Une vidéo prise en cachette à l'intérieur de la prison de Fleury-Mérogis commence à faire du buzz, sur le web, ce jeudi. C'est le journal Le Monde qui a pu consulter l'intégralité de ces deux heures trente d'images filmées par des détenus au coeur de la maison d'arrêt. En voici un extrait diffusé sur Dailymotion. (Voir la vidéo)
Ces détenus, qui avaient introduit sous le manteau des caméras, ont d'abord confié leurs images à une société de production, I-screen, qui a ensuite médiatisé la chose. L'intérêt de l'opération, pour eux : montrer le quotidien tel qu'il n'apparaît pas lors des visites officielles. On y assiste par exemple à une violente baston entre prisonniers, à l'abri des regards des surveillants.
Luc Bronner, le journaliste du Monde qui affirme avoir pu visionner l'ensemble des images, rapporte les paroles des auteurs du film :
« Quand on est en détention, on voit plein de reportages télé sur les prisons. Mais ils ne montrent jamais ce qui se passe vraiment parce que l'administration organise les visites et ne montre que les bâtiments en bon état. On s'est dit qu'il fallait montrer l'autre côté de la détention. »
Images après images, la vie carcérale empire
Il y a quatorze mois, en septembre 2007, Rue89 avait publié un diaporama de photos prises dans le quartier disciplinaire de Fleury-Mérogis. Nous vous proposons de regarder une nouvelle fois cet état des lieux en images. Edifiant.
Cliquez ici pour voir le diaporama en plein écran
A l'époque, l'Observatoire international des prisons (OIP) venait de publier un rapport accablant sur l'insalubrité de cette prison construite en 1968 dans l'Essonne avec la vocation d'être un modèle.
Le tribunal administratif de Versailles (saisi par l'OIP) avait même ordonné une enquête dont il était ressorti que « Fleury » mettait « en danger la santé et la sécurité des personnes détenues qui s'y trouvent temporairement maintenues et des agents chargés de leur surveillance ».
Quarante ans après, les douches sont moisies
Surpopulation, conditions d'hygiène, absence de promenades à l'air libre : le constat de 2007 se trouve renforcé par ces nouvelles images qui montrent notamment les murs des douches couverts de moisissures.
Pourtant, aussi spectaculaire soit-il, ce constat d'une dégradation crescendo n'est pas nouveau. Dans les archives de l'INA, on trouve ainsi deux sujets qui montrent le quotidien à Fleury, dans des registres très variés.
D'abord un reportage consacré à un concert de Kassav ( ! ) entre les murs, en 1989, qui permet malgré tout de distinguer des bribes de la vie derrière les barreaux. (Voir la vidéo)
Treize ans plus tôt, en 1976, c'était à l'occasion d'un documentaire sur la santé en milieu carcéral qu'on pouvait pénétrer notamment dans l'univers du Fleury de l'époque. (Voir la vidéo)
Trois décennies plus tard, un des détenus qui s'expriment sur les images relayées par I-Screen et Le Monde dit ceci :
« C'est bientôt Noël, on est là, on caille comme des SDF. Même les SDF dehors, ils sont mieux que nous. »




















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De ellejo
23H24 | 18/12/2008 |
Le 16 octobre 2008,la Cour Européenne des Droits de l'Homme a condamné la France pour « traitements inhumains et dégradants » et pour « violation du droit à la Vie ».
90 suicides depuis le début de l'année.
surement plus à ce jour.
De PierPaolo_California
01H55 | 19/12/2008 |
Ils ont fait fort « les mecs de ry-fleu », sortir ces images bravo !
pour un réal, il est devenu pratiquement impossible de tourner à l'intérieur des prisons. Il y a eu un reportage que vous pouvez voir sur daily motion « dans le secret de fleury mérogis »
Partie 1 : http://www.dailymotion.com/video/x2yqxi_dans-le-secret-de-la-prison-fleu…
Partie 2 : http://www.dailymotion.com/video/x2yw58_dans-le-secret-de-la-prison-fleu…
Partie 3 : http://www.dailymotion.com/Francki94/video/x368ab_dans-le-secret-de-la-p…
Partie 4 : http://www.dailymotion.com/video/x368nw_dans-le-secret-de-la-prison-fleu…
il vaut ce qu'il vaut, c'est un reportage autorisé et télé avec ce que cela implique de réserve quant à la liberté éditoriale et l'accessibilité dans les locaux mais enfin il parle de la question et on visite même le mitard (cellule d'isolement disciplinaire)
fleury mérogis est une usine immense,fabrique de misère, de douleur,de maladie mentale, de haine et d'animaux enragés à leur sortie. Le résultat n'est pas beau à voir. Toutes les prisons idem.
à propos Stephane Mercurio, réalisatrice à récemment fait un très beau film « à coté » (voir internet). Ce n'est pas un film dans la prison mais définitivement un film « sur » la prison. Je crains hélas qu'il n'ait pas tenu longtemps à l'affiche. il tournait « à côté » et pourtant les relations avec l'Admin.Pénitentiaire n'ont pas été simples. c'est presque devenu zona incognitae pour le monde extérieur, la prison.
La came, les cachetons… est ce que la fiole, cette camisole chimique hallucinament dosée en tranquilisants et benzodiazépines qu'on distribuait à qui la voulait, finalement, et fabriquait des pharmaco dépendants en masse existe toujours ? Encore une fois, pour cet article, le sensationalisme, et le fait de suivre le buzz est à déplorer.
Régulièrement des textes de chansons dans le milieu hip hop nous parle de cette réalité là. Des détenus associés à des projets il y en a eu aux Baumettes, plusieurs films dont « 9m2 » ou encore le dernier avec Béatrice Dalle dont le nom m'échappe mais vous trouverez. il y a l'observatoire international des prisons qui fait un travail remarquable, des sites tout aussi intéressant sur le net au sujet des prisons de dedans, de dehors, des suicides à l'intérieur, de la déchéance ou de la rechute presque fatale dehors, Mais bon il faut sorti du ghetto pour être entendu. Normal. Alors ce coup d'éclat à le mérite de nous ouvrir les yeux. c'est bine de le relayer.
Un instant, un instant seulement…
j'ai été incarcéré peu de temps mais assez pour voir, sentir, pleurer, avoir peur, envie de tuer ou de me tuer. Entendre les cris du mec en manque dans la cellule des arrivants, les sanglots étouffés, tenter de slalomer entre les embrouilles permanentes. Toujours en tension et caché derrière un masque. C'était pénible et c'était à Bois d'Arcy, il y a quinze ans. A peine du poil au menton je ne dis pas que j'étais un ange, on se retrouve quasiment jamais « au placard » par hasard, même si lors de la promenade, chacun est prêt à se dire innocent. Après tout c''est le jeu, payer en fait partie. reste à redéfinir ce prix. Je ne sais pas si les centrales sont mieux entretenues, en tout cas on dirait que dans les maisons d'arrêt c'est toujours la même chose qu'il y a quinze ans.
20, 30 40 ans… ?
Je dis seulement « pénible » parce que je ne suis pas resté longtemps. mais en quoi on se transforme quand on vit cela deux, trois, quatre ans…
Au delà en général, on va en Centrale et il semble que les conditions sont moins dramatiques. Je ne puis le certifier, je n'ai jamais été, et aujourd'hui la surpopulation est telle que maintenant des moyennes ou longues peines peuvent échouer en maisons d'arrêt un long moment.
Je ne comprends pas la haine et l'hermétisme de certains internautes face à cette situation indigne du pays que prétend être la France. Que répondre ? Qu'une société se jauge à la façon dont elle traite les plus vulnérables. Et en prison on est fondamentalement vulnérable Parfois même pour aller chier on dépend de quelqu'un. Je passe sur la promiscuité à 3, 4 et même 6 parfois dans une cellule. Dans les cellules d'arrivants, ou l'on peut rester un moment, il n'est pas rare de voir des matelas à même le sol le matin. Entre deux lits à étages, faites vos comptes… parfois 9m2, comme dit un film…
Il faudrait parler des gardiens, du travail en prison, de tous ceux qui devraient être en HP, des innocents dont le seul « crime » est de ne pas avoir de papiers. il ya quinze ans c'était déjà le cas : Dans ma cellule il y avait un sénégalais sans papiers et universitaire, à la promenade, forcément, il retrouvait ses « frères » proxos ou dealers d'héro. Il a quoi à faire en prison celui là ? Et puis quelle société veut on pour nous, et pour demain ? Construire plus de prisons et nous barricader dan des quartiers résidentiels à l'instar des urbanizaciones latino américaines, îlot de richesse parfois indécente dans un océan de misère ? Et puis les jeunes complètement largués, dont tous les verrous ont sauté et qui ne connaissent que l'ultra violence comme mode de relation. Et puis… Le sujet est vaste. c'est bien d'en parler, c'est mieux de ne pas oublier.
Au début du journal « Libération » il y avait le courrier des prisonniers ou un truc dans le genre je crois. Je peux pas être précis, j'étais pas là… mais Pourquoi rue 89 ne ferait pas pareil. Tout ce qu'ils demandent, c'est qu'on ne les oublie pas. un buzz internet ne suffira jamais pour cela. Merci !
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 02H07 | 19/12/2008 |
J'ai eu à travailler à Fleury-Mérogis mais également dans une centrale, là où il y a des détenus condamnés à de lourdes peines…
Arrivée à la porte de la centrale, je me demandais qu'elle serait ma réaction. Je suis rentrée et j'ai dit bonjour normalement au premier détenu en le regardant normalement dans les yeux et j'ai poursuivie sereinement mon activité avec eux pendant 15 jours.
De retour chez moi, j'ai relu « Vengeances ? “ de Robert Antelme. Un tout petit texte écrit en 1945, peu après sa sortie du camp de Dachau, publié dans la revue ‘Les vivants’.
Ce texte commence ainsi :
Il n'y a pas de problème : le prisonnier est un être sacré parce que c'est un être livré et qu'il a perdu toutes ses chances. Si cette homme s'est rendu personnellement responsable d'actes criminels, il doit être jugé, et s'il est condamné à mort, il a des droits afférents à la règle des condamnés à mort ; l'exécution devant être un acte net, conséquence directe du jugement, rien ne peut être ‘ajouté’ et rien ne doit être subi pa le condamné en marge de ce déroulement linéaire. La barbarie c'est ce que quiconque y ajoute.”
[…]
et se fini ainsi : “Nous ne voulons plus que ‘joue’ avec des hommes. Tout ce qui peut ressembler même de loin à ce que nous avons vu là-bas, nous décompose littéralement.
Il est vraisemblable qu'une partie de l'opinion admet comme chose naturelle que nous gardions la haine ; plus même, tente de nous y maintenir, en nous ‘rappelant’ ce que nous avons vécu, et soit même tente de nous reprocher d'essayer la dépasser.
Mais nous sommes libres de ne pas nous laisser enfermer dans une prison hélas ! si facilement accessible ; de ne pas rester indifférents lorsque certains Français s'essayent à jouer misérablement les barbares, sans chambre à gaz ni crématoire.
il y a des fatalités que nous refusons d'accepter parce qu'elles nous ramènent à la guerre, à Buchenvwald et à Dachau.
Aussi, aux folies de la vengeance, aux abstentions secrètes, aux lâchetés des indemnes, nous disons : non. ‘
C'était bien avant l'abolition de la peine capitale et les crimes dont il était question sont ceux des fascistes, des nazis et auxquels il a échappés de justesse. Ce qu'il a vécu dans le camps de concentrations il le dit dans l'unique livre qu'il a écrit : L'espace humaine’. Je vous suggère, très cordialement de lire les deux.