Un projet de loi « portant dispositions relatives à la gendarmerie » a été voté en première lecture par le Sénat le 17 décembre 2008. Il sera soumis à l'Assemblée nationale début 2009 et, le gouvernement utilisant une fois encore la procédure d'urgence, il n'y aura qu'une seule lecture par assemblée.
Légalement, la Gendarmerie ne sera pas encore rattachée à l'Intérieur au 1er janvier. Pourtant, le budget 2009 de la gendarmerie a été voté dans la loi de finance en prenant acte de ce rattachement. De fait, le ministère de la Défense ne s'estime plus concerné, il n'était d'ailleurs même pas représenté lors de l'examen par le Sénat de ce projet de loi.
C'est donc sans tambours ni trompettes, ni sonnerie aux morts, que vont en réalité se dérouler les obsèques de la plus vieille institution publique chargée de missions de police générale : la maréchaussée, rebaptisée Gendarmerie nationale en 1791, qui veille à la sûreté de nos concitoyens en dehors du centre des agglomérations, c'est-à-dire sur 95 % du territoire national !
Bien qu'ayant traversé jusqu'ici de multiples régimes politiques, elle ne survivra pas à la révolution gestionnaire qui a frappé nos administrations depuis quelques années.
Sous prétexte d'une recherche de la rentabilité à court terme, et pour que les gendarmes s'inscrivent mieux dans le modèle actuellement prôné de la police d'autorité –par opposition à une police de dialogue–, la Gendarmerie va donc fusionner (sans le dire) avec la Police nationale.
Un désengagement de l'Etat qui passe inaperçu
Mal informés en raison des restrictions statutaires de la liberté d'expression individuelle et collective des gendarmes et malgré la résistance d'une partie des élus (y compris à l'UMP, avec Jean-Pierre Raffarin par exemple), il est manifeste que nos concitoyens ne se rendent pas compte de ce qu'ils sont en train de perdre. Au fond, il s'agit d'un énième épisode du désengagement de l'Etat et du recul du service public national.
En effet, loin de la caricature du gendarme militaire borné, chasseur de nudistes à Saint-Tropez, loin aussi de l'image d'élite du GIGN avec des hommes cagoulés et surarmés, les gendarmes départementaux avaient su développer un modèle de rapport au public qui privilégiait le service au citoyen plutôt que l'application bornée d'innombrables textes de lois.
Ils avaient élaboré un modèle de police qui assumait le rôle social dévolu à tout individu chargé du maintien de l'ordre et de la sécurité. Par leur rôle au sein des zones non seulement rurales mais aussi périurbaines, ainsi que dans certaines de nos banlieues difficiles, les gendarmes ont pendant longtemps participé à la construction de ce lien social après lequel les politiques de la ville courent depuis trente ans.
En réalité, de par ses missions, son maillage territorial dense et sa conception d'une « surveillance générale » privilégiant un contact régulier avec la population associé à une posture de prévention-dissuasion, la Gendarmerie constituait, avant l'heure, le modèle de « police de proximité » que le gouvernement Jospin voudra développer, à partir de 1997, pour la Police nationale.
Le biais électoral
Mal accompagnée et dans un contexte de contestations internes des policiers comme des gendarmes, cette réforme battait de l'aile quand survint la campagne électorale 2001-2002 et son obsession pour « l'insécurité ».
La nouvelle majorité issue des élections de 2002 en profita pour enterrer aussitôt cette police de proximité et entamer le démantèlement de la présence gendarmique, via la création de « communautés de brigades » permettant la fermeture périodique des « brigades de proximité ».
Il faut croire que ce modèle de proximité convient mal à une époque qui privilégie les rapports de force, la gestion statistique déréalisée et les démonstrations médiatiques, même si c'est aux dépens de l'efficacité concrète et quotidienne.
Car, suprême paradoxe historique, ce modèle gendarmique de proximité fut jadis, et avec raison, considéré comme l'avenir ! En 1976, la commission Peyrefitte (que l'on ne saurait soupçonner de « gauchisme ») demandait dans sa recommandation n°81 d'« instituer dans les villes de petits postes de quartiers et recourir à la méthode dite de l'îlotage », en s'inspirant explicitement des « résultats satisfaisants qui sont obtenus dans les zones rurales par l'implantation très décentralisée des brigades territoriales de gendarmerie ».
La recommandation n°83 précisait ensuite qu'il s'agissait d'« améliorer les relations entre la police et les citoyens »… Trente ans plus tard, non seulement la Police nationale n'a pas réalisé cette évolution vers le modèle gendarmique, mais c'est même l'inverse qui s'est produit. Ainsi, c'est véritablement une régression historique qui s'achève sous nos yeux, dont on mesurera les effets délétères dans les années et les décennies à venir.
Jean-Hugues Matelly, Christian Mouhanna et Laurent Mucchielli (CNRS, CESDIP)



















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De pablico
19H32 | 30/12/2008 |
très paradoxal tout cela.
une société c'est la proximité, une démocratie c'est la proximité entre le pouvoir et les citoyens, puisque que le pouvoir est censé être l'émanation des citoyens.
La police, la gendarmerie sont faite de citoyens..
et on s'évertue à couper ce lien de confiance, de proximité..
la police et la gendarmerie qui devraient jouer le rôle d'un papa ; qui aime, comprend, protège et puni, seraient renvoyés au rang de parâtre ?
Un étranger qui vous « protège, et vous puni'. va-t-on finir par sous-traiter la police par une police étrangère ?
à pablico
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 22H05 | 30/12/2008 |
« Sous prétexte d'une recherche de la rentabilité à court terme, et pour que les gendarmes s'inscrivent mieux dans le modèle actuellement prôné de la police d'autorité –par opposition à une police de dialogue »
ça promet !
« va-t-on finir par sous-traiter la police par une police étrangère ? »
Non pablico, avec une police privée, c'est en tout cas ce que veut sarko. On n'a pas fini d'en baver ! !
à Les Chats
De mOsh
_ | 09H54 | 31/12/2008 |
« On n'a pas fini d'en baver ! ! »
Vous faites de votre cas une généralité ?
Vous avez quelque chose à vous reprocher ?
à mOsh
De pablico
12H21 | 31/12/2008 |
« Quand ils sont venus arrêter mon voisin communiste, je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus arrêter mon voisin tzigane, je n'ai rien dit, je n'étais pas tzigane.
Quand ils sont venus arrêter mon voisin juif, je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus m'arrêter, il n'y avait plus personne pour me défendre ».
à mOsh
De Lucius Sergius
28239
Citoyen | 12H50 | 31/12/2008 |
Faudrait peut-être faire une différence entre l'autorité publique et une milice privée…
En République l'une émane d'un idéal démocratique, l'autre d'un ordre féodal ou de la pratique de la bande.
Pour revenir à l'article :
« rebaptisée Gendarmerie nationale en 1791 ».
C'est sûr que pour certaines minorités influentes du parti au pouvoir, rien que la date est suspecte. Arriver à une restauration de ce qui se faisait bien avant, ça les gênerait sans doute bien peu. Si vous en doutez, fréquentez un peu certains de leurs « supporters » qui méprisent le « petit peuple », c'est parfois surprenant de vieilles aspirations qu'on croyait perdues. L'utilisation d'un parti « républicain » peut être éventuellement entendu chez certains comme un moyen de bloquer les évolutions sociales pour simplement préserver un hypothétique « rang »…
Honneur à nos gendarmes qui n'ont pas statutairement la liberté de s'exprimer, parfois raillés, parfois obligés d'obéir à des ordres sans broncher, mais généralement respectés, et ce n'est pas par hasard.
Delenda Carthago
De _Jane_
Etudiante | 19H58 | 30/12/2008 |
Et pourtant c'est une compétence régalienne de l'État. Donc encore un texte dans le flot de tous ceux avec lesquels on essaye de nous noyer.
Génial, moi il me semblait que l'État était là aussi pour préserver et permettre un meilleur accès, une meilleure fonctionnalité des services publics. Enfin, j'aimerai trouver juste un brin de logique ( je parle ici de logique qui ait un sens pour tous pas de logique politicienne ) dans la politique actuelle mais non décidément j'ai beau chercher je n'ai pas encore trouvé.
à _Jane_
De amipb
Chef de projet à Barcelone | 20H56 | 30/12/2008 |
Il n'y a pas (plus) de logique de l'état : seule la logique du rendement et de la rentabilité comptent. Les services publics sont soit démantelés, soit laissés à l'abandon faute de moyens, afin que l'argent dépensé devienne de l'argent gagné dans des institutions privées.
Lisez ou relisez Milton Friedman pour savoir vers quel type de monde nous nous dirigeons.
à amipb
De _Jane_
Etudiante | 11H58 | 31/12/2008 |
Merci pour le conseil de lecture =)
Moi ce monde ne me tente nullement, ça me fait penser à de biens tristes choses ( certains romans…).
à amipb
De Jean-Luc LUMEN
en invalidité | 19H28 | 31/12/2008 |
Pas besoin de relire Milton Friedman ou autre lettré, il suffit de relire mes messages sur RUE 89, Gendarmes &Citoyens, A2, ou tout simplement en mettant mon nom dans GOOGLE, malgrès ce qu'ils ont enlevé il en reste pas mal.
Je ne suis pas un surdoués sorti de l'ENA (école des ânes ? ? )
Je ne suis qu'un fis de résistant condamné à mort par les fascistes, sachant lire et comprendre un texte en Français qui n'est pourtant pas ma langue maternelle, qui n » était qu'autre…..la langue de Charlemagne, le Francique.
Jean-Luc LUMEN
Résistant fils de Résistant
De Un vieux
retraité | 19H30 | 30/12/2008 |
La fin de la gendarmerie, c'est l'apparition prochaine des milices de tous bords, à la solde des « seigneurs » du coin…
En arrière toutes, jusqu'à Vichy… ! ! !
à Un vieux
De pablico
19H34 | 30/12/2008 |
non c'est juste avant louis XIV et Colbert
à Un vieux
De LE_DENTISTE
le_dentiste | 13H41 | 31/12/2008 |
Tout a fait dans l'idée oui.
Moi ça me fait penser à un dictateur en devenir qui pour le moment place ses pions en enlevant les pions gênants pour mieux les remplacer. Coupe les liens existants entre la gendarmerie et les pouvoirs locaux (souvent la gauche) et de ce fait désarme toute opposition. Quand l'échiquier sera organisé comme « prévu » nous verrons alors le vrai visage des gens qui se disent « républicains ».
Tout comme quelqu'un le citait plus haut, personnellement j'ai une crainte, celle de la monarchie qui revient peu à peu.
Nous sommes entourés de monarchies en Europe, celles-ci ont par le biais des institutions européennes un certain contrôle sur les républiques comme la France. Je ne serais pas étonné de voir ses monarchies tenter de renverser les républiques.
De jyeden
khmer vert ( age des caverne, bougi... | 19H32 | 30/12/2008 |
apparement c'est tout l'aménagement du territoire qui est menacé. Le territoire, tout le territoire, ça ne compte pas pour l'ump
leur France se réduit au territoire qu'ils connaissent, c'est à dire peu de choses et à ce qu'ils sont capables d'apréhender, c'est à dire peu de choses également
sarko et l'ump sont incapable de « penser » toute la France
mais derrière cela il y a peut etre le fantome de M. Thiers qui (il l'avait deja conseillé à Louis Philippe en fevrier1848) plutot que de combattre l'emeute sur sont terrain, avait préféré laisser le terrain à l'émeute pour mieux la maitriser et résoudre le problème social par l'eradication des émeutiers ( je parle bien de 1871).
ainsi programment ils peut etre (ils= l'ump et sarko) l'extension des zones de non droits (le sort des populations rurales les touchant peu) et la future eradication des delinquants
à jyeden
De toots
void | 19H46 | 30/12/2008 |
Effectivement la comparaison avec Thiers pourrait avoir du sens.
Cependant, il ne risque pas d'y avoir d'invasion permettant aux Versaillais de laisser faire le travail à d'autres (et monter par là leur vrai visage), ni même de garde nationale…
Mais bon, l'Histoire s'inspire seulement du passé.. Reste à voir ce que cela donnera dans ce cas.. Après tout l'Internationale a été écrite pendant la Commune, peut-être quelque espoir finira aussi par germer à un moment..
à jyeden
De malpoli
18H08 | 31/12/2008 |
ainsi programment ils… et la future eradication des delinquants
Je pense surtout qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. La pensée Sarkozy est assez simpliste. Parmi ses quelques dogmes, il y a celui de la fusion censée générer systématiquement des économie de moyens (ce qui est déjà très discutable en soi). Donc ils fusionnent tout ce qui se ressemble dans la fonction publique sans évaluer les conséquences. Les réparer pourra toujours faire l'objet de la campagne 2012…
De emmanuel24
19H37 | 30/12/2008 |
peut-etre pas etrangère,mais privé,puisque c'est le voeux du président,bientot blackwater dans les banlieues ? et après le retour des grandes compagnies ?
De Contestatairieux
(un de ces fameux travailleurs pauv... | 19H40 | 30/12/2008 |
Ah, la Muette ne dit rien ? Fallait pas voter Sarko ! Dommage mais bien fait !
Sarko adore le Mécano, surtout quand il faut TOUT démonter….
De taraking
51 ans.mère de 4 enfants que j'aime... | 19H40 | 30/12/2008 |
gendarmes,solidarité,…méme pas le droit de manifester le 29 janvier ? le peuple français veut garder sa gendarmerie.toujours cette gestion ,ce vouloir faire des économies,qui coutent chéres au final……donc la protection ce sera pour les riches ? ? ? bravo,encore un détricotage de plus…..
De stangrof
19H42 | 30/12/2008 |
Quand vous allez commencer a tout perdre a travers l » hyperinflation, les taxes « vertes » et a crever de faim, vous allez tout casser, il faudra bien des forces de répressions cohérentes et CENTRALISEES pour vous calmer.
http://www.ipernity.com/home/stangrof
De Kereven
19H43 | 30/12/2008 |
On avait encore un bon point de vue sur les gendarmes, on aura le même rejet qu'avec les flics.
De skalpa
actif et militant ? | 19H46 | 30/12/2008 |
Mais la question essentielle reste pourtant :
« Est-ce que les gendarmes rient dans la gendarmerie ? »
Sinon ce seront des gens drames et ça les handicape…
http://kprodukt.blogspot.com
à skalpa
De jyeden
khmer vert ( age des caverne, bougi... | 20H16 | 30/12/2008 |
la question est evidement essentielles
si dans les gendarmes ne rient plus dans la gendarmerie, alors…..
bon, tout de meme un peu de serieux
on peut cracher sur l'ump et les decisions de sarko et de toute sa bande mais on ne va tout de meme pas pleurer sur le sort des guignols
a moins que disparus les guignols, surviennent pires ! !
à skalpa
De metallo
amiantable | 21H14 | 30/12/2008 |
Handicapés du bulbe ? !
à skalpa
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 21H59 | 30/12/2008 |
Skalpa le roi de l'image. Très drôle ; -))
à skalpa
De mOsh
_ | 09H56 | 31/12/2008 |
Vous êtes bon pour un atelier « slam » dans une MJC du 93 aux cotés de pépites. Cela risque de voler haut.
De Maujean Jacques
19H56 | 30/12/2008 |
Alors terminé ce calembour digne de l'esprit pandoresque :
Quand un gendarme rit, tous les gendarmes rient dans la gendarmerie.
De flixp
19H59 | 30/12/2008 |
Je vais sans doute être caricatural mais pour moi :
- Police nationale = Ministère de l'intérieur
- Gendarmerie = Armée
Je n'ai aucune confiance dans les ordres pouvant émaner du ministère de l'intérieur. L'armée (je suis pas fan hein faut pas exagérer) me semble être tout de même un des garants de ce qui fonde notre république.
Je me plante sans doute complètement et serai intéressé de lire vos avis.
à flixp
De Counch
Citoyen en résistance en Sarkozye !... | 20H10 | 30/12/2008 |
Assez d'accord avec vous. Apparement, ce truc est programmé depuis 2002, je n'en savais rien…
C'est une petite révolution quand même…
à flixp
De metallo
amiantable | 21H17 | 30/12/2008 |
Sachant que le chef des armées est….notre dictadent (merci cyp) sarkolas ! Maintenant tu sais.
à flixp
De flixp
01H54 | 31/12/2008 |
Je tenais surtout signaler que la raison de cette OPA sur la gendarmerie (ou l'inverse) est essentiellement budgétaire. Et de fait le débat qui s'en suit, tout comme l'article, ne relate qu'essentiellement de sa faisabilité et des conséquences territoriales : les gendarmes sont à la campagne ce que la police est à la ville
ou matériels : comment rapprocher deux corps aux traditions si distinctes ou quelle serav la couverture du territoire et la proximité.
Cela sans se poser la question de la dualité d'une représentation autoritaire du pouvoir. La gendarmerie, corps constitué au sein de l'armée, est un héritage de la révolution française censée être composée de citoyens à la tâche de police mais aussi de sauvegarde de la république. Elle n'est passé sous l'autorité directe du gouvernement qu'en 1940, hélas pour les missions qu'on ne relatera pas ici.
L'histoire de la police nationale est toute autre. La police est en tout premier fortement attachée à l'exécutif et a la mission première du maintien de l'ordre, dirigée par ceux qui décident. S'en suit une certaine déliquescence et division en polices municipales. Celles ci sont ensuite réorganisées dans les années 30 sous la sureté nationale qui est entièrement refondue sous Pétain pour devenir à la sortie de la guerre une police d'état.
Le résumé est un peu sommaire, mais il m'est essentiel de constater que les deux corps n'ont pas le même statut d'indépendance vis-à-vis de l'état et de son exécutif. Ce qui m'inquiète le plus n'est pas la politique de ressources humaines de ces corps, mais la constitution d'une force de police toujours au plus près du pouvoir et de moins en moins indépendante.
Croyez vous que notre police en devenir saura tourner les canons des carabines devant le peuple en souffrance ?