Enquête 20/12/2008 à 17h45

Consommateurs, payez plus pour recevoir moins




Dans un supermarché du quartier général de Nestlé à Vevey en octobre 2008 (Valentin Flauraud/Reuters).



(De Suisse) Il n'y a pas que les consommateurs qui s'adaptent à la crise. Les produits aussi. C'est ce que Sandra, cette mère de famille de Berne, a remarqué. Son flan Tam-Tam de 170 grammes a maigri de 40 grammes il y a quelques mois. Son produit de lessive Persil Color-Gel est passé de 3 à 2,7 litres. Idem pour son déodorant qui a perdu 25 millilitres, de 175 à 150 ml.

Même son shampooing Herbal Essences s'est allégé de 50 ml pour atteindre 200 ml. Et n'allez pas penser que Sandra est la seule à avoir remarqué le phénomène. Pierre a vu disparaître une boule de chocolat Giotto dans les paquets de dix. « Il n'y en a plus que neuf », témoigne ce Fribourgeois. Et ces étranges grignotages dans les produits concernent également les Mars et Snickers, dont le poids ne cesse de fondre sur votre langue. « Ce qui m'énerve, c'est que les prix n'ont pas bougé », poursuit Pierre.

L'inflation déguisée

Mais que se passe-t-il dans l'industrie agroalimentaire et chez les géants de la grande distribution ? Elémentaire : quand le marasme guette, les entreprises testent leurs recettes anticrise. Et la première d'entre elles consiste à réduire les quantités tout en conservant les mêmes prix. Les producteurs peuvent ainsi maintenir leurs marges et leur volume de ventes. C'est ce que les économistes appellent de l'inflation déguisée. Nadine Jermann, porte-parole de Mars, l'admet :

« Effectivement, nous avons réduit nos quantités dans nos barres chocolatées. Reste que ce n'est pas à cause du marché des matières premières, où le prix du cacao a explosé, mais c'est pour lutter contre l'obésité... »

Nadine Jermann oublie seulement de dire que la barre Mars a fondu de 16% sans que le prix ne change.

Fournisseurs visés

Chez Coop, on reconnaît aussi la tendance. Son porte-parole, Nicolas Schmied, témoigne :

« Des fournisseurs d'articles de marque internationaux changent de poids ou de volume malgré nos interventions. Dans ces cas, notre influence est d'habitude faible. »

Même discours chez Unilever, qui commercialise en Suisse les glaces Magnum ou les soupes Knorr. Anne Zwyssig, porte-parole, se défend :

« Si nous avons réduit les quantités de notre produit pour lave-vaisselle Sun, c'est pour préserver l'environnement. »

Nestlé a également pris des mesures semblables. Les barquettes de glace Mövenpick sont passées de 1 à 0,9 litre au moment où l'emballage a été modifié. Là encore, le prix n'a pas bougé.

« C'est du vol ! »

Le problème, c'est que le client n'y voit souvent que du feu. « C'est énorme », remarque Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (FRC), qui suit le dossier de près :

« Si vraiment les fabricants veulent assurer le bien être des consommateurs, ils peuvent au moins l'informer de ses augmentations de prix dissimulées sous des arguments nutritionnels et écolos ! Tout cela me fait penser à l'histoire de la bière pression qui passe de 3 à 2,5 décilitres pour répondre à la norme européenne. Sans que le prix ne soit revu à la baisse. C'est du vol ! »

Du côté des producteurs, on se défend de vouloir rouler les consommateurs dans la farine. « Nous informons régulièrement nos clients de ces changements », insiste Philippe Oertlé, porte-parole de Nestlé Suisse. Une ligne de défense qui fait sourire Mathieu Fleury.

Des secrets bien gardés

Autres recettes anticrise qui font leur chemin : les éco-packs, des paquets plus petits ; et les produits discount d'Aldi, M-Budget de Migros et Prix Garantie de Coop. Martina Bosshard, porte-parole de Migros, constate ainsi :

« Depuis le début du ralentissement économique, les prix bon marché marchent bien. Nous en comptons plus de 6000 désormais. »

Nicolas Schmied abonde : « Nos clients achètent de plus en plus régulièrement les éco-packs. » Mais là aussi, le consommateur est perdant. Il paie souvent plus cher pour ces quantités réduites. La grande distribution parie également sur le déstockage massif. Chez Coop et Migros, la valse des prix est très rapide. But de l'exercice : éviter que les produits, notamment textiles et d'ameublement, ne prennent racine sur les étalages.

Les producteurs s'attaquent aussi au goût des aliments en changeant la recette de base, en substituant certains ingrédients par des arômes chimiques ou en utilisant des matières grasses moins nobles comme l'huile de palme. Là, difficile d'en savoir plus. La plupart des tests produits sont réalisés par les marques elles-mêmes, et pas par l'Etat. Les secrets de fabrication sont jalousement protégés. Mais au final, c'est le client qui trinque. Il voit son charriot s'alléger, son porte-monnaie toujours aussi léger et ses papilles perdre les goûts d'antan.

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Photo : dans un supermarché du quartier général de Nestlé à Vevey en octobre 2008 (Valentin Flauraud/Reuters).

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  • contal
    contal
    touché par la crise
    • Posté à 18h53 le 20/12/2008
    • Internaute
      touché par la crise

    sans compter que leurs pratiques génerent d'avantage d'emballages.
    Dix pour cent de produit en moins, c'est toujours un emballage.
    ce qui devrait nous donner a l'arrivée dix pour cent d'emballages en plus.
    donc plus de marge, plus de dechets, c'est pas éco...........

    logique et nomique nous niquent

  • vero87
    • Posté à 10h38 le 21/12/2008

    facile : boycottons !
    c'est la seule arme efficace aujourd'hui - pacifique et ô combien redoutable-dans nos économies de marché....
    mais cela demande aussi une autodiscipline et une volonté personnelle que tous les publicitaires et » marketinguers « de tout poil se chargent d'anihiler au quotidien de façon insidieuse.
    le consommateur ne doit pas etre un con- sommateur et sommé d'etre con jusqu'au bout ! !
    a vos loupes !

  • envert94
    envert94 répond à Homer555
    • Posté à 14h59 le 21/12/2008

    Ok allez une petite ruse bien connue de la grande distrib...

    Vous recevez dans votre boite aux lettre un catalogue pour les fêtes...et vous allez voir que le Nutella (par ex, c'est bien sur valable avec d'autres produits) est en promo...

    Une fois en magasin, vous voyez un beau podium (avec plein de pub autour) qui déborde de pots de Nutella...de plusieurs tailles...il y à les pots de 250, 500, 800g et 1 kg, 1,5kg etc...mais 1 seul pot est en promo, les autres ne le sont pas.
    Bien évidemment le prix promo est indiqué en grand, les autres prix le sont avec des petites étiquettes (quand elles y sont)...
    Résultat les clients (si ils ne font pas attention et sur le nombre...) ne prennent pas LA référence qui est en promotion.

    et voilà...et comment faire attention à tout les rayons/tête de gondole/promo/vente flash etc pendant que vous faites vos courses ?

    Quasiment impossible...