Diversité : vraie maladie, mauvais remèdes
Quel est le problème ? Problème social ou problème racial ? Aujourd'hui, plus de 20% des élèves des classes préparatoires sont issus de familles boursières, mais aucun n'a franchi, en 2008, le seuil de Polytechnique ni de la plupart des grandes écoles. Est-ce un problème de couleur de peau ou d'origine sociale ?
Evidemment, c'est l'inégalité sociale de plus en plus marquée entre les jeunes lycéens et leurs familles respectives qui crée avant tout ces disparités. Selon que l'on est riche ou humble, on ne va pas dans le même lycée, ni dans la même classe préparatoire, ni sur le même parcours estudiantin.
Le vrai remède n'est donc pas une discrimination nouvelle par la couleur de la peau mais bien plutôt la garantie que devrait apporter la République de faciliter à chacun, quelle que soit son origine, un accès égal à la connaissance. Et c'est bien là que le bât blesse, car ce n'est pas celui qui orchestre depuis son élection la paupérisation de l'éducation nationale, avec la disparition de milliers de postes de professeurs, qui est naturellement le mieux à même de nous expliquer qu'il est le garant de cette égalité.
Le président de la République ne s'en soucie même pas ; il ne cherche, par un discours tout aussi volontariste que cynique sur la discrimination positive, qu'à nous éloigner de toute vision universaliste et républicaine, pour mieux nous enfermer dans des considérations communautaristes qui fractionnent peu à peu notre société.
C'est donc par un mauvais débat que l'on tente de répondre à une vraie question sociale. Et c'est ainsi que l'on porte un coup de plus au modèle républicain que l'on qualifie d'archaïque en essayant de le briser plutôt que de s'efforcer de rassembler tout le corps social autour des mêmes règles qui ont permis en d'autres temps que des Félix Eboué, des Gaston Monnerville, des Aimé Césaire accèdent d'abord au savoir et ensuite à l'incarnation d'une république plurielle et ouverte. Gardons-nous de ces mauvaises recettes, elles finiraient par être nocives pour l'égalité, la fraternité et la République.
► Lire aussi l'édito de Pierre Haski du 17 décembre Sarkozy et l'intégration : bon diagnostic, remèdes insuffisants
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J'applaudis cent fois, mille fois à ces sages paroles, en ce temps de communautarisme rampant. Que la discrimination soit positive, ou négative, elle demeure de la discrimination, en ce sens où l'on discrimine les êtres humains en fonction de ce critère absurde qu'est la couleur de la peau. Deux dérives semblent être à l'œuvre ici :
La première c'est un paternalisme nauséabond. En affirmant que les « noirs » et les « arabes » ont besoin d'un coup de pouce pour entrer dans le marché du travail, il me semble que l'on sous-entend la révulsante proposition suivante : que ces « noirs » et « arabes » sont incapables de s'en sortir par eux-même, et qu'il leur faut un coup de pouce de l'Etat.
La seconde, c'est une volonté de classification de l'humain selon le racial, qui sent bien, là aussi, son cru 1933. Tout comme au temps des manuels scolaires de la troisième république, on apprendrait qu'il n'y aurait que cinq races (« blanche », « noire », « arabe », « asiatique » et « amérindien »). Ce serait si simple... La réalité est bien plus complexe : il existe ainsi bien plus de différences raciales entre deux ethnies africaines, qu'entre les supposés « blancs » et les supposés « arabes ». Vouloir mettre tous les « noirs » dans le même paquet révèle une cécité ethnocentrique profonde. S'y ajoute ensuite le problème du métissage, qui pose des problèmes insolubles : est-ce qu'un homme à moitié arabe a droit à une demi-prestation ? Vu qu'une très grande partie des français ont au moins un « arabe » dans leur arbre généalogique, m'est idée que les fonctionnaires qui voudront appliquer à la lettre le principe de la discrimination positive vont s'amuser.
Pour conclure : le masque racial me semble bien utile pour cacher une réalité gênante qui est d'ordre économique. On s'efforce de diviser les plus pauvres en faisant jouer le critère racial, afin que, ne prenant pas conscience de la solidarité de leur condition, ils ne viennent pas à s'unir contre les élites. Il serait bon pour les intérêts bien compris de certains, que les « blancs » votent unilatéralement FN, et que les « autres » votent exclusivement Besancenot.




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