L'administration pénitentiaire française a censuré le témoignage d'un détenu handicapé dans une publication spécialisée.

S., détenu à la maison centrale de Poissy, est aveugle et handicapé. En septembre 2006, il a été transporté à l'hôpital dans des conditions inadaptées à son état. Dans un courrier adressé à l'Observatoire international des prisons (OIP), S. dénonce cet épisode « dégradant » pour lui et autorise l'organisation à publier ce témoignage :
« Etant installé sur un fauteuil roulant, des surveillants m'ont posé dans un camion, sans ajuster ni caler le fauteuil (freins), ce qui a eu pour effet de me faire cogner, de me causer vertiges et nausée du transport, car dans ma non-voyance, je suis dans l'impossibilité de me retenir, étant enchaîné, ne pouvant en aucune manière anticiper les mouvements du véhicule. »
Ces lignes ne sont finalement parvenues à destination qu'en février 2007 sans la mention « autorisation pour publication ». (Télécharger la lettre)
5000 personnes handicapées dans les prisons françaises
L'OIP, jugeant cette censure inacceptable a alors saisi la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), laquelle a conclu, le 15 décembre 2008, que le transport à l'hôpital de S. ne s'est pas fait dans des conditions adaptées et que la retenue de son courrier ne se justifiait pas. (Télécharger l'avis)
Le cas de S. révèle l'abandon ordinaire de quelques 5 000 personnes handicapées dans les prisons françaises (selon le CCNE, 2003). L'administration pénitentiaire comptabilise 195 handicapés « moteurs » dans ses établissements mais ne prend pas en compte les handicapés mentaux, les personnes âgées ou affaiblies.
« Les études, superficielles, ne rendent pas compte de la population carcérale ayant des dépendances physiques très fortes. Or, sans étude régulière, comment établir une politique de soin et de prise en charge adaptée ? Il n'y a d'ailleurs aucun établissement pour peine disposant de locaux aux normes », déplore François Bès, de l'OIP.
« Depuis trois mois, je n'ai pas pu prendre de douche »
Absence de rampes d'accès ou d'ascenseurs, présence de nombreux escaliers, soins médicaux inadaptés, isolement, impossibilité d'accéder aux sanitaires, aux douches, aux promenades… les détenus handicapés pâtissent de l'inaccessibilité des prisons. Dans la revue « Dedans, dehors », consacrée au monde carcéral, certains témoignent :
« Ici, on ne m'a toujours pas autorisé du matériel pour apprendre à lire et à écrire (…) Etant dans le noir total et ne pouvant guère bouger, je suis obligé de passer 90% de mon temps sur mon lit. Je subis de multiples fois par jour l'intrusion de personnes qui ni ne préviennent de leur arrivée ni ne frappent à la porte. Lors de fouilles de ma cellule, on peut modifier l'ordre de rangement de toutes mes affaires, là encore sans me prévenir. »
Aveugle, Poissy (Yvelines).
« Depuis trois mois, je n'ai pas pu prendre de douche. L'administration m'a répondu qu'elle devait s'équiper. »
Paraplégique, Tarascon (Bouches-du-Rhône).
« Comment puis-je faire pour avoir un interprète pour m'aider lors de mes entretiens avec les psychologues, pour vendre mes compétences, pour avoir du travail, pour discuter avec les différents services ? »
Sourd-muet, Fresnes (Val-de-Marne)
« Certaines nuits, il m'est arrivé de dormir assis sur mon fauteuil, la tête sur la table. Je n'ai toujours pas pris l'air depuis mon arrivée car il m'est impossible d'avoir accès à la cour de promenade. »
Personne en fauteuil roulant, Brest (Finistère)
Des cellules adaptées en construction
La France a déjà été condamnée en 2007 pour le cas d'un détenu paraplégique maintenu dans des prisons inadaptées à son état (Voir encadré).
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Sur les 195 établissements pénitentiaires, 123 cellules ont été aménagées pour les détenus handicapés et 130 sont en construction, selon l'administration pénitentiaire. La ministre de la Justice, Rachida Dati, a assuré que les lieux dont la justice à la charge seront remis aux normes établies pour l'accueil des handicapés.
Des mesures insuffisantes pour l'OIP qui juge inadapté l'emprisonnement des personnes handicapées :
« La loi du 4 mars 2002 sur le droit des malades prévoit des suspensions et aménagements de peine pour raisons médicales mais ça n'est quasiment jamais appliqué. Ou alors uniquement quand le pronostic vital du détenu est en jeu. Le handicap lourd n'est pas pris en compte. »
Alors que la prise en charge des handicapés ne semble pas présenter de caractère d'urgence pour les pouvoirs publics, « une étude l'Insee » révélait dès 2002 que le handicap était plus fréquent en prison qu'ailleurs.
A lire aussi :
► « Le handicap est plus fréquent en prison qu'à l'extérieur »
► Toutes les informations sur le monde carcéral sur le site de l'Observatoire international des prisons
► Tous les articles de Rue89 sur les prisons.
Photo : l'Américain Stephen Grant détenu à Mount Clemens, Michigan, en 2007 (Rebecca Cook/Reuters).



















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De flixp
03H59 | 11/01/2009 |
Franchement je suis outré.
Nous avons lu nombre d'articles relatant la dure vie de la prison et le triste état de nos prisons mais là c'est le bouquet.
Ces détenus en préventive ou non subissent comme il est décrit dans l'article ce qu'il y a de pire comme traitement.
On constate en effet que NOS prisons sont inadaptées pour recevoir la populasse atteinte d'un handicap. Il est ainsi à se demander si la structure de la pénitentiaire possède la capacité à s'adapter à chaque détenu, à ce qu'il est, ce qu'il peut devenir.
On peut donc légitimement se poser la question de l'utilité de l'enfermement si l'administration ne peut assumer son rôle de réintégration.
De marcdesronces
idéaliste sceptique | 10H48 | 11/01/2009 |
Intéressantes ces réactions d'atrabilaires.
C'est vrai que l'on se demande ce qu'ont bien pu faire des handicapés pour se retrouver en prison.
Toutefois le problème est que quand on doit faire appliquer des lois la moindre des choses c'est de les observer soit même. Valery Giscard d'Estaing (je ne pensais pas à avoir le citer un jour ! ) disait que la prison devait, uniquement en tant que peine, être la privation de la liberté et de ne pas aller au delà. Ce qui n'est visiblement pas le cas.Comment voulez-vous qu'une socièté peut se faire respectée quand elle incapable d'observer elle même ses propres lois.
De expat
11H01 | 11/01/2009 |
Je trouve choquant que chaque fois que la situation terrible des prisonniers est evoquee dans la presse, beaucop de lecteurs trouvent normal qu'ils soitent maltraites, comme si la privation de liberte seule n'etait pas deja une punition suffisante.
N'oublions que la population carcerale n'a pour la plupart jamais commis la moindre violence, vous pouvez verifier la presse locale et nationale, il n'y a pas comme dans les polards des meutres en serie dans toutes le villes de France, chaque jour ou meme chaque semaine.
En fait des lois plus adaptees a la realites des faits, une police mieux formee et plus professionnelle feraient beaucoup plus pour ameliorer la situation que la construction de nouvelles prisons.
Un suivit psychologique des personnes violentes (hors du milieu carceral), l'acces a l'education et a l'emploi des jeunes et d'autres mesures positives serait plus a meme de reduire les problemes de violences dans la societe que les abus et les violences carcerales.
Considerer les prisonniers quelque soit la raison de leur condamnation comme des sous-humains qu'ont peut soumettre a toutes les avanies est le contraire du bon sens, qu'avons nous a y gagner ?
De Phil2922
Retraite invalidité | 15H45 | 11/01/2009 |
Handicapé moi même, je peux comprendre la difficulté de ceux qui sont en prison, tout en étant dans un fauteuil. En effet, ce n'est que depuis 2005 que toutes les villes de plus de 5 000 habitants doivent avoir une commission municipale consacrée aux personnes à mobilité réduite.
J'habite une ville de 20 000 habitants et cette commission a vu le jour l'année dernière et nous avons déjà pu soulever les aménagements nécessaires à faire pour que, handicapé(e)s, nous puissions avoir une vie citoyenne semblable aux valides.
Alors je ne suis pas surpris de la difficulté que peuvent avoir les handicapés en prison quand on sait qu'une Commission européenne dénonce chaque année les conditions d'insalubrités des prisons françaises… !
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