Droit de suite

Autoréduction au Monoprix : simple « vol » ou « extorsion » ?

Le groupe veut porter plainte contre les militants qui ont emporté des produits sans payer. Pour le droit, l'affaire est complexe.

L'enseigne d'un Monoprix dans le IIe arrondissement de Paris (darkroses/Flickr)

La meilleure défense, c'est l'attaque. La direction de Monoprix va porter plainte contre les militants ayant pratiqué une autoréduction dans deux de ses magasins.

Un pari juridique, car personne n'a empêché le collectif « Les empêcheurs d'encaisser en rond » d'emporter treize chariots chargés de nourriture, sans payer.

La porte-parole de Monoprix insiste :

« Tous les salariés ont été choqués par ce moment de violence, du directeur du magasin aux hôtesses de caisses, ils ont tous essayé de faire en sorte que ça soit le moins violent possible, pour régler cela dans la négociation et le calme. »

Vendredi matin, le groupe de distribution a donc décidé de porter plainte contre X pour « vol avec violences et insultes », suite à l'opération menée mercredi après-midi dans le magasin de la rue du Faubourg-Saint-Antoine.

A 16 heures, une cinquantaine de militants -45 selon Monoprix- investit les lieux puis bloque les caisses après avoir rempli des chariots de nourriture (y compris du saumon et du foie gras). Ils exigent et obtiennent, après une heure de négociation, de repartir sans payer.

La qualification de « vol » peut-elle être retenue ? Pas sûr…

C'est un paradoxe détaillé aux étudiants de première année de droit : le délit de vol doit forcément se réaliser par une « soustraction frauduleuse ». « En clair, confirme l'avocat blogueur maître Eolas, s'il y a remise de la marchandise, il n'y a pas de vol. » Dans le cas présent, les marchandises ont bien été « remises » aux militants par la direction. Sous l'oeil de la police, comme l'a relaté Charlotte Rouault, témoin de la scène.

« La police n'est pas intervenue pour éviter qu'il n'y ait pas d'autres incidents », répond la porte-parole de Monoprix. Quid des violences ? Là encore, la direction du groupe est formelle : les militants du collectif « Les empêcheurs d'encaisser en rond » ont bousculé les salariés :

« Des gens ont été poussés, violentés, des hôtesses de caisse et des cadres du magasin. »

Tribunal correctionnel ou cour d'assises ?

Pour le moment, les services du procureur de la République de Paris ne sont pas au courant de l'histoire et n'ont reçu aucune plainte. En théorie, les magistrats du parquet auront le choix des poursuites :

  • Retenir la qualification de vol simple, mais avec des circonstances aggravantes, cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende, jugé par un tribunal correctionnel
  • Pousser au vol en bande organisé, crime relevant de la cour d'assises, puni de quinze ans de réclusion criminelle
  • Requalifier les faits comme une extorsion, punie de sept ans de prison et 100 000 euros d'amende :

    « L'extorsion est le fait d'obtenir par violence, menace de violences ou contrainte soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d'un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d'un bien quelconque. »

A Grenoble, où les autoréducteurs sont passés à l'action le samedi 27 décembre, Monoprix a également porté plainte, mais uniquement pour « vol », car « il n'y a pas eu de violences », précise l'enseigne. A Paris, Monoprix estime à 5 000 euros le montant des marchandises emportées, sans compter « le manque à gagner dû à l'arrêt de travail pendant une heure ».

Un arrêt, ajoute la porte-parole, qui touche aussi les « salariés, tous intéressés aux résultats ». Louable souci, le distributeur redoutant sans doute un possible effet de contagion de l'autoréduction.

Photo : l'enseigne d'un Monoprix dans le IIe arrondissement de Paris (Darkroses/Flickr)


Article suivi : Autoréduction au Monoprix : pour redistribuer, partir sans payer

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de overflow

De Alexandre Behnam

12H34 | 03/01/2009 | Permalien

Alors si j'ai bien compris

- La police était là
- Les militants ont négociés ça et la direction du magasin a accepté alors qu'elle pouvait interpeller les agents proches ou appeler la police

Alors qu'est-ce que c'est ? « extorsion sous l'oeil d'agents de police “ ? Et pour ces agents là ? ‘ non-assistance à magasin en danger ? … : )

Difficile de conclure

Portrait de Numerosix

De Numerosix 14499

Prisonnier dans le village global | 13H06 | 03/01/2009 | Permalien

Ce qui fait qu » ils ne peuvent pas laisser passer ça , le gouvernement et les gros épiciers , c'est que les gentils babas un peu énervés qui font les clowns au grand magasin au nouvel an , à la limite , c'est pas trop grave ; mais n » oublions pas qu » ils sont COMPLETEMENT PARANOS !
( et traumatisés par la perte de confiance dans leur belle économie, les pauv » choux )

Ils voient DEJA dans leurs scénarios de crise les pillages VIOLENTS d'Hypermachés et les émeutes pires qu » en GRECE ! C'est une des options du jeux « disaster » dans leur Kriegspiel de Sim France City …

Tiens encore un peu de pensée situationniste , pour leurs fout » un peu les jetons

Lisez , c'est ECRIT DANS LES LIVRES ! ! ! ? ? ?

Le déclin et la chute de l'économie spectaculaire-marchande

Qui donc a pris la défense des insurgés de Los Angeles, dans les termes qu'ils méritent ? Nous allons le faire. Laissons les économistes pleurer sur les 27 millions de dollars perdus, et les urbanistes sur un de leur plus beaux supermarkets parti en fumée, et McIntyre sur son shérif abattu ; laissons les sociologues se lamenter sur l'absurdité et l'ivresse dans cette révolte. C'est le rôle d'une publication révolutionnaire, non seulement de donner raison aux insurgés de Los Angeles, mais de contribuer à leur donner des raisons, d'expliquer théoriquement la vérité dont l'action pratique exprime ici la recherche.

Guy Debord

Portrait de Tyloui

De Tyloui

13H01 | 03/01/2009 | Permalien

La bien pensanse des ultras gauche est nulle. Facile de louer les voleurs derrière son ordi. Les voleurs sont des voleurs. Trop facile de dire les voleurs ne sont pas ceux qu'on croit. C'est au gouvernement de nourrir les pauvres, pas à Monoprix, c'est à ça que devraient servir nos impôts. Non ?

Portrait de Tigerbill

De Tigerbill 5710

retraité en CDI en charente-maritim... | 13H04 | 03/01/2009 | Permalien

Je crois qu'effectivement, la meilleure qualification juridique de l'opération, c'est l'extorsion :

« L'extorsion est le fait d'obtenir [……….] la remise [………..] d'un bien quelconque. »

Je vais de temps en temps faire des emplettes à Monoprix.
C'est vrai que leur marchandise est souvent « bien quelconque »

Portrait de TARPON

De TARPON

15H12 | 03/01/2009 | Permalien

Quand est ce qu'il vont faire une autoreduction chez mon concessionnaire Porsche ? me prevenir.

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