Decryptage

Israël-Hamas : un but de guerre peut en cacher un autre

Au-delà de l'arrêt des tirs de roquettes, Israël veut renverser le Hamas et surtout rétablir la peur de Tsahal dans la région…

Chars israéliens au nord de Gaza lundi (Baz Ratner/Reuters)

Au quatrième jour de ce qu'il faut désormais appeler la Guerre de Gaza, première du nom, l'objectif d'Israël reste ambigu. Et comme souvent au Proche-Orient, un but de guerre peut en cacher un autre.

Officiellement, il s'agissait initialement d'un objectif simple et clair : empêcher le Hamas, maître de la bande de Gaza, de lancer ses roquettes qui terrorisent les villes du sud d'Israël.

Puis, lundi, le vice-Premier ministre israélien, l'ancien syndicaliste rallié à Kadima, Haïm Ramon, a déclaré à la télévision que l'objectif de l'opération « Plomb durci » était de « faire tomber le régime du Hamas à Gaza », ce qui constitue une escalade sensible.

La crédibilité de la dissuasion israélienne

Et si le véritable but de guerre était en fait de redonner de la crédibilité à Tsahal, l'armée israélienne, dont le mythe d'invincibilité a pris un sacré coup lors de la guerre du Liban de 2006, face au Hezbollah.

C'est toute la doctrine de dissuasion de l'Etat hébreu qui s'en trouvait fragilisée, et que Gaza doit, aux yeux des dirigeants israéliens, permettre de restaurer à la face du monde. Du monde musulman en premier lieu, notamment l'Iran.

Mark Heller, un expert stratégique israélien réputé, cité lundi par Ethan Bronner dans l'International Herald Tribune, l'a explicité en termes particulièrement clairs :

« Il y avait depuis deux ans un sentiment récurrent d'incertitude sur le point de savoir si quiconque a encore peur d'Israël. Le concept est que par le passé -peut-être un passé mythifié-, on ne s'en prenait pas à Israël de peur des conséquences.

“Aujourd'hui, la région regorge de réthorique agressive qualifiant Israël de tigre de papier. Cette opération est une tentative de réétablir le sentiment selon lequel si vous menacez ou si vous attaquez Israël, vous en payerez un prix disproportionné”.

Ce triple objectif -arrêt des tirs de roquettes, renversement du Hamas, rétablir la peur de Tsahal…- met la barre très haut pour ce conflit, et signifie qu'il n'est pas prêt de s'arrêter.

Il explique que, comme au Liban en 2006, mais en ayant tiré les leçons de ses échecs, Israël ait choisi d'utiliser massivement son aviation, sans prendre de gants sur le nombre de victimes. L'objectif est de choquer, dans tous les sens du terme.

Dissuasion ciblée, ou massive ?

Il fut un temps où la dissuasion israélienne reposait sur des opérations ciblées : l'enlèvement du nazi Adolf Eichmann en Argentine en 1960, une opération de commando menée en 1973 au coeur de Beyrouth par un certain Ehud Barak, déguisé en femme, celui-là même qui dirige aujourd'hui cette guerre en tant que ministre de la Défense… Ou encore le bombardement audacieux du réacteur nucléaire (français) d'Osirak, en Irak, en 1981.

Le changement de la donne stratégique au Proche et Moyen Orient, l'émergence de forces comme le Hezbollah libanais ou le Hamas palestinien, ont fait monter les enchères. Et la guerre foirée de 2006 a montré que l'armée israélienne n'était pas prête.

Deux ans et une réorganisation complète plus tard, Tsahal repart en guerre, et n'a pas droit à l'échec. Car son revers au Liban avait donné des ailes -et des idées- au Hamas, et un échec cette fois à Gaza serait fatal à la dissuasion israélienne. C'est dire si l'enjeu est lourd.

C'est là que le but politique de la guerre reste flou. S'il s'agissait de pousser le Hamas à négocier ou à s'accommoder de l'existence d'Israël, il serait intelligible. Mais en voulant renverser un régime mis en place par une victoire électorale en janvier 2006, certes suivie d'un coup de force en juin 2007, Israël met la barre très haut.

D'autant que la chute du pouvoir islamiste à Gaza ne fera pas disparaître le Hamas du paysage politique palestinien, et risque au contraire de le rendre plus redoutable encore, replongé dans une clandestinité d'où l'avait partiellement sorti la nécessité de gérer le quotidien des Palestiniens.

Le Hamas, né de la première Intifada en 1987, sait se nourrir de la tragédie, des souffrances et du martyr, et c'est la pièce manquante essentielle de la stratégie israélienne qui le renforce en le combattant.

Le cynisme des dirigeants

Mais de ces considérations, les dirigeants de la coalition israélienne n'ont sans doute cure. Leur objectif est d'abord de restaurer le crédit d'une armée dévalorisée à la bourse de la dissuasion régionale, bien au-delà de l'enjeu limité de la bande de Gaza. Et de redorer leur blason personnel et politique avant les élections législatives anticipées de février. Cynique, mais cruellement réaliste.

De ce point de vue, le sentiment de succès que ressent l'opinion israélienne depuis quatre jours tranche singulièrement avec la révulsion que provoquent les images de Gaza dans une bonne partie des opinions mondiales. Israël est revenu à une doctrine primiitive qui veut inspirer la peur comme protection ultime. On est loin des discours lyriques des années 90 sur les valeurs de la paix d'un certain prix Nobel devenu président de l'Etat hébreu, Shimon Pérès.

Face à de tels buts de guerre, en semant ainsi les graines des haines et des vengeances de demain, Israël risque fort d'avoir commis à Gaza pire qu'un crime : une erreur.

Photo : chars israéliens au nord de Gaza lundi (Baz Ratner/Reuters).

11 commentaires sélectionnés

Portrait de Le Yéti

De Le Yéti

yetiblog.org | 11H04 | 30/12/2008 | Permalien

LE SYNDROME DU LEMMING

Dans les années 60, courait la légende du suicide des lemmings. Pris d'une incontrôlable pulsion de mort suicidaire, ces petits rongeurs de Norvège se précipitaient en masse, nous racontait-on, du haut des falaises qui dominaient les fjords. C'est un mythe que ce suicide collectif, démenti depuis par toutes les études scientifiques - les lemmings ne sont pas si fous ! Mais il éclaire sur l'esprit échauffé des humains qui l'ont propagé.

Et si Israël était devenu le propre artisan de sa future destruction, se ruant tête baissée, tels les lemmings de la légende, vers le néant, l'anéantissement ?

Saisi de la même fureur que celle prêtée aux minuscules campagnols nordiques, Israël vient de partir une nouvelle fois à l'assaut de l » « ennemi palestinien », pulvérisant, massacrant, mutilant, sous des prétextes sans commune mesure avec des actes aussi gravissimes. « C'est le Hamas ou nous ! » proclament-ils. Mais il y a une grande différence entre les gens du Hamas et Israël.

Israël est né de la volonté des nations victorieuses de la Seconde guerre mondiale. C'est un État artificiel résolument colonialiste, ne reposant sur aucune réalité historique, sinon celle d'une communauté religieuse. A-t-on jamais vu autre pays fondé sur une appartenance religieuse ? Israël est bâti sur du sable. Dès 1948, dans une lettre au New-York Times, des Juifs aussi peu suspects que Hannah Arendt et Albert Einstein s'inquiétaient déjà des dérives « fascistes » (je cite) qui accompagnaient la création de cet État, avec la complicité des États-Unis.

Le Hamas, comme le Hezbollah ou Al Quaïda et tous les extrémismes islamiques modernes, ne préexistaient pas à la création d'Israël. Ils sont nés sur les ruines laissées par ce nouvel État, n'existent que par ces décombres. Ce sont nos folies qui nous font engendrer nos propres démons, sécréter les venins qui nous tueront.

En multipliant les exactions meurtrières, en atomisant Gaza, Israël n'éradique pas le Hamas, il le renforce et le légitime comme résistant unique à sa démence. Car c'est bien de démence dont il s'agit. De celle qui conduit un forcené à massacrer tout ce qui l'entoure avant de disparaître à son tour. De cette rage meurtrière et froide qui s'empare des puissants quand ils se rendent compte que leur puissance a atteint ses limites. Tous ces morts civils, ces cadavres d'enfants pulvérisés, c'est autant de kamikazes en gestation pour les temps à venir.

Quelle différence entre un kamikaze islamique et Tsahal (nom de l'armée israélienne) ? La disproportion des moyens logistiques et c'est tout.

Cela en est fini de tout espoir de paix pour des générations dans cette région du monde. Envolée la perspective ne serait-ce que d'une simple coexistence de raison. Israël va jusqu'à décourager ceux qui, à défaut de le soutenir, admettait son existence comme un fait accompli incontournable de l'Histoire.

Alors quoi ? Que reste-t-il à Israël et à ses formidables moyens logistiques pour aboutir à ses fins, éradiquer ces « terroristes » toujours plus nombreux qui l'entourent et le menacent ? Quelle autre solution trouveront-ils, poussés au cul par le monstre états-unien, sinon la …

La solution finale ?

Combien doit être douloureux pour des Juifs d'entendre cette expression terrible ! Pourtant, elle court désormais dans tous les esprits. J'essaie d'imaginer les sentiments qu'aurait éprouvés aujourd'hui le vieil ami juif auquel je dois tant, lui qui passa son adolescence à Auschwitz et ses premières années d'adulte dans les prisons staliniennes. Sans doute, serait-il agité des mêmes émotions que celles qui bouleversent maintenant sa fille, la mère de mes enfants : un terrible sentiment de douleur, de colère et de honte devant cette barbarie prétendument « civilisée », ce gâchis humain irrémédiable, ce suicide collectif qui n'est plus un mythe.

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Note : une précédente version de ce commentaire a déjà été publié sur Rue 89 le 26/08/2008 ; devant la gravité des évènements actuels au Moyen-Orient, il m'a semblé nécessaire de le reproduire ici.

Portrait de Airinys

De Airinys

ailleurs | 11H29 | 30/12/2008 | Permalien

Ce nouveau conflit n'est pas une simple pacification de la bande de Gaza, il s'inscrit dans une préparation à une confrontation directe avec l'Iran. Malgré le blocus de Gaza, le Hamas continue à pouvoir s'approvisionner en armement dont l'origine ne fait aucun doute.

Ceci me fait d'ailleurs penser que dans la même logique, s'il s'agit pour Israël d'éliminer les menaces à ses frontières que représentent les alliés de l'Iran, une nouvelle confrontation est à venir avec le Hezbollah. Cela me semble inévitable.

Il ne fait aucun doute que Tsahal s'est longuement préparé à cette revanche sur l'humiliation de l'été 2006. Il est donc fort probable qu'à l'issue de ces 2 actes, à la fois la bande de Gaza et le Liban ne représenteront plus une menace directe pour Israël. La guerre au Liban à montré que même si les capacités militaires du Hezbollah sont limitées, sa capacité à embraser à la région est inversement proportionnelle.

Une fois ces 2 menaces éliminées, la Syrie semblant être décidée à normaliser ses relations avec Israël, la seule menace restante sera l'Iran et son programme nucléaire militaire en devenir. Courant 2009, il n'est pas à exclure que la décision de frapper les installations nucléaires iraniennes soit prise unilatéralement. Il est peu probable que Obama soutienne des frappes préventives israéliennes, en prônant le dialogue, il semble privilégié le scénario d'un équilibre de la terreur entre 2 puissances nucléaires régionales. Israël n'acceptera jamais ce scénario sans rien essayer pour l'empêcher.

C'est donc une confrontation en 3 actes qui se dessine : Hamas, Hezbollah, puis Iran. Il n'est pas sûr qu'il se déroule comme prévu, une nouvelle acteur militaire global s'est réveillé cet été, il s'agit de la Russie, et elle est de longue date très proche de l'Iran quelque soit le régime. D'une manière ou d'une autre elle interviendra dans le conflit, d'autant plus fortement que Obama aura déserté le terrain, ce qui pourrait tout à fait inverser les rapports de force en présence.

C'est une année 2009 très périlleuse que l'on nous prépare, car les conséquences d'un conflit régional majeur au Moyen Orient toucheront l'ensemble du globe.

Portrait de adaunis

De adaunis

Nul part....si adelyne me plaque...... | 13H11 | 30/12/2008 | Permalien

J'ai lu la remarquable analyse de « le Yéty », mais je pensais aussi à un autre aspect que peut engranger la lecture et l'écoute des évènements qui liquéfient actuellement la Paix au Proche Orient.
Quitte à s'habituer au « tragique », l'opération « plomb durci » est si on ose (et j'ose), le remède choisi, et la tragie-comédie est certes tout sauf molle.
Quoique, en y réfléchissant bien, le plomb liquide, est tout autant douloureux et peut être mortel.
J'ai des souvenirs de petit chimiste amateur lycéen !

A part ce préambule je m'extasie de lire dans la presse et sur les sites, à écouter sur les ondes, et à voir sur les télévisions, cette profusion de bon sentiments, et de propos qui exaltent la paix, les notions de partage et de fraternité, les uns envers les autres !
Assaillis par pléthores de bons sentiments, on se sent ragaillardi par ces signes de bonne volonté universelle.
Et je me faisais cette réflexion, que j'ai du apprendre d'un philosophe !
« Si vis pacem, para bellum », autrement dit ; « si tu veux la paix, prépare la guerre ».

C'est qui qu'a commencé le premier !

Comme dans une cour d'école, si le tragique ne l'emportait pas sur le pitoyable, cette « boucherie » aura au moins la vertu de faire sortir du bois, pour ne pas dire de la basse cour, tous les « exégètes » de la solution finale, ceux du front de refus à toute entreprise expansionniste, et aux tenants du partage territorial.
Soit ! Quand tout le monde aura astiqué son argumentation, et son plaidoyer, mis en marge l'accumulation de ressources guerrières et de biens « glanés » par ci par là, il sera temps probablement de poser les armes !
Mais bien sûr, mis à part, la trace que l'on va laisser en nos mémoires quelque temps, toutes les belles paroles etc…, tout va s'évaporer et se diluer dans l'espace temps comme la « roupie de Sansonnet » !

Il n'en restera comme l'explique P. Haski, que des larmes et du sang, et probablement somme le dit Le Yéty, un risque de « chute », du moins d'une image durablement troublée de cet État dans cette surenchère de feu et d'acier !
Je ne sais quel sera l'argument inverse et quelles actions vont contrarier la course de celui ci vers un sommet ou une chute fatale, qui ne sera dans le meilleur des cas, que l'expression de la vanité qui occupe ses exécuteurs et l'entregent éventuel qu'ils possèdent, ou se sont créé dans le monde occidental.

http://www.bible-service.net/site/322.html
Vanité des vanités tout est vanité : paroles de L'Ecclésiaste (traduction grecque de l'hébreu ? ? ? ? Qohelet, « celui qui s'adresse à la foule »).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Eccl%C3%A9siaste

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 12H50 | 30/12/2008 | Permalien

Que le Hamas figure sur la liste des organisations terroristes, soit : mais cette liste ne définit pas en quoi le Hamas est terroriste, d'où l'intérêt (me semble-t-il) de savoir ce que terrorisme signifie, particulièrement pour les Occidentaux. Or je trouve que les deux critères de l'OCDE sont pleins d'enseignements. Parce qu'à s'en tenir à ces critères, le Hamas est sans doute une organisation terroriste, mais ce sont des amateurs comparés à ce que peuvent faire d'autres bien mieux outillés. D'après vous, peut-on parler de « double standard » ou de « deux poids, deux mesures » ? Ou faut-il croire que, selon vous, le terrorisme est légitime venant des Etats ?

D'autre part, on peut aussi discuter la nature de cette liste des organisations terroristes : elle n'est rien d'autre que le reflet des intérêts étasuniens (ou de leurs vassaux). Des organisations y entrent, d'autres en sortent, certaines font des va-et-vient : cette liste n'a aucune espèce d'intérêt sinon de définir ceux que le « monde libre » tient pour des ennemis à un moment donné. Elle est un ramassis de jugements de valeurs extrêmement contingents.

Portrait de Nadia S.

De Nadia S.

Journaliste | 15H05 | 30/12/2008 | Permalien

Je partage tout à fait le point de vue M. Haski. Mais il ne faut pas oublier d'autres éléments clés. Israël n'aurait pas pu faire une telle intervention militaire sans l'accord de pays occidentaux certes, mais arabes surtout. Et ce qui pousse ces pays arabes a envisager le pire se sont, d'une part, la relation Hamas-Iran qui fait qu'une bonne partie des pays arabes espèrent la disparition du mouvement, ou du moins sa mise en silence. Je pense notamment à l'Egypte, dont le gouvernement a été mis à mal par une envolée de la côté des Frères Musulmans aux dernières élections locales, ce même gouvernement qui a franchement regretté la « fissure » de Rafah qui a permis au Hamas de se ravitailler en armes et en liquidités. En Egypte, un édito est paru dans le journal Al-Ahram fustigeant le Hamas pour la situation de gaza, disant texto : « si vous ne pouvez pas tué le loup (Israël), ne lui tirez pas la queue » ! ! ! !
L'Arabie Saoudite qui n'apprécie pas non plus la relation Hamas-Iran et qui n'a pas vue d'un bon oeuil la rupture des accords de La Mecque, qu'elle attribu au Hamas directement et à l'Iran indirectement. La Jordanie aussi qui se trouve être au milieux de cette poudrière, frontière commune avec la Syrie, l'Irak, la Cisjordanie… et qui prie chaque jour pour pas que ça pète : on n'a pas entendu le roi s'exprimer sur la situation ! pourtant il faut savoir que 70% de sa population est palestinienne… la femme du roi aussi !
Enfin, et je ne pouvais pas l'oublier : le gouvernement de Mahmoud Abbas. A-t-il donné un accord tacite à Israël pour cette intervention ?
Je suis assez interrogative car certes, il y gagne le fait que le Hamas perds chaque jours un peu plus ses moyens militaires et organisationnels, plus le moral des troupes. Quelle est la seule manière pour Abbas de récupérer le pouvoir sur la bande de Gaza ? une intervention israélienne…
D'un autre côté, l'image du Hamas est chaque jour réhaussée au sein de l'opinion publique palestinienne. Car chaque fois qu'une bombe israélienne tombe, le Hamas est vue comme un resistant à l'occupation et un martyr. Cette image est inviolable chez les palestiniens. Ne l'oublions pas. La question est de savoir : Abbas y perd-il plus qu'il n'y gagne, dans le cadre d'élections présidentielles et législatives anticipées qu'il appel de ses voeux depuis plusieurs mois ? Car si le Hamas perds de sa capacité militaire et organisationnel à Gaza, n'y gagne-t-il pas en Cisjordanie auprès de l'opinion publique ? N'est ce pas aussi le but d'Israël ? ! Si le Hamas prend le pouvoir partout en Palestine (Gaza plus Cisjordanie) : en voilà une bonne raison toute trouvée pour raser le pays et continuer d'y installer ses colonies sous couvert de « sécurité ».
Autant de questions qui trouveront certainement leurs réponses dans les mois à venir… quoi qu'il en soit des jeux politiques régionaux et internationaux (n'oublions pas la prise du pouvoir d'Obama dans quelques jours), se sont toujours les mêmes qui payent le prix fort : les civils ! ! !

Portrait de henryb2009

De henryb2009

Père d'un enfant | 13H14 | 30/12/2008 | Permalien

SERIEZ-VOUS FRANCAIS ?

Nul doute, nous sommes bien en France, le pays des donneurs de leçons et des commentateurs d'après match !

On est toujours les meilleurs :

- On est des politiciens meilleurs que ceux qui sont au pouvoir, mais seulement quand on y est pas ! (voir 25 d'alternance droite/gauche et de cohabitations à répétions)
- on est les meilleurs entraîneurs, en tous cas meilleur que l'officiel. D'ailleurs quand on perd, on vous l'avait dit, et quand on gangne, on le savait (parce qu'on est les meilleurs au foot bien-sûr ! )
- on est les meilleurs stratèges de guerre quand … c'est celle des autres (voir Rwanda, Côte d'Ivoire …)
- on peut donner des leçons au forces de sécurités Israëliennes pour le maintient efficace de l'ordre, avec tact et retenue ( voir les banlieues en nov2005)
- on se moque des américains n'arrivent pas à localiser Ben Laden alors que nous Colonna on a mis moins de 3 ans pour le trouver …en France !
- on explique à toute la planète, l'art de tenir compte des différences culturelles, du respect pour la bonne intégration (voir Corse, Bretagne, Nouvelle Calédonie, et ressortissants des anciennes colonies)

ON VOUS L'AVAIT DIT !

Alors c'est ça la France, on aura toujours des émissions où « on refait le match » pour expliquer le résultat.
On aura toujours des soirées après les élections où tout le monde expliquera pourquoi le résultat « il s'en doutait »
Les analystes financiers ont tous prévu la crise, mais tout le monde a quand même perdu ?

QUI C'EST LES MEILLEURS EVIDEMMENT …

Alors c'est sûr la France, c'est LE pays des penseurs, des intellectuels, de la culture avec un grand « C ».
Mais pourquoi cela n'a pas empêché la Colonisation, l'affaire Dreyfus, Vichy et ses collabos, la guerre d'Algérie ?

Peut-être qu'un peu d'humilité, qu'un peu moins d'ethnocentrisme, qu'un meilleur pragmatisme, que moins de démagogie et surtout un peu plus d'objectivité, c'est à dire de réflexion sans calcul amèneraient à faire de notre supériorité intellectuelle quelque chose d'utile pour les autres.

L'ART D'AVOIR TOUJOURS TORT

Pour en revenir au sujet de l'article, on peut reprocher au juifs de s'être « laissé faire » pendant la Shoa et reprocher à Israël de se défendre. On peut accuser Israël d'avoir laisser le Hamas se développer et lui reprocher aujourd'hui de le combattre.
On peut aussi expliquer que c'est Isräel qui génère le terrorisme en ne laissant pas le Hamas et le Hezbollah avancer tranquillement dans leur projet.
Mais quand on a été des Palestiniens pendant 2000 ans, quand on a connu à chaque époque de l'histoire quelqu'un qui cherchait à vous détruire, on peut se permettre de commettre des « erreurs » et d'avoir tort.
Si l'on en croit l'Histoire, ceux qui on tort n'ont pas toujours perdu et quelques peuples ne sont maleureusement plus là pour en témoigner.
Mais ça, je peux l'expliquer pas vous ?

Portrait de Frédéric Chevalier

De Frédéric Chevalier

Conseiller municipal de Puteaux | 12H43 | 30/12/2008 | Permalien

Bravo pour cet article qui resitue bien les enjeux.

Le point le plus inquiétant, c'est que si vous avez raison, il n'y a pas de solution. Même défait, le Hamas en sortira renforcé.
De plus, une victoire d'Israël, si elle renforce son potentiel de dissuasion vis-à-vis des Etats arabes, alimentera, à l'inverse, la haine des groupuscules islamistes radicaux et le terrorisme. Une forme de guerre contre laquelle une armée conventionnelle ne peut pas grand chose. Les fondamentalistes religieux se moquent du « prix exorbitant » à payer en réponse à leurs attaques : ils mènent une « guerre sainte » et les victimes de leur côté sont des martyrs.

A terme cela conduira à un sentiment d'émotion dans les pays arabes, mêmes les plus modérés et à une poussée des islamistes qui pourrait bien déstabiliser certains régimes. De mêmes, les mouvements radicaux seront tentés d'exporter davantage le conflit au-delà du théâtre moyen oriental pour faire pression sur les Etats et l'opinion publique internationale.

Un conflit sans fin.

Portrait de Pierre Haski

De Pierre Haski (auteur)

Rue89 | 13H39 | 30/12/2008 | Permalien

Je ne cherche pas à donner de leçons, mais j'ai quand même le droit de chercher à analyser la situation et de donner mon avis.

Concernant votre conclusion, ça me rappelle un dîner que j'avais organisé chez moi, à Jérusalem, alors que j'étais le correspondant de Libération, pendant les quelques mois de détente qui ont suivi la signature des accords d'Oslo, en 93. J'avais à ma table deux intellectuels libéraux (au sens politique du terme), l'un palestinien, l'autre israélien. Le Palestinien, pensant faire un geste en direction de l'Israélien, dit à l'Israélien :

- nous ne parviendrons à la paix que lorsque nous aurons compris l'importance de la Shoah dans l'inconscient collectif israélien, et lorsque vous aurez compris l'importance de la Nakba (l'expulsion des Palestiniens en 1948, ndlr) dans celui des Palestiniens.

L'Israélien a refusé d'entendre ce discours qui mettait sur le même plan les deux traumatismes des deux peuples, et le dîner a dégénéré en enguelade habituelle.

Je vous laisse tirer la morale de cette histoire.

Portrait de luc rosenzweig

De luc rosenzweig

14H56 | 30/12/2008 | Permalien

mon cher Pierre,
Quoi qu'il fasse, de ton point de vue Israël a toujours tort. Barak, en 2000 évacue le Sud-liban. Le hezbollah crie victoire et donne des idées à Arafat : et si on pourrissait suffisamment la vie aux Israéliens pour qu'ils jettent l'éponge ? Une « Intifada Al Aqsa » et quelques milliers de morts plus tard, deux lignes se dégagent chez les Palestiniens : celle de Mahmoud Abbas, qui a compris que les Israéliens ne se laisseront pas démoraliser, et les fous de Dieu qui fanatisent une population complètement sous perfusion onusienne et ONGienne depuis des lustres. Les balivernes d'un Aubin de la Messuzière, figure emblématique de la « rue arabe » du Quai d'Orsay ( celle des Mérimée et Boidevaix) ne témoignent que de la persistance d'un antisionisme diplomatique viscéral de cette frange de nos excellences. Pour le reste la fable d'une tendance pragmatique du Hamas opposée à une tendance militariste dure est une ne convainc que ceux qui veulent, comme toi, à tout prix voir dans cette section des frères musulmans un acteur rationel de l'Histoire. Au chapitre des graines de haine semée dans la Terre Sainte, je te renvoies à la lecture de la charte du Hamas, c'est pas mal. Je te renvoie également à la phrase de Golda Meir : « Des Européens, je préfère entendre des critiques que des condoléances ».

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 15H14 | 30/12/2008 | Permalien

On peut effectivement se poser la question de la stratégie poursuivie par Israël à Gaza. Une chose est claire, cependant : la paix avec les Palestiniens n'est plus son objectif principal. Le flou dénoncé dans l'article de Pierre n'existe que parce qu'Olmert n'a pas de stratégie. D'une part, il a prétendu poursuivre les négociations avec l'Autorité palestinienne en Cisjordanie, ce qui aurait dû déboucher sur un accord crédibilisant celle-ci aux dépens du Hamas à Gaza, mais, dans le même temps, il a autorisé de nouveaux empiètements de colons dans les territoires occupés, prolongeant ainsi les négociations afin de mieux les vider de leur substance. Personne n'est trompé par cette duplicité.

Suite à la déconvenue d'Israël au Sud Liban en 2006, le vide politique engendré par l'incapable Olmert a permis à l'armée de renforcer son emprise sur le pouvoir politique, d'étoffer ses moyens militaires et de croire de nouveau à son invincibilité. Quand un gouvernement n'a aucune solution au conflit de base à proposer, la tentation est grande de laisser libre cours à l'exercice de la force extrême. Dans quel but ? Sans doute de susciter de nouveau la peur parmi les autres ennemis d'Israël, lesquels se résument aujourd'hui à l'Iran (en tout cas Ahmadinejad) et au Hezbollah, les pays arabes ayant proposé par l'initiative dite des 24 de reconnaître définitivement la légalité de l'état d'Israël. Dans ce contexte, le Hamas est la SEULE force arabe encore encline à s'opposer à Jérusalem.

[On notera à ce sujet l'absence de réactions violentes de la part des gouvernements et même des populations arabes. Les manifestations de rue en Egypte et Arabie Saoudite ont été de faible ampleur et strictement contrôlées. La Syrie est quasi silencieuse et la Jordanie se lave les mains du sort des Palestiniens. L'Irak a d'autres chats à fouetter. Même le discours enflammé prononcé par Nazrallah, chef du Hezbollah libanais, s'est inscrit dans une perspective très précise : celle du retour des Palestiniens exilés au Liban dans leur terre natale ! Cette préoccupation nationaliste dénote que le Hezbollah ne fait plus une priorité de la lutte contre Israël, tant il est attaché à consolider son intégration politique au sein de l'état libanais afin de mieux le ronger de l'intérieur. Il n'y a guère qu'au Yémen qu'on a pu noter une forte vague de protestations contre la guerre, mais cette vigueur est inversement proportionnelle à la distance qui sépare le Yémen de Gaza.]

Le Hamas étant lâché par les gouvernements arabes, il a adopté la politique du pire. Car il ne faut pas se leurrer : lui non plus n'a pas de stratégie, excepté celle du martyre, espérant sans doute à court terme que la rue arabe dans les pays limitrophes se lèvera comme un seul homme. Ceci est parfaitement cohérent avec la recrudescence de ses tirs de roquettes ainsi qu'avec son appel désespéré à une nouvelle intifada en Cisjordanie et aux attentats suicides sur le territoire israélien. Cet espoir est totalement irréaliste.

Où tout cela nous mène-t-il ? Il semble bien qu'il y ait convergence mortifère entre la volonté violemment répressive d'Israël et les espoirs de résistance ultime du Hamas. Cette convergence objective débouche sur un anéantissement de fait de Gaza en tant que territoire de survie (aussi précaire soit-elle) d'1,6 million de Palestiniens. Cette « solution », Israël hésite à la mettre en œuvre par souci de ne pas se déconsidérer aux yeux mêmes de ses propres alliés, mais elle est dans la logique de son action militaire, les militants du Hamas intimement mêlés à la population civile de Gaza étant apparemment prêts à mourir jusqu'au dernier.

C'est bien pour cela qu'il faut faire feu de tout bois pour mettre un terme à l'affrontement dès que possible.

Portrait de piecam

De piecam

trav_ind | 17H37 | 30/12/2008 | Permalien

Désolé pour la longueur et le copié/collé.
C'est juste pour prouver à ceux qui pensent qu'Israel est un état « fasciste » que des voix opposées à la guerre peuvent s'y élever.

« Samedi 27 décembre, la première chaîne de télévision israélienne nous a proposé un aperçu intéressant : ses correspondants faisaient leur commentaire depuis les villes israéliennes de Sderot et d'Ashkelon, mais les images qui s'affichaient à l'écran provenaient de la bande de Gaza. Ce faisant, le message formulé – sans doute bien involontairement – était on ne peut plus fidèle à la réalité : un enfant de Sderot vaut un enfant de Gaza et quiconque s'en prend à eux est méprisable. L'offensive sur Gaza ne mérite pas seulement une condamnation morale mais aussi quelques menus rappels historiques. Tant la justification donnée à cette offensive que le choix des cibles sonnent comme une répétition des mêmes considérations de base qui se sont toujours révélées erronées, guerre après guerre. Mais Israël s'y accroche envers et contre tout.

Ainsi, Israël aurait décidé de frapper les Palestiniens dans le but de “leur donner une leçon”. C'est là une considération qui accompagne l'œuvre sioniste depuis sa genèse : nous sommes les représentants du Progrès et des Lumières, de la raison complexe et de la moralité, tandis que les Arabes sont une racaille primitive et violente, des gamins qui doivent être éduqués et remis dans le droit chemin en utilisant – bien entendu – la méthode de la carotte et du bâton, comme le fait le charretier avec son âne.

Le bombardement de Gaza est aussi censé “liquider le régime du Hamas”, le tout enchaîné avec une de ces autres considérations qui font le sel du mouvement sioniste depuis sa fondation : il est possible d'imposer aux Palestiniens l'émergence d'une direction “modérée”, c'est-à-dire une équipe qui renoncera à leurs aspirations nationales. Toujours dans cet ordre d'idées, Israël croit encore et toujours qu'en infligeant souffrance et désolation aux civils palestiniens, on les poussera à se révolter contre leurs dirigeants nationaux. L'histoire devrait pourtant nous démontrer que rien n'est plus faux.

Toutes les guerres d'Israël se sont chacune fondées sur l'une ou l'autre de ces considérations qui nous accompagnent depuis la naissance et qui peuvent se résumer par “nous ne faisons que nous défendre”. “Un demi-million d'Israéliens sous le feu” était le titre qui barrait la une du Yediot Aharonot, ce dimanche 28 décembre. Comme si ce n'était pas toute la bande de Gaza qui subissait un siège interminable imposé par Israël et qui y a détruit toute perspective de vivre dans la dignité pour au moins une génération.

Il est évidemment impossible pour quiconque de vivre sous les tirs quotidiens de missiles, mais aucun lieu sur terre ne peut aujourd'hui prétendre vivre dans une situation de “terrorisme zéro”. Il n'en reste pas moins que le Hamas n'est pas une quelconque organisation terroriste qui tiendrait en otages tous les habitants de Gaza. C'est au contraire un mouvement nationaliste et religieux qui jouit de l'assentiment d'une majorité de Gazaouis. On peut évidemment déclencher une attaque contre lui, et, vu la perspective proche des élections législatives israéliennes du 10 février 2009, cette attaque débouchera sans doute rapidement sur une sorte de cessez-le-feu. Mais il est une autre vérité historique qu'il est peut-être bon de rappeler dans ces colonnes : depuis l'aube de la présence sioniste en terre d'Israël [la Palestine entre la Méditerranée et le Jourdain], aucune opération militaire n'est jamais parvenue à faire progresser un quelconque dialogue avec les Palestiniens.

Le plus dangereux de tous nos clichés est sans doute celui selon lequel il n'y a personne à qui parler. Il y a toujours moyen de parler, y compris avec le Hamas, étant donné qu'Israël a des choses à proposer à cette organisation politique : la levée du siège de Gaza et la restauration de la liberté de circulation entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, dans le but d'améliorer les conditions de vie. Dans le même ordre d'idées, il serait peut-être bon que nous dépoussiérions les vieux projets jadis élaborés après la guerre des Six-Jours [en juin 1967] et selon lesquels il fallait permettre à des milliers de familles [palestiniennes] de Gaza de se réimplanter en Cisjordanie. Si ces projets n'ont finalement jamais vu le jour, c'est tout simplement parce que la Cisjordanie était destinée à la colonisation juive de peuplement. Cette dernière fausse considération a causé beaucoup de dégâts, et nous n'avons pas fini d'en payer le prix. »

Tom Segev
Ha'Aretz

Cet article est repris dans Le Courrier International.

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