Carte de la crise 09/12/2008 à 16h56

Colère chez Renault et ses sous-traitants en Normandie

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89



250 salariés Renault ont envahi l’hémicycle du conseil régional de Haute-Normandie le 8 décembre 2008 (DR).


Le ton monte d’un cran chez les salariés des usines Renault de Normandie et leurs sous-traitants touchés par le chômage partiel. Lundi matin, quelque 250 personnes ont envahi l’hémicycle du conseil régional de Haute-Normandie, en plein vote du budget.

« Vous vous trompez de cible », leur a lancé Alain Le Vern, président socialiste du conseil régional, leur conseillant d’aller voir les députés de droite. C’est toute la région de Rouen qui est touchée de plein fouet par la crise de l’automobile : 13 000 personnes seraient concernées par le chômage technique en Haute-Normandie, selon le chiffrage de Force Ouvrière.

« On vous a élus, écoutez-nous », a exigé Philippe Lebret, délégué FO de l’usine Cléon, après avoir dû forcer le passage pour pénétrer dans l’hémicycle :

« Aujourd’hui, l’Etat reste l’actionnaire principal du Groupe Renault, c’est pourquoi, sa contribution au manque à gagner des salariés est un juste retour vis-à-vis des bénéfices qu’il retire du travail des salariés de Renault. »

Chiffres contradictoires sur les pertes de salaire

Cléon (moteurs), Grand-Couronne (plate-forme logistique), Sandouville (Laguna, VelSatis, Espace), Fonderie de Normandie... tous ces sites subissent le chômage partiel, et les pertes de salaires qui s’ensuivent. Philippe Lebret s’inquiète :

« On nous annonce qu’on va produire un utilitaire en 2012 à Sandouville, mais d’ici là ? »

Pour la CGT, à l’origine de cette action « coup de poing », « on est la variable d’ajustement, la crise sert d’alibi aux économies » :

« A Sandouville, les salariés perdent en moyenne 350 euros par mois et pendant ce temps là, les actionnaires vont encore recevoir plus d’un milliard d’euros de dividendes. »

Le chiffre des pertes de salaires est « largement exagéré » selon la direction de Renault, qui estime les pertes de revenus à « 70 euros en moyenne » pour les opérateurs de Sandouville « dont le salaire moyen est de 2230 euros bruts ».

Une grève « peut démarrer » selon la CGT

« Les salariés sont un petit peu énervés », résume avec euphémisme Gilles Cazin, secrétaire CGT de Cléon :

« On a les subventions en travers de la gorge : le conseil régional accorde des aides aux entreprises car elles menacent de délocaliser, même Sarkozy a dénoncé cela dans son discours sur la relance. »

Selon le chiffrage de la CGT, il faudrait mobiliser 84 millions d’euros pour compenser les pertes de salaires des ouvriers de la production touchés par le chômage partiel, or « plus d’un milliard d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires en 2008 et encore plus le seront en 2009 ». La direction de Renault confirme que 4,5 euros par action ont été promis aux actionnaires pour 2008, contre 3,8 euros l’année précédente, mais précise « que c’est le conseil d’administration, selon les résultats de l’entreprise, qui proposera, le 6 mai, à l’assemblée générale des actionnaires le montant du dividende ». Des résultats qui devraient être plus mauvais que prévu.

Paradoxalement, l’amertume des ouvriers ne débouche pas sur une mobilisation large. Gilles Cazin le regrette : « Les gens sont résignés, à cause de la crise, je sens que ce n’est pas mûr. » Le syndicaliste admet ne pas arriver à mobiliser, mais il veut y croire :

« Quand les gens sont au chômage partiel, ils sont chez eux, ils ne sont pas touchables... On essaie de les joindre par mail et téléphone, mais ça peut démarrer. »

Voir la carte de la crise d’Eco89

Corrigé le 9/12/2008 à 19h30 suite à une précision de la direction de Renault concernant les dividendes à venir.

Photo : 250 salariés Renault ont envahi l’hémicycle du conseil régional de Haute-Normandie le 8 décembre 2008 (DR).

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  • kawouede
    • Posté à 20h48 le 09/12/2008
    • Internaute 27995

    Ces salariés ont raison, c’est sûr.

    Quant à moi je m’interroge sur la capacité des dirigeants de l’industrie automobile à ... diriger des entreprises.

    Tout allait bien, à part les cours du pétrole, et on apprend qu’un simple retournement de conjecture (pour longtemps ok) menace de FAILLITE les géants américains GM et Chrysler : soyons clairs, ils avaient donc boursicoté à mort leurs dirigeants, c’est pourquoi ils se retrouvent sans perspective de rebond possible - en plus de ne pas avoir envisagé la fin de la civilisation de l’automobile, mais ça c’est encore autre chose. D’ailleurs même les économistes centristes enfoncent le clou Lien

    J’enfonce une porte ouverte certes mais je ne l’entends pas si souvent dans les médias. Quand on apprend que le PDG de Renault pourrait passer à GM on se demande aussi quelle légitimité il peut avoir pour aider un tant soit peu ses personnels en France (et ailleurs).

    Bref, nationaliser et reconvertir, vers une industrie des transports collectifs et écolo (autopartage, etc.) ça paraît la meilleure solution à moyen et long terme.

  • TOUFIOU
    TOUFIOU
    LIBERTE EGUALITE FRATERNITE
    • Posté à 21h27 le 09/12/2008
    • Internaute 61807
      LIBERTE EGUALITE FRATERNITE

    La sur ce coup c’est plustot travailler moins pour gagner moins, la vrai solution pour relancer les ventes dans l’automobile et l’économie en général, c’est que les Français puissent retrouver confiance et pour retrouver confiance, il faut des garanties sur l’emploie, des garanties sur les salaires et des augmentations générales de salaires
    - gelée les licenciements (au moins pendant cette période de crise)
    - garantir 100 % des salaires pendant le chômage partiel
    - augmenter tout les salaires et revenues en France de 10 % au minimum, voila des mesures en faveur d’une relance économique.

    Au lieu de cela notre gouvernement propose 1000 € pour l’achat d’un véhicule neuf avec des conditions de CO2, seulement ce qu’on oublie de dire c’est que cela va booster la ventes des petites autos, hors ces autos sont toutes fabriqués à l’étranger alors dans ce cas ces de l’argent public qui va servir à faire travailler des salariés d’autre pays, cela va arranger les affaires des constructeurs mais pas celle des salariés Français, prennons déjà exemple sur la Grande Bretagne avec une TVA réduite dans les secteurs en difficulté.

    il est temps d’avoir un président de la France et non un président du capitalisme

    A méditer.

  • Juan Pablo de Tagéna - bloqué
    • Posté à 12h00 le 10/12/2008
    • Internaute 60349

    c’est sûr que tous ces résidents de région socialistes ont distribué généreusement l’argent du contribuable aux entreprises. Cet argent-là ne leur coûte pas cher, aux socialo !

  • DMarlier
    DMarlier répond à pablico
    employé
    • Posté à 13h29 le 10/12/2008
    • Internaute 57103
      employé

    Si les salariés étaient consultés ils diraient sans doute que les voitures sont trop chers pour leur salaire !
    Ils serait intéressant de connaitre le prix du travail pour une logan et une mégane et voir si la voiture bon marché doit bien son prix de vente à une rémunération également bon marché des ouvriers :
    L’alternative est-elle : des salaires correctes et des voitures trop chères ou des voitures pas chères et des salaires trop bas ?
    Dans tous les cas les voitures sont toujours trop chères !