cinema 07/01/2009 à 19h37

Le « barrage contre le Pacifique » de Duras a fini par être construit

Ka-set"
Stéphanie Gée | ka-set.info

(De Phnom Penh) Le Cambodgien Rithy Panh qui porte à l’écran « Un barrage contre le Pacifique », l’un des premiers romans de Duras. Si la mère de la romancière n’a jamais réussi à rendre cultivables les terres inondables de son domaine, un projet de polders a fini par aboutir il y a deux ans.

Le film met en scène Isabelle Huppert, récemment nommée présidente du jury du prochain festival de Cannes, du 13 au 24 mai, face aux jeunes Gaspard Ulliel et Astrid Berges-Fisbey. Il sort ce mercredi en France.

Rithy Panh explique dans le documentaire « Oncle Rithy » (2009) de Jean-Marie Barbe, qui lui est consacré, avoir voulu s’approprier cette œuvre de Marguerite Duras qu’il affectionne particulièrement.

Avec à l’esprit une préoccupation : qu’est-ce qu’un cinéaste cambodgien peut apporter à ce texte et comment l’interpréter fort de son propre vécu, celui d’un Cambodgien rescapé du régime khmer rouge, au sortir duquel il trouva refuge en France avant, plus tard, de devenir diplômé de l’Institut des hautes études cinématographiques, à Paris ?

Tournage dans parc national de Ream

Un retour à la fiction pour ce réalisateur obsédé par le travail de mémoire et l’identité du peuple cambodgien, qui, ces dernières années, a essentiellement tourné des documentaires : « S21, la machine de mort khmère rouge » (2004), « Les Artistes du théâtre brûlé » (2005), « Le papier ne peut pas envelopper la braise » (2007).

« Un barrage contre le Pacifique », dont les scènes ont été tournées dans le parc national de Ream, dans le Sud du Cambodge -un décor naturel exceptionnel-, puise dans les souvenirs de jeunesse de la romancière. (Voir le diaporama sonore de John Vink)




Dans le sud de l’Indochine française du début des années 30, il dresse le portrait d’une mère ombrageuse et possessive, inspirée de la mère de Duras, qui se bat contre les éléments et les fonctionnaires du cadastre corrompus, avec en toile de fond une critique du système colonial.

Une famille en déroute, des liens passionnels et destructeurs

La mère, campée par Isabelle Huppert, est le maillon central de cette histoire, qui réussit à maintenir un frêle équilibre autour d’elle. Elle s’est fait flouer par l’administration coloniale, qui lui a cédé une concession au bord du golfe du Siam, une terre en fait inondable, sur laquelle rien ne peut pousser.

Entre lassitude et colère, elle bascule peu à peu dans la folie, personnage en proie aux contradictions. Avec l’énergie du désespoir, elle se lance dans un impossible combat contre les marées. Ses économies ont peut-être été englouties dans cet investissement foncier malheureux, mais cette veuve austère entend sauver des eaux sa terre et celles des paysans cambodgiens du village par la construction d’un barrage.

En marge de la société coloniale, ruinée, cette mère de deux enfants, Joseph (20 ans) et Suzanne (16 ans), qu’elle voudrait tant pouvoir retenir, accepte que sa fille se laisse courtiser par le fils d’un riche homme d’affaires chinois, M. Jo. Une concession motivée uniquement par le besoin d’argent de cette famille en déroute, dont les membres ont tissé entre eux des liens passionnels et destructeurs.

Le « barrage contre le Pacifique » a fini par être édifié

Dompter les hautes marées qui submergent d’octobre à février les terres et rendent le sol toxique : là où la mère de Marguerite Duras, Mme Donnadieu, a échoué sans doute faute de moyens techniques et financiers, les ingénieurs du protectorat français, au cours des années 30, puis, plusieurs décennies plus tard, à la fin des années 90, l’Agence française de développement (AFD), instrument financier de la coopération française, et ses partenaires, ont réussi.

Entre ces deux projets d’envergure, les digues et ouvrages de drainage seront plus ou moins laissés à l’abandon. Les ambitieux travaux d’aménagement des six polders de Prey Nup, dans la municipalité de Sihanoukville, démarrés en 1998, se sont achevés huit ans plus tard, et auront mobilisé trois financements de l’AFD, rappelle l’ambassade de France au Cambodge sur son site.

Aujourd’hui, grâce aux 89 kilomètres de digues réhabilités et 130 kilomètres de canaux, près de 10 000 familles peuvent tirer profit des quelque 10 000 hectares de terres rizicoles. Les rendements moyens sont ainsi passés d’1,5 tonne par hectare à 2,7 tonnes par hectare.

Avec, ce qui en fait une expérience pilote, la création d’une Communauté des usagers des polders, créée pour entretenir et gérer les infrastructures réhabilitées, et collecter une redevance auprès des familles propriétaires.

Les rêves de la mère du « Barrage contre le Pacifique » se sont enfin réalisés.

Diaporama sonore : John Vink/Magnum

Publié initialement sur
Ka-set
  • 8738 visites
  • 13 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • sup. à la demande du riverain 29 juin
    • Posté à 19h59 le 07/01/2009
    • Internaute 58127
      bye bye ...

    en quoi ce remake renouvelle-t-il la vision que René Clément avait en 1958 ?

  • patrick du 14-
    patrick du 14-
    de plus en plus naze
    • Posté à 20h03 le 07/01/2009
    • Internaute 40667
      de plus en plus naze

    pasque y’a une route pour le camion

  • vol19
    • Posté à 20h07 le 07/01/2009
    • Internaute 13492

    Ces quelques photos évoquent bien çà... Cette athmosphère indochinoise durassienne de « Barrage contre le Pacifique », mais aussi l’ » amant » etc. Un échec qui est devenue une histoire, une athmosphère désormais universelle..

  • dalun
    • Posté à 20h14 le 07/01/2009
    • Internaute 29964

    écouté mr rithy panh ce midi 13h00(tout arrive sur france culture) : Ce qu’il fait et comment il le fait me plait . Quand à ses mots ! ! ! ses écrits ! ! ! .un bon ( pour moi ).

  • Susanna
    Susanna
    Individu
    • Posté à 20h54 le 07/01/2009
    • Internaute 10099
      Individu

    Quel est le sens de cet article ?

  • Ariane Deume
    • Posté à 21h15 le 07/01/2009
    • Internaute 35979

    Voir Isabelle Huppert dans un film de Haneke, oui.
    La voir incarner la mère de M. Duras, pour quiconque a lu « Un barrage contre le Pacifique », est une vaste rigolade. Hélas !
    Cela dit, je n’ai pas bien saisi l’objet de cet article qui contient deux thèmes bien différents.

  • John Vink
    John Vink
    Photojournaliste
    • Posté à 00h09 le 08/01/2009
    • Journaliste 49009
      Photojournaliste

    Afin de rectifier un oubli de Rue89 et au risque de dévoiler ma vanité : le diaporama est signé John Vink/ Magnum...

    • Susanna
      Susanna répond à John Vink
      Individu
      • Posté à 11h43 le 08/01/2009
      • Internaute 10099
        Individu

      Rassurez-vous, John, votre vanité a été dévoilée il y a bien longtemps.

    • Yann Guégan
      Yann Guégan répond à John Vink
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
      • Posté à 17h57 le 08/01/2009
        éditeur
      • Journaliste 1836
        Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

      C’est réparé ! Toutes nos excuses pour cet oubli.

  • InitiativeDharman
    InitiativeDharman
    Berger dans les nuages
    • Posté à 10h31 le 08/01/2009
    • Internaute 56651
      Berger dans les nuages

    Comme disait Pierre Desproges : « Marguerite Duras n’a pas écrit que des conneries elle en a filmé aussi ».

    • Sylvie B.
      Sylvie B. répond à InitiativeDharman
      Secrétaire
      • Posté à 18h31 le 09/01/2009
      • Internaute 62544
        Secrétaire

      C’est un peu dommage de citer cette phrase malheureuse de Desproges (que j’appréciais beaucoup cependant). Un humoriste se doit de faire rire. Sa phrase est amusante pour les profanes, pas pour les Durassiens farouches dont je fais partie. Les films tirés de ses oeuvres ? Duras, elle-même, avait hurlé à la sortie de L’Amant de JJ. Annaud (« C’est quand un texte est joué qu’on est au plus loin de l’auteur », sic Duras). Les premières critiques de ce remake du Barrage sont assassines.
      Mais le cinéma de Duras ! Allez dire aux centaines de Parisiens qui se ruent, un soir de 2008, dans un ciné-club pour revoir India Song que Duras a filmé des c.. ! Et Le Navire Night ? Et L’Homme Atlantique ? Des c.. aussi ? Et les scénario et dialogues d’Hiroshima mon amour ? Des c.. ?
      Quant à dire qu’elle a écrit des c.. ! Voyez, cher IntitiativeDharman, moi, quand je la relis et la relis encore, je ne dis pas « Ce sont des c.. ». Non. Je dis « C’est dégueulasse ! C’est dégueulasse d’écrire aussi bien » !
      Sans rancune.