Sur le terrain 13/12/2008 à 00h19

Soutien agité aux jeunes Grecs sur les Champs-Elysées

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

Devant l’ambassade de Grèce à Paris, une petite manifestation de solidarité a dégénéré. Récit et témoignages.


Manif de soutien aux jeunes Grecs sur les Champs-Elysées le 12 décembre 2008 (Audrey Cerdan/Reuters).

A 17h30, un cordon de police empêche l’accès à la rue Auguste-Vacquerie, dans le XVIe arrondissement. L’ambassade de Grèce, ainsi protégée, reste à l’abri d’éventuelles dégradations.

Les 400 manifestants, venus apporter leur soutien aux étudiants et travailleurs grecs, stationnent à quelques mètres de là. Unef, Sud Etudiant, Parti de gauche, NPA, Attac, CNT... on brandit des drapeaux, on scande des slogans anti-Sarko et anti-police. Jean-Luc Mélenchon est dans les rangs. Le président de l’Unef, Jean-Baptiste Prévost évoque les similitudes entre la « génération 600 euros » de Grèce et la génération anti-CPE :

« Je ne sais pas comment va évoluer la situation en France mais la grande inconnue reste la capacité du gouvernement à apporter des réponses dans ce contexte difficile. La mobilisation va être forte en janvier si le gouvernement ignore les revendications des jeunes. »


Manif de soutien aux jeunes Grecs sur les Champs-Elysées le 12 décembre 2008 (Audrey Cerdan/Reuters).

Selon Jean-Baptiste Prévot, les étudiants français et grecs s’inquiètent de la précarité dans laquelle le gouvernement les abandonne :

« Fortement touchés par la crise et le chômage, les jeunes n’ont pas l’intention d’accepter ça comme une fatalité. »

Plusieurs dizaines de résidents grecs à Paris sont là avec des banderoles rendant hommage à Alexis, l’adolescent tué par la police à Athènes. Irini vit à Paris depuis plusieurs années et regrette de ne pas être dans son pays pour manifester auprès des « enfants qui subissent la violence de la police » :

« Je ne comprends pas comment une telle bavure a pu être commise au centre de la capitale, contre un enfant sans arme... »

La conversation est interrompue par un énorme brouhaha ; on passe d’un rassemblement à une marche. Le mouvement, spontané, est mené par les plus jeunes. Avenue d’Iéna, à quelques mètres de l’Arc de triomphe, la foule est arrêtée par les fourgonnettes de police.

En chiens de faïence, manifestants et policiers s’observent... En première ligne, des manifestants, très provocateurs, qui semblent n’attendre qu’une chose : que ça dégénère. Evidemment, ça dégénère un peu. Les premiers projectiles -une barrière et quelques bouteilles- sont lancés contre les forces de l’ordre. Planqués derrière leurs rideaux, les riverains observent la déferlante bruyante et finalement assez peu vandale. Exceptés quelques tags, seules les vitres de deux voitures font les frais de ce passage, un véhicule diplomatique et une Jaguar.


Manif de soutien aux jeunes Grecs devant le Fouquet’s à Paris le 12 décembre 2008 (Audrey Cerdan/Reuters).

Julien, militant du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), observe ces mouvements de colère de loin :

« Ce qui se passe en Grèce doit nous servir de modèle. Les travailleurs, partout en Europe, doivent se mobiliser parce qu’on se bat tous pour la même chose. On est solidaires contre un Etat assassin. Ce n’est pas seulement parce que les policiers répriment dans le sang mais parce que les réformes ne servent que quelques-uns. »

Les quelques manifestants les plus déterminés à semer la pagaille courent pour arriver sur les Champs-Elysées avant la police. Avec un certain succès puisqu’en quelques minutes la circulation est bloquée par moins d’une centaine de personnes, rassemblées derrière des barrières. Ils hurlent « la rue nous appartient ».

La police débarque en sureffectif et affiche sa mission bruyamment : « Toi ! Ta mission, c’est d’en attraper un ! T’entends ? » Quelques mètres plus loin, deux jeunes, par terre, se font passer les menottes. Un livreur, porteur de bonnet, se voit conseiller par un policier d’enlever sa cagoule parce que ça interpelle de partout.

Devant le Fouquet’s, la confusion augmente. Passants et commerçants assistent à un spectacle inhabituel et tentent de comprendre ce qui se joue sous leurs yeux. Aux touristes médusés qui interrogent, un policier réplique : « C’est rien, c’est un film ! »
A gros budget le film ; l’avenue, quadrillée par la police est vidée de ses voitures sur un tronçon entier.


Manif de soutien aux jeunes Grecs devant le Fouquet’s à Paris le 12 décembre 2008 (Audrey Cerdan/Reuters).

Assise sur un banc, Sophie a échappé à la police. Elle roule une cigarette en expliquant qu’elle n’avait pas du tout l’intention de « taper du flic ». Juste de casser des vitres :

« Pourquoi pas ? Les Champs-Elysées, ce ne sont pas des petits commerçants. C’est un lieu symbolique, un bel endroit pour dénoncer le pouvoir politico-financier. »

Il est 19h30. Le calme revient sur l’avenue la plus éclairée de Paris et Sophie n’a plus rien de la furie qui tapait si fort contre les barrières qu’elle s’est écroulée dessus.
Qu’est-ce qui pousse une jeune fille à jouer à la casseuse ? Très posément, elle s’explique :

« Je ne crois pas que le violence soit une fin. Mais c’est un moyen d’expression contre des réformes qui vont dans le mauvais sens. Et je ne veux pas en découdre avec la police, ce sont des pions qui se font aussi manipuler par le pouvoir qui a peur des consciences éveillées. Alors ils nous empêchent de nous exprimer. »

Elle espère d’autres manifestations, ayant plus d’ampleur :

« Comme en Grèce ! Comme en Italie ! Ca pète partout. Le mouvement est international et doit prendre de l’ampleur. »

20h00. L’avenue des Champs-Elysées a retrouvé son calme. Plusieurs cars des forces de l’ordre sont sur place. Un kiosquier ne s’en remet pas : « Je n’ai jamais vu ça ! C’est interdit les manifs ici ! »

Reportage photo : Audrey Cerdan/Rue89.

Voir aussi : la carte des autres manifestations de soutien à la jeunesse grecque cette semaine :

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  • A déménagé le 8-10
    • Posté à 07h11 le 13/12/2008
    • Internaute 1001
      nc

    Parmi les vieux et moins vieux qui applaudissent ici la violence de ces manifestations, qui ira porter des oranges en taule aux mômes qui se seront fait choper ? C’est beau le romantisme révolutionnaire quand on a le cul sur sa chaise et le ventre devant un clavier. Comme moi, tiens.

    Voilà. Et une fois que j’ai écrit ça, qu’est-ce que j’ai à leur porter, moi, à ces mômes ? La carte du ps ? Le nouveau réferendum en Irlande ? Un livre de Tariq Ramadan ? Une prime pour changer leur sarkozette pourrave ?

    Ventre affamé n’a pas d’oreilles, la colère est mauvaise conseillère, etc. Comment faire comprendre à Morgane et ses potes que péter les vitres aux Champzés est le plus sûr moyen de renforcer la Sarkozie ? Que les meilleurs agents électoraux de Notre Saigneur trônant au milieu de sa cour de rapaces furent, ils ne l’admettront jamais, les émeutiers de l’automne 2005 ?

  • Kipple
    Kipple
    Exilé
    • Posté à 15h25 le 13/12/2008
    • Internaute 49880
      Exilé

    C’est très intéressant cette aspiration à la « révolution ». Le mouvement en Grèce s’est crée autour de la mort de ce pauvre jeune homme et beaucoup de mouvements étudiants et de gauche y ont vu une opportunité sans précédent pour affronter Caramanlis.
    Les revendications des Grecs sont tout à fait légitimes et je suis sur que le gouvernement Caramanlis trouvera une issue... ou pas. Le problème c’est que l’on sait pas vraiment ce qu’ils veulent. Quelle mesures concrètes ? Ce mouvement passager dénonce un « système ». Détruire le « système », mais comment si on ne sait pas ce que c’est ? On hurle contre le capitalisme, la « violence d’état », les banquiers et les politiques qui complotent.. Au fond, ce ne serait pas le cri d’une jeunesse désabusée qui n’a plus de repères et de foi en l’avenir, et non un mouvement révolutionnaire type-mai 68. La manifestation paraît être une distraction qui change le quotidien et fait semblant d’espoir.

    Au passage, en lisant les commentaires, c’est incroyable de voir des commentaires appeler à l’insurrection et à l’unification européenne du mouvement. Faites très attention à la reprise de ce mouvement par les organisations politiques.

    Avant de réfléchir à remettre en cause les institutions en France, pensons un peu à ce que la République offre, à la situation en France par rapport aux autres pays du monde (hors-europe, par exemple). On a quand même beaucoup de chance.

    La révolution est d’un autre temps. Vous savez pourquoi ? Parce qu’on a tout ce qui faut : et quand je dis ca, ce n’est pas 300 Euros qui manquent pour un loyer, mais l’eau, l’électricité, le pain, la santé presque gratuite.

    Mai 68 ne peut pas se répéter, les valeurs ont changé, l’ordre moral post-1968 règne. Certes il existe des personnes en difficulté, mais en 1968, la bourgeoisie (ex : étudiants) participaient, et je vous rappelle que ces derniers tirent désormais les ficelles de ce monde.

    Petit rappel aux révolutionnaires en herbe :

    Article 412-3 du Code Pénal

    Constitue un mouvement insurrectionnel toute violence collective de nature à mettre en péril les institutions de la République ou à porter atteinte à l’intégrité du territoire national.

    Article 412-4 du Code Pénal

    Est puni de quinze ans de détention criminelle et de 225000 euros d’amende le fait de participer à un mouvement insurrectionnel :

    1° En édifiant des barricades, des retranchements ou en faisant tous travaux ayant pour objet d’empêcher ou d’entraver l’action de la force publique ;

    2° En occupant à force ouverte ou par ruse ou en détruisant tout édifice ou installation ;

    3° En assurant le transport, la subsistance ou les communications des insurgés ;

    4° En provoquant à des rassemblements d’insurgés, par quelque moyen que ce soit ;

    5° En étant, soi-même, porteur d’une arme ;

    6° En se substituant à une autorité légale.

    Article 412-5 du Code Pénal

    Est puni de vingt ans de détention criminelle et de 300000 euros d’amende le fait de participer à un mouvement insurrectionnel :

    1° En s’emparant d’armes, de munitions, de substances explosives ou dangereuses ou de matériels de toute espèce soit à l’aide de violences ou de menaces, soit par le pillage, soit en désarmant la force publique ;

    2° En procurant aux insurgés des armes, des munitions ou des substances explosives ou dangereuses.

  • William Tel
    William Tel
    à Lille
    • Posté à 10h46 le 14/12/2008
    • Internaute 24846
      à Lille

    A Zineb Dryef,
    Les deux commentaires sélectionnés le sont de manière étonnante. Ils argumentent tous deux le même point de vue.
    Avez-vous craint que cet article puisse être lu comme une incitation ? Parmi toutes celles rappelées par Kippie, a-t-il omis une loi qui condamne le journaliste convaincu d’encourager les manifestations violentes ? Ou est-ce une auto-censure en forme de repentir ?
    Quel camp choisirait Rue 89 en cas de soulèvements réellement similaires en France, voire dans toute l’Europe ? Celui de l’appel à la raison et du rappel à la loi ?

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