A debattre 03/01/2009 à 14h53

Facebook : la fille d'un patron suicidé appelle aux dons



La photo de Fanny Gamelin sur Facebook

Le réseau social aux six millions de membres en France serait-il en train devenir le rendez-vous des sauveurs d'entreprises en péril ? A la Rochelle, Fanny Gamelin a lancé un groupe pour sauver l'entreprise familiale, les chantiers navals Gamelin, quelques jours après le suicide de son père. Ultime tentative de sauver une PME de 120 personnes.

Ce n'est pas un hoax : une semaine après la mort du chef d'entreprise Joël Gamelin, sa fille aînée lance sur Facebook un appel à la solidarité des internautes. Objectif : rassembler au moins 200 000 euros pour payer les salaires de décembre.

« Si 200 000 personnes font un don d'1€ symbolique, les salaires pourront être versés à 120 familles, pour vivre pour le mois prochain.

J'en appelle à la solidarité française pour aider les 120 employés des Chantiers GAMELIN à recevoir leur paye. TOUS ENSEMBLE, NOUS POUVONS PERMETTRE A DES GENS DE SURVIVRE. »

Un appel sur Facebook pour payer les salaires de décembre

Cela suffira-t-il à assurer la pérennité de l'entreprise ? Joël Gamelin, 55 ans, fondateur de cette PME familiale spécialisée dans la construction acier et aluminium, a mis fin à ses jours mardi 23 décembre dans son bureau, sans cacher les raisons de son geste. Selon sa fille, interrogée par Sud-Ouest, il a laissé un message très clair :

« Mon père n'a jamais rien demandé de sa vie, mais quand il a eu besoin des banques, les portes se sont fermées. Son chantier, c'était l'oeuvre de sa vie. Ses derniers mots sont d'ailleurs : “Pardonnez-moi de ne pas avoir pu sauver l'entreprise.'”


En annonçant son initiative, la jeune femme a souligné la responsabilité des banques, les chantiers Gamelin ayant à apurer un passif de 2,3 millions d'euros. Dans la foulée du groupe de soutien, Fanny Gamelin a monté un site dédié “Soutien chantiers Gamelin”, avec la possibilité de faire un don.

Reste l'inconnu : quel sera le statut des généreux donateurs de Facebook ? Actionnaire ? Simple membre d'un comité de soutien ? Sur ce point, Fanny Gamelin n'a pas vraiment de réponse pour l'instant, comme l'illustre ce reportage diffusé sur BFM-TV.

Derrière la belle histoire, le scénario classique d'une PME en crise

Placé en redressement judiciaire pour une période de six mois, le groupe Gamelin se compose de quatre sociétés, regroupant deux chantiers navals, à La Rochelle et Saint-Malo. Au-delà du refus des banques, les chantiers sont surtout confrontés avec la crise, aux difficultés classiques d'une PME spécialisée.

Dans un reportage du journal Sud-Ouest, le 27 novembre 2008, le directeur général du groupe, Jean-Marie Caillaud, détaillait l'une des clés de la crise à laquelle il est confronté :

“Depuis deux ans, nous regardons de façon un peu plus systématique comment nous pouvons accrocher des marchés à l'étranger. Les concurrents de notre taille y sont déjà positionnés. Pourquoi pas nous ? Et dans un contexte économique tendu, ce serait une sécurité supplémentaire.”

Plusieurs tentatives à l'export, notamment vers le Vietnam, se sont soldés par des échecs. Autre écueil, les problèmes de recrutement dans des métiers manuels qualifiés, comme les soudeurs et les chaudronniers :

“Ce n'est pas tout de signer des contrats supplémentaires, encore faut-il trouver la main-d'oeuvre qualifiée pour les honorer.”

En France, les trois-quarts des procédures de redressement judiciaire se terminent par une liquidation de l'entreprise.

► Le groupe Facebook “suicide de J.Gamelin, j'appel à la solidarité de plus 200 000 pers”
► Le site dédié “soutien chantiers Gamelin” pour suivre l'opération et faire un don via Paypal.
► Contact : Fanny Gamelin, 2, chemin du Prieuré, résidence Maintenon, 17000 La Rochelle (mail).

Photo : Portrait de Fanny Gamelin sur Facebook.

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  • Anaximandre
    Anaximandre
    Sous la voûte étoilée
    • Posté à 19h40 le 03/01/2009
    • Internaute
      Sous la voûte étoilée

    Je trouve l'initiative très humaine de la part de cette jeune fille. Elle est du même tonneau que son père, plus humaine que comptable. A première vue (sociétés.com) elle n'est pas actionnaire du groupe Gamelin et agirait par pure humanité.

    Cependant, lorsque le tribunal de commerce a décidé du redressement judiciaire, avec continuité d'exploitation sous surveillance, l'administrateur judiciaire a toute autorité pour demander au fond de solidarité (les AGS) de pourvoir au paiement des salaires, ce jusqu'au prononçé de la liquidation judiciaire. De même, les préavis et indemnités de licenciement sont versés par le fond de solidarité.

    Lorsque l'association de soutien créée à cet effet aura réuni la somme de 200 000 euro, elle n'aura d'autre choix que de l'injecter au compte courant de la SAS Gamelin... contre la totalité des parts sociales, puisque la société ne vaut plus grand chose. L'association deviendrait alors l'actionnaire majoritaire d'une société commerciale, ce qui est contraire à l'esprit de la loi de 1901.

    Je ne veux pas douter de la sincérité de Fanny, mais il me semble qu'il serait utile de se pencher sur les statuts de l'association de soutien. je ne serais pas étonné que les actionnaires y figurent.

  • marchenchuches
    marchenchuches répond à intransigeante
    Ouvreur d'huitres au Niger
    • Posté à 07h41 le 04/01/2009
    • Internaute
      Ouvreur d'huitres au Niger

    Renseignez vous de plus près.

    Quand on arrive à l'extrémité du suicide, c'est qu'on a épuisé les voies les plus naturelles, à savoir refinancer sur ses fonds propres l'entreprise qui tient tant à coeur. Non sans avoir fait le tour du premier cercle de ses amis.

    On peut avoir des réactions de gauche sans toutefois tomber dans le « luttedeclassisme » obtus.

    Un patron d'une entreprise de 120 personne, c'est la couche haute de la France d'en bas.

    S'il n'y avait que des patrons comme çà, au vu du peu qu'on en sait, la France ne serait pas dans l'état où elle est et la droite serait plus complexée