Lors d'une manifestation lycéenne place Bellecour à Lyon, mardi vers 17h30, des policiers ont empêché deux photographes de l'AFP de faire leur travail. L'un d'eux, Jean-Philippe Ksiazek, raconte à Rue89 comment les hommes en bleu lui ont « arraché » son appareil avant d'en effacer toutes les photos.

(De Lyon) Les lycéens n'étaient pas très nombreux, une cinquantaine, et bloquaient l'un des côtés de la place. Il y avait une dizaine de camions de CRS, et nous étions cinq photographes : trois indépendants et deux de l'AFP, mon collègue Fred Dufour et moi, venus du bureau de l'agence qui se trouve juste à côté. Nous avions notre brassard de presse.
Des policiers sont venus vers nous et nous ont dit : « Pas de photos. » J'ai répondu que j'avais une carte de presse, que je faisais mon travail :
« - Aujourd'hui, c'est interdit de faire des photos.
- Pourquoi aujourd'hui ?
- Parce que maintenant, c'est comme ça. »
Apparemment, c'est pour des raisons de droit à l'image des policiers. Ensuite, les CRS ont repoussé les jeunes de la chaussée, très proprement, en procédant à deux ou trois arrestations.
Ils ont essayé de nous empêcher de photographier. Ils ont bloqué Fred sur un mur, avec une matraque dans le cou et une sur la poitrine, en lui disant : « Toi, tu travailles pas. »
Moi j'ai réussi à faire quelques photos. Juste après, deux CRS et un policier coiffé d'un képi m'ont embarqué en me faisant une clé de bras :
- Maintenant, tu effaces toutes tes photos.
- Non, il n'y a pas de raison que je fasse ça. Je suis journaliste, j'ai ma carte de presse, je travaille. »
Ils voulaient m'emmener au poste, comme si j'avais braqué une banque. Puis, pendant que deux policiers me tenaient, le troisième a arraché mon appareil, qui était en bandoulière autour de mon cou.
Ensuite, ils ont effacé toutes les photos, d'un seul coup, ce qui me laisse supposer qu'ils ont eu une formation pour ça. Il y avait environ 150 photos, d'un blocage de lycée le matin, et de la manifestation de l'après-midi. Ensuite ils m'ont dit : « Voilà, vous pouvez rentrer chez vous. »
Heureusement, comme les photos, même effacées, laissent des traces dans la mémoire de l'appareil, on a pu les récupérer. Elles ont été diffusées.
Le chef du bureau de l'AFP à Lyon a protesté auprès des autorités, et on lui a répondu : « Envoyez un courrier. »
Il y a une nouvelle manifestation lycéenne jeudi à Lyon, on verra comment ça se passe.
Photo : Jean-Philippe Ksiazek appréhendé par les policiers, mardi à Lyon (DR)
► Les syndicats de journalistes protestent contre cette censure

























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De Philippe Leroyer
auteur & photographe | 17H45 | 17/12/2008 |
A moins que cela n'ai changé ses dernières semaines, aucune loi ne permet aux policiers d'agir tels qu'ils l'ont fait ici.
Il y a deux ans de cela, des gradés de la police nationale m'expliquaient de vive voix que la police exerçant un métier publique sur la voie publique, aucune loi n'autorisait un représentant des forces de l'ordre à empêcher la prise de photo ni d'effacer des images… lors d'une intervention (sauf cas et unités très spécifiques) et qu'ils avaient beaucoup de boulot à faire passer le messages auprès de leurs hommes.
De même, le droit à l'image s'exerce non pas à la prise de vue mais à l'utilisation de la photo (publication, diffusion…).
Il serait intéressant d'avoir en complément d'article des informations précises sur la législation actuelle à ce sujet.
Quelqu'un ?
De libermind
étudiant | 19H33 | 17/12/2008 |
je ne comprend pas. Vous, les journalistes, vous êtes des moutons ou quoi ? des mous ? l'ombre de l'ombre du journalisme ? pendant que certains ce font tuer à cause de ce métier, vous, qui avez le droit avec vous, vous ne faites rien. La loi est là, bordel ! ! ! ! ! déposez plaintes, en france, puis si il le faut au niveau européen, mais bougez vous ! ! ! ! putain quels mémés ! ! ! ! ! arrêtez de geindre, agissez ! ! ! ! ! ! ! ! !
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 20H05 | 17/12/2008 |
Surtout pas, je suis bien d'accord avec toi !
Nous vivons dans une dictature, sans doute la plus abominable de tous les temps, il suffit d'énumérer :
1- pluralisme des partis, y compris ceux qui expriment l'opposition la plus vive au dictateur ;
2- maintien des échéances électorales, et respect par le dictateur de leurs résultats ;
3- maintien de l'état de droit, qui fait, entre autre, que ce journaliste pourra sans doute porter plainte… sans que cela préjuge des suites qui seront données ;
4- examen des faits du genre bavure de Monfermeil et suspension conservatoire des policiers qui se seraient livrés à des comportements inadmissibles ;
5- large diffusion par la presse de l'affaire De Filippis et (sans doute) de cette nouvelle affaire ;
6- totale liberté de commentaires, dont toi-même tu fais l'usage qui te paraît le mieux approprié ;
7- une armée qui reste dans ses casernes et qui ne manifeste aucun souci d'en sortir ;
8- dernier indice, mais sans doute le plus inquiétant, un projet de loi repoussé par crainte de manifestations de lycéens.
Tu as parfaitement raison, et je me demande comment certains peuvent ne pas l'avoir compris : nous vivons bel et bien sous le joug de la pire dictature qui ait jamais existé. Il n'y a évidemment aucun doute.
Si tu veux que je te dise le fond de ma pensée, comparer Sarkozy à Pétain ou Hitler, c'est peut-être même un peu indulgent de notre part.
J'espère que ma réponse te satisfera mieux cette fois, parce que vraiment j'ai fait tout mon possible.
De Thomas GREDAT
| 20H21 | 17/12/2008 |
Surprenant ?
Les gardes à vue abusives se multiplient, en toute impunité, pour faire du chiffre. D'autre part, les media se couchent devant le pouvoir. On a vu, pas plus tard que la semaine dernière, quel traitement juridique avait subi l'affaire de la bavure de Montfermeil. On avait vu, auparavant, comment le document en apportant la preuve avait été mis en doute avec la plus parfaite mauvaise foi.
Et j'allais oublier l'interrogatoire musclé de Guillaume Dasquié l'année dernière.
Deux leçons à tirer de ce récit :
- la police peut, en toute impunité, violer la liberté de la presse et, par conséquent, le droit des citoyens d'être informés. Pour cela, elle peut aller jusqu'à commettre des voies de faits sur des journalistes faisant leur travail sans contrevenir à l'ordre public. C'est illégal ? Et alors ?
- les media pourraient être l'un des rares contrepoids à des abus d'autorité policière que l'on voit se multiplier. Déjà aux ordres pour bon nombre, les journalistes savent maintenant ce qui les attend s'ils mettent leur nez là où ils n'ont pas à le mettre.
Victor Hugo a écrit : « Si vous avez la force, il nous reste le droit. »
Mais le droit seul ne peut rien contre la force.
Du moins la force brute ne peut rien sans un minimum d'intelligence. Tôt ou tard, il faudra s'en apercevoir.
Cette violence policière est le signe d'un pouvoir qui a peur.
De Shix
Madteam since 2010 | 21H27 | 17/12/2008 |
Hallucinant !
Je peux comprendre qu'on soit parfois énervés par des journalistes qui prennent des clichés en se disant que certains feront mal leur travail et interprèteront les photos selon leurs goûts.
N'empêche là c'est encore une fois une preuve de l'agonie de notre belle démocratie ! Et les responsables politiques ils disent quoi là ? Ils cautionnent ?
De Pierre Dumas
Etudiant en journalisme | 22H17 | 17/12/2008 |
Toute personne prise en photo sur la voie publique a le droit de demander auprès du photographe ou journaliste la non publication ou le floutage des clichés sur lesquels elle apparait. Mais en aucun cas la suppression des fichiers, et encore moins de le faire par soi même, et par la force, flic ou pas.
De skalpa
actif et militant ? | 22H40 | 17/12/2008 |
Un souvenir pas très vieux…
Mai 2007, Rouen….
Quelques manifestants sont venus protester contre l'élection de Nicolas Sarkozy…
Rassemblement très désorganisé, pas d'appel officiel, pas de mot d'ordre réel, juste envie (besoin ? ) de protester.
Beaucoup, beaucoup de policiers, crs en robocop ou tortue ninja, policiers en uniformes, en civil, …
Climat tendu au milieu des badauds interloqués, intrigués, par une telle présence policière….
Puis, la police charge très vite, lacrymo, etc…
Un photographie de la PQR locale qui était par là, s'est pris un coup de matraque…
20 ans de métier, jamais cela ne lui été arrivé…
Son journal est d'ailleurs plutôt reconnu pour être plutôt consensuel et populaire…
Par contre la police est parfois intéressée par les photos compromettantes… mais pas pour elle…
http://kprodukt.blogspot.com
De GastonLagaffe
flâneur | 00H42 | 18/12/2008 |
Ce qui est certain c'est que quand c'est pour aller coffrer des jeunes en pleine campagne là les flics s'entendent très bien avec la presse. Ils n'ont pas de problème de droit à l'image, mieux ils appellent la presse pour immortaliser leurs exploits.
De La dope
Un chomeur de plus ! | 08H42 | 18/12/2008 |
Il faudrait se rendre compte que les policiers ont tous les droits , peut étre pas sur le papier ni dans les textes mais sur le terrain c'est comme ça .
Les bavures et les excès de zèle de certain sont monnaie courante sans compter l'irrespect dont ils font preuve vis à vis de certains citoyens . Combien de fois et je dois pas être seul dans ce cas , je me suis fait tutoyer et insulter lors de simple contrôle .
On dirait que c'est aujourd'hui que les journalistes s'en rende compte , je veux bien que cela est empiré ces derniers temps mais sa date pas d'hier .
Je suis sur qu'en cherchant bien vous pouvez sortir plusieurs histoires dans ce genre concernant des policiers et ceux au moins une fois par jour !