Voilà une nouvelle nuit qui commence, une nouvelle nuit sous les bombes israéliennes… Pour nous la nuit sera longue, sans doute pour vous aussi qui allez célébrer le début de cette nouvelle année. Et comme vous, nous avons déclenché le compte à rebours… Ou plutôt un décompte macabre qui, pour l'instant, s'établit à près de 400 morts, parmi lesquels 62 femmes et enfants
Comme toute les nuits depuis le début de l'offensive israélienne, mes deux jeunes enfants, ma femme, ma belle-sœur et moi-même allons dormir tous ensemble, serrés les uns contre les autres dans notre salon au centre de mon petit appartement, comme si nos pauvres murs pouvaient nous protéger contre le déluge de feu.
Et cette nuit ressemblera sans doute aux précédentes : la peur au ventre, nous aurons droit à un énorme feu d'artifice offert par les jets israéliens bombardant des dizaines d'immeubles et de maison, en moyenne un explosion toute les cinq minutes.
La nuit dernière, nous avons suivi les infos à la télé… Le présentateur nous a annoncé qu'une mosquée avait été prise pour cible dans le camp de réfugiés de Jabaliyia, à quelques kilomètres au nord et puis le choc : dans leur maison juste à côté de la mosquée, cinq fillettes, cinq sœurs sont mortes… Brins de vies sacrifiées dans la vaste offensive contre les militants du Hamas. Toute ma famille s'est mise à pleurer devant la télévision…
Ces petits corps sans vie nous hurlaient ce que nous savions déjà : qu'aucun d'entre nous n'était à l'abri, les missiles israéliens pouvaient frapper chacun d'entre nous à tout moment.
Au coeur des ténèbres
Nous dormons à peine… Quand enfin les enfants sont terrassés par le sommeil, une énorme explosion fait trembler toute ma maison. A 500 mètres à peine, les F16 israéliens pilonnent les bâtiments de l'université islamique de Gaza et le port de Gaza city.
C'est à cette université que j'ai fait mes études, j'ai aimé cet endroit comme le lieu qui m'a donné à entrevoir que le monde était plus vaste que les 300 km2 dans lesquels nous vivons confinés depuis notre naissance… Quand j'ai entendu que les F16 l'avaient détruite, c'est comme si tous mes souvenirs heureux étaient eux aussi réduits en poussière.
Le sentiment d'un vide, celui d'être sourd, le bruit de l'explosion est énorme. Mes enfants se remettent à pleurer… Moi je m'empare du téléphone pour appeler ma sœur, qui habite à deux pas de l'université. Elle décroche en pleurs et j'entends les sanglots de ses cinq enfants :
« On est tellement terrorisé… Je ne sais pas où aller, quoi faire… On était en train de dormir, toute la maison s'est mise à trembler… »
J'écoute ma sœur, mais ne trouve pas les mots pour la réconforter… Que pouvais-je dire… Personne n'est en sécurité et tout le monde le sait.
Cauchemars
Il est quatre heure du matin quand, épuisé, je trouve le sommeil… Je jette un dernier regard à ma famille endormie… Sous leurs paupières closes perlent encore les larmes.
J'ai dû dormir quelques minutes à peine quand un horrible cauchemar me réveille… J'étais au milieu de la rue, au milieu des tueries et des bombes et je restais là, tétanisé, ne sachant pas quoi faire de moi-même.
A 6h30, les pleurs de mon fils aîné de 15 mois me réveillent… Je ne dormirais plus et c'est en état de choc que je rejoins le reste de ma famille pour le petit déjeuner. Je ne leur dirais rien de mes cauchemars ni de mes angoisses, je ne veux pas les inquiéter plus encore.
Autour de la table, tous ont une mine terrible, l'insomnie et l'angoisse ont creusé leur sillon sur tous ces visages qui me sont chers. Au moins avons-nous de l'électricité ce matin, la plupart du temps nous vivons dans la pénombre à cause des coupures de courant.
Soudain, ma mère explose en sanglots, la radio vient d'annoncer qu'un missile avait détruit une caserne de pompiers dans le camp de réfugiés de Khan Younis, la caserne se trouve à 80 mètres de la maison de ma grand-mère. Nouveau coup de fil angoissé à mes oncles… Tout le monde était sain et sauf, encore sous le choc de l'explosion qui a détruit toutes les fenêtres de la maison.
Happy new year Gaza
Assis là, autour de la radio avec ma famille, je me suis rappelé une conversation qui me paraît d'un autre temps. Ce n'était pourtant que la semaine dernière, deux jours avant l'offensive israélienne, ma femme me demandait où nous allions passer les fêtes de fin d'année. « Peut-être pourrions-nous emmener les enfants dîner avec des amis. »
Finalement, j'ai changé d'avis, nous resterons probablement à la maison chérie… Nous regarderons le reste du monde célébrer à la télé pendant que nous pleurerons nos morts. Le monde en retour nous regardera peut-être trembler et mourir… Bonne année Gaza !
► A lire : Le blog de Mohammed Ali sur le site d'Oxfam

























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De Suzanne Citron
Historienne et auteure | 14H49 | 02/01/2009 |
Pour info,
Communiqué du collectif « Trop c'est trop »
Rappel : Le collectif « Trop, c'est trop ! » s'est constitué à la suite de l'appel lancé en décembre 2001 par l'historienne Madeleine Rebérioux. Il a rassemblé des personnalités comme Pierre Vidal-Naquet et aujourd'hui Stéphane Hessel.
<< Halte-là !
C'est au nom d'un « Etat juif et démocratique » que sur la terre de la Palestine mandataire on trouve à la fois une situation coloniale, un mur deux fois plus haut que le mur de Berlin et un système d'apartheid qui n'a rien à envier à celui ayant existé en Afrique du Sud La situation de Gaza depuis l'évacuation des colonies israéliennes par Sharon est bien un apartheid, au sens propre du mot, une séparation des Gazaouis du reste du monde, dans une immense prison dont les Israéliens font le blocus depuis l'élection démocratique remportée en 2006 par le Hamas, affamant la population et la privant des ressources les plus élémentaires. Sous prétexte de combattre le Hamas, c'est le refus de reconnaître l'existence du peuple palestinien qui sous-tend la violence intolérable de cette agression dont la seule logique est la destruction pure et simple de celui-ci.
Le crime israélien en cours à Gaza fait suite à la décision « unanime » du conseil des ministres européens de rehausser le niveau des relations entre l'UE et Israël, alors même que le Parlement européen avait voté l'ajournement d'une telle décision. La décision de rehausser les relations UE-Israël est un encouragement aux crimes commis par les Israéliens, un déni du droit des Palestiniens et un désaveu de l'action des courageux pacifistes israéliens qui défendent l'idée d'une paix juste.
Nous demandons au conseil des ministres européens, au gouvernement français et au parlement européen qui devrait se réunir d'urgence
- de condamner sans réserve l'attaque israélienne sur Gaza,
- d'exiger l'arrêt immédiat de cette attaque criminelle,
- de revenir sur la décision de rehaussement des relations entre l'UE et Israël,
- de suspendre l'accord de coopération liant l'UE et Israël tant que celui-ci ne respectera pas
les droits des Palestiniens,
- de proposer la convocation urgente d'une conférence internationale destinée à engager enfin l'examen des conditions d'une paix juste en Palestine avec l'ensemble des parties concernées, dans le cadre méditerranéen et sous la responsabilité des Nations-Unies.
Pour le collectif « Trop, c'est trop ! » : Etienne Balibar, Suzanne Citron, Alain Joxe, Christiane et Stéphane Hessel, Gérard Maarek, Gilles Manceron, Marie-José Mondzain, Pierre Nicodème, Abraham Segal. >>
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De amilcar
peureux célèbre | 17H27 | 02/01/2009 |
que puis-je faire pour gaza ? la nuit du réveillon j'étais au quatrième étage sur une terrasse avec vue sur la rue, je regardais les gens en bas et je pensais à gaza. ce que je peux faire pour gaza c'est déjà de ne pas ajouter mes frustrations haineuses à un problème déjà chargé, il y a fort à parier à ce stade que hurler ma haine de tel ou tel ne fera pas avancer le problème, au contraire, que je sois 1 pro palestinien irréductible ne me conduit à haïr personne, pro palestinien depuis des lustres, je cherche à comprendre, et je ne possède toujours pas en 2009 de dons de voyance qui me permettrait de savoir ce qui va se passer maintenant
l'analyse d'israel est erronée, ils se sont intoxiqués eux-mêmes de leur propagande, ils se trompent, leur stratégie les conduit au désastre, désastre en une terre de confrontation des hypothèses, espace de coexistence théorique, terre des livres gérée par des illettrés, pire, par des militaires, militaires qui sont aux pathologies sociales ce que les repentis sont à la mafia. j'ai reçu ce matin les bons voeux de assan nasrallah, nous pensons la même chose :
- une attaque terrestre serait très risquée pour des politiciens qui ont besoin d'une victoire sur un faible, victoire ou défaite en face à face, au corps à corps, c'est incertain, issue là encore incertaine
- la nécessité d'ouvrir rapidement le passage de rafah, avant que les foules égyptiennes ne l'ouvre de force en débordant les militaires du dictateur moubarak.
l'attaque d'israel a pour l'instant une seul conséquence c'est de consolider le hamas et de le rendre très populaire dans l'opinion arabe et internationale, ça ne me dérange pas, parce qu'à mon sens le hamas est la seule représentation démocratique dans le coin, la seule fois où on a sincèrement demandé à la population palestinienne de s'exprimer elle a voté hamas, pourquoi israel avait laissé se dérouler ce scrutin démocratique est une question que je me pose encore, manque de lucidité stratégique, je vous rappelle que je suis pro palestinien, donc le manque de lucidité de mon adversaire n'est pas un mauvais signe pour ce début d'année
j'ai lu je ne sais plus où la comparaison entre gaza et le ghetto de varsovie, ça me semble excessif, c'est difficile d'imaginer les conditions de vie à gaza en ce moment, de s'en faire une idée réaliste, mais je pense qu'on est loin des conditions du ghetto de varsovie, et l'issue pour gaza ne sera pas si tragique, inch allah