A debattre

Ouverture : ont-ils insufflé de la gauche au gouvernement ?

Bilan du travail des personnalités de gauche débauchées par Sarkozy à quelques semaines d'un remaniement ministériel.

Martin Hirsch et Fadela Amara à l'Assemblée en novembre 2007 (Jacky Naegelen/Reuters).

Depuis leur arrivée au gouvernement il y a un an et demi, Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Fadela Amara, Jean-Marie Bockel, Eric Besson et Martin Hirsch, tous ont subi les quolibets de leurs anciens camarades mais tous ont assuré qu'ils insuffleraient des idées de gauche dans un gouvernement de droite. Alors, opportunistes, faire-valoir ou vrais efficaces ?

A quelques semaines de la composition d'un nouveau gouvernement, dont François Fillon a assuré qu'il compterait encore des ministres d'ouverture, Rue89 revient sur le travail des ministres socialistes.

Eric Besson : « Ni de droite ni de gauche »

Eric Besson (Eric Gaillard).Il a été le premier. En 2007, inconnu du grand public, Eric Besson, socialiste, rejoint Nicolas Sarkozy et gagne au passage ses galons de traitre. En charge de la Prospective, de l'Evaluation des politiques publiques et du Développement de l'économie numérique, Eric Besson estime que ces missions sont son bilan.

S'il affirme dépasser le clivage droite-gauche, Eric Besson se déclare en harmonie avec ses idées :

« Je suis un homme de gauche solidaire du gouvernement. Mes actions ne sont ni de droite ni de gauche, mais lorsque j'essaye de faire du plan numérique un plan pour tous ou que je plaide pour une régulation européenne du football, je tiens là des propos que j'ai tenu au PS. Sur la flexsécurité en Europe, c'est un copié-collé de ce que je disais au PS ! “

Quant à sa ‘trahison’, c'est déjà de l'histoire ancienne pour Eric Besson qui revendique d'‘excellentes relations’ avec la plupart de ses anciens camarades. Grand défenseur de l'ouverture, le secrétaire d'Etat a lancé son mouvement ‘les progressistes’ qui… patine. Un peu comme celui de son ‘rival’, Jean-Marie Bockel.

Martin Hirsch : la loi RSA adoptée

Martin Hirsch (Charles Platiau/Reuters).Martin Hirsch a tout du cas particulier. Son titre : haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté. Son ambition : dès son entrée au gouvernement, l'ex-président d'Emmaüs annonce un objectif, généraliser le Revenu de solidarité active (RSA).

A la fin du mois de novembre, le Parlement a définitivement adopté son projet de loi.

Très critique envers le gouvernement, il n'hésite pas à prendre position contre les tests ADN, les franchises médicales ou, plus récemment, à marcher sur les plates-bandes de Christine Boutin. Dans une tribune publiée par Le Monde, Martin Hirsch a fait dix propositions pour venir en aide aux SDF assez éloignées de celles de la ministre du Logement.

Martin Hirsch ne s'embarrasse pas non plus de protocoles lorsqu'il s'agit de s'imposer. Alors que Nicolas Sarkozy exposait ses mesures pour lutter contre la pauvreté au début du mois de désembre, Martin Hirsch lui a tranquillement coupé la parole pour donner son avis et… agacer.

Jean-Marie Bockel : Pas la langue dans sa poche

Jean-Marie Bockel (Charles Platiau/Reuters).La Gauche moderne présentée comme ‘l'aile gauche de la majorité’ par Jean-Marie Bockel, son fondateur, bénéficie certes du soutien du gouvernement mais ni de celui des autres ministres d'ouvertures ni d'une masse sympathisante importante. Le secrétaire d'Etat aux Anciens combattants ne se laisse pas démonter pour autant :

‘Plus nous serons nombreux, plus nous aurons de poids. La Gauche moderne est ma valeur ajoutée au gouvernement surtout au moment où le PS va mal.’

Et quelles bonnes idées de gauche apporte-t-il aux anciens combattants ? ‘Au PS, j'étais déjà passionné par les questions de défense. Là, je travaille beaucoup sur l'importance de la mémoire.’

S'il n'a rien accompli de flamboyant, à ses débuts au gouvernement, alors qu'il était secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie, Jean-Marie Bockel était plus bavard. Ce qui lui a coûté son poste. Dans ses vœux à la presse en 2007, il avait appelé à signer ‘l'acte de décès de la Françafrique’. Le président gabonais, proche de Nicolas Sarkozy, visé par ses propos, s'était félicité de son départ.

Même s'il revendique n'avoir pas sa langue dans sa poche, Jean-Marie Bockel refuse de revenir sur cette affaire :

‘J'ai pris la décision de ne pas m'exprimer sur cet épisode mais je pense que nous avons tous [les ministres de l'ouverture, ndlr] un certain rayonnement, que nous soyons entendus ou pas, il y a un espace de débat. Nicolas Sarkozy prend les bonnes idées là où elles se trouvent.’

Jean-Marie Bockel ne cache pas son ambition. Il a confié à VSD, ‘c'est vrai que j'aimerais bien un jour être Premier ministre’. Ou de l'importance de savoir faire des compromis.

Fadela Amara : petit plan et gros mot

Fadela Amara (Robert Pratta/Reuters).La fait d'arme de la secrétaire d'Etat à la Ville et au Logement reste son ‘c'est dégueulasse’ concernant les tests ADN. Un peu maigre comme bilan… Son conseiller, Mohamed Abdi, est plus enthousiaste :

‘Son grand apport à la politique du gouvernement, c'est d'avoir réussi à remobiliser les politiques de droit commun pour les villes de banlieue.’

Le plan Espoir banlieue, reste difficile à évaluer. Certains des 4 500 contrats d'autonomie prévus pour venir en aide aux jeunes se mettent place mais aucun bilan chiffré n'a encore été établi. En revanche, ce plan n'avait de Marshall que le nom puisque les moyens mis en œuvre ont dressé les maires contre le gouvernement.

A l'UMP, l'ex-chef de file de Ni putes ni soumises agace par sa liberté de ton. Et par son ‘militantisme’, affirme son conseiller qui met en avant son ‘combat pour les villes pauvres et les banlieues’.

Bernard Kouchner : Pour quoi faire ?

Bernard Kouchner (Charles Platiau/Reuters).Plus grosse prise de Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner est logiquement celui qui s'attire le plus de critiques. Celles de son clan d'abord où l'on n'hésite pas à railler un ministre des Affaires étrangères ‘figurant’, ‘sans pouvoir’ et contraint, selon sa propre expression ‘d'avaler des chapeaux’.

De temps à autres, l'âme de gauche du ministre se manifeste comme lorsqu'il a refusé de se rendre au dîner organisé à l'Elysée pour le colonel Kadhafi ou qu'il a émis des réserves sur le projet de tests ADN pour les candidats au regroupement familial. Plus généralement, les prises de position de Nicolas Sarkozy reçoivent toute son approbation. Zélé, il n'hésite pas à attribuer des miracles au Président. Plus étrange, sa récente sortie sur Rama Yade :

‘Je pense que j'ai eu tort de demander un secrétariat d'Etat aux Droits de l'homme. C'est une erreur. Car il y a contradiction permanente entre les droits de l'homme et la politique étrangère d'un Etat, même en France.’

Toujours en tête des sondages de popularité, le chouchou des Français au gouvernement reste la caution de gauche la plus précieuse pour Nicolas Sarkozy… et sa politique.

Jean-Pierre Jouyet : Si diplomate

Jean-Pierre Jouyet (Chip East/Reuters).Très peu connu, Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, ne le sera pas davantage du grand public. Il quitte le gouvernement dans les prochains jours pour prendre les commandes de l'Autorité des marchés financiers (AMF).

Plutôt discret, il n'a pas hésité à faire observer que l'institution par le Parlement français d'un référendum obligatoire pour l'adhésion de la Turquie à l'UE risquait de provoquer une rupture avec Ankara ou à émettre des opinions négatives sur les tests ADN ou le fichier Edwige.

Dans une interview accordée à Métro, l'ex-proche de François Hollande avoue la difficulté de se fondre dans un gouvernement de droite lorsque l'on a des idées de gauche :

‘Sur les dossiers européens, je n'ai aucun état d'âme dès lors que l'on respecte le contrat européen, notamment sur le plan financier. Sur les événements domestiques, lorsque j'ai eu des réserves à faire, je les ai faites, car l'ouverture, ça ne sert que si vous pouvez vous exprimer en son nom (…) Mais il y a des dossiers où je suis moins à l'aise. Je reste social-démocrate, proche des socialistes, je ne m'en suis jamais caché.’

Il serait remplacé par Bruno Le Maire, ex-directeur de cabinet de Dominique de Villepin. L'ouverture continue…

Photos : Martin Hirsch et Fadela Amara à l'Assemblée en novembre 2007 (Jacky Naegelen/Reuters). Jean-Marie Bockel (Charles Platiau/Reuters). Martin Hirsch (Charles Platiau/Reuters). Eric Besson (Eric Gaillard). Fadela Amara (Robert Pratta/Reuters). Bernard Kouchner (Charles Platiau/Reuters). Jean-Pierre Jouyet (Chip East/Reuters).

6 commentaires sélectionnés

Portrait de electron.libre

De electron.libre

cadre et militant associatif | 15H47 | 12/12/2008 | Permalien

Ceux et celles qui prétendent que droite et gauche sont des clivages dépassés se mettent le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. Car le rapport à l'argent, notamment, et à la distribution des richesses est une vraie ligne de démarcation… Se dire de gauche et appartenir au gouvernement le plus répressif et liberticide de ces quarante dernières années, c'est un non sens. Peut on encore se dire de gauche, et, comme Fadela Amarra, appartenir à un gouvernement qui défend l'idée d'une france entourée de barbelés… dans laquelle des centres de rétention ont brûlés, indignité de notre civilisation soi disant avancée ? Peut on être de gauche, alors qu'on pratique sur notre sol des tests adn y compris pour des délits mineurs ? peut on encore se dire de gauche en appartenant à un gouvernement qui n'a de cesse que de détricoter tous els acquis sociaux mis en place par le conseil national de la résistance, qui'l conviendrait de réactiver face à une telle oppression économique qui ne profite qu'à une minorité de nantis autour du (petit) président sarkosy, la clique à Bolloré-Bouygues- et du Medef (dont son frère) réunis ? Mal à ma gauche, moi, quant tous les repères idéologiques sont ainsi piétinés par une réthorique bien difficile à suivre… ne serait-ce pas le fameux « quia absurdum » ? Pour une gauche de combat !

Portrait de Le Yéti

De Le Yéti

yetiblog.org | 18H00 | 12/12/2008 | Permalien

« ont-ils insufflé de la gauche au gouvernement ? »

J'arrive du boulot et je tombe sur cet article.

AVEC CE TITRE !

ET CETTE QUESTION ! ! !

Ça, chère Zineb, ne le prenez pas mal mais c'est vraiment des titres et des articles pour ne rien dire, des paroles verbales. Le marronnier* fastidieux de fin d'année. Il suffit de considérer l'année qui vient de s'écouler pour comprendre l'inanité totale de cette question-titre. Et son absence totale d'intérêt. Même le RSA est une supercherie, un simple déplacement de moyens, contraint et forcé par les évènements. En tout cas, certainement pas un truc de gauche (ou alors la gauche PS qui tient de la bouffonnerie).

D'ailleurs, je regarde tous les titres de ce jour sur Rue 89 à 17h00. RIEN SUR L'ÉVÈNEMENT MAJEUR DE LA JOURNÉE, le coup de grâce très certainement fatal qui vient d'être porté à l'ensemble du système par lequel l'Empire américano-occidental dominait outrageusement le monde. Je veux parler du refus par le Sénat américain d'accorder la moindre aide à l'industrie automobile US. Laquelle se dirige tout droit vers la faillite, sans doute avant la fin de cette année 2008, et a d'ailleurs déjà engagé des conseillers pour préparer le terrain de la catastrophe.

Enfin bon, chacun ses priorités.
________
* Pour les non-initiés, un « marronnier », c'est un article qui revient rituellement aux mêmes dates, généralement en période creuse, genre « les maris profiteront-ils des vacances d'été pour tromper leurs femmes ? ».

Portrait de leon.trotski

De leon.trotski

Trés à gauche | 17H11 | 12/12/2008 | Permalien

En vérité, il y a certaines réformes qui sont au dessus du « droite-gauche ». Hier c'était Simone Veil avec l'avortement aujourd'hui c'est M.Hirsch avec le RSA. Si une réforme n'est pas faite par un gouvernement de gauche, elles est faite par un de droite sous la pression du peuple (de gauche et de droite), car c'est le moment de la faire, cette .réforme.

cette « ouverture » ne veut rien dire, les personnes en question ont été « embauchées » pour leurs capacités, leur images, pour affaiblir l'opposition. A ce jeu là, on gagne à tout les coups.

Portrait de Bovary

De Bovary

19H04 | 12/12/2008 | Permalien

Le bilan global est plutôt maigre. Comme il s'agit de gens intelligents, on peut penser qu'ils sont - ensemble - malhonnêtes intellectuellement quand ils prétendent avoir fait œuvre utile. Ils sont prisonniers de Sarkozy, mais cette situation les arrange d'un point de vue carriériste. L'ouverture pratiquée par Sarkozy est une esbrouffe de plus. « Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. » Dixit Victor Hugo dans Napoléon le petit.

Portrait de PHILOIS83

De PHILOIS83

20H22 | 12/12/2008 | Permalien

Pour moi, ces « personnalités » de gauche se sont fourvoyées. Le président a très bien manœuvré. Et, il faut aussi parler de Strauss-Khan. Bref, la politique actuelle n'a rien du tout d'une politique de gauche - hormis le RSA, Hirsh est le seul - à mes yeux - qui a réussi à rester lui-même et à réaliser son projet.

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