Enquête 10/12/2008 à 20h35

Bazire, l'ami de Sarkozy, plombé par un défiscalisateur


Nicolas Bazire n'a pas le nez creux. Le numéro 2 du groupe LVMH et témoin de mariage de Nicolas Sarkozy a misé une bonne partie de ses économies dans des montages de défiscalisation « LMP » (Loueurs meublés professionnels). Pas de chance, il est tombé sur le groupe Guinot. Résultat : un investissement dans des dizaines d'appartements qui ne valent plus grand chose. Mais, comme des milliers d'autres particuliers, il pourra compter sur la « bienveillance » du ministre du Budget.


La résidence Thermalia, dans laquelle a investi Bazire (DR)

Jean-François Guinot est aux abonnés absents (il n'a pas répondu à nos appels). Fan de rallye automobile, ce défiscalisateur professionnel a pourtant eu son heure de gloire, avant sa chute. Au tournant des années 2000, il était « l'homme qu'il fallait contacter pour investir dans l'immobilier », comme le présente le repreneur de son groupe, Yannick Ainouche, DG du groupe Quiétude.

Première bourde : le fisc refuse la déduction promise par le cabinet Guinot

A l'époque, le cabinet Guinot propose à ses clients un nouveau produit de défiscalisation baptisé Loueur meublé professionnel (LMP). Le procédé est simple : acheter suffisamment d'immobilier pour en retirer au moins 23000 euros de loyers annuels. En échange, les investisseurs ont droit à une déduction fiscale d'environ 20% du placement, à condition d'investir dans des résidences thématiques à vocation sociale :

  • Résidences touristiques, principalement à la montagne ou au bord de la mer
  • Résidences étudiantes, avec des services intégrés
  • Résidences médicalisées pour les personnes âgées

Dès 2003, ses premiers clients « LMP » reçoivent une désagréable lettre du ministère des Finances. Le fisc refuse la déduction promise par Guinot, au motif que les immeubles ne sont pas encore sortis de terre. Première bourde. Jean-Claude Gironde, trader, a placé 600000 euros dans huit studios pour étudiants à Montpellier. Il doit alors rembourser 100000 euros à l'Etat.(Voir la vidéo)

Nicolas Bazire a lui aussi choisi de placer ses jetons de présence (il est administrateur de six groupes, de LVMH à Carrefour en passant par Suez Environnement et Ipsos) en LMP. L'ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur retient une jolie résidence touristique des Pyrénées. Termalia, à CapVern-les-Bains, compte 68 appartements. Il en achète plusieurs dizaines, avec d'autres studios à Agen et Avignon.

Lorsque nous le contactons c'est à peine s'il se souvient de cette opération :

« C'était il y a sept ou huit ans. M. Guinot a dû faire de mauvaises affaires, mais franchement, cela ne m'a pas bouleversé. Et puis, aujourd'hui, le nouvel exploitant fait un très bon travail. »

S'il refuse de préciser le montant des sommes investies (plusieurs millions d'euros selon nos informations) ou le nombre d'appartements possédés, Nicolas Bazire se veut philosophe :

« On perd de l'argent quand on réalise, or je n'ai rien vendu. Honnêtement, je n'ai pas suivi cela d'assez près, je n'ai pas beaucoup de temps. C'est idiot, d'ailleurs. »

Nicolas Bazire est tombé dans le panneau, comme de nombreux artistes, people et autres patrons de sociétés. Il n'est jamais facile d'avouer qu'on s'est fait avoir.

Erreurs de gestion, promesses fallacieuses... à l'automne 2007, plus de loyers

Pendant plusieurs années, le groupe Guinot inspire confiance, car il semble florissant. Life Valley regroupe des dizaines de résidences, un peu partout en France. Jean-François Guinot, « excellent commerçant » d'après tout ses clients, promet des profits exceptionnels. Promesse tenue, jusqu'à l'automne 2007 où, brusquement, le paiement des loyers s'interrompt.

Claude Balleyguier, client de Guinot et chef d'entreprise à l'origine de la procédure de redressement judicaire intervenue en février 2008 :

« Dès novembre 2007, j'ai vu le coup venir. C'est très simple : ce monsieur a surfacturé les lots (environ 20% au-dessus du marché) en garantissant un rendement d'au moins 5% nets par an. Mais il savait très bien que ce n'était pas tenable. Les charges repartant en loyers représentaient 75 à 80% du chiffre d'affaires, alors que les références de la profession sont plutôt autour de 50%. Il prenait l'argent en amont et il a ensuite utilisé la trésorerie du groupe pour faire de la promotion. Puis c'est la fuite en avant... »

Finalement, Life Valley est placé en redressement judiciaire en février dernier au Tribunal de commerce de Grasse.

Une méthode bien rôdée : l'investissement citoyen

En réalité, la fortune de Jean-François Guinot repose sur la méthode du package. Du « tout en un » bien pratique pour les professions libérales, cadres sup » et haut fonctionnaires fatigués par les démarches administratives. Guinot promet de s'occuper de tout. Avec deux experts comptables parisiens, un notaire de Mayenne et plusieurs banques (Crédit Agricole, Crédit Mutuel...), il propose de créer une SARL qui regroupe les actifs LMP. Ancien cadre spécialisé dans la logistique, Alain Pfeiffer a misé 444000 euros sur six studios d'étudiants :

« Guinot expliquait qu'en payant des impôts élevés, cet investissement permettrait de capitaliser, en ayant un geste citoyen, car incité par l'Etat. Moi qui suit un ancien soixante-huitard, investir pour les étudiants et les seniors, ça m'allait. J'ai fait ça en quelques heures, le soir, après mon boulot. »

Aujourd'hui, Alain Pfeiffer est au chômage. Il a été redressé de 50000 euros et est endetté jusqu'au cou. Même scénario pour Maurice Benjohar, dentiste, qui a investi 430000 euros en LMP (sept studios pour étudiants à Agen) pour avoir un complément de retraite. Lui aussi a eu droit à un redressement fiscal et à un trou de plusieurs mois dans le versement des loyers. Il a intenté une action civile contre le groupe Guinot, mais après cinq audiences, le dossier fait toujours du surplace :

« Le citoyen que je suis n'est pas protégé. On a participé à l'effort national avec ces logements étudiants et l'Etat nous laisse tomber. Je ne peux plus payer mes avocats, c'est pour ça que je ne suis pas allé au pénal. »

La promesse d'Eric Woerth : une approche bienveillante pour les LMP

En fait, l'Etat suit de très près le dossier LMP. Après un lobbying intense, l'ADI LMP de Jean-Claude Gironde a obtenu un courrier d'Eric Woerth où le ministre du Budget promet la « bienveillance » des services fiscaux, au cas par cas.(Voir la vidéo)


Pire : le gouvernement a été alerté depuis au moins un an des mauvaises pratiques des défiscalisateurs. En décembre 2007, le patron de Quiétude adresse une lettre d'alerte au secrétaire d'Etat à l'Industrie et à la Consommation. Il préconise d'instaurer des garanties à l'exercice de cette profession qui n'est pas du tout encadrée par la loi (voir le document). Yannick Ainouche attend toujours la réponse de Luc Chatel.

Enfin, les investisseurs LMP ne devraient pas échapper à la réforme voulue par Bercy, qui prévoit de supprimer l'ensemble des avantages fiscaux du dispositif. Par exemple, ils ne pourront plus échapper à la taxe sur les plus-values immobilières, en cas de revente de leurs biens. Commentaire de Nicolas Bazire :

« Je serai très heureux de payer la taxe, je serai très heureux de payer l'impôt. »

Il n'est jamais trop tard pour changer d'avis. Pourtant, en 2008, Nicolas Bazire n'a pas résisté à un autre produit de défiscalisation -le Girardin- qui stimule l'investissement productif dans les départements d'Outre-mer.

Correction 15/12/08 : dans le titre « plombé » remplace « plumé ».

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  • pablico
    pablico
    Sudoku et Nord de face
    • Posté à 02h47 le 11/12/2008
    • Internaute
      Sudoku et Nord de face

    mon grand-père m'a toujours répété :

    quand on te propose une bonne affaire à plus de 10% , refuse net, c'est une escroquerie.

    à moins de 10% , méfies toi, étudie la bien.

    si c'est à peu près au prix du marché, c'est une affaire normale.

    Grand-père finissait en disant :

    si c'est vraiment une bonne affaire, celui qui la propose, la fera tout seul, ou en famille. On ne va jamais chercher un inconnu, ni un ami, quand on a une bonne affaire en main.

    on n'oublie pas des leçons de sagesse (que j'ai vérifié) comme cela..

  • Chele
    • Posté à 08h52 le 11/12/2008
    • Internaute

    « Le citoyen que je suis n'est pas protégé. On a participé à l'effort national avec ces logements étudiants et l'Etat nous laisse tomber. »

    Un effort national à 74000 € la studette étudiante, il se fout de qui ? Les petites surfaces sont celles qui offrent le plus fort rendement. Les loyers perçus sur ces surfaces sont impressionnants ; ces résidences s'adressent donc aux étudiants de familles riches. Il est où l'effort national, vautour ?
    « Le citoyen n'est pas protégé » ? « L'Etat nous laisse tomber » ? Il a voulu se goinfrer au dépens de l'état (nous) en profitant d'abattements massifs sur un enrichissement personnel, il s'est fait baiser par un tiers vautour et il pleure parce celui sur lequel il a voulu se goinfrer n'épongera pas les conséquences de son incurie personnelle ?

  • anonymous_coward
    • Posté à 09h15 le 11/12/2008

    ils ont voulu éviter de payer des impôts pour soutenir l'effort national ?

    Y'a que moi que cela choque ?

    Ils ont investi, c'est la même chose que les acheteurs de fonds spéculateur, vu la bulle immobilière qu'ils ont contribué à gonfler.

    Quand on peux investit 400 000 euros en quelques heures après le boulot, comme d'autres achétent une TV ou un frigo, alors on ne vient pas pleurer de s'être fait berner.

  • Strelok
    Strelok répond à Peureux anonyme
    Humain
    • Posté à 10h06 le 11/12/2008
    • Internaute
      Humain

    Pourquoi dire les gens qui ont TROP d'argent ? Qu'est-ce que c'est que cette mentalité française où ceux qui ont BEAUCOUP (notez la nuance) d'argent sont forcément des voleurs ? A partir de quel seuil a-t-on assez d'argent, à partir de combein a-t-on TROP d'argent ? Dans ce cas on doit le rendre, parce qu'on l'a forcément gagné de façon malhonnête, c'est ça ?

    Que quelqu'un qui voulait éviter de payer des impots, ou bénéficier d'un rendement irréaliste se soit fait avoir, ça arrive. Après tout, il n'avait qu'à faire attention. Mais je ne vois pas en quoi le fait qu'il soit riche, entraîne que ça soit bien fait pour lui. Alors qu'une personne de classe moyenne, qui chercherait -exactement pour les mêmes raisons, la cupidité- à ne pas payer d'impots, elle, serait une victime ?

    Quand on voit cet esprit français anti-riches, il ne faut pas s'étonner qu'on soit toujours les derniers à sortir des crises. Dans d'autres pays on ne crache pas sur les riches en se plaignant, on se demande « comment pourrais-je faire pour le devenir moi aussi ? ». Et c'est bien plus efficace comme mentalité.

  • r0d
    r0d répond à Strelok
    exilé heureux
    • Posté à 10h27 le 11/12/2008
    • Internaute
      exilé heureux

    « cet esprit français anti-riches »

    C'est amusant cette rhétorique libérale bornée. Je ne vis plus en France depuis quelques temps, et je ne l'avais plus entendue depuis longtemps. Mais elle m'amuse toujours autant, tant par son cynisme que par sa vacuité, mais surtout par l'idéologie cuistre qui se cache derrière et qui vous fait dire des âneries énormes sans y réfléchir.

    Effectivement, j'ai roulé ma bosse dans beaucoup de pays, et je puis vous assurer qu'il n'y a pas qu'en France, loin de là, que les riches ont une mauvaise image. Ensuite, dire que la France est toujours dernière à sortir des crises, c'est également d'une stupidité que seuls des gens comme Friedman peuvent proférer en public sans rougir de honte. Allez expliquer cela au Mexicains (pays qui aime beaucoup les riches), aux Chili ou en Argentine (pays qui aiment moins les riches là par contre), au Japon, en Espagne, en Italie...

    Quand j'étais jeune, cette prose sois-disant libérale (qui en fait, en relisant les classique, fait honte à ses penseurs originels), m'énervait. Aujourd'hui elle me fait rire par son incohérence.

    En fait, quand vous dites « les autres pays », il s'agit certainement des USA et des RU. Quant au « c'est bien plus efficace comme mentalité »... efficace, peut-être, mais pour quoi ? Pour détruire peuples et planète sans avoir besoin de réfléchir aux conséquences de nos actes ? La récente crise ne vous à pas donner un peu envie de réfléchir de façon critique à ce dogme ?