Après le décès d'un patient faute de place en réanimation, le Dr Pelloux affirme que « la sécurité n'est plus assurée ». Rue89 fait le point.

Les urgences saturées, c'est une vieille rengaine. Mais de temps en temps, un accident vient rappeler la consistance de ce refrain. Samedi soir, un homme de 57 ans fait un malaise cardiaque à Massy (Essonne). L'équipe du Samu qui a pris en charge ce patient vers minuit aurait cherché en vain pour lui auprès de 27 hôpitaux d'Ile-de-France une place dans un service de réanimation.
Une place ne se serait libérée que vers 6 heures, dimanche, à l'hôpital Lariboisière, à Paris, mais le patient est décédé au moment où il arrivait dans cet établissement, en provenance des urgences de l'hôpital de Longjumeau.
Branle-bas de combat. Hier, l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), présidée par Patrick Pelloux, estime dans un communiqué que la « sécurité des patients n'est plus assurée dans les hôpitaux en Ile-de-France pendant cette période de fêtes ».
La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a demandé aujourd'hui une enquête pour retracer avec précision le parcours du patient depuis sa prise en charge par le Samu. La veuve du patient a porté plainte contre X pour « non assistance à personne en danger ».
Sortir les patients des urgences
Pour le professeur Frédéric Adnet, chef du service des urgences à l'hôpital Avicenne de Bobigny :
« Ma plus grande crainte est que ce type d'accident arrive dans mes urgences. Bien sûr on fait tout pour l'éviter mais la probabilité n'est pas nulle. »
Le problème : sortir les patients des urgences, où ils reçoivent les premiers soins. Une fois stabilisés, ils doivent être orientés vers les services spécialisés des hôpitaux : réanimation, cardiologie, etc.
Les médecins urgentistes font eux mêmes la démarche de téléphoner pour trouver un lit à leur patient. Romain Dufau, médecin-urgentiste à l'Hôtel Dieu, à Paris, raconte :
« C'est très chronophage de trouver des lits. Les médecins, dans les services, veulent parler à des médecins, discuter de la gravité des cas. Parfois il faut une demi-heure ou une heure pour trouver une place à quelqu'un. Soit mon interlocuteur me dit : “Je n'ai pas la place”, soit : “Raconte moi ton histoire'. On essaie d'abord dans notre hôpital, puis en priorité dans les services de l'Assistance publique – Hôpitaux de Paris et enfin dans les hôpitaux périphériques.”
Pour des raisons de sécurité, chaque infirmière dans un hôpital est en charge d'un nombre fixe de lits. Une pour deux lits en réanimation, une pour trois ou quatre lits dans d'autres services. En période de congés, la seule solution est de fermer des lits pour ne pas manquer de personnel et respecter ce ratio. A l'hôpital Avicenne en ce moment, 99 lits sur 400 sont fermés.
“Rouvir des lits grâce à des intérimaires”
C'est là que le phénomène d'engorgement prend vraiment corps. La période de Noël est une époque d'intense activité aux urgences (vague de froid, abus des fêtes, gastro-entérite), avec moins de possibilités de trouver des “lits d'aval” aux patients. Frédéric Adnet décrit les conséquences de cette pénurie :
“Pour l'équipe soignante, c'est du stress supplémentaire, pour le patient un manque de confort et un défaut de surveillance. C'est gravissime. Il faudrait rouvrir des lits grâce à des intérimaires. Mais avec les restrictions budgétaires, on ne peut plus prendre d'intérimaires. On est à la limite de l'implosion. Dès lors que le patient n'a pas le niveau de soins que requiert sa pathologie, il y a une probabilité non nulle qu'il arrive un accident grave.”
L'Amuf demande le déclenchement des plans blancs, qui permettent de faire face à une situation critique de régulation des urgences hospitalières, en Ile-de-France. Déclenché normalement en cas “d'afflux massif de blessés dans les hôpitaux”, un Plan blanc permet la réquisition de médecins, des personnels soignants et l'ouverture de lits supplémentaires.
De son côté, le Pr Philippe Juvin, secrétaire national de l'UMP et chef du service des urgences de l'hôpital Beaujon, à Paris, a mis en garde “contre la récupération politicienne” autour de cette affaire. Dans un communiqué, il affirme :
“La vérité est que l'hôpital manque cruellement de pilote. Par exemple, aussi incroyable que cela puisse paraître, personne ne centralise aujourd'hui les fermetures de lits pendant les vacances. Chaque hôpital décide dans son coin. Sans se préoccuper des besoins de la population et de ce que fait l'hôpital voisin.”
La semaine dernière, la mort du petit Ilyès, due à une surdose de chlorure de magnésium injectée par erreur par une infirmière, avait déjà mis en lumière les difficultés du secteur hospitalier. Depuis début décembre, plusieurs syndicats de médecins urgentistes sont en grève, dénonçant l'insuffisance de moyens.
Une infirmière, qui souhaite garder l'anonymat, nous raconte son quotidien aux urgences d'un hôpital de province :
“Nous avons environ 170 entrées par jour, pour un effectif de six infirmières par tour de garde. Dans ces conditions, nous ne pouvons assurer aucun suivi des patients. On travaille sans filet, en voyant un patient toutes les dix minutes. Se tromper de médicaments, comme cette infirmière à Saint-Vincent-de-Paul, oui, on a toutes peur que ça nous arrive. Ça pousse à vérifier doublement ce qu'on fait.”
► Actualisé le 29/12/2008 à 17h24, l'épouse de l'homme décédé faute de soins ayant déposé une plainte contre X pour “non assistance à personne en danger”.




















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De flixp
17H28 | 29/12/2008 |
Ce qui et ahurissant est que la période de Noël est une période pourtant « riche » en accidents comme le sont les week-ends. Visiblement le système est pourri jusqu'à la moelle.
A l'époque de la canicule, ce type de dysfonctionnements avaient déjà été constatés et on constate aujourd'hui que rien n'a changé. Et cela semble encore pire encore. Les chiffres annoncés dans l'article sont plus que flippants.
Ensuite ce type d'événements fait aussi dans un sens du bien à la politique gouvernementale. Après avoir massacré les services publics on montre à quel point ils ne fonctionnent pas et qu'il serait bon de réorganiser tout cela.
De funambule19
défenseur du service public | 17H23 | 29/12/2008 |
Nous assistons aujourd'hui à la destruction programmée de nos hôpitaux publics. La logique économique est maintenant le seul concept qui soit valide.
Nous sommes soumis à la T2A (tarification à l'activité). L'hôpital public se transforme en entreprise. Chaque année, les tarifs de la T2A baissent. Ceci entrainant une course aux économies.
La presque totalité des hôpitaux est en déficit. Ce ne sont pas les hôpitaux qui « jettent » l'argent par la fenêtre. L'état devient le fossoyeur d'un hôpital au service de tous les citoyens.
La seule ressource d'économie est la baisse de la masse salariale. Il nous faut signer des contrats de retour à l'équilibre (CRE). ainsi la destruction programmée de l'hôpital commence.
On supprime des postes de soignants et la qualité de prise en charge des patients s'altère.
Que font les syndicats ! ! ! !
Au lieu de défendre des petits enjeux locaux (vous savez que les présidents de CA sont les maires des communes en général), ces syndicats feraient mieux d'alerter la population générale des graves dangers qui vont détruire nos hôpitaux.
En janvier 2009 il devrait y avoir normalement la création des ARS (agence régionale de santé) qui vont avoir encore un pouvoir plus important.
Il serait temps que tous les citoyens prennent en mains le devenir de leurs écoles, de leurs hôpitaux et de leurs services publics en général.
De Cinsault
Graine de rosé | 17H37 | 29/12/2008 |
Pourtant le ministère avait tout bien organisé dans sa circulaire interministérielle N° DSC/DGS/DUS/DGAS/DHOS/2008/320 du 23 octobre 2008, page 8
« Suivi de l'activité de soins :
Les ARH disposent de serveurs régionaux de veille et d'alerte (SRVA) permettant d'assurer un suivi quotidien notamment de l'activité des structures d'urgence, des disponibilités en lits hospitaliers d'aval (par discipline) et des décès survenus dans les établissements.
Afin d'anticiper les situations de tension et d'adapter l'offre de soins au sein du territoire de santé, une veille quotidienne est exercée par l'ARH pour ce qui est de l'activité dans les établissements de santé, auprès d'établissements sentinelles, ainsi que via les données adressées aux SRVA.
Les différentes structures des échelons régionaux et départementaux (ARH, DRASS, CIRE ,DDASS) se coordonnent afin d'assurer le suivi quotidien et la qualité des données des serveurs régionaux de veille et d'alerte dans le but d'identifier les situations de tension.
Si la demande de soins dans les établissements de santé dépasse la capacité d'adaptation territoriale, malgré le déclenchement gradué de mesures conjuguées citées au §2.4, l'ARH informe le CORRUSS de la situation et des mesures prises à l'adresse alerte@sante.gouv.fr. »
On se demande bien où ça a pu merder !
De tox
www.dessins-tox.com | 17H41 | 29/12/2008 |
« Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. »
Montesquieu
De Julien_du_66
Citoyen, moi pas grand chose | 17H46 | 29/12/2008 |
Bonjour,
Pour l'anecdote, bienvenue en Sarkozie :
Philippe Juvin, que vous citez à la fin de votre article, était présent au JT de France 2 ce midi. Il s'est plu à nier les affirmations de M. Pelloux en répétant en substance le même argumentaire sur l'absence de pilotage (même au sein de son propre hôpital, ce que ses collègues et supérieurs apprécieront) et il a présenté les bienfaits du projet Bachelot.
Il a été présenté comme Chef du Service des Urgences à l'Hôpital Beaujon, mais surtout pas comme secrétaire national de l'UMP !
À quand l'admirable Frédéric Lefebvre comme quidam dans un micro trottoir ?
Bientôt il faudra le trombinoscope des secrétaires nationaux des partis politiques pour savoir à qui on a affaire comme « expert ».
Merci Rue89 de votre précision.
De arg
17H50 | 29/12/2008 |
dire , comme je viens de l'entendre , de la part du cabinet de Mme bachelot qu'il y avait des places de réanimation libre est mensonger : en effet , il y a beaucoup de réanimations spécialisées , on n'accueille pas dans une réanimation de grands brulés un patient en défaillance cardiaque , idem pour une réanimation orientée pneumologie.
ce dont avait besoin ce patient , c'était une coronarographie puis une place en réanimation.
bachelot , bien que pharmacienne , mais a t elle exercée ? ) et son équipe d'énarques n'y comprennent rien
De caramel2012
19H40 | 29/12/2008 |
L'année dernière à la même saison, les urgences étaient en code rouge, alerte récurrente et non communiqué au public
Malheureusement cela fait des années que des gens meurent aux portes d'un hôpital
Ces situations sont devenues tellement banal dans cet environnement hostile à tous humain normalement constitué
Exemple : un individu peut faire un malaise dans un hall d'hôpital empli de blouse blanche, mais ce sera les civils qui réagiront et quasi pas le personnel médical…
Au sein d'une structure hospitalière vous pouvez vous retrouver en situation d'appeler l'assistance du SAMU (exemple, celui-ci étant physiquement sur site) et ensuite attendre une bonne heure pour les voir arriver …
Ce n'est qu'une histoire de moyens, de sous, de finances, d'actions en bourse, mais plus du tout une histoire d'homme
Le gouvernement est informé depuis 2001/2002 de la dégradation des soins, suite au 35h qui on oublié de renflouer les équipes (H24)
C'est honteux d'appartenir à ce corps de métiers qui tu sans complexe aujourd'hui. Pire couvert, blanchi, protégé par des gouvernants irresponsable qui offre l'image de la société qu'ils veulent laisser à nos enfants … Soit un cahot sans fin …
Une solution à nos « penseurs »
Santé Éducation Justice
=====ÉGAL======
Liberté Égalité Fraternité
Ce système tout entier, pour manœuvrer un pays tel que la France ce devrait d'être irréprochable lorsqu'en 1948 la déclaration universelle des droits de l'homme à pris sa place …
Qu'ils laissent leur place et leur titre car ils sont indigne de leur fonctions
De Benito3007
employé | 19H40 | 29/12/2008 |
On se moque de nous ! J'ai une sœur infirmière en « vacances forcées » pour quinze jours faute de patients selon sa hiérarchie. La cerise : elle travaille dans un service de réa. en région parisienne !
D'un côté on met du personnel hospitalier en congé, de l'autre on laisse mourir des personnes faute de place (et d'argent). La vérité c'est que ce ne sont pas les lits qui manquent mais les finances pour les garder ouverts. Gageons qu'une bague ou une paire de ray-ban en moins pourrai sauver la vie de quelques personnes. Mme Bachelot, plutôt que d'ouvrir une enquête pour déterminer les responsabilités (qui va couter beaucoup d'argent tout en vous dédouanant) vous devriez dégager un budget digne de notre pays et empêcher les fermetures de services. Je suis sur que ma sœur aurai échangée une journée de congé contre une vie sauvée !
De domino78
22H12 | 29/12/2008 |
J'ai également vu ce JT et je pensais naïvement que ce médecin, présenté comme chef de service à l'hopital Beaujon, « roulait » certes pour le gouvernement mais était uniquement un médecin.
A aucun moment il n'a été présenté comme étant secrétaire national de l'UMP, ceci France 2 et la présentatrice ne pouvait l'ignorer.
C'est plus qu'une faute, c'est une imposture qu'a commis France 2. Ceci laisse présager du comportement futur de la télévision d'état.
A ce que je ne m'abuse, il y a un médiateur à France 2, il devrait être saisi de ce fait.