l''édito

Marchiani, Coupat, Dray… un parfum de justice bananière

Le premier, Julien Coupat, passe Noël en prison, accusé de terrorisme. Militant d'extrême gauche, il est soupçonné d'avoir saboté du matériel de la SNCF. A l'appui de cette accusation, les indices matériels qui ont filtré sont infimes.

Le deuxième, Julien Dray, député PS, est au coeur d'un scandale qui éclate à un moment assez opportun. Il est soupçonné, à tort ou à raison, d'avoir reçu de l'argent sans contrepartie. Ce qui frappe c'est le timing des perquisitions dont il vient d'être l'objet. Peu auparavant, en pleine crise lycéenne, il avait publiquement jugé que « le syndrome grec » menaçait la France, propos jugés irresponsable par la secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano.

Le troisième s'appelle Jean-Charles Marchiani, c'est un pilier de l'UMP : condamné à trois ans ferme pour deux affaires différentes de corruption touchant à des marchés publics, l'ex-préfet doit comparaître dans un autre procès, celui de l'Angolagate.

Un des autres co-inculpés de l'Angolagate, Charles Pasqua, raconte benoîtement à la radio que, oui, il a plaidé la cause de Marchiani auprès du président de la République, dont il est par ailleurs le parrain en politique. Marchiani va sortir de prison, à demi-grâcié pour bonne conduite.

Le lien entre les trois affaires ? Toutes sont imprégnées d'arrières pensées politiques. Et leur téléscopage vient souligner le peu de respect que le pouvoir actuel entretient à l'endroit de la justice.

Déjà, lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur, la Justice n'était pas son souci immédiat : seul comptait « le résultat » (le ministre avait même carrément outrepassé une décision de justice dans l'affaire du Teknival).

Pour Nicolas Sarkozy, les magistrats ne sont trop souvent que des freins à l'action de l'exécutif : dès son arrivée à l'Elysée, il s'en était ainsi pris à ceux de Seine-Saint Denis, les accusant de « démission » face à la délinquance… En revanche, lorsque la justice peut le servir, le Président n'hésite pas à la saisir, ce qui n'est guère conforme à une tradition républicaine qui veut que le chef de l'Etat évite les prétoires.

En matière de justice, la « rupture » est à l'oeuvre, mais au détriment de celle-ci. Au détriment, aussi, de la séparation des pouvoirs -et donc, hélas, de la démocratie.

6 commentaires sélectionnés

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 15H36 | 24/12/2008 | Permalien

Mitterrand aurait déclaré que « la constitution de la Vème république était dangereuse avant [lui] et qu'elle le redeviendra[it] après [lui] ». À la nuance près qu'elle était aussi dangereuse avec lui, on ne peut guère que lui donner raison. Il faut dire qu'il s'y connaissait pour lui avoir consacré un livre.

Le coup d'état permanent, nous y sommes maintenant. La régression de la pratique démocratique en France est patente, mais ce qui me surprend le plus est l'apathie générale qui accueille ce genre d'écart. Un éditorial (ou quelques uns), certes, c'est bien, et heureusement qu'il y a au moins cela. Mais un discours fort et clair de l'opposition (à supposer qu'il y en ait une), ce serait tout de même autre chose. Le plus frappant, c'est que Sarkozy se conduit de la sorte parce qu'il sait que nous l'accepterons. En ronchonnant peut-être, mais nous l'accepterons.

Portrait de Thomas GREDAT

De Thomas GREDAT

| 16H07 | 24/12/2008 | Permalien

Pascal, l'emploi du mot « parrain » à propos de Pasqua, c'est exprès ?
Le terme de « justice bananière » me paraît résumer la situation. Contrairement à ce que je lis ici ou là (surtout ici), je ne crois pas que nous soyons en dictature. En république bananière, oui. De là à dire que c'est mieux…
République bananière ? Nicolas Sarkozy se comporte en autocrate, décidant sans concertation et incapable de supporter la critique, dégainant le moulin à plaintes pour peu que l'on effleure le manteau d'hermine de Son Auguste Personne. Ceci dit, un dictateur subordonne tous les instruments de pouvoir (media, police, armée, etc.) à son projet. Or, Nicolas Sarkozy s'attache surtout aux media. Pour la police, on peut en discuter. Les militaires, eux, n'ont pas été épargnés par les critiques présidentielles (Sarkozy n'est-il pas allé jusqu'à les traiter d'« amateurs » ? ).
Et la Justice ? L'enquête sur Julien Dray tombe à pic, outre qu'elle permet d'éclipser une autre affaire mettant en cause un élu UMP. Concernant Marchiani, je suis plus nuancé. Certes, la décision de gracier les « détenus méritants » est cousue sur mesure par un Président qui avait promis, quand il était candidat, qu'il ne prendrait pas de décision de grâce ou d'amnistie. Et Marchiani, serviteur de la République, n'a pas oublié de se servir. Néanmoins, son rôle dans la libération des otages du Liban aurait pu lui valoir, sinon la clémence, du moins une condamnation moins sévère. Le montage qui lui permet aujourd'hui d'espérer une libération prochaine ne me met que plus mal à l'aise.
N'oublions pas Denis Gauthier-Sauvagnac, qui est certainement innocent puisque la Justice le traite avec plus d'égards que Julien Coupat.
Julien Coupat, parlons-en ! Quels sont les éléments qui permettent de les accabler, Yldune et lui ? Quelles preuves ? Quels témoins ? Et personne ne proteste, personne ne fait pression. Leur vrai crime, c'est que Michèle Alliot-Marie s'est ridiculisée en les montant en épingle, et qu'elle ne peut pas le leur pardonner.
Je n'aurai pas la cruauté d'évoquer l'épisode récent de la bavure de Montfermeil, dont le dossier a été malencontreusement perdu !
Faut-il revenir sur l'histoire du scooter de Jean Sarkozy, et rappeler que le conducteur de la voiture endommagée par ce scooter a été… condamné ?
« Marianne » a été le premier journal à parler, à propos de l'occupation de la villa de Clavier, de la « République des copains ». Ici, nous avons la justice des copains.

Joyeux Noël !

Portrait de Czar.

De Czar.

réac | 16H19 | 24/12/2008 | Permalien

Votre édito est atterrant de connerie, riché.

1) balancer des fers à souder sur une caténaire au risque de faire dérailler un train n'est pas un mode d'expression politique, c'est un crime. Ce n'est pas le ministère de l'Intérieur mais de la Justice qui l'a maintenu en prison. On peut imaginer que le fait qu'il se promène curieusement à plusieurs centaines de km de chez lui, juste à l'endroit où les sabotages ont été commis est un pur effet du hasard. il y a des enquêteurs spécialisés en terrorisme qui travaillent sur cette affaire, le temps que nos super-résistants puissent entre deux rôts post-prandiaux hurler au retour de Pinochet du fond de leur canapé.

2) Dray, qui défend le droit de chaque RMIste à porter une Patek, a avoué de lui même obtenir des « prêts » qu'ils n'aurait « pas toujours remboursé » de la part de ses amis qui, pur effet du hasard, exercent des activités dépendant de marchés publics d'une collectivité locale dont dray est l'élu. Sans même parler des probables détournements de fonds publics dans une « assoce » ayant déjà servi de pompe à fric pour quelques escrocs prograissistes, il a d'ores et déjà franchi la ligne rouge de la moralité publique. Prendre sa défense comme vous le faites et comme l'UMP s'est vautrée dans la fange en le faisant n'est ni une preuve de courage, ni d'intelligence.

3) Marchiani a détourné des fonds, a été condamné et fait de la prison, contrairement à pas mal de voleurs de voitures qui bénéficient de sursis ou d'absence de mandat de dépôt pour des condamnations dites « fermes ».
Marchiani a également risqué sa peau pour sortir du trou dans lequel ils croupissaient nos otages (dont un est mort sur place) pendant que vos efforts en la matière consistaient à se lamenter en comptant les jours à chaque journal de 13H. Il a fait la même chose quand deux de nos pilotes ont été abattus par la DCA yougoslave pendant les guerres de Bosnie. Ce serait juste de ne pas l'oublier.

Portrait de siko

De siko

cherche un moyen élégant pour gagne... | 17H36 | 24/12/2008 | Permalien

C'est vrai qu'en France il y a un très très grave problème de séparation des pouvoirs. Regardez en Belgique ce qui a fait tomber le gouvernement.. .2 coups de téléphone entre un magistrat et le parti du premier ministre dans le cadre de l'affaire Fortis. En France, c'est tous les jours que le gouvernement devrait tomber.

Portrait de supprimé à la deande du riverain 14.01.10

De Jess Feuillie

.... | 04H09 | 25/12/2008 | Permalien

déclarer qu'il y a un lien entre le fait que Dray est comparé la France à la Grèce et ce scandale nécessite des preuves. Comme vous dîtes, dire cela est « imprégné d'arrières pensées politiques ». Je vous retourne la balle.
Mitterrand aussi a gracié. La question n'est donc pas Sarkozy. On pourrait faire un copié collé et changer le nom du Président. Il faut penser plus loin, observer ce mal qui ronge la France, à savoir l'idéologie. Notre culture à fait une grande part à la monarchie, au conservatisme et à la centralisation. Notamment parce que chaque révolutions apportait systématiquement des conservateurs au pouvoir. Ce pouvoir est un reste du pouvoir des monarques de droit divin, il est symbolique. il n'est pas l'apanage de Sarkozy, mais celui de la fonction présidentielle. Vous pourriez le rappelez, vous qui dénoncez les « arrières pensées politiques ».

Portrait de Un compte supprime

De Homere

nc | 05H41 | 25/12/2008 | Permalien

oui, entre coupat et marchiani, il y a evidement deux poids et deux mesures, m'enfin, c'est pas nouveau, l'ordre republicain n'aime guere l'anarchie et l'ultra gauche, et sait au contraire remercier les Africains de la Republique, mercenaires du post, neo et post-neo colonialisme, de meme que les barbouzes affides aux neocons ultra liberaux (faut bien vendre ds armes et acheter du petrole)… coupat est sans doute au courant, j'aimerais le voir dehors, qu'il soit innocent ou coupable (de pas grand chose). Enfin, c'est comme la boxe, les coups on les donne et on les recoit (s'il est coupable, s'entend).

Pour Juju, alors la, alors la ! si cette affaire est veridique, qu'il en prenne pour son grade. C'est pas moi qui le pleurerait. Tout ca pour collectionner des montres, j'vous demande un peu… faut pas se demander apres pourquoi les socialistes ne gagnent plus les elections.

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