Françoise Fressoz et Marie-Eve Malouines, chefs des services politiques du Monde et de France Info, refusent la Légion d'honneur. Il y a deux ans, deux autres chefs de services politiques, Anita Hausser et Sylvie Pierre-Brossolette, l'acceptaient. Pour Rue89, elles échangent leurs points de vue.
La décision prise par Françoise Fressoz et Marie-Eve Malouines a fait grand bruit ce lundi. Toutes deux expliquent que rien, dans leur parcours professionnel, ne justifie une telle distinction. La première -fille de l'ancien patron du Canard Enchaîné Roger Fressoz, alias André Ribaud-, ajoute que « pour exercer librement sa fonction, un journaliste politique doit rester à l'écart des honneurs ».
Marie-Eve Malouines, elle, précise que ce qui les a vraiment « gênées, c'est de ne pas avoir été prévenues ». Pour elle, la question du conflit d'intérêts ne se pose même pas, dans la mesure où rien ne justifie cette distinction :
« Cette question se pose éventuellement après, quand on se demande si on va l'accepter ou non. Ce n'est pas mon cas. »
Le fait que la nomination des deux femmes ait été annoncée sur le contingent du secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, ne change rien à l'affaire. Marie-Eve Malouines :
« Quel que soit le ministère, j'aurais refusé au moment où on m'aurait approchée en amont, comme ça se fait normalement. »
Le 2 janvier 2007, Sylvie Pierre-Brossolette a rejoint dans l'ordre national de la Légion d'honneur d'autres journalistes politiques -ou amenés à interroger des responsables politiques- comme Alain Duhamel, Jean-Pierre Elkabbach, Jean-Claude Narcy, Elise Lucet, Ruth Elkrief ou Jean-Marc Sylvestre. A l'époque, elle était rédactrice en chef au Figaro Magazine, où elle coiffait notamment l'actualité politique. Elle dirige aujourd'hui le service politique du Point :
« Ma ligne est très simple, elle se résume en trois points : la Légion d'honneur ne se demande pas, ne se refuse pas, ne se porte pas. »
Elle n'y voit aucun conflit d'intérêt, même si elle trouve « très bien qu'on puisse hésiter en tant que journaliste. Mais je n'en fais pas un objet de polémique ».
Anita Hausser a aussi été nommée sur le contingent du ministère de la Culture et de la Communication, en janvier 2007, alors qu'elle dirigeait le service politique de LCI. Elle est aujourd'hui rédactrice en chef adjointe à France Soir :
« Pour moi, c'est une distinction, une très belle décoration et une reconnaissance de mon honnêteté professionnelle. Sur ce plan-là, je n'ai pas à rougir, et je vous assure que ça ne m'a jamais empêchée de poser les question qu'il faut ou de formuler les critiques adéquates. »
Invitée à commenter la décision de ses deux consoeurs, Anita Hausser précise qu'elle s'apprêtait à les appeler pour les féliciter, avant d'apprendre leur refus : « Qu'il y en ait deux qui refusent, ça me fait bizarre. »


























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De déluge
menuisier | 22H44 | 06/01/2009 |
Le pire est que le refus soit exceptionnel, et l'acceptation la règle.
Mais bon, qui avait encore des illusions ?
C'est dans ces moments là qu'on se dit qu'il est temps de tourner la page et passer à une autre organisation sociale et politique.
Entendu cet après midi une rediffusion d'un long entretient avec Florence Aubenas : Une autre école.
(bien que je ne supporte pas Yves Calvi)
De ROSSO Jean-Claude
Officier Supérieur (en retraite) | 22H45 | 06/01/2009 |
Curieux, je pensais qu'il était nécessaire que le postulant établisse un mémoire relatant ses éminents services avec obligation de le signer. Dès lors qu'il refuse de l'établir il ne peut prétendre à concourir à cette dignité.
Sur le fond, je considère que cette décoration ne doit pas être dévaluée. Ses critères d'attribution doivent être beaucoup plus sélectifs. Faire son travail avec honnêteté me parait le minimum et il y a, heureusement beaucoup de Français qui le font. Dans ce cas il existe une autre médaille pour celà : celle du TRAVAIL.
De MAGENTA
Pesteux génétique | 22H47 | 06/01/2009 |
Ben moi j'en prendrais bien une de décoration s'il y en a en rab , moi la seule que j'ai eu c'est la médaille du travail avec un canon de rouge , ça fait peuple ! !
De 101.7
Promeneur | 22H56 | 06/01/2009 |
Merci pour cet article.
- Un journaliste, qui est (pour simplifier) l'intermédiaire entre les faits et leurs lecteurs ne doit être en aucun cas redevable d'aucun pouvoir et doit avoir la pensée libérée de toutes formes d'obligations de retour d'ascenseur.
Ce journaliste sera reconnu par le public comme étant honnête et informera ses lecteurs, auditeurs avec sa sincérité, sa réflexion personnelle et non comme porte-voix d'un quelconque créancier en bimbeloterie ou monnaie sonnante qui devient vite trébuchante.
- La course aux breloques, aux honneurs, petits fours, repas fins entre « gens qui comptent, qui font l'opinion » il faut laisser ça aux autres, c'est si dérisoire et puis c'est moche… ça se voit comme le nez de Pinocchio. (je suis sûr que tout un chacun aurait des noms à mettre dans ce panier)
- Un journaliste honnête mis sur la même liste que des valets de cour, des saltimbanques sans autre talent que celui d'être courtisan doit quand même avoir un goût amer le matin en narcissant son miroir, rasoir ou rouge à lèvre à la main.
Ces dames ont fait le geste respectable qui est tout à leur honneur. Elles rejoignent dans mon estime des gens que j'ai connus qui ont fait des actes de bravoure désintéressés au péril de leur vie et qui n'ont jamais porté la moindre médaille, ni distinction.
Mesdames vous êtes des lueurs d'espoir dans ce métier qui a l'air de voguer au gré de la vitesse à laquelle le vent tourne..
De skalpa
actif et militant ? | 23H47 | 06/01/2009 |
Vivement qu'on donne aux journalistes méritants et mériteux ce type de médaille :
(mieux faite bien sûr, c'est une ébauche,là ! )
http://kprodukt.blogspot.com/
De Le Yéti
yetiblog.org | 00H16 | 07/01/2009 |
LES GRIS GRIS
Connaissez-vous Édouard Cœurdevey ? Je suis en train de lire ses passionnants Carnets de guerre (1914-1918), collection Terre Humaine, éditions Plon. L'auteur est un de ces anonymes Poilus, même pas décorable puisqu'il était chargé, à l'arrière, de l'intendance des combattants. Catholique, patriote de droite convaincu, instituteur enthousiaste, il rédigea son journal tout au long de cet interminable conflit (882 pages) qui nous valut, entre autres, des tonnes de monuments aux Morts et la tombe très courue d'un « soldat inconnu ».
Le 9 août 1916, Édouard Cœurdevey écrit :
« Pendant le dessert, un nègre du voisinage est venu causer avec nous. C'est toute une révélation (sic) : musulman, il refuse vin, rhum… Il parle français correctement, connaît deux langues nègres (ouolof et mendengue), comprend l'italien, l'anglais, un peu d'allemand, lit le Coran, parle arabe… Comme je lui demandais s'il croyait à ses grigris, il me réplique : “Est-ce que les catholiques ne croient pas à leurs médailles ? '”
En quelques lignes, pendant que dans le lointain la mitraille ravageait les chairs des pioupious, les sacro-saintes médailles dont nous nous gargarisons, venaient d'être ravalées au rang que les “catholiques” blancs jugeaient infamant et risible, celui des grisgris de “sauvages”.
Les choses ont-elles vraiment changé ? Il suffit de lire la liste des décorés de chaque année pour se convaincre que non. Dites-moi en quoi (ce n'est qu'un exemple entre autres) un Arnaud Lagardère, fils de son père, héritier pâlichon, et frère souffre-douleur du Foutriquet de l'Élysée, mérite pareille quincaillerie prétendument honorifique ?
Les médailles ne sont que des bibelots dont l'unique utilité est de marquer très étroitement le cercle des élites autorisées. Et d'en exclure ostensiblement le tout-venant, la piétaille. Un pathétique grisgris de reconnaissance entre initiés.
Alors, la presse là-dedans ? Il est clair qu'accepter de se voir adouber par le cénacle des puissants met dangereusement en cause les revendications d'indépendance qu'elle proclame.
Dans le cas de nos deux valeureuses journalistes, Françoise Fressoz du Monde et Marie-Ève Malouines de France Info, la ficelle était grosse. Si elles refusent le grisgris accordé, c'est qu'elles ne l'ont pas demandé. Et si elles ne l'ont pas demandé, c'est que d'autres l'ont fait pour elles (puisque la Légion d'honneur ne s'obtient que sur demande). On peut donc légitimement en conclure qu'on cherchait ainsi à acheter leur fameuse indépendance de journaliste.
Elles ont eu le courage de refuser. Combien ont accepté ?
De Edwy Plenel
11H12 | 07/01/2009 |
Juste pour vous signaler un autre refus de Légion d'honneur cette année, sur le même contingent : celui de Michèle Audin, grande mathématicienne, qui a rendu publique une lettre à Nicolas Sarkozy où elle l'interpelle sur le sort de son père, Maurice Audin, torturé et assassiné par l'armée à Alger en 1957.
J'ai raconté cette histoire et publié la lettre de Michèle Audin sur mon blog à Mediapart. C'est à lire ici :
http://www.mediapart.fr/club/blog/edwy-plenel/020109/la-lettre-de-michel…