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Réseaux, luxe et argent : les zones d'ombre de l'affaire Dray

Hôtels et horlogerie de luxe, haute couture… Le train de vie élevé du socialiste est révélé dans un rapport de Tracfin.

Julien Dray à l'université d'été du PS en 2007 (Audrey Cerdan/Rue89)

Julien Dray contre-attaque. Visé par une enquête préliminaire pour abus de confiance, le député de l'Essonne et vice-président du conseil régional d'Ile-de-France a réclamé mercredi « la constitution d'un jury d'honneur composé de personnalités indépendantes, d'un haut niveau de respectabilité, afin d'étudier son patrimoine et ses comptes », a indiqué à l'AFP Me Léon-Lef Forster.

Une action qui n'a pas de valeur juridique, mais à laquelle le socialiste est contraint, selon son avocat, car il « n'a toujours pas accès » au dossier judiciaire. Et une action qui lui permettra surtout de répondre aux informations divulguées dans les médias.

En plus de la plainte contre X déposée mardi pour violation du secret professionnel, il a engagé les services d'un autre conseil, Me Emmanuel Pierrat, afin de faire citer en justice des journaux et sites Internet accusés de « propager des propos diffamatoires », et ce jusque dans les commentaires des internautes.

La dernière révélation provient d'ailleurs d'un média. L'Est républicain a publié mercredi le rapport complet de Tracfin, la cellule antiblanchiment du ministère des Finances, à l'origine du déclenchement de l'enquête préliminaire. Un rapport qui détaille les zones d'ombres du dossier, liste ses dépenses et décrypte ses liens financiers avec les associations et le milieu des affaires.

Les réseaux associatifs

Le rapport de Tracfin met en lumière la dimension économique de liens politiques très anciens. Depuis la fondation de SOS Racisme, en 1984 sous l'égide de l'Elysée, Julien Dray est reconnu comme le « boss politique de ces orgas ». Celui qui impose le slogan « Jospin t'es foutu, les lycéens sont dans la rue » en 1990. Mais aussi celui qui adoube les dirigeants de SOS et de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (Fidl) : « Les présidents n'étaient pas élus sans son accord », précise un ancien militant.

Créée en 2000, l'association Les parrains de SOS Racisme est présidée par Pierre Bergé. Elle a pour objet principal de « soutenir » sa « nièce ». L'homme d'affaires est le principal bailleur de fonds du mouvement. Il arrose un ancien président de l'Unef-ID (Marc Rozenblat), ainsi que les principaux permanents des « orgas », en particulier trois proches du député de l'Essonne :

  • Nathalie Fortis : ex de la Fidl, chargée de la presse à SOS racisme, puis attachée parlementaire de Julien Dray
  • Thomas Persuy : lui aussi ancien de la Fidl et permanent de SOS
  • Dominique Bouissou : attachée parlementaire de Julien Dray pendant des années, aujourd'hui chargée des relations presse de Ségolène Royal

Pour Tracfin, ces proches ont servi de relais à Julien Dray, comme l'indique l'analyse des flux financiers :

« Le compte de Melle Fortis semble fonctionner à l'instar d'un “compte collecteur” par captation de fonds provenant d'associations (Fidl, Les parrains de SOS Racisme et autres…), ainsi que par des “dons” de personnes physiques proches de ces associations et/ou de M. Dray, la grande majorité de ces flux étant ensuite reversée à ce dernier. »

Dans quel but ? Pour quel usage ? En tout cas, sur une durée de dix-huit mois, les montants sont importants :

« Au total, sur les deux comptes analysés, Melle Fortis a encaissé 101 637 euros, issus majoritairement des deux associations précitées. Sur ces fonds M. Dray a bénéficié de 68 600 euros. »

Au total, sur les 137 505,93 euros provenant des deux associations (Fidl et les Parrains de SOS), Julien Dray voit arriver sur ces comptes bancaires 102 985 euros. Au sein même du Parti socialiste, certains n'hésitent plus aujourd'hui, sous couvert d'anonymat, à parler d'un véritable « Pasqua de gauche ».

Le train de vie

Julien Dray possède trois comptes bancaires, au Crédit du Nord, chez LCL et au Crédit coopératif. Si, selon Tracfin, une « absence de flux » est observée sur le dernier, les deux premiers présentent en revanche un « fonctionnement atypique ».

Carte Centurion : « L'accès à l'inaccessible »
L'une des deux cartes bancaires de Julien Dray est la Centurion. Prix de la cotisation annuelle : 2000 euros. Vice-président d'American Express France, Armand de Milleville donnait une interview à Luxe Magazine à l'occasion du lancement de Centurion début 2005. Extraits :

« Il faut savoir qu'il existe des clients pour un vrai luxe, fondé sur la rareté ou l'unique. Dans le monde entier, ces ultra riches sont estimés à 1% de la population totale et les très riches, à 16,7 millions de personnes. C'est dire qu'en France, cette frange de personnes ne représente qu'un pourcentage infime de la population. A peine quelques centaines de personnes, pour être plus précis.

“Cette clientèle restreinte, identifiée parmi nos membres titulaires de la Platinum est une clientèle exigeante, recherchant l'excellence en tout et partout. (…) Elle a un pouvoir d'achat sans limite, et convoite l'unique ou l'exceptionnel. (…) On ne demande pas la Centurion, c'est nous qui invitons à la prendre et à bénéficier de ses services.

‘Nous lui offrons l'accès à l'inaccessible. (…) Nous évoluons ici dans le domaine du rêve, de l'émotionnel, de la sensibilité et des aspirations. Sur un simple coup de fil, le titulaire Centurion se voit exaucé, sans avoir à se préoccuper des détails d'organisation.’

Sur son compte au Crédit du Nord, entre janvier 2006 et la fin septembre 2008, ‘des émissions de chèques et une utilisation régulière de ses cartes American Express’ font apparaître un débit de 519 663,15 euros (‘29 relevés mensuels sont compris entre 4 000 et 35 200 euros’). Sur son compte chez LCL, pour la même période, les débits sont de 55 328 euros ‘pour les flux les plus importants’.

Hôtellerie de luxe, habits haut de gamme, voyages quasi mensuels à Milan… Ses relevés de comptes publiés révèlent des pêchés aussi mignons que coûteux. Particulièrement la passion des montres de celui qui se définit comme un ‘acheteur compulsif’. Tracfin note :

‘Les seules dépenses liées avec certitude à des achats présumés de montres ou d'accessoires d'horlogerie sur le territoire français s'élèvent à plus de 130 000 euros.’

Un train de vie qui ne correspond pas à ses revenus. L'Est républicain, qui indique avoir contacté Julien Dray, écrit que le député de l'Essonne précise ‘que ses revenus, ajoutés à ceux de son épouse, sont de l'ordre de 15 000 euros, parfaitement compatibles, selon lui, avec son train de vie’.

Or, entre janvier 2006 et septembre 2008, rien que le montant de ses dépenses relevées par Tracfin (519 663,15 + 55 328 = 574 991,15 euros) dépasse celui des revenus allégués du couple (15 000 x 33 mois = 495 000 euros).

Les liens affairistes

Le rapport de Tracfin signale la trace de versements d'argent à Julien Dray par des ‘particuliers actifs dans la sphère économique’. Facteur qui accroît les soupçons des enquêteurs, les signataires de certains chèques ont ‘soit leur siège dans le département dont Julien Dray est l'élu (l'Essonne, ndlr), soit obtenu un chantier public dans sa circonscription (un promoteur, ndlr), soit enfin obtenu un marché public avec le Conseil régional d'Ile-de-France (Eric Basset, un producteur de musique, ndlr)’. Comme le remarquent pudiquement les auteurs du rapport, se pose dans certains cas la question de la ‘contrepartie’.

Des particuliers ‘exerçant des fonctions de direction dans la sphère économique ou associative’ ont alimenté ses comptes à hauteur de 78 300 euros, notamment :

  • François Malisan, gérant d'un atelier d'architecture à Brétigny-sur-Orge, dans l'Essonne (10 000 euros).
  • Philippe Journo, promoteur immobilier, qui a eu ‘en charge une grande partie des travaux d'aménagement du centre commercial du Val-d'Orge, situé sur la commune de Sainte-Geneviève-des-Bois, circonscription électorale de Julien Dray’ (13 000 euros).
  • Robert Zarader, patron de pub et vice-président de TBWA Corporate (24 000 euros).

Autres liens avec le monde des affaires : Pierre Bergé, Gilbert Wahnich (qui contrôle un groupe de literie et d'ameublement) ont abondé, avec Arte, le compte des ‘parrains de SOS racisme’. Or des sommes ont été retirées de ce compte, pour être en grande partie reversées sur des comptes personnels de Julien Dray. Par ailleurs, les enquêteurs pointent des retraits d'espèces, en provenance de ce même compte, ‘qui ne semblent pas obéir à une logique économique’.

Pierre Bergé, financier historique de SOS Racisme, a été interrogé par le Journal du Dimanche, et a eu cette réponse directe :

‘Julien est un ami, je suis le parrain de sa fille, il est possible que je l'aie soutenu et je suis prêt à le faire de nouveau.’

Julien Dray a affirmé qu'il s'expliquerait sur l'ensemble de ces versements et sur ses liens avec les milieux d'affaires. Reste que la loi impose la transparence du financement de la vie politique et interdit depuis 1995 le financement des campagnes par des entreprises.

Julien Martin, Pascal Riché et David Servenay

Photo : Julien Dray à l'université d'été du PS en 2007 (Audrey Cerdan/Rue89)

A lire aussi :
L'article de l'Est républicain sur Julien Dray
Le site de Tracfin
Julien Dray pris dans la tourmente politico-judiciaire

4 commentaires sélectionnés

Portrait de tintouin

De tintouin

21H54 | 14/01/2009 | Permalien

ATTENTION avant de porter des jugements péremptoires sur les socialistes etc etc…

Un dossier complet qui sort sur la place publique, d'une administration (TRACFIN) qui est habituellement en charge de la traque des flux financiers du terrorisme et du blanchiment de l'argent de la drogue ? Sortie du dossier en toute illégalité (on n'en est qu'à l'enquête préliminaire).

Si ça ne sent pas l'opération de déstabilisation, ça y ressemble en tout cas beaucoup.

ça ne veut pas dire que l'affaire n'a pas de fondement. Cela veut dire simplement que d'autres dossiers du même genre ne sortiront jamais, parce que ça n'intéresse pas le pouvoir de déstabiliser ces honorables personnalités. Dray en revanche est proche de Royal…

Portrait de fgabriel

De fgabriel

22H18 | 14/01/2009 | Permalien

Les journalistes de Rue89 devraient nous faire un exposé sur le fonctionnement de Tracfin.

D'après ce que j'en sais, la banque a le devoir de signaler tout mouvement bancaire suspect de blanchiment ou de financement du terrorisme. Et il est interdit à la banque d'informer la personne suspectée que la banque l'a signalée à Tracfin.

Puis Tracfin fait sa petite enquête et le cas échéant, transmet son rapport à la justice. Le rapport a dû fuiter au niveau du ministère de l'économie.

Portrait de Jean_Chonot

De Jean_Chonot

plébéien | 22H38 | 14/01/2009 | Permalien

« Le journalisme français est l'art de faire croire au peuple ce que le gouvernement juge opportun de lui faire admettre. »

Heinrich von Kleist 1777-1811

Ce n'est pas un hasard si je cite Von Kleist tant cette phrase, qui voulait s'appliquer à une certaine époque ; dont j'invite d'ailleurs chacun(e) à relever les « quelques » similitudes avec la notre ; paraît aujourd'hui d'une troublante fraîcheur.

Personne ne s'est-il demandé « réellement » comment ce « rapport » ; auquel officiellement « l'accusé » n'est pas sensé avoir accès ; avait fait pour être arrivé là où il s'est trouvé ?
Cet article ne se la pose pas.

Les plus hautes instances de la République seraient-elle à ce point des « passoires » qu'aucun secret, notamment celui de l'instruction, ne puisse être conservé jalousement afin que le droit puisse s'appliquer avec une certaine sérénité ?
Cette question, les auteurs ne se la posent pas non plus. Ils semblent préfèrer tomber dans le piège qui leur est tendu.

En attendant, l'Est Républicain s'est emballé une fois de plus. Le syndrome de la « courante » se révèle parfois chez lui en annonçant la mort de personnalités. C'est un style. En 2006 ce fut celle de Ben Laden, en 2009 ce sera donc celle de Julien Dray avant même que la justice, qu'elle soit Divine ou celle de la République, n'ait eu le temps de se prononcer.

C'est fâcheux et cela manque cruellement de déontologie, enfin si j'en crois un extrait du code de déontologie du journalisme :
« (…)
- garde le secret professionnel ;
- n'use pas de la liberté de la presse dans une intention intéressée ;
- ne confond pas son rôle avec celui du policier ;
- tient le scrupule et le souci de la justice pour des règles premières. »

Si le journalisme est sans doute l'un des plus beaux métiers du monde il me semble emprunter, ces derniers temps, des chemins dangereux non seulement pour lui-même mais au-delà pour la démocratie toute entière.

En conclusion, n'allez pas croire que cette « missive » est une façon de défendre le personnage de Julien Dray car je n'ai vraiment aucune sympathie pour ce dernier.

Cependant, Julien Dray, reste un citoyen qui a des droits et à ce titre, la République devrait respecter ses obligations pour que cesse cette farce qui n'a que trop duré.

Quant aux journalistes, au lieu de journaliser des éléments qu'on leur met sous leur nez, ils feraient mieux d'investiguer et de se poser systématiquement la petite question bête et méchante de savoir à qui profite le crime.

Portrait de sevinilud

De sevinilud

en liberté surveillée | 11H43 | 15/01/2009 | Permalien

je dis : PRUDENCE. C'est trop gros, cette affaire. Je n'ose croire que ces têtes, normalement bien faites, tombent dans ce genre de magouilles. Je serais horriblement deçu si tout celà s'avérait exact. Toute la gauche serait salie et elle n'a pas besoin de celà actuellement. Alors, Messieurs les journalistes, faites de l'investigation, fouillez et démontez cette affaire pour voir à qui profite le crime ! pour l'instant JDray, pour moi,est innocent.

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