Anne-Marie a dû occuper des fonctions incompatibles avec son handicap et subir des pressions. Sans recours possible.
Elle ne parlera pas, car elle est frappée d'aphonies. Lorsqu'elle a franchi la porte de Rue89, Anne-Marie Martinez était accompagnée par une amie, incapable d'aller seule à un rendez-vous pour raconter son histoire : des années de harcèlement moral au commissariat d'Enghien-les-Bains, où elle était employée.
Difficile de déballer sa vie à un journaliste. A ceux qui seraient tentés de voir dans cette démarche une simple vengeance personnelle, elle répond par avance que le linge sale, elle a essayé de le laver en famille. En vain.
Tout commence par sa main gauche. Une main quasiment paralysée suite à une mauvaise opération au milieu des années 90. En 2001, elle se voit reconnaître par la Cotorep un taux d'invalidité de 50%. Anne-Marie Martinez est alors secrétaire administrative au commissariat d'Enghien-les-Bains, elle a toujours donné entière satisfaction dans son travail.
Le patron de l'époque lui aménage un poste sur mesure aux archives : avec l'aide d'un autre agent, elle trie, range, classe les dossiers du commissariat. Ce commissaire est mutée en octobre 2001, avant l'arrivée de son successeur.
Un premier épisode de harcèlement, par sa supérieure directe
Commence alors un premier épisode de harcèlement, sous la houlette du commandant C., une femme qui assure l'intérim à la tête de la centaine de policiers. Elle retire d'abord l'agent qui aide Anne-Marie, désormais incapable de faire son travail en raison de son handicap à la main. Puis elle la fait passer à l'accueil. Quelques mois plus tard, une jeune commissaire prend la tête du service et réaffecte Anne-Marie aux archives.
Le vrai cauchemar commence trois ans plus tard. Profitant d'un nouveau changement de patron, le commandant C. remet en cause les compétences d'Anne-Marie. Arguant de la fusion des deux commissariats d'Enghien et de Montmorency, l'officier exige plus de polyvalence, puis elle propose une mutation. Refus de l'intéressée : elle ne pourrait plus suivre ses séances de kiné pour sa main à l'heure du déjeuner.
Nouvelle mutation à l'accueil, nouvel arrêt maladie. Intimidations : le commandant C. vient la relancer à domicile : « Vous n'oubliez pas de passer par le médecin police. » Puis ce sont des coups de téléphone à répétition.
Retour au commissariat, nouvelle intimidation : « Vos certificats médicaux sont des faux. » Car entretemps, à l'accueil du public, Anne-Marie Martinez, dont le handicap ne lui permet pas de répondre au téléphone tout en prenant des notes, s'est vue refuser l'achat d'un kit main-libre, qu'elle réclamait pour pouvoir accomplir son travail… Une véritable entreprise de déstabilisation pour le président de l'association Harcèlement moral stop (HMS), Loic Scoarnec. (Voir la vidéo)
Le patron d'Enghien-les-Bains est aussi président d'un syndicat des commissaires
En poste depuis décembre 2004, le nouveau patron d'Enghien-les-Bains, Olivier Boisteaux, est aussi un nouveau hiérarque de l'Intérieur. Avec quelques commissaires de banlieue épuisés et révoltés par les émeutes de novembre 2005, il a lancé le Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), qu'il préside. Aux élections professionnelles de 2006, la nouvelle formation obtient 35% des voix.
Boisteaux est désormais un homme qui compte place Beauvau. A Enghien, il avalise toutes les décisions du commandant C. et contrairement à ses prédécesseurs, sur le cas Martinez, il fait la sourde oreille. Cette dernière reste donc affecté à l'accueil du public et au standard, alors qu'un avis du médecin de la prévention (l'équivalent du médecin du travail dans la police) stipule en janvier 2005 :
« Etat de santé compatible avec toutes tâches administratives, sur poste aménagé : sans contact avec le public ni standard téléphonique, sans port de charges. »
Face à la pression de sa hiérarchie, Anne-Marie Martinez décide d'alerter directement le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy (voir document ci-contre). Pour cela, elle s'appuie sur l'expertise de l'association HMS, qui l'aide à rédiger sa missive. La réplique est immédiate : conseil de discipline pour « dénonciation d'acte non fondée », car elle met en cause ses chefs directs !
La réponse du chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, Laurent Solly, est d'ailleurs un modèle de langue de bois (voir document ci-dessous). L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) prend les choses en main. Cela peut paraître étrange, mais dans la police, ce genre de conflit au travail ne sort pas de la maison, là où ailleurs, les recours sont nombreux : inspection du travail, conseil des Prud'hommes.
Menacée d'une commission de discipline,
elle porte plainte au pénal
En novembre 2006, la policière dépose plainte pour « harcèlement moral et discrimination à raison du handicap ». Là encore, l'enquête est confiée à… l'IGPN. La victime est convoquée une seule fois par la juge d'instruction, des témoins ne sont pas interrogés, aucune confrontation n'est organisée. Qui plus est, son avocat, le ténor Francis Szpiner, lâche sa cliente en cours de procédure…
Résultat : un non-lieu prononcé le 1er octobre 2008 et l'administration qui, désormais, lui réserve les mines de sel. Comprenez une retraite anticipée. Pour Loic Scoarnec, tout cela est un cas d'école. (Voir la vidéo)
Le syndicat Snipat, qui a toujours soutenu la policière, ne comprend pas l'acharnement dont elle fait l'objet. Son secrétaire général adjoint, Georges Knecht :
« Oui, elle a été harcelée. Et l'administration n'a pas cherché de solution. Dès le départ, on savait que c'était le pot de terre contre le pot de fer… Mais il y a des choses que je ne m'explique pas. Il y a une ambiance particulière dans ce commissariat : l'enquête IGPN le fait apparaître par les témoignages, il y a une sorte d'omerta. »
Contacté, le commissaire Olivier Boisteaux s'est contenté de répondre : « Je vous invite à beaucoup de prudence sur cette affaire », tout en ajoutant n'avoir pas eu l'autorisation de sa hiérarchie de nous répondre en tant que chef de service.
Le président de HMS est formel : Anne-Marie Martinez n'est pas la seule policière harcelée à Enghien-les-Bains. Quant à l'intéressée, elle a récemment appris sa mise à la retraite d'office : 700 euros par mois, après vingt-six ans de police.
Photo : au commissariat de Nanterre, en octobre 2006 (Olivier Culmann/TF)
A lire aussi :
► Le site de Harcèlement moral stop
► Tous les articles de Rue89 sur le harcèlement























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De Tigerbill
retraité en CDI en charente-maritim... | 18H15 | 13/01/2009 |
C'est le genre d'article qui peut valoir une convocation à 6H du mat avec passage au dépôt, non ? ? ?
De Un vieux
retraité | 18H28 | 13/01/2009 |
Apparemment, elle est entre de bonnes mains, c'est donc une affaire qui sera rondement menée…
De MAGENTA
Pesteux génétique | 19H22 | 13/01/2009 |
T'es en 6éme ? ? ?
Il faut apprendre l'orthographe avant de balancer sa prose pour être crédible ! !
De utodeb
etudiant | 19H44 | 13/01/2009 |
http://www.rue89.com/2009/01/13/gaza-france-2-mise-en-demeure-par-le-csa…
Tu te répètes, innove ! ! !
De firinga
en réve général | 20H15 | 13/01/2009 |
MDR
à Un vieux
De multicompte e
eee | 20H55 | 14/01/2009 |
Sauf qu'elle est mise en retraite d'office, et que ces années de lutte auront dû atteindre irrémédiablement sa santé, donc cela devient, surtout quand on connaît les performances de la justice dans le domaine, irréparrable !
De teych
insoluble dans le libéralisme | 18H28 | 13/01/2009 |
Ne criez pas trop vite haro sur la maison poulaga, elle a fait beaucoup pour l'intégration des handicapés…
… du foie.
à teych
De jissé
Ingé retraité | 21H19 | 13/01/2009 |
Edit : Le post motivant cette réponse a été - heureusement - supprimé.
De InitiativeDharman
Merde in France. | 18H28 | 13/01/2009 |
Scandaleux mais pratique courante dans la fonction publique. Tout le monde sait que le tribunal administratif n'est pas très impartial.
Voilà quelqu'un qui connaissait ses droits, elle a perdu mais j'espère que d'autres prendrons le relais.
Dernièrement, le Centre de Traitement du courrier de La Poste de Bordeaux a licencié un agent en CDI, classé Cotorep. Le procès est en cours.
Si tous les salariés attaquaient les employeurs ne respectant pas le code du travail, nous n'en serions pas là. Un salarié, c'est peu, des milliers , çà peut changer le cours des choses.
à InitiativeDharman
De kkadim
service public rhone alpes | 19H09 | 13/01/2009 |
principe de base : un supérieur n'a jamais tort
principe secondaire : le supérieur du supérieur ne reconnaitra jamais qu'un subalterne puisse avoir raison.
sauf, bien entendu, si le supérieur du supérieur risque des emmerdes. dans ce cas on arrange les choses façon maison.
j'en ai été témoin : un imbécile incapable put tyranniser tout un service durant deux ans : toutes les plaintes furent systématique rejetés avec mépris, jusqu'au jour où…. il y eut tentative de suicide d'un agent avec des substances difficiles à se procurer, diront nous. la police commença à y mettre son nez. quinze jours plus tard le « responsable » fut muté d'office à la direction dans un placard, puis discrétement, six mois plus tard, mis à la retraite d'office. mais officiellement AUCUNE affaire n'existe. les témoins les plus « remuants » furent « dissuader » de porter l'affaire hors du service, de façon détourner, mais ferme.
certes ce fut un summum, mais je connus pas mal d'autres « dysfonctionnements » plus « anodins ».
ah oui vous pouvez toujours aller devant les tribunaux, administratifs en l'occurence, mais il faudra patienter des mois, des années, sans garantie de gagner.
à kkadim
De morlar
nouvelle nuit du 4 aout | 23H11 | 13/01/2009 |
il a tout a fait raison, il faudrait inventer les prud'hommes » fonctionnaires, car contrairement au privé, les fonctionnaires ont moins de protection que les salariés.Au tribunal administratif cela peut prendre un certain temps (des années) avant d'avoir une réponse et encore quand elle est favorable.
Les fonctionnaires paient cher,la garantie de l'emploi.
Les supérieurs des supérieurs qui ne prennent pas leur responsabilité sont légions.Mais ils savent prendre les indemnités de responsable de service.
Pauvre France
vive la révolution
à morlar
De jexiste
si, si | 09H28 | 14/01/2009 |
Les fonctionnaires restent bien mieux protégés que les salariés.
Un salarié harcelé ne reste pas longtemps en poste, il perd son emploi et peut ne jamais en retrouver aucun si son ancien employeur continue à le harceler, ce qui se voit assez souvent.
Certains patrons harceleurs ont suffisamment de poids (ou d'avantages à proposer, par exemple sous forme d'espèces sonnantes et trébuchantes) pour obtenir la participation aux faits de harcèlements de très nombreuses personnes employées par l'ANPE et divers autres services publics ou administrations, bref, quasiment toutes celles qui d'une manière ou d'une autre pourront nuire au salarié après la fin de son contrat de travail et poursuivre ainsi le harcèlement en en conjuguant diverses formes.
Si la victime n'a pas trente ans quand tout cela lui tombe dessus, elle ne peut pas faire de vieux os - objectif atteint par l'employeur.
à kkadim
De InitiativeDharman
Merde in France. | 08H24 | 14/01/2009 |
Certes mais il existe un tribunal qui est juste, celui des Prud'hommes. On peut aussi se mettre en rapport avec la DDASS et les syndicats. Si on ne fait rien, les abus vont durer longtemps c'est un peu comme la situation politique actuelle, si on continue de se dire que de toute façon, il ne sert à rien de bouger, Sarkozy peut continuer à détruire la société solidaire.
Je prend un exemple : à La Poste, le droit du travail est bafoué régulièrement notamment par l'emploi de CDD renouvelés depuis des années alors que ces contrats auraient dûs être transformés en CDI. Ces CDD illégaux se comptent par milliers, si chaque salarié spolié entamait une action auprès des Prud'hommes, La
Poste ne jouerait plus comme çà avec le droit du travail.Cet homme en CDI depuis des années,COTOREP, licencié pour des raisons obscures gagnera son procès et j'espère que çà fera jurisprudence.
à InitiativeDharman
De jexiste
si, si | 09H40 | 14/01/2009 |
Non, les prud'hommes ne sont pas toujours justes. Ils reconnaissent encore à grand peine les cas de harcèlement.
à jexiste
De InitiativeDharman
Merde in France. | 10H34 | 14/01/2009 |
Les prud'hommes sont compétents pour ce qui touche aux contrats.
Pour ce qui est du harcèlement moral, effectivement, c'est pas gagné…
à InitiativeDharman
De karghyl
informaticien, Paris | 12H16 | 14/01/2009 |
Sauf erreur de ma part, les fonctionnaires n'ont pas accès aux prud'hommes, ils ne votent d'ailleurs pas aux élections prud'hommales. Et leur emploi n'est pas régi par un contrat comme dans le privé.
à karghyl
De InitiativeDharman
Merde in France. | 06H51 | 15/01/2009 |
Effectivement. Mais je parlais des salariés de droit privé.
à InitiativeDharman
De Les Grands Champs
Retraité, le doigt là où ça fait m... | 19H49 | 13/01/2009 |
« Souvent » les travailleurs handicapés sont embauchés pour les aides qui sont versés pour leurs embauches & leurs maintient pendant 18 mois en place.
Après … c'est « souvent » une autre paire de manches, vous n'êtes plus compétent, s'ils le peuvent les horaire sont changés, & autre petits tracas qui peuvent rendre la vie au travail TRÈS difficile.
Sans compter les propos douteux !
Tous ne sont pas traités de cette manière, mais beaucoup trop ! !
De ToRDReLoRDRE
chien de talus | 18H30 | 13/01/2009 |
En plus de devenir nuisibles pour la population, ils se nuisent entre eux.
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 18H36 | 13/01/2009 |
« Il y a des choses que je ne m'explique pas. Il y a une ambiance particulière dans ce commissariat : l'enquête IGPN le fait apparaître par les témoignages, il y a une sorte d'omerta. »
Contacté, le commissaire Olivier Boisteaux s'est contenté de répondre : « Je vous invite à beaucoup de prudence sur cette affaire »
Incroyable d'entendre ça. Encore les femmes qui trinquent.
Mais que fait la HALDE ? http://www.halde.fr/
Et les associations de défense des femmes ?
à Les Chats
De anini
enseignante | 18H50 | 13/01/2009 |
C'est une femme qui est commandant dans cette histoire ! On en parlait sur rue 89 l'autre jour : les femmes au pouvoir sont parfois pires que les hommes !
à anini
De Sot-crate
chomeur satisfait | 18H55 | 13/01/2009 |
eh , non ! les femmes au pouvoir sont bien meilleures que les hommes : toutes les enquetes l ont prouvé.
elles preferent en general la negociation au rapport de force , ..rapport sans doute a l absence de zigounette..alors votre reflexion d'equipe de foot du café du commerce …
à Sot-crate
De kkadim
service public rhone alpes | 19H07 | 13/01/2009 |
d'aprés ma petite expérience il y a autant de connes que de cons.
à Sot-crate
De anini
enseignante | 20H45 | 13/01/2009 |
Je pense que vu votre intervention située un peu plus loin c'est vous qui avez une réflexion de café de commerce ! Et en ce qui concerne le « manque » de zigounette comme vous le dites ,elles n'en possèdent sans doute ni l'une ni l'autre donc si je vous suis bien ,elles n'avaient pas de rapport de sexe !
(C'est bizarre comme les réactions supposées des gens passent souvent par : en avoir ou pas )
à Sot-crate
De Gilles31
Mec | 11H09 | 14/01/2009 |
Hum…quand on voit Dati, Pécresse, Boutin on a des doutes…. elles, elles en ont !
Mais bon, j'espère qu'elles en sont pas représentatives
à Sot-crate
De p.
14H46 | 14/01/2009 |
Je veux bien un lien vers « toutes le enquêtes »,
si tant est qu'elles existent…
à anini
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 19H13 | 13/01/2009 |
Tout à fait, elles sont parfois pire que les hommes et c'est encore plus insupportable venant d'une femme.
à Les Chats
De Les Grands Champs
Retraité, le doigt là où ça fait m... | 19H51 | 13/01/2009 |
« plus insupportable venant d'une femme. »
Pourquoi ?
à Les Grands Champs
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 23H34 | 13/01/2009 |
Pourquoi ? C'est facile à comprendre ce sont souvent les femmes qui sont harcelées par des hommes, alors quand ce sont des femmes qui harcèlent d'autres femmes c'est tout simplement inadmissible.
C'est mon avis, j'ai le droit ?
à anini
De jexiste
si, si | 20H23 | 13/01/2009 |
Celles qui sont pires ne sont là que pour les conforter dans leur pouvoir.
Connaissez-vous beaucoup d'institutions plus machistes que la police nationale ?