Apprenant que Sciences Po devait accueillir, ce mercredi, une projection du film « L'Ecole du pouvoir », suivie d'un débat intitulé « L'ENA, s'ouvrir ou disparaître », Bernard Boucault, directeur de l'Ecole nationale d'administration, a déclenché une petite tornade de coups de fils entre Strasbourg (où se trouve l'ENA), un ministère parisien et Sciences Po.
Plusieurs énarques -l'ancien ministre socialiste Pierre Moscovici, le directeur de Sciences Po Richard Descoings et l'ancien ministre UMP Hervé Gaymard- avaient accepté de participer à cette projection-débat, organisée par les élèves du ciné-club de Sciences Po. Le film, une fiction produite pour Arte et Canal+, suit des étudiants de la promotion Voltaire (celle de Dominique de Villepin, de Ségolène Royal, de François Hollande ou de Renaud Donnedieu de Vabres).
Mais Bernard Boucault, « très énervé » selon des témoins de l'affaire, a fait intervenir la directrice de la communication de son école pour que cette projection soit reportée, puis carrément supprimée. Et, comme si cela ne suffisait pas, un membre du cabinet du secrétaire d'Etat à la Fonction publique s'est aussi mêlé de cette affaire manifestement primordiale.
Les étudiants de Sciences Po, à qui l'on a conseillé de justifier l'annulation auprès des inscrits par des « raisons techniques » -ce qu'ils ont refusé de faire-, n'ont pas eu d'autre choix que de s'exécuter. Boucault a même exigé des excuses de son homologue Descoings, qui se trouvait alors en vacances.
Cette passe d'armes entre l'incubateur de la haute fonction publique et son antichambre parisienne intervient à un moment crucial pour l'ENA : une réforme de l'école va être annoncée, dont L'Express devrait révéler les grandes lignes cette semaine. Est-ce cette perspective qui rend Bernard Boucault si interventionniste ?
► Mis à jour le 19/12/2008 à 21h20 après un appel de la direction de l'ENA, qui réfute que Bernard Boucault ait été énervé, et nous demande de tenir compte d'un post très apaisant de Richard Descoings publié le 18 décembre sur son blog. Rue89 maintient ses informations.
Augustin Scalbert





















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De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 20H20 | 15/12/2008 |
Ben qu'est ce qu'il y a , dans ce film ?
De Lucien_de_Rubempré
Splendeur et misère des court-disan... | 20H54 | 15/12/2008 |
« L'E.N.A n'est pas une école comme les autres. Derrière l'émulation, derrière la compétition intellectuelle et institutionnalisée, il y a une quête du futur pouvoir.
L'ECOLE DU POUVOIR s'attache à suivre, de 1977 à 1986, les épreuves et les tribulations de six personnages, prenant des trajectoires différentes, totalement déterminés à devenir l'élite de la France.
Pour ceux qui ont été “ choisis ”, chaque frottement avec le monde réel, comme les affinités qu'ils entretiennent au sein de l'école, les préparent au jeu politique et dessinent déjà des destins singuliers. »
Bof….rien que du connu donc. Mais cela va peut être mieux en le disant.
Et ben, si ce genre de chose est censurée, cela nous donne une idée de l'obscurantisme de la société dans laquelle on est. Un bon thermomètre.
De caro
délinquante avérée | 21H22 | 15/12/2008 |
Suite à ce texte, il sera difficile de continuer à dire que l'annulation de la projection est motivée par des « raisons techniques » ! : -))
Plus on avance, plus on recule vers l'obscurantisme liberticide.
De Suzanne Citron
Historienne et auteure | 08H56 | 16/12/2008 |
J'ignore les dessous subtils ou cachés de cette intervention ingérence mais à la seule lecture de l'article on peut se demander si ce monsieur se croit tout permis parce qu'il dirige l'ENA et à quel titre instituitionnel ou « déontologique » il prétend intervenir.
Cela en dit long sur la façon dont la méritocratie « républicaine » occupe et gère le pouvoir. On attend les réactions des élèves de l'ENA… mais on n'est plus en mai 68.
De Teberli
Enseignant | 13H35 | 16/12/2008 |
Toute vaguelette provoquée dans les instituts de formation des élites libérales-capitalistes et de leurs marionnettes politichinelles est bien entendu considérée comme aussi menaçante qu'un tsunami.
Raison de plus pour les éléments non serviles de ces institutions relais du libéralisme-capitalisme-destructeur-d'humanité de se bouger, de montrer leur volonté de changement et leur refus de docilité imbécile et coupable.
Pour un monde de civilisation, les positions clés doivent être occupées par des personnes civilisées et pas par des marionnettes grassement rétribuées.
ENA, Sciences Po, il faut secouer le bateau !
De zerisson
freelance | 14H18 | 16/12/2008 |
C'était juste pour illustrer le cours intitulé : « Liberté d'opinion, démocratie et censure »…
De Renaud Vialet
Riverain tardif | 15H13 | 16/12/2008 |
En complément, oui, une des questions est de savoir quel est le lien entre l'ENA et Sciences-Po (sans doute officiellement aucun) (pour palier mon ignorance : c'est privé, non , Sciences Po ? ). Et aussi quel est le lien entre la direction de Sciences Po et l'organisation étudiante qui voulait projeter le film (sans doute officiellement aucun). Difficile de leur jeter la pierre, mais ce ne sont pas non plus des foudres de guerre, les étudiants : avec le carnet d'adresses qu'ils doivent commencer à avoir, organiser une projection « privée » hors du périmètre de leur école ne doit pas être si difficile. Et cela serait rigolo, avec les RG à l'entrée du cinoche, pour ficher les mauvaises têtes. Dont certaines seront bientôt dircab du ministre de l'intérieur …
De Stuart
Etudiant en sciences politiques | 16H08 | 16/12/2008 |
Pour pallier votre ignorance, cher Renaud :
- Sciences Po est hybride : il reçoit des financements de l'état, mais se base également beaucoup sur les financements privés.
- Le lien entre la direction et le Ciné-Club est nul puisque ce dernier est une émanation du Bureau des Arts, association étudiante permanente chargée de promouvoir les arts et la culture au sein de Sciences Po.
Et ne surestimez pas le « carnet d'adresse » des élèves ! Comme si nous pouvions organiser des « projections privées » à nos frais !
En tout cas j'apprends l'annulation scandaleuse de la projection d'un film dans ma propre école par rue89. Ici, c'est le silence…