
Ils partent en Afghanistan, au Darfour ou en Haïti, pour la Croix-Rouge, Médecins du monde ou Action contre la faim. Au retour, ils sont souvent décalés, sans travail ni reconnaissance.
« J'ai travaillé dans l'humanitaire plusieurs années. Je viens de rentrer après deux ans en Haïti pour l'ONU et différentes missions au Pérou, au Darfour. Le retour est difficile et solitaire. Le danger guette : repartir, c'est plus facile. »
Comme Anne-Ael Pohu, ils sont nombreux à se lancer dans l'humanitaire par enthousiasme et engagement, sans forcément vouloir changer le monde. Mais face aux exigences du terrain et d'une société civile de plus en plus critique, le concept d'humanitaire se transforme.
En dix ans, cinquante masters universitaires spécialisés dans la solidarité internationale ont vu le jour en Ile-de-France. Moins simpliste, prête à accepter critiques et évaluations, la discipline acquiert une reconnaissance officielle et se professionnalise. En 1997 et en 1999, pour la première fois, Handicap international et Médecins sans frontières, deux organisations non gouvernementales françaises, remportent le prix Nobel de la paix.
« Les départs sur le terrain sont moins systématiques »
Partir, aider, financer, éduquer, les actions éthiques ont des conséquences sensibles. Et l'impact est souvent désastreux quand dans les faits, les équipes imposent au lieu d'accompagner. Les organismes se sont donc adaptés. Non sans conséquences sur la façon dont les jeunes conçoivent le métier.
Stéphanie di Muro, responsable du master solidarité internationale de l'Institut catholique de Paris en est consciente :
« Les ONG mettent l'accent sur l'action technique et le management au détriment du discours altruiste. Les étudiants l'ont compris et les départs sur le terrain sont moins systématiques. Beaucoup veulent travailler au siège des organismes. »
Pour ces volontaires, déjà très diplômés, les masters spécialisés en gestion humanitaire offrent un complément de formation, une réflexion plus théorique. Mais ils restent nombreux à partir. Ils s'engagent, souvent comme bénévoles ou volontaires internationaux.
Ce statut qui concerne 80% des travailleurs humanitaires est souvent critiqué. Avec peu ou pas de rémunération, il donne peu de droits aux travailleurs qui partent moins d'un an. Et offre de mauvaises surprises à ceux qui n'avaient pas pensé à leur retour.
La solitude du retour
Eric Gazeau dirige Résonnances humanitaires, une association spécialisée dans l'accompagnement des expatriés de la solidarité internationale. Il s'inquiète :
« L'humanitaire est un espace de liberté, l'urgence est excitante. Mais au retour on se retrouve décalé par rapport à son pays. On ne se connaît plus. »
L'après-mission s'effectue souvent dans la solitude, une fois passée l'euphorie des retrouvailles. Aux difficultés psychologiques s'ajoutent des problèmes matériels. Le niveau de vie français est plus élevé que le salaire des volontaires internationaux.
En outre, les exigences professionnelles des expatriés sont élevées. Ils ont beaucoup appris, ont dirigé des équipes, pris des initiatives mais reviennent inadaptés sur le marché du travail. Anne-Ael Pohu, ancienne volontaire, explique :
« On parle un jargon que personne ne comprend, il est difficile de valoriser nos compétences. »
Et les périodes de chômage se prolongent, parfois longtemps.
Un retour réussi est donc un retour anticipé. Il s'organise en entretenant un réseau international et surtout français. Certaines ONG, formations ont une politique de ressources humaines consciente de ces difficultés.
« Apprendre à rentrer pour mieux repartir »
Handicap international ou Bioforce, école de formation à la solidarité internationale, proposent un stage d'accompagnement. Le but est de prendre du recul face à une expérience traumatisante. Mais cette pratique est rare. Pour Claire Vincent, étudiante en master coopération internationale à la Sorbonne :
« Une mission humanitaire a beaucoup d'impact. Il faut penser au retour avant de partir et se tenir prêt à évoluer pendant le projet. Le risque est de revenir avec les mêmes préjugés. »
A l'atterrissage, les difficultés sont garanties. Les volontaires le disent souvent. Lucie Moine, volontaire pour la Croix-Rouge, se souvient :
« A la fin d'une mission je n'avais aucune envie de me poser des questions. Peu à peu j'apprends à rentrer, pour mieux repartir. »
Selon Eric Gazeau, l'écoute des personnes pourrait devenir un « label de qualité » pour les ONG. Pour Olivier Ferrando, chargé de la formation chez Acted, quatrième ONG française, il y a un problème majeur :
« L'expatriation n'est pas reconnue en tant que formation. »
Le secteur privé reste fermé à ce genre d'expériences. Il faut donc savoir s'ouvrir à d'autres domaines qui recrutent. Le tourisme solidaire, la microfinance, le travail social, les institutions internationales exigent des compétences similaires.
Photo : Des membres de la Croix-Rouge allemande à l'aéroport de Berlin (Hannibal Hanschke/Reuters).




















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De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 14H58 | 13/12/2008 |
Contre-sens, à mon avis : dénoncer les multinationales ne mène pas très loin, ça sert surtout à se faire croire que l'on est dans le bon camp.
L'ancienne « qualité de vie » des autochtones est un cliché vide de sens. Il suffit d'être allé en Afrique il y a 50 ans pour le savoir. Quand j'organisais une partie de foot entre adolescents dans un bled du Mali, il était facile de se rendre compte qu'ils étaient sous-alimentés après 20 mn de jeu : essoufflés, perclus de crampes, les joueurs n'en pouvaient plus. Le mil et le sorgho suffisent peut-être à nourrir des gens au rythme de vie très lent, mais dès qu'il faut faire un effort physique, on se rend compte que leur ration de protéines complètes est complètement inadéquate (tant pour l'exercice physique que pour l'effort intellectuel). Voilà où se situe le problème. De ce point de vue, il y a plutôt eu une certaine amélioration dans beaucoup de pays pauvres au fil des ans. Ceci exclut évidemment les pays où sévit la famine, dont je n'ai pas eu l'expérience.
A l'heure actuelle, on rend davantage service aux gens au Niger en leur apprenant comment forer un puits qu'en s'époumonant contre Areva. Ca n'empêche pas de penser pis que pendre d'Areva et des ravages qu'elle cause, mais c'est un autre problème. Il y a des limites au « politique » dont les gens qui se prétendent politisés en Occident feraient bien de se rendre compte.
De Marouch
en recherche d'emploi | 11H50 | 13/12/2008 |
Beaucoup de confusions dans les commentaires… Non, être volontaire (payé 685* à 1000 euros) n'a rien à voir avec le Volontariat International en Entreprise (VIE, payé une fortune, logé blanchi, voiture de fonction etc. bien souvent). Et il arrive que des expatriés en ONG aient le statut de volontaire après 28 ans, il ne s'agit pas du statut spécial de « Volontariat International » (avec les majuscules), et ce n'est pas du bénévolat non plus.
Egalement : non, Première Urgence et Acted ne salarient pas tous leurs employés à 2000 euros. Et s'ils salarient leurs expatriés rapidement, ils restent néanmoins minoritaires parmi les ONG françaises.
* indemnité la plus basse que j'ai trouvée à ce jour.
Et pour compléter les débuts d'explication à « pourquoi les RH ne veulent pas recruter d'anciens humanitaires », une de nos profs nous racontait qu'elle avait mis du temps (3 ans si mes souvenirs sont bons) avant de retrouver du boulot, car les recruteurs lui disaient « mais vous allez vous ennuyer chez nous, il ne se passe rien de palpitant ici ! » et ne l'embauchaient pas car ils avaient peur qu'elle démissionne au bout de quelques mois à cause de ce supposé ennui. Elle avait beau leur jurer qu'elle était décidée à rester en France, ils ne voulaient pas d'elle. J'imagine que c'est une des explications aux difficultés de réinsertion des humanitaires.
De Pierrrrre
12H32 | 13/12/2008 |
Et pourtant… à embaucher un cadre capable de dépatouiller n'importe quelle situation,
et ne pas se faire rouler dans la farine par des discours de compassion bidon,
un type qui reviendrait du bout du monde en ayant pataugé dans des problèmes impossibles m'apparaitrait particulièrement adapté.
Adapté surtout à faire évoluer les autres dans un relationnel moins guindé, plus transparent et où les protocoles alambiqués sauteraient pour plus d'efficacité.
Embaucher un zorro du bout du monde, c'est se bouger,
c'est risquer devoir se bouger…
mais…
on est en France,
et en France, tout le monde le sait,
faut pas bouger… se bouger, se ce serait « exploiter les autres »..
en France, faut attendre que ça vienne… par un comportement citoyen et respectueux des consignes et process démocratiques ou hiérarchiques.
Ou encore, faire la révolution, mais toujours sous les consignes de celui qui tient le porte-voix et qui a distribué pancartes et caillasses.
De Anthropia
12H47 | 13/12/2008 |
Toute personne qui a vécu longtemps à l'étranger, pas en expatriation, mais étant parti travailler et étudier de sa propre initiative,, sait combien il est difficile de rentrer et de retrouver un poste.
Cela m'est arrivé deux fois, rentrée des States, et d'Allemagne, impossible d'atterrir, alors qu'on se dit qu'on a acquis de nouveaux savoirs utiles, langues, connaissances du business à l'étranger, c'est comme si les patrons français frileux n'en avaient rien à fichtre, des mois de chômage pour tout résultat.
Mais ça c'est la France, ne comptent que certains diplômes que le patron a eu lui-même, l'expérience, il n'en a rien à faire. Nous sommes dans un pays clanique, très difficile à vivre, quand on veut innover, créer.
http://anthropia.blogg.org
De kazhkoad
- | 17H06 | 13/12/2008 |
la réinsertion variera beaucoup en fonction du cursus initial : s'il s'agit d'une formation type Master dans le domaine de l'humanitaire ou Bioforce avec pas grand chose avant, ça sera très dur…
ça dépendra aussi du type d'ONG … (et donc des missions exercées).
Ce n'est pas seulement le type de boulot qui joue dans la réinsertion : quelqu'un qui aura bossé en Afrique y compris dans le privé (à part dans de grands groupes) aura également du mal à se réinsérer.
A mon avis, le problème n'est pas tant de revenir d'une ONG que de revenir d'un PVD…
De starsss
02H51 | 14/12/2008 |
J'ai pas lu mais au titre… quoi, dans un monde aussi insecuritaire on pense deja a recycler nos humanitaires… c'est une joke ? ?
De jac le rat
aventurier | 02H52 | 14/12/2008 |
On y va pour quoi ! ?
Bien sûr, le retour…
Un choix !
Choix existentiel,
salaire,
A voir…
De antietatiste
médecin | 18H12 | 14/12/2008 |
ce n'est pas au contribuable a financer ces « travailleurs “ de l'humanitaire dont les organisations lui coûtent déja très cher pour un ratio coût/eficacité qui reste confidentiel …Sur le terrain depuis 50 ans ces pays sont toujours ‘en développement’ ? ? ? ?