Decryptage 08/01/2009 à 19h42

Sarkozy désavoué par les Etats généraux de la presse

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Le président de la République ne s'en est jamais caché : en plus de venir au secours d'un secteur industriel moribond, les Etats généraux qu'il a lancés en octobre visaient à favoriser la constitution de grands groupes multimédias. Les recommandations rendues jeudi le désavouent sur ce point, puisqu'aucune mention n'est faite de la levée des verrous anticoncentration qu'il souhaite.

Le 2 octobre, en lançant cette consultation, le Président expliquait :

« Il n'y a [...] pas de fatalité à la faiblesse de la présence française parmi les groupes multimédias mondiaux, pour peu de permettre d'abord à des groupes français de se constituer en France. »

Par là, Nicolas Sarkozy entend qu'il faut par exemple autoriser Lagardère (Paris Match, le JDD...) à posséder une grande télévision, ou Bouygues (TF1, LCI...), un grand quotidien. Choses qui sont impossibles aujourd'hui et qui, dans l'esprit du chef de l'exécutif, handicapent les « nains » français dans la lutte qu'ils mènent contre les « géants » étrangers comme Bertelsmann ou Murdoch.

Les lois anticoncentration


La loi française interdit à un groupe de dépasser un seuil de 30% de la diffusion totale de la presse quotidienne d'information politique et générale.
La règle dite des « deux sur trois » interdit à un même groupe de posséder à la fois une télévision de diffusion nationale, une radio de diffusion nationale et un quotidien de diffusion nationale, et ne lui autorise le contrôle au maximum que de deux de ces trois médias.

Dans les recommandations présentées jeudi à la ministre de la Culture Christine Albanel, le sous-pôle « Concentration » s'est inscrit en totale opposition avec la volonté présidentielle. « Contrairement à une idée répandue », le dispositif anticoncentration ne constitue pas « un obstacle à la constitution de grands groupes multimédias », écrivent dans leur synthèse ses rapporteurs, qui ajoutent :

« Un consensus s'est dégagé pour considérer que la crise de l'offre
que connaît la presse française ne se résoudra pas uniquement par la concentration et la constitution de groupes de presse puissants, mais aussi par divers autres leviers (plus grande attention portée aux attentes et aux nouveaux comportements du lecteur/client ; attractivité et qualité des contenus ; conditions de distribution, etc.). »

Dans ses recommandations, ce sous-pôle insiste « sur la voie de la création d'entreprise plutôt que la concentration pour créer de nouveaux titres et défendre le pluralisme ».

Un paragraphe de la synthèse, qui ne donne lieu à aucune recommandation, se permet même de mettre le doigt sur un des principaux maux du secteur en France. Un vrai crime de lèse-majesté, puisque ce mal concerne au premier chef des proches de Nicolas Sarkozy :

« La détention de quotidiens par des groupes extérieurs aux médias, dont certains dépendent de la commande publique et peuvent donc apparaître comme plus sensibles aux pressions, pose la question de l'indépendance des rédactions et de la confiance que le public place dans la presse dans son ensemble. »

Sont visés les groupes Dassault (Le Figaro), Bolloré (Direct Matin et Direct Soir), ou encore Lagardère (pas de quotidien, mais les journaux cités plus haut).

Les journalistes désavoués eux aussi... sur l'indépendance des rédactions

Mais le Président -que rien n'oblige à suivre ces recommandations- n'est pas le seul à avoir été désavoué. C'est aussi le cas des journalistes, qui demandaient une reconnaissance juridique pour les rédactions, manière pour eux d'assurer l'indépendance rédactionnelle. Cette demande, contrairement à d'autres (comme l'adjonction des chartes de journalistes aux contrats de travail), n'a pas été suivie.

Dans un communiqué, le Forum des sociétés de journalistes (qui en rassemble 31) « regrette que les Etats généraux de la presse écrite [...] soient passés à côté de la question essentielle de l'indépendance des journalistes et des rédactions » :

« Cet “oubli” est d'autant plus incompréhensible que les études de lectorat, présentés à l'occasion de la remise de ces conclusions, montrent clairement que les lecteurs estiment que les médias servent d'abord les intérêts de leurs actionnaires et ceux de leurs annonceurs publicitaires avant ceux du public –ce qui contribue à leur discrédit. »

Le 23 janvier, lors de ses voeux à la presse, le président de la République dira ce qu'il compte faire des 90 propositions rendues jeudi.

A lire aussi :
► L'ensemble du Livre vert issu des Etats généraux de la presse écrite sur le site créé par l'Elysée.
► Tous les articles de Rue89 sur les Etats généraux de la presse.
Un nouvel appel pour le droit à l'information

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  • Anonyme répond à KIKI21000

    les journalistes n´ont pas a venir a des conférences sur le journalisme tenues par le pouvoir.
    point barre.

  • Filoulou
    • Posté à 21h35 le 08/01/2009

    Voici, en avant-première les propositions retenues par notre omniprésident pour la presse :
    - 1er : supprimer la pub dans les journaux. Ainsi, ils auront plus d'espace pour aborder les sujets culturels,
    - 2ème : leurs directeurs seront nommés par l'omniprésident.

    Le résultat de ces deux mesures sera de nature à sauver leur indépendance, à les protéger économiquement dans un contexte où de manière irrépressible les contrats de publicité vont s'effondrer en raison de la « crise » (que Dieu la préserve ).

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 22h15 le 08/01/2009
    • Internaute
      Médiatrice scientifique

    Il s'en tape du désaveu, il passera en force. C'est ce qu'il fait et continuera de faire sur tous les sujets.

  • iconoclaste07
    • Posté à 22h45 le 08/01/2009

    Qu'un groupe soit sur tous les médias ne me gène pas. Ce qui pose problème pour moi c'est qu'en france Les médias sont détenus par des groupes industriels.