation sont plus proches de l'assassinat, couvert par les plus hautes instances de la République française. Pourquoi et comment ils peuvent en arriver là ?

Revenons à Tahiti et à l'assassinat (j'en suis intimement convaincu depuis 2004) de JPK qui était un ami. Il faut d'abord bien comprendre qu'au départ Gaston Flosse n'aurait été absolument rien sans Jacques Chirac et le RPR. Il ne faut pas inverser les responsabilités. Ils s'appelaient mutuellement « frère » ce qui était totalement choquant ? Donc Gaston Flosse est devenu un des financeurs occultes du RPR via des opérations truquées venant de fonds privés ou publiques. Cela après les premières révélations des fiancements à la Mairie de Paris. Gaston Flosse n'était pas la seule source d'approvisionnement puisque si ma mémoire ne me trahit pas Rafic Hariri, l'ancien premier ministre du Liban assassiné l'était également selon le Nouvel Observateur. Et d'autres mais ne nous éparpillons pas.

Là aussi pour obtenir des indices ou des preuves il faut aller les chercher avec les dents et sur une période de temps si longue qu'il devient désespérant de poursuivre le travail d'enquête. D'autant que tous les contrepouvoirs ont abandonnés la lutte dont les journaux à la solde d'Hersant, ainsi que Police & Gendarmerie qui représentent un antipouvoir d'investigation quant aux magistrats, seuls quelques hommes intègres ou effarés des dérives du système ou de leur impuissance font des confidences mais toujours sous couvert d'anonymat ? Comme à Alex du Prel.

L'assassinat de JPK n'est pas la seule tragédie de ce type. Ce type de société ne recule devant rien pour défendre ses intérêts vitaux (expériences nucléaires) ou couvrir magouilles et comportements de type maffieux (financements occultes). Si aujourd'hui les faits avérés sont rendus publiques c'est parce qu'enfin un vrai juge fait son travail avec une conscience professionnelle intacte même s'il faut essayer d'auditionner l'ancien président de la RF, la DGSE ou perquisitionner le domicile personnel de Gaston Flosse via une Brigade financière, diligentée de Paris et avec les commissions rogatoires adéquates.

Car avant, le juge désigné a torpillé l'enquête quand aux gendarmes, il suffit d'entendre l'avocat Gatti qui a accès au dossier pour être convaincu qu'ils étaient aux ordres de Paris. Avant Gaston Flosse était intouchable, le « frère » de Chirac a été surprotégé. Aujourd'hui, cette période est terminée. Mais la situation exceptionnelle est que pour faire tomber l'un, il faudra faire tomber son frère et inversement. On ne pourra jamais condamner Gaston Flosse sans déstabiliser Jacques Chirac. Voilà la spécificité de cette « affaire ». Un immense défi, vous ne trouvez pas ?

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