15/01/2009 à 12h25

Remaniement rampant en vue des élections européennes

Julien Martin | Ex-Rue89

Xavier Bertrand est remplacé par Brice Hortefeux, qui est remplacé par Eric Besson, qui est remplacé par Nathalie Kosciusko-Morizet. Christine Boutin perd la Ville.


Brice Hortefeux et François Fillon à l’Elysée le 19 mars (Philippe Wojazer/Reuters)

L’Elysée ne veut pas entendre parler de remaniement gouvernemental. Alors les conseillers du Palais serinent sur tous les tons depuis plusieurs semaines qu’il ne s’agit que d’« ajustements », que les changements ne sont que « techniques », qu’il ne faut s’attendre qu’à « quelques menus mouvements ».

Mais c’est bien à un remaniement gouvernemental auquel on assiste depuis décembre, un remaniement qui s’est poursuivi ce jeudi et un remaniement qui ne sera achevé qu’en mai prochain, un mois avant les élections européennes, le véritable objectif de Nicolas Sarkozy qui explique ce remaniement rampant.

Une technique déjà utilisée lors des élections législatives de 2007. A peine élu, le nouveau Président avait composé un gouvernement resserré de quinze ministres et quatre secrétaires d’Etat. Histoire de conserver une marge de manoeuvre et pouvoir tirer les enseignements des élections à l’Assemblée nationale, qui intervenaient un mois plus tard.

Un simple communiqué de l’Elysée

La méthode n’avait pas eu les effets escomptés et la vague bleue n’avait pas été aussi importante qu’espéré. C’est pourtant une version amplifiée du même principe qui est aujourd’hui utilisée. En témoigne l’annonce des changements diffusée ce jeudi midi par un simple communiqué de l’Elysée :

« Sur la proposition du Premier ministre, le président de la République a mis fin aux fonctions de M. Xavier Bertrand, ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité.

Il a nommé :

  • M. Brice Hortefeux, ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville.
  • M. Eric Besson, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire.
  • Mme Christine Boutin, ministre du Logement.
  • Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du Développement de l’Économie numérique, auprès du Premier ministre.

La secrétaire d’Etat chargée de la Solidarité, la secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la Ville et la secrétaire d’Etat chargée de la Famille sont déléguées auprès du ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville.

Des nominations sporadiques

Les trois principales informations que constituent le départ de Xavier Bertrand et les promotions de Brice Hortefeux et Eric Besson étaient déjà connues depuis plusieurs semaines. Pour cause : les fuites étaient quasi organisées par l’Elysée, en tout cas autorisées.

Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, et même le Premier ministre en personne, François Fillon, ont fait le tour des plateaux télé et radio en répondant sans faux-fuyants aux questions sur ce remaniement. Pas de surprises donc.

Les deux premières nominations au mois de décembre s’étaient déjà déroulées dans cette double optique : ne pas créer d’attente et viser les européennes. La nomination de Bruno Le Maire au secrétariat d’Etat aux Affaires européennes a été annoncée par Nicolas Sarkozy en marge d’un conseil européen à Bruxelles, après que Jean-Pierre Jouyet, son prédécesseur, avait lui-même évoqué son nom deux jours plus tôt à l’Assemblée nationale.

Un nom qui n’avait pas été choisi au hasard : Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, est censé réconcilier sarkozystes et villepinistes au sein de l’UMP.

Idem pour Patrick Devedjian. Vingt-quatre heures après l’annonce par le chef de l’Etat de la création d’un ministère de la Relance, Patrick Devedjian acceptait le poste. Ce qui avait pour avantage de libérer la tête de l’UMP, où ce dernier n’était pas en odeur de sainteté. Une situation qu’il était impossible de faire perdurer en plein début de campagne pour les européennes.

Réorganiser l’UMP puis le gouvernement

Car l’UMP craint le pire. Nicolas Sarkozy se ménage donc la possibilité de faire ce qui sera présenté comme un véritable remaniement en une seule fois, en cas de défaite de grande ampleur. D’autant que les difficultés s’accumulent, rien que pour désigner les huit têtes de liste du parti majoritaire. Les défections se multiplient : les ministres Rama Yade et Rachida Dati en Ile-deFrance, le leader de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer dans l’Ouest.

Comme à son habitude, le Président a alors pris les choses en mains. Son ministre “chouchou” Xavier Bertrand prendra officiellement le poste de secrétaire général de l’UMP lors du Conseil national du 24 janvier, auquel Nicolas Sarkozy assistera, replongeant ainsi dans les affaires internes du parti qu’il a dirigé.

Les autres promus du jour seront également de la partie. Brice Hortefeux va monter en grade et aura la charge des investitures, et l’ex-socialiste Eric Besson fera son entrée dans la direction du parti. En plaçant deux de ses amis, représentants qui plus est de la droite dure et de l’ouverture à gauche, le chef de l’Etat espère mettre toutes les chances du côté de l’UMP.

Seule la nomination de Nathalie Kosciusko-Morizet ne rentre pas dans cette logique européenne. Mais elle est avant tout due à la défection de dernière minute du sénateur villiériste Bruno Retailleau, qui aurait été une recrue de poids en vue d’alliances pour ces élections. Mais Philippe de Villiers a fini par reculer. Il nous a fait “une scène de ménage”, a confié ce jeudi François Fillon au blog Elysée Inside. (Voir la vidéo)

Les derniers mouvements au gouvernement seront annoncés en même temps que les élections européennes seront préparées. Au mois de mai, Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, et Valérie Létard, secrétaire d’Etat à la Soladrité, seront déchargés de leur portefeuille pour prendre respectivement la tête des listes dans le Sud-Est et le Nord-Ouest.

A moins que Michel Barnier ne soit parachuté en Ile-de-France, tel que l’Elysée y réfléchit actuellement. Des arbitrages se déroulent ce jeudi-même dans le Palais. Le casse-tête électoral continue. Pendant ce temps, le gouvernement est prié de s’en adapter.

A lire aussi :
Le communiqué sur le site de l’Elysée
Web : “pas de conflit d’intérêts” pour les Kosciusko-Morizet
Qui préférez-vous voir entrer au gouvernement ?

Photo : Brice Hortefeux et François Fillon à l’Elysée le 19 mars (Philippe Wojazer/Reuters)


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  • papy55
    papy55
    prof. en province
    • Posté à 12h40 le 15/01/2009
    • Internaute 24237
      prof. en province

    Quelle serait l’efficacité d’un réel remaniement, alors que les ministres, secrétaires d’état, commissaires, ont avant tout avant tout un rôle d’affichage plus qu’un rôle actif, alors qu’ils ne sont que des marionnettes manipulées par Sarko, tout comme les parlementaires de la majorité qui doivent voter les lois, le doigt sur la couture du pantalon (parfois même après leur début d’application) !

    Dans ces conditions, autant ajuster par petites touches, ce qui ne fait que maintenir la pression et évite toute velleité émancipatrice !

  • Lucius Sergius
    Lucius Sergius répond à ras-la-patience
    Citoyen
    • Posté à 23h38 le 15/01/2009
    • Internaute 28239
      Citoyen

    C’est un jeu de bonneteau. C’est un principe dans une société du spectacle : on entretien un vague suspens, on en parle comme çà ça donne l’impression qu’« on » fait quelque chose, qu’il se passe quelque chose, qu’on maîtrise...
    Concrètement, un remaniement pour suivre les même politiques, même de grande ampleur, ça changera quoi au niveau du citoyen de base, à part un emballage nouveau de la même pilule à avaler ?

    Autre chose qui est toujours très amusante : dans la vraie vie c’est très difficile à un quidam, quelles que soient ses qualités ou diplômes, de changer de domaine professionnel, de se « réorienter » quand on n’a pas les bonnes cartes de visites. Il faut faire preuve de ses connaissances dans le domaine où on veut oeuvrer, se faire accepter par les pairs, ménager les jalousies, il y a la pression entretenue (par ceux qui ont le réel pouvoir) de la pénurie d’emploi qui limite les mobilités, etc... Faire preuve de ses « compétences ». C’est une oeuvre de longue haleine et bien souvent peine perdue (trop tard, z’êtes trop vieux, trop cher, trop gros, trop blonde, etc... Il y a plein de bonnes excuses pour empêcher la mobilité sociale et professionnelle).

    Chez le personnel politique professionnel, censé être « technique », voire « pointu », c’est vraiment très différent ,c’est un coup à la Jeunesse, un coup à l’Agriculture après être passé par la Justice, un séjour à la Culture, et hop, à la Famille, au Sports, à la Communication ou à l’Ecologie, à l’Education ou la Justice ou l’Intérieur... C’est « fun », tout est permis, on n’est plus dans le monde des manants : la formation est rapide, elle est simplement effective par décret. Selon les principes « modernes » (hum !) de fonctionnement de la société, qui emprunte beaucoup de choses aux temps les plus frustres et reculés, ce ne sont pas les compétences qui donnent le poste, mais bien souvent le contraire et instantanément.
    En passant, sans vouloir être trop désagréable, je ne peux m’empêcher de rappeler un vieux dicton qui circulait autrefois dans les campagnes et qui semblerait à propos : « bon à tout, bon à rien ». Mais nos bons seigneurs sont assurément des génies très polyvalents qui maîtrisent tous les dossiers avec brio...

    Delenda Carthago

  • rogerlouis
    • Posté à 09h31 le 16/01/2009
    • Internaute 25359

    Ce qui me fait le plus rire c est que Fadela Amara va dependre de Brice Hortefeux ! ! ! ! ! ! ! ! C est grandiose ! ! ! ! ! ! j attends avec impatience sa visite dans des quartiers sensibles accompagnée de son ministre de tutelle....Ne parlons pas du numerique avec NKM et son frere patron de Priceminister...mais non y a pas de conflits d interets ! ! ! ! vous avez vu ca ou ? ? ? On s enfonce dans la mediocratie...J espere que les francais s en souviendont aux europeennes et feront mentir De Gaulle qui disait qu ils etait des veaux ! ! ! ! ! ! !