Plus studieuses, plus matures, mieux organisées, les étudiantes sont souvent majoritaires dans les établissements prestigieux.

L'idée de cet article m'est venue en me retrouvant face à la 83e promotion des étudiants de l'ESJ de Lille. Un amphithéâtre de 56 étudiants avec seulement 13 pauvres garçons, faciles à compter au milieu de cette marée de filles.
A dire vrai, je me suis tout de suite demandé si l'autre moitié de l'humanité était bien en train de prendre le pouvoir par le savoir… Soulevez le sujet autour de vous et vous aurez droit à deux types de réaction :
- Les filles et quelques garçons : « Mais c'est quoi le problème ? »
- Les autres garçons, bravaches : « J'aurais préféré faire mes études aujourd'hui »
J'avais un peu oublié la question, lorsque je suis tombé sur les décrets publiant les listes d'admission des candidats à l'Ecole nationale de la magistrature (ENM), l'un des grands temples de la méritocratie républicaine. Alors là, record battu. Vous ne devinerez jamais combien de futures magistrates sortiront de l'ENM dans trois ans ?
- Sur le seul concours externe, celui des étudiants, les filles représentent 82% des admis
- Du coup, l'administration a visiblement tenté de corriger le tir, avec 6 garçons pour 17 admis au concours interne et sur dossier
Tous les professionnels du droit vous le diront : ces dernières années, les femmes ont massivement investi les tribunaux. La justice serait-elle une exception ?
Les filles s'imposent dans tous les concours de la République, sauf l'X
Visiblement, non. En vérifiant les derniers chiffres disponibles auprès des grandes écoles, il est facile de voir se dessiner un large mouvement. Jugez plutôt :
- Après des décennies de conservatisme (voir les photos encravatées des promos des Trente Glorieuses, quatre femmes sur 48 étudiants dans la promotion de Jacques Chirac en 1959), la dernière promotion de l'Ecole nationale d'administration (ENA) est composée de 28% de filles
- Tendance accentuée à l'Ecole normale supérieure (ENS), où en 2008 les admissions sur dossier sont dominés par les candidates : 51% dans les départements scientifiques et 47% dans les départements lettres.
- En revanche, le concours de l'ENS, en sciences, tourne à l'avantage des garçons : 5/43 filles en maths-physique-info, 3/21 en physique-chimie, 0/8 en informatique et 12/21 en biologie(soit moins de 25%)) d'après les chiffres fournis par utilisateur-anonyme.
- Le seul bastion à résister vaillamment aux hordes féminines est l'école Polytechnique, où elles ne constituent que 13,5% de la dernière promotion
Sur cette dernière exception, les études les plus sérieuses comme celle menée par l'OCDE en 2000, par l'Insee en 2003 ou par le ministère de l'Education nationale en 2008, ont mis en évidence -pour simplifier- la supériorité littéraire des filles et leur corrélatif manque d'intérêt pour les mathématiques. Le tout sur fond de tenaces clichés sur l'orientation dévolue aux uns et aux autres : aux garçons les choses sérieuses (les sciences), aux filles les futilités (la littérature).
En guise d'explication, Marie-Sophie Keller, notre experte des questions de genre, me renvoie à l'étude de Christine Guionnet et Erik Neveu, « Féminins, Masculins, Sociologie du genre » (éd. Armand Colin) :
« La difficulté récurrente de certains garçons face à la maîtrise linguistique s'explique en partie par un rapport distinct à l'école.
Souvent moins scolaires et appliqués, plus libres de sortir, ils consacrent moins de temps au travail à la maison que les filles, sauf dans certains milieux sociaux, où celles-ci doivent effectuer de nombreuses tâches domestiques et s'occuper des plus jeunes enfants du foyer (Hoff Sommers, 2000).
Si les moyennes dissimulent les puissants processus de présélection, les filles paraissent néanmoins mieux adaptées au “‘ métier’ d'étudiant(e). Elles sont plus studieuses, mieux organisées, plus assidues que les étudiants. Elles notent les cours avec plus d'application, demandent plus d'explications aux enseignants, adoptent des méthodes de révision plus élaborées.”
Pourquoi les filles ratent-elles l'oral d'HEC ?
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Qu'en est-il lorsque l'on aborde les écoles du (vrai) pouvoir économique ? En scrutant les derniers résultats du concours 2008 des Hautes études commerciales (HEC), j'ai cru un instant que là aussi les filles étaient en train de gagner, à la force de leurs neurones, leur place au paradis des managers. A première vue, on peut le croire : sur plus de 4 000 candidats, les filles représentent 47% de la promotion de la prestigieuse école de commerce.
Mais, Guillemette Faure -qui dans une autre vie a fréquenté les bancs d'une grande école de commerce- m'a mis la puce à l'oreille. Elle m'assure que la part des filles s'effondre curieusement après les oraux, parce qu'elles font baisser les salaires de sortie, sur lesquels s'appuient les classements des écoles. Vérification faite, Guillemette soulève un vrai mystère. Suivez bien :
- Au dernier concours d'HEC, il y avait 1 873 candidats et 2 154 candidates (53%)
- Puis, parmi les 700 admissibles : 342 garçons et 358 filles (51%)
- Pour arriver aux admis : 202 garçons et 178 filles (46%)
Questions : que s'est-il passé entre l'écrit et l'oral ? Les filles se sont-elles subitement liquéfiées ? Les garçons ont-ils révélé d'implacables qualités de businessman ? Les permanents de l'ESJ de Lille, qui font passer l'épreuve orale de leur concours, m'ont toujours assuré du contraire.
A cet âge -entre 22 et 25 ans- les femmes sont en général plus mûres, plus déterminées et plus volontaires que leurs petits camarades. Autre hypothèse : la direction d'HEC fait, sans le dire, un peu de discrimination positive en faveur des hommes.
Dans les universités françaises, 58% des étudiants en LMD sont des filles
En tout cas, le phénomène est bien plus massif qu'il n'en a l'air. Lisez bien : dans les universités françaises, en 2006-2007, la répartition par sexe des étudiants en LMD (licence, master, doctorat) s'établissait ainsi :
‘Sur un total de 1 191 170 étudiants, on recense 503 732 garçons (42%) et 687 438 filles (58%)’
Les grincheux pourront bien arguer que les hommes restent majoritaires au niveau du doctorat, l'évolution semble inéluctable. J'ai d'ailleurs dressé le même constat en corrigeant les travaux des étudiants lillois : les filles sont meilleures enquêtrices que les garçons. Avec mes cinq confrères masculins, nous avons d'ailleurs eu du mal à justifier l'absence de consoeurs à nos côtés.
► Le dernier rapport d'activité de la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes de l'Assemblée nationale.
Addendum, le 4/01/08, à 20h : correction sur les chiffres des dossiers d'admission de l'ENS et sur celui du concours dans les filières scientifiques.
Photo : la 83e promotion de l'ESJ Lille, après la réalisation d'un magazine sur Bruxelles (DR)



















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De XavXav
12H50 | 04/01/2009 |
Un bémol : vous examinez des filières « sciences humaines », « sciences po » ou droit. Pourquoi pas les filières scientifiques ?
La part des filles s'y effondre passé le bac, d'autant plus que la filière considérée est plus dominée par les maths. (des garçons en maths plus que physique, plus que chimie, plus que bio).
Coté réussite aux concours fonction publique, doit-on parler d'une conquête des filles ou d'un abandon par les garçons ? Autrement dit, la proportion de filles augmente elle par fuite des garçons vers d'autres horizons plus rémunérateurs ? Est-ce qu'il ne s'agit pas d'un phénomène de dévaluation de la fonction de juge, en proie aux critiques des médias et de la droite sur les thèmes du corporatisme, tout en étant mal payé pour le niveau d'étude et le travail fourni par rapport aux sinécures du privé accessible à ce niveau d'étude. On peut faire la même remarque pour les profs : jadis fonction estimée, aujourd'hui largement méprisée (cf n'importe quel article du figaro sur l'EN), sous-payée par rapport au privé pour ce niveau d'étude et de sélection (quelques places annuelles dans certaines matières, concours comparativement plus dur que l'X ! ! ! ), et majoritairement féminine.
Quant au journalisme, je vous laisse imaginer qu'il s'agisse encore d'une fonction de pouvoir. La presse est bien mal en point, et je pense que ça n'ira pas en s'arrangeant. S'agit-il donc d'une victoire des filles que d'être plus nombreuses dans un secteur économique en déclin ?
On pourrait parler d'amélioration de la situation si la proportion de filles avait fortement augmenté aussi à l'X, à Centrale (Paris/Lyon/Lille/Nantes) et dans les cursus de chefs d'entreprises du CAC -cursus qui sont souvent internationaux-
Bref, beaucoup moins d'optimisme de ma part que dans la première partie de votre article…
De I.P
Flat4 | 13H08 | 04/01/2009 |
J'adore les remarques du genre « les filles sont plus studieuses, mieux organisées, etc ». J'enseigne dans le supérieur et je peux vous dire que parmi les hommes et les femmes les gros pénibles et les accidents de recrutement sont uniformément répartis.
De Hers Vel Gr
globule bleu | 13H07 | 04/01/2009 |
Et dans les écoles de Police….70% de filles.
De olympe blogueuse
blogueuse | 14H03 | 04/01/2009 |
les stats concernant le concours HEC sont édifiantes.a l'écrit les filles font aussi bien que les garçons mais à l'oral elles se heurtent au plafond de verre qui fait, entre autres, qu'une femme a toujours l'air moins crédible qu'un homme lorsqu'il s'agit de sujet « sérieux » (c'est à dire qui ne concernent pas la vie quotidienne)
28% de femmes à l'ENA et personne ne s'insurge, parceque bien sûr le concours sélectionne les meilleurs non ? bizarre quand même que ce soit surtout des garçons
http://blog.plafonddeverre.fr/post/2008/09/05/les-choses-ne-sont-pas-pre…
De doutagogo
14H22 | 04/01/2009 |
Bonjour,
Les études ou rapports qui font les constats que vous réfutez (filles studieuses, organisées, en réussite scolaire) se mènent sur de grands échantillonnages et éliminent ainsi le biais du témoignage personnel. Cela ne veut pas dire que votre vécu personnel n'est pas réel, mais que, rapporté à l'échelon national, il perd sa pertinence.
Amicalement
Agnès Lenoire
http://doutagogo.com
De Libelluless
14H58 | 04/01/2009 |
D'après l'auteur, à HEC : « la part des filles s'effondre curieusement après les oraux, parce qu'elles font baisser les salaires de sortie, sur lesquels s'appuient les classements des écoles ».
Tout est dit : les femmes sont dévalorisantes, financièrement parlant, dans les métiers, et ce malgré leurs qualifications. C'est vite vu dans les fonctions les plus rémunérateurs : conseils d'administration, pdg de grosses sociétés, députés, sénateurs, etc.
Le féminisme a encore de beaux jours devant elle car la chape de plomb n'a pas encore disparu.
J'aimerai ajouter, que dans l'administration, les emplois de cadre A sont en principe accessibles aux femmes, ainsi on trouve de nombreux poste de directeur adjoint, chef de service ou chef de bureau occupés par des femmes mais curieusement, même dans les métiers féminisés, ce sont souvent les hommes que l'on trouve dans les fonctions de directeur.
Heureusement que la société française évolue et fait disparaître trop lentement à mon goût les clichés féminins qui poussent à orienter des femmes dans des secteurs moins valorisés comme les sciences sociales, la communication, la psychologie, par ex. au dépend des métiers plus nobles comme la recherche, les maths appliquées, etc. J'en profite pour faire remarquer que les seules spécialistes en économie interviewés à la radio sont des hommes… c'est dire à quel point on prend au sérieux les expériences professionnelles des femmes.
Pourtant, je me dis, sans être aucune animosité contre les hommes, que l'équilibre aurait permis d'éviter des prises de risque inconsidérés dans le monde de la finance par ex. tout en permettant d'offrir des salaires plus raisonnables et un moindre appétit financier ?
Je suis contre toute forme de discrimination positive car je crois aux qualités et au mérite de chacun pourtant je voudrai vous faire remarquer que malgré le nombre plus important de femmes dans la société française par rapport aux hommes, les places de choix sont toujours accaparées par ces derniers.
De bibabouze
16H12 | 04/01/2009 |
A la faculté d'odontologie où j'enseigne nous comptons en moyenne 2/3 de filles dans chaque promotion et cela depuis au moins 10 ans puisque c'était déjà le cas lorsque j'ai été admis. Il faudrait que je vérifie mais je pense que la proportion est sensiblement identique en médecine et pharmacie.
Plus édifiant encore, à la dernière remise des prix commune aux médecine, odonto, pharma et sage-femme il n'y a eu qu'un seul homme récompensé pour une douzaine de prix remis. Je n'ai pas souvenir (dans mon encore courte carrière) d'avoir vu un major de promo masculin.
Il n'y a pas de mystère à cela : mes étudiantes sont (d'une manière générale ! ) plus assidues et plus attentives en cours. Leurs copies montrent un apprentissage plus approfondi, une rédaction et une présentation de bien meilleure qualité. Je vais caricaturer mais j'ai le sentiment que beaucoup de garçons calculent leurs efforts à fournir pour passer dans l'année supérieure sans forcément viser la tête de classement. Ils sont d'ailleurs les plus nombreux à aller aux rattrapages.
Parmi les filles à l'inverse on trouve beaucoup plus d'étudiantes qui « jouent la gagne » en donnant le meilleur d'elles-même. Elles sont aussi les plus nombreuses à préparer et à réussir au concours de l'internat.
Cependant, en travaux pratiques les résultats sont plus homogènes, probablement parce qu'il n'est pas nécessaire de fournir de travail personnel. J'ai même tendance à penser qu'au début de l'année en TP les étudiantes, moins sûr d'elles, on un peu plus de difficultés que leurs homologues masculins. mais ça ne dure pas !