Du petit roi de la bienpensance, Bernard-Henri Lévy, jusqu'au chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, nul astre de notre temps n'a eu d'envolées assez lyriques pour couvrir d'éloges l'immense écrivain et père du structuralisme.
Un Claude Lévi-Strauss qui sut naguère déciller les yeux d'un Occident vermoulu, narcissique jusqu'à l'autodestruction, abîmé de n'avoir trop longtemps voulu comprendre que l'antiquité grecque et latine n'était point l'alpha et l'oméga de toute civilisation humaine, et que hiérarchiser les mondes était aussi sot que de hiérarchiser les hommes.
Amusant empressement que cette fébrilité dont s'émeut tout ce que la Ve République compte de zélateurs, quand on sait que celui dont on glorifie l'acuité et la clairvoyance est, déférence gardée pour Claude Lévi-Strauss, vieillard génial et vénérable, l'un des grands cocus du régime et de son idéologie fondamentale…
Un régime qui, par un curieux hasard, fête cette année, lui aussi, son anniversaire : le cinquantième, ça ne s'invente pas… Or cet anniversaire a fait l'objet, contrairement à celui du grand Claude, d'une très prudente discrétion, justement…
Le cimetière des idées sales
Cette géométrie variable appliquée aux anniversaires possède une explication en forme de clef, quelque peu complexe et subtile comme un texte de Lévi-Strauss… Cette géométrie fluctuante -l'anniversaire qu'on fête à grand bruit, et puis celui sur lequel on glisse sur la pointe des pieds- se cristallise dans un fracassant quoique sourd face-à-face : celui, il y a un demi-siècle, de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, alors jeune cinquantenaire, et de la Ve République, qui venait de sortir de l'œuf…
Le destin de Claude Lévi-Strauss, nul ne se le rappelle aujourd'hui, croisa intimement et puissamment, en ses origines, celui de la Ve République. Il s'en fallut de peu que notre cher régime fût sa prodigieuse créature…
Mais au lieu de ce rêve, nous eûmes le cauchemar gaullien, dans lequel l'Afrique s'épuise depuis un demi-siècle, et où la France, après s'être brutalement racornie puis longtemps goinfrée, désormais s'étiole…
Claude Lévi-Strauss fut le tenant, le chantre, voire l'inspirateur d'un courant de pensée politique extraordinaire et visionnaire, qui présida à la naissance de la Ve République, mais qui, finalement et paradoxalement, fut broyé, réduit en poussière et dispersé aux quatre vents par cette même Ve République.
La broyeuse a tellement bien marché que ni Bernard-Henri Lévy ni le président Sarkozy ne conservent, manifestement, le moindre souvenir de ces entremêlements, de ces bras de fer, de ces contradictions, de ces affrontements pourtant majuscules…
Au reste, il n'est guère besoin de plonger dans les arcanes de la pensée et des écrits de Lévi-Strauss pour trouver trace de cette pensée politique qui, parce qu'elle fut frappée du sceau de l'infamie par ses vainqueurs, repose au cimetière des idées sales.
« Un autre destin est possible »
La IVe République, confrontée aux injonctions maghrébines et noires africaines, fut traversée de velléités révolutionnaires. Et si, pour en finir avec la crise née de l'obsolescence de l'injustice colonialiste et de la juste révolte des peuples d'outre-mer, il suffisait finalement de tenir les promesses de la IIIe République et de la Constitution, en accordant aux populations ultramarines ce qu'elles réclamaient : l'égalité politique réelle ?
Durant l'hiver 1954-1955, tandis que le Maroc ni la Tunisie n'étaient encore indépendants, et comme la guerre d'Algérie s'ébauchait, Claude Lévi-Strauss écrivit dans son chef-d'œuvre, Tristes Tropiques :
« Si, pourtant, une France de quarante-huit millions d'habitants s'ouvrait largement sur la base de l'égalité des droits, pour admettre vingt-cinq millions de citoyens musulmans, même en grande proportion illettrés, elle n'entreprendrait pas une démarche plus audacieuse que celle à quoi l'Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde anglo-saxon.
Quand les citoyens de la Nouvelle-Angleterre décidèrent il y a un siècle d'autoriser l'immigration provenant des régions les plus arriérées de l'Europe et des couches sociales les plus déshéritées, et de se laisser submerger par cette vague, ils firent et gagnèrent un pari dont l'enjeu était aussi grave que celui que nous nous refusons de risquer.
Le pourrions-nous jamais ? En s'ajoutant, deux forces régressives voient-elles leur direction s'inverser ? Nous sauverions-nous nous-mêmes, ou plutôt ne consacrerions-nous pas notre perte si, renforçant notre erreur de celle qui lui est symétrique, nous nous résignions à étriquer le patrimoine de l'Ancien Monde à ces dix ou quinze siècles d'appauvrissement spirituel dont sa moitié occidentale a été le théâtre et l'agent ?
Ici, à Taxila, dans ces monastères bouddhistes que l'influence grecque a fait bourgeonner de statues, je suis confronté à cette chance fugitive qu'eut notre Ancien Monde de rester un ; la scission n'est pas encore accomplie. Un autre destin est possible (…). »
Obtenir l'égalité pour s'aventurer sur la voie de la fraternité
L'indépendance, pour la plupart des habitants d'Afrique noire comme du Maghreb, n'était qu'une issue seconde, découlant de l'impossibilité d'obtenir l'égalité de la France. Obtenir l'égalité, pour la plupart d'entre eux, tout particulièrement au sud du Sahara, mais aussi au nord du grand désert, être enfin reconnus comme des égaux, c'était déposer les armes, pour enfin s'aventurer sur la voie d'une fraternité longtemps espérée.
Construire pour de bon l'avenir dans le vaste espace républicain, dont la France aimée et admirée savait les secrets, les vertus et les forces. La paix, la concorde tenaient à cela. Claude Lévi-Strauss, excellent connaisseur de l'Afrique, le savait.
La classe politique métropolitaine, souvent ignorante des réalités humaines africaines, enfermée dans des schémas hors d'âge, se tâtait. Seule l'Algérie, par son intime inclusion dans la métropole, semblait pouvoir bénéficier, peut-être, d'une exception.
En janvier 1955, répondant aux premiers feux de la guerre d'Algérie dont ils décelaient les causes, les désespoirs profonds, Pierre Mendès France et François Mitterrand chargèrent Jacques Soustelle, ethnologue de réputation internationale, ancien de la France libre et grand gaulliste de gauche, d'appliquer en Algérie les conclusions de Claude Lévi-Strauss, dont il se trouvait être l'ami.
On appela cela l'Intégration. Soustelle parvint à populariser cette idée révolutionnaire, tant bien que mal, auprès des masses pieds-noires pourtant rétives.
Mais les vieilles barbes de la IVe République, décidément, ne pouvaient voir neuf millions d'Arabo-Berbères musulmans devenir des Français à part entière, et voter, et envoyer des députés au Palais-Bourbon. Qui empêcherait, de là, les Nègres de demander la pareille ?
La « cervelle de colibri » de ceux qui prônent l'intégration
La IVe République décida donc de reculer, y compris en Algérie. En réponse, l'armée se souleva en mai 1958, poussée dans cette voie par l'ermite de Colombey, et ses relais algérois, notamment Jacques Soustelle…
Ainsi le général de Gaulle renversa la IVe République au nom de l'Intégration. Au gré d'un scénario sidérant, « un officier de filiation nationaliste et conservatrice, voire monarchiste » (Viansson-Ponté) endossait le programme de Claude Lévi-Strauss… En apparence. Car il n'en pensait pas un mot :
« Qu'on ne se raconte pas d'histoires ! (…) Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants. (…) Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain, seront vingt millions et après-demain quarante ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !
Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l'Elysée ? »
Ou un Nègre…
La suite coule de source. De Gaulle, par mille stratagèmes, au prix de multiples violations de la Constitution, de cyniques mensonges, de trahisons et d'innombrables crimes, fit en définitive le contraire de ce qu'il avait annoncé, le contraire de ce pour quoi l'armée l'avait aidé à renverser la IVe République, le contraire de ce pour quoi les Français l'avaient élu Président. Le contraire de ce qu'avait rêvé Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques. Au nom, ahurissante audace, de la victoire de la modernité politique sur l'obscurantisme et le fascisme.
Une inversion des rôles qui permit, depuis, que jamais ce choix ne soit interrogé ni remis en question, et que soient exaltées la figure, les décisions, et défendues les méthodes du Général, désormais sanctifié…
Ainsi la scission fut-elle finalement accomplie. Les chefs blancs ne voulurent point que la métropole fût submergée par la grande vague de l'outre-mer. Ils se résolurent à étriquer le patrimoine de l'Ancien Monde. Un autre destin était pourtant possible…
Nous savons celui qui nous fut donné en échange.
Il nous appartient, par delà les larmes, les regrets et les vies détruites, de construire notre avenir à cette aune difficile. Sans amnésie, ni soumission. Avec foi et idéal. En toute égalité et fraternité. Pour l'Afrique comme pour la France.
Bon anniversaire et longue vie, Monsieur Lévi-Strauss.




















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De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 11H12 | 17/12/2008 |
Mais , mais . Vous vous rendez compte de ce que vous ecrivez ? Si De Gaulle ètait petit , alors nano Sarkozy n'est meme plus visible au microscope électronique …
De organe_dhonneur
11H32 | 17/12/2008 |
Encore un délire d'alexandre gerbi ? ! Vous cherchez un BHL spécial rue89 ou quoi ? Un éric zemmour à vous ?
Après avoir déploré dans l'épisode précédent que l'afrique noire n'ait pas été rattachée à la France en 58, on apprend aujourd'hui que « De Gaulle renversa la IVe République au nom de l'intégration » mais que ce n'était pas vraiment sincère, ou que « François Mitterrand comprenait le désespoir profond de l'algérie avant 1958 ». Probablement la raison pour laquelle il étendit le recours à la torture ? Et confia les clefs de l'Algérie à l'armée ?
Cet « article » est factuellement idiot, éditorialement sans intérêt et d'un anachronisme bizarre. Le titre réussit à être inutilement insultant pour un homme qui a BEAUCOUP plus apporté à notre temps que tout ce que peut écrire alexandre gerbi.
Je pose la question sincèrement : qu'est-ce que des articles de recherche d'une qualité aussi médiocre font ici ?
à organe_dhonneur
De Servais-Jean
4591
HS | 17H30 | 17/12/2008 |
« qu'est-ce que des articles de recherche d'une qualité aussi médiocre font ici ? »
Ces articles ont le mérite de permettre vos jaculations verbales.
De Le Yéti
yetiblog.org | 11H42 | 17/12/2008 |
LES TOASTS DES MÉDIOCRES
C'est une grande et bien jubilante victoire pour le génie humain quand il force les médiocres qu'il pourfendait à lui rendre leurs si defunésiens hommages.
Il en est ainsi de Claude-Lévi Strauss, comme il en fut de l'abbé Pierre et de bien d'autres perles rares de l'intelligence et la générosité.
Ces toasts hypocrites que les médiocres portent, toute honte bue, à ceux qui les écrasaient de leur lucidité et de leurs rires goguenards, et par lesquels ils tentent désespérément de s'approprier ce qui leur manquera toujours, a quelques chose, je trouve, d'assez jouissif.
Merci, Alexandre Gerbi, de nous le rappeler d'aussi éclatante façon.
De Atlantis
Lycéen politisé | 14H48 | 17/12/2008 |
Hé bien…
Si vous n'avez jamais compris c'est quoi un article orienté, voila un exemple parfait.
« nous eûmes le cauchemar gaullien, dans lequel l'Afrique s'épuise depuis un demi-siècle »
Excusez moi mais les Africains se foutent maintenant très bien dans la merde sans notre aide, entre recrudescence des mouvements intégristes, génocides, guerres civiles ou inter ethniques, en élisant allègrement des dictateurs de la pire espèce…
L'occident vermoulu est certes responsable de bien des problèmes- frontières tracées à la règle sur des centaines de km et forçant ainsi des ethnies différentes à vivre ensemble par exemple. En dynamitant des « Nègres ». En massacrant des travailleurs au Congo.
Mais voila, les violences coloniales sont vieilles de 40 ans.
Les violences africaines existent toujours.
Alors au lieu de dire « l'occident est méchant, c'est à cause de lui que l'Afrique est dans la merde », il faudrait plutôt chercher à comprendre pourquoi l'Afrique est dans cet état actuellement, et comment y remédier.
De Atlantis
Lycéen politisé | 14H48 | 17/12/2008 |
Hé bien…
Si vous n'avez jamais compris c'est quoi un article orienté, voila un exemple parfait.
« nous eûmes le cauchemar gaullien, dans lequel l'Afrique s'épuise depuis un demi-siècle »
Excusez moi mais les Africains se foutent maintenant très bien dans la merde sans notre aide, entre recrudescence des mouvements intégristes, génocides, guerres civiles ou inter ethniques, en élisant allègrement des dictateurs de la pire espèce…
L'occident vermoulu est certes responsable de bien des problèmes- frontières tracées à la règle sur des centaines de km et forçant ainsi des ethnies différentes à vivre ensemble par exemple. En dynamitant des « Nègres ». En massacrant des travailleurs au Congo.
Mais voila, les violences coloniales sont vieilles de 40 ans.
Les violences africaines existent toujours.
Alors au lieu de dire « l'occident est méchant, c'est à cause de lui que l'Afrique est dans la merde », il faudrait plutôt chercher à comprendre pourquoi l'Afrique est dans cet état actuellement, et comment y remédier.
à Atlantis
De zorbek
23H38 | 17/12/2008 |
« il faudrait plutôt chercher à comprendre pourquoi l'Afrique est … »
Ben justement, relisez le, l'article est un élément de réponse…
De Bardamu
difficile | 14H53 | 17/12/2008 |
Merci pour cet article. La décolonisation a été en effet surtout une bonne affaire pour les pays colonisateurs…
Mais est-ce que vraiment une sortie du nationalisme étriqué et la construction d'une citoyenneté élargie englobant les peuples anciennement colonisés était possible à l'époque ? Et faut-il en rendre entièrement responsable le grand Charles ?
Nous n'arrivons même pas aujourd'hui à vraiment construire une Europe capable de dépasser les vieilles structures de l'Etat-nation…
à Bardamu
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 14H17 | 18/12/2008 |
Encore une fois d'accord avec Bardamu !
De WALTER le Suisse
17H44 | 17/12/2008 |
je crois que vous devriez surtout foutre la Paix à CLS et à l'Histoire. En cent ans de vie, dont 85 à l'état de conscience active, il en a assez vu comme ça. Alors arrêtez vos élucubrations, sinon il va tellement pouffer de rire que vos feuillets vont s'envoler…
Et faites-vous offrir l'histoire de France de René Rémond pour Noêl, le XXème siècle. Vous comprendrez peut-être enfin…
De William Tel
à Lille | 21H22 | 17/12/2008 |
Votre lecture de l'histoire défend un point de vue tellement excentré - ou concentré - qu'il est déformant. La pespective n'en est que plus intéressante. Je souhaiterais vivement vous voir développer cette idée plus avant.
De zorbek
23H29 | 17/12/2008 |
Excellent article !
Mais tellement à l'encontre des idées préconçues et de l'histoire officielle que je doute fort qu'il soit compris…
Je signale en passant que Pierrrre, à le lire, est un de ceux qui m'a persuadé du bien-fondé de cet article (vu sa propension à la contradiction je suis curieux de voir comment il réagira ; -)
à zorbek
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 14H15 | 18/12/2008 |
« Excellent article !
Mais tellement à l'encontre des idées préconçues et de l'histoire officielle que je doute fort qu'il soit compris… »
Je vous recopie, Zorbek, car c'est exactement ce que je pense, et que je pense encore plus après avoir lu certains commentaires.
Quant à l'hommage de Sharko*, il est dans la ligne de tous ses hommages :
- Utiliser des célèbres morts ou en passe de l'être, et donc dans l'incapacité de lui claquer leur porte au nez.
- Servir sa com'
* Shark, en anglais = requin.
à zorbek
De Alexandre Gerbi
(auteur)
Ecrivain | 18H45 | 20/12/2008 |
Cher Zorbek,
Puisque Pierrrre est selon vous susceptible d'être intéressé par cet article, je l'ai prévenu. Nous verrons ce qu'il en pense, s'il a le temps de passer…
Sinon, je partage vos doutes : la chape de mensonge est tellement épaisse que ces réflexions paraissent délirantes aux victimes de la propagande…
En témoignent les réactions, parfois injurieuses, de certains.
Mais comme le disait quelque part Ahmadou Kourouma : à la fin, de toute manière, ce qui est secret est connu par tout le monde…
Patientons, donc…
Bien cordialement,
Alexandre Gerbi
De affreuxjojo
22H14 | 18/12/2008 |
Je connaissais (en partie, car c'est ardu) l'oeuvre de Claude Levi-Strauss. Je ne connaissais pas cet engagement politique. Il me semble parfaitement cohérent avec son travail scientifique
L'idée que l'intelligence humaine à son plus haut niveau de développement est présente même dans l'ethnie qui semble la plus primitive (voir l'introduction de « La pensée sauvage ») était révolutionnaire. C'est rien moins que l'affirmation scientifique, indiscutable et éclatante de l'unité de l'humanité. Le travail de Claude Lévi-Strauss anéantit définitivement toute tentative de justification du racisme et de la colonisation.
De Charp
Employé | 11H25 | 21/12/2008 |
Article intéressant, à plus d'un titre.
Il rappelle que Levi-Strauss, s'il est un ethnologue incontournable, un penseur de haute volée, fut aussi un homme généreux… et un piètre politique.
Car avec sa proposition, fondamentalement juste et intellectuellement fondée, il oublie un « détail » : QUI pourrait bien adopter une telle mesure ?
Jamais la bourgeoisie française (ou n'importe quelle autre) n'a pu un instant sérieusement penser adopter cette mesure. Ce genre de proposition fait partie de ces utopies réformistes chères aux intellectuels se rêvant en conseillers du prince, si utile aux pouvoirs pour faire oublier que le système actuel est dans son essence inadaptable à l'humain.
De Gaulle est loin d'être le seul à avoir su utiliser avec cynisme ce genre d'idées généreuses pour asseoir son pouvoir et affaiblir les luttes d'indépendance.
C'est d'ailleurs l'autre intérêt de cet article : rappeler que le « grand homme » que l'on oppose sans cesse dans la gauche molle à l'actuel président, n'en diffère pas tant que cela : la domination des médias, l'autoritarisme de la droite dure mélangée à de pseudo- accents sociaux et à une vedettarisation télévisuelle les rapprochent à plus d'un titre.
Ce qu'il y a quand même de choquant dans la proposition de Levi-Strauss est de prendre appui sur l'exemple américain : cet État fondé sur l'esclavage des noirs, sur la destruction culturelle et physique des Amérindiens, n'est peut-être pas le meilleur contre-exemple à la politique coloniale française, qui, rappelons-le, sert aujourd'hui d'inspiration à la guerre coloniale d'Afghanistan, comme l'ont reconnu certains généraux américains.