A debattre 22/12/2008 à 20h29

Qui peut vraiment avoir une maison à 15 euros par jour ?

Elodie Nabot | Etudiante en journalisme

La maison à 15 euros par jour, demain l’appartement, une chance pour les Français de se loger à moindre coût. Mais derrière un slogan attractif, le dispositif lancé ce lundi par la ministre de la Ville et du Logement, Christine Boutin, n’est pas la solution miracle à la crise du logement.

Christine Boutin a remis les clés à deux familles de l’Ain. Les fans de l’idée ont même leur site web dédié, créé par le ministère « Propriétaire de ma maison pour 15 euros par jour ».

Des pionniers qui sont des cas particuliers. Qui répondent aux critères très précis : ce dispositif est valable seulement si c’est la première fois que les demandeurs accèdent à la propriété. Le couple bénéficiaire doit avoir au moins deux enfants à charge et ses revenus nets doivent être compris entre 1500 et 2000 euros par mois, un seuil très bas.

Il doit de plus être éligible à une aide à l’accession sociale à la propriété, accordée par une ou plusieurs collectivités locales. Elles subventionnent la maison à hauteur de 3000 à 5000 euros selon les zones géographiques. En contrepartie, l’Etat ne leur verse que 2000 euros, manière d’inciter les élus à adhérer au projet.

Certes, les ménages, pour se financer, peuvent recourir aux prêts à taux zéro remis au goût du jour par le plan de relance, et aux prêts à taux zéro majoré. Des petits coups de pouce qui risquent d’être insuffisants. D’autant qu’un précédent échec est encore dans toutes les têtes : la maison Borloo à 100 000 euros, dont seulement 800 ont vu le jour sur 20 à 40000 annoncées.

Plusieurs obstacles

Dans le contexte actuel de restriction du crédit, le nouveau dispositif pourrait aussi faire un flop. Comme l’explique Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au logement (DAL) :

« Les gens seront réticents à se lancer dans un projet pareil en ces temps de crise. Ce qu’il faut faire c’est agir sur les prix de l’immobilier, encadrer les loyers. On ne peut pas en même temps laisser monter les prix et vouloir l’accès du plus grand nombre à la propriété. »

De plus, la solution proposée par la ministre ne résoudra pas les problèmes dans les zones où l’offre de terrains est très faible, comme l’Ile-de-France, justement là où les besoins sont les plus criants. En effet, la construction des maisons à 15 euros dépendra du bon vouloir des élus. Les villes décident ou non d’attribuer l’aide à l’accession sociale à la propriété, nécessaire à l’attribution d’un Pass-foncier, un risque de « clientèlisme » selon le DAL.

Certes, le Pass ouvre droit à une TVA réduite à 5,5%, au lieu de 19,6%, pour les constructions neuves. Et permet de rembourser le foncier après le bâti. Mais ce Pass existe déjà depuis le 1er janvier 2007. Le gouvernement n’invente donc rien avec cette disposition.

Pour la maison, le remboursement se fera sur une durée de dix-huit à vingt-cinq ans, avant de passer au paiement du terrain. Le coût final de la maison est approximativement estimé par le ministère entre 160 000 et 185 000 euros.

D’autant que la grande inconnue reste le prix du foncier, appelé à varier dans les prochaines années. En cette période de fêtes, la ministre du Logement a voulu « vendre du rêve aux Français pour Noël ». Le porte-parole du DAL aurait souhaité qu’elle leur apporte d’autres cadeaux.


  • 5940 visites
  • 18 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • vol19
    • Posté à 20h59 le 22/12/2008
    • Internaute 13492

    La maison à 15 euros par jours... soit 450 euros par mois pendant plus de vingt à trente ans à payer, plus la taxe d’habitation, taxe foncière, les charges... et forcément dans une zone néorurale pour le bas prix du foncier. Ambérieux en Buget, c’est un bled, si y a une centrale nucléaire ! bonjours les frais de transports...pour aller dans les centres urbains

    « Le couple bénéficiaire doit avoir au moins deux enfants à charge et ses revenus nets doivent être compris entre 1500 et 2000 euros par mois, un seuil très bas. »

    Et le « reste à vivre » ? après toutes les charges, la voiture, l’essence...pas grand chose. En terme de flexibilité, déménager, suivre une formation, changer de boulot, divorcer, prendre l’air pendant plus de trente ans ... très très risqué. Valable pour un couple de fonctionnaires cat C, Catho...qui travaille sur place sinon... ?

  • désenchantée
    • Posté à 21h38 le 22/12/2008
    • Internaute 43955
      aucune

    quelque soient le montant du prêt et les modalités de remboursement, le facteur financier n’est pas garanti car les banques ne prêtent pas sans garantie solide, même avec des pêts aidés et etc.......
    est ce une autre forme de surendettement comme aux States mais à la sauce française ?

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 22h48 le 22/12/2008
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    C. boutin de SOS Détresse Amitié a encore frappé. Mme Musquin du « Père Noel est une ordure » nous refait le coup de l’ascenceur social et de la France des propriétaires. A grands coups de trompettes, coincée entre l’idéologie libérale et la crise financière, elle veut nous vendre du logement social à 15 Euro par jour pendant 40 ans sachant que ce prix inclu les divers prestations sociales (allocs, primes aux jeunes enfants,...). Il faut espèrer pour les accédants que la majorité passera à 40 ans sinon bonjours la facture

  • vol19
    vol19 répond à pablico
    • Posté à 23h50 le 22/12/2008
    • Internaute 13492

    « le crédit est donc un moyen de paix sociale. Un moyen détourné, mais un moyen comme même »

    C’est exactement ce que je pense. En outre, il y a l’idée que la maison va probablement en la vendant pour une plus petite (en arrivant vers une hypothétique retraite), financer la maison de retraite ou la dépendance des vieux jours. Ca rentre dans une idéologie de gestion individuelle de vie, d’autonomie sur le modèle US.
    Sauf que cette fois, les trentes années à venir sont très instables, très imprévisibles...en 2040 quand leur maison sera payée... ?
    La probabilité d’un enrichissement sur la plus value du foncier comme ceux qui ont acheté dans les années 70 et revendu en 2006 me parait pas évidente. La plus value du foncier à coté d’une centrale nucléaire dans le cas d’Ambérieux...qui sera très vieille ?

    Il faut un certain culot, pour ne pas dire cynisme, pour médiatiser ces deux maisons à 15 euros/jours comme une solution au mal logement de 3 millions de foyers... On aimerait davantage l’entendre des journalistes....