Decryptage 05/01/2009 à 13h05

De la vodka dans le gaz entre Moscou et Kiev : une explication

François Majorelle | Expatrié en Ukraine

(De Kiev)

Si l'Europe de l'Ouest n'est pas pour l'instant menacée par le conflit gazier qui oppose l'Ukraine et la Russie depuis le 1er janvier, les pays d'Europe centrale et orientale commencent à subir une baisse des approvisionnements. Pourquoi le torchon brûle-t-il entre les deux voisins ?

Pour le comprendre, remontons le cours de l'histoire. Des années 1930 jusqu'en 1991, l'Ukraine était cantonnée dans une relative spécialisation au sein de l'URSS : grenier à blé, elle nourrissait les Russes tandis que la Russie alimentait l'Ukraine en gaz, pétrole et minerais rares.

Cet état de fait s'est prolongé jusqu'à l'aube des années 2000, quand le commerce du grain était contrôlé par des organismes mandatés par le gouvernement ukrainien, et la distribution du gaz et du pétrole en Russie était sous le contrôle d'un Etat fort. Il était alors possible d'échanger des tonnes de blé contre des tonnes de gaz, sans tenir compte des cours internationaux. Les anciens caciques du Parti communiste d'URSS des deux républiques se servaient grassement au passage.

Actuellement, la privatisation quasi-totale de l'outil de stockage et de production céréalier a retiré au gouvernement ukrainien tout moyen de pression direct sur les Russes, tandis que le gouvernement russe garde officieusement un droit de regard sur la gestion des grands groupes gaziers et pétroliers. D'où la réaction violente de Moscou.

La Russie réussit de plus en plus à atteindre son autosuffisance en besoins céréaliers, alors qu'au temps de l'URSS, elle n'y était parvenue qu'en 1962 et 1964. Elle est maintenant capable de vendre sa farine et son blé en Ukraine !

Moscou veut garder un oeil sur la Crimée

Il est probable que l'embargo définitif n'est pas pour tout de suite. En voici à mon avis les raisons.

D'abord parce que près de la moitié des Ukrainiens sont des Russes de souche et que la minorité russe de l'Est de l'Ukraine manifeste son attachement à la Russie et son refus d'adhérer à l'Otan.

Ensuite parce que Moscou craint d'afficher les mécanismes opaques du fonctionnement de la société russo-ukrainienne de distribution Ukrnaftogaz, totalement corrompue.

Enfin et surtout parce que Moscou veut garder un droit de regard sur la Crimée (qui ne se considère pas comme ukrainienne), qui garantit à la flotte russe son accès à la mer noire.

Il est clair que si la Russie parvenait à renoncer à ses prétentions sur la Crimée, à augmenter ses transferts de gaz vers l'Europe de l'Ouest via des pays tiers ou a défaut à vendre son gaz et son pétrole vers l'Inde et surtout vers la Chine aux cours mondiaux, alors l'Ukraine risquerait une récession sans précédent. Elle paierait aussi son absence de diversification dans ses débouchés commerciaux et ses sources d'approvisionnement énergétiques.

En s'offrant le luxe de menacer de couper le robinet à essence et à gaz, la Russie s'offre sans coup férir la possibilité de dicter la conduite de l'Ukraine concernant son adhésion a l'Otan. Dans le même temps, l'Ukraine entame une politique diplomatique plus volontariste vers d'autres anciennes républiques soviétiques, telles que la Géorgie, la Moldavie, le Turkménistan (et son gaz) et le Kazakhstan.

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  • Np237
    Np237
    Sarcasme malsain
    • Posté à 18h32 le 05/01/2009
    • Internaute
      Sarcasme malsain

    La haine entre russes et ukrainiens n'est pas nouvelle, elle remonte même bien avant l'Holodomor de 1932. Tout comme pour la Géorgie récemment, la Russie pourra utiliser le prétexte des minorités russes (de moins en moins minoritaires) pour assouvir ses visées expansionnistes. L'Ukraine n'est peut-être plus le grenier à blé de la Russie, mais il est crucial pour le pouvoir russe de contrôler l'accès à la mer noire. La première étape est de couper l'approvisionnement en énergie, histoire de faire mourir la population de froid ; et ne croyez pas que l'augmentation des prix en Ukraine attendra l'épuisement des stocks, cela va arriver très vite et les citoyens déjà très paupérisés n'auront pas les moyens de payer. Le gouvernement ukrainien, faible, ruiné et corrompu jusqu'à la mœlle, sera incapable de faire quoi que ce soit. On attend déjà les réactions de la communauté internationale s'il est proposé de rouvrir Tchernobyl pour fournir un tant soit peu d'énergie.

    Alors, combien de temps avant que la Russie ne peaufine son prétexte pour envahir l'Ukraine ? Les paris sont ouverts, je pense pour ma part que ça ne va pas traîner : deux ans, trois ans au maximum.

  • Pas lolo
    Pas lolo répond à Np237
    fasciné
    • Posté à 06h06 le 06/01/2009
    • Internaute
      fasciné

    J'entends bien mais là n'était pas mon propos. Le seul intérêt de ce texte aurait été de développer cet aspect dont on discute peu.
    Pour le reste, les considérations de café du commerce sur l'amour réciproque que se portent les russes et les ukrainiens, du moins en ce qui concernent leurs autorités...
    Tout ce que je sais et qui n'est contesté par personne : les ukrainiens paient le gaz russe-turkmène avec un rabais de 60% par rapport au tarif appliqué aux autres pays européens (occidentaux, les baltes bénéficient également d'un rabais).
    Ils refusent que le rabais soit ramené à 45% et exigent une augmentation des tarifs de transit de 10%.
    Ils n'ont pas l'intension d'éponger leur dette pour 2008. Autrement dit, je ne paye pas ma note de gaz complètement, renégocions le contrat sur les livraisons passées.
    Ils prélèvent néammoins un volume de gaz qui est en transit chez eux pour livraison aux clients européens.
    Sur ce dernier point, il y aurait matière à éclaircir et développer. Vous imaginer l'Egypte qui se servirait en lourd ou raffiné sur des tankers en transit par le canal de Suez parce qu'il ne seraient pas d'accord pour payer le tarif contractuel avec les compagnies pétrolières opérant au moyen orient ?

    Les ukrainiens indiquent que les prélévements correspondent à des « besoins techniques ». Les seuls besoins techniques que je comprends sont la consommation des éventuelles stations de recompression et à la marge quelques fuites. Ces besoins sont parfaitement quantifiables.

    Le débit de gaz en entrée du territoire ukrainien, de même qu'en sortie l'est également sans problème. Idem pour le PCI du gaz, un chromato en entrée et pareil en sortie(s).
    Je suis donc un peu étonné qu'on reste dans un petit jeu d'ombre ou bidule dit machin est pas gentil et l'autre rétorque c'ti kil dit...

    Pourquoi personne ne va vérifier ?