A LA UNE 08/12/2008 à 11h44

Le gouvernement retoque l'amendement Marini

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Depuis que François Fillon a déclaré, dans un communiqué publié lundi en fin de matinée, que « le gouvernement donnera un avis défavorable » au texte, l’amendement proposé par le sénateur UMP Philippe Marini est mort-né. « Cet amendement créerait de fortes inégalités », ajoutait le Premier ministre.

En résumé, Marini proposait que les porteurs d’actions ayant cédé cette année un montant maximal de 25000 euros et ayant enregistré des moins-values pourront déduire jusqu’à 10700 euros de moins-value sur leurs revenus de 2009.

La mesure, dont le coût n’a jamais été vraiment évalué, n’aurait sans doute pas été financée par une augmentation de la taxe sur le tabac. Cet élément du texte est en effet celui qui permettait de le « gager », comme l’ont expliqué plusieurs riverains (dans leurs commentaires sous cet article) : chaque amendement proposant d’augmenter les dépenses de la nation doit proposer une manière de financer ces dépenses, sous peine d’être irrecevable.

La plupart du temps, le tabac est proposé comme financement, quitte à ce que l’argent soit ensuite puisé dans des crédits totalement différents une fois le texte adopté. (Lire la sélection de commentaires ci-dessous).

Lundi matin sur France Info, le rapporteur général de la Commission des finances déclarait sa volonté de soutenir les « braves grands-pères qui se sont serré la ceinture ». (Ecouter le son)

Avant le communiqué de Matignon, lundi matin, Patrick Devedjian, qui vient d’hériter du nouveau portefeuille de la « Relance », avait fait part de son scepticisme sur RTL :

« Je ne suis pas sûr que ce soit une idée formidable, que ce soit en tous les cas la priorité. »

Cité par France Info, l’économiste Thomas Piketty, proche du PS, estime que cet amendement n’est « pas cohérent » :

« Ou alors, il faudrait que quand il y a des plus-values, [elles] soient elles aussi soumises au barème de l’impôt sur le revenu, comme tous les autres revenus. »

Rectifié le 08/12/2008 à 16h04, après différents commentaires d’internautes sur la procédure de gage des amendements. Titre changé.

Addendum le 08/12/2008 à 19h29 : Philippe Marini a retiré, lors du débat budgétaire lundi au Sénat, l’amendement polémique. Et a déclaré : « Peut-être que mon amendement n’est pas dans le politiquement conforme du moment, peut-être que la cible aurait dû être plus précisément serrée. Je m’attendais à un débat, pas à être voué aux gémonies. »

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  • chemineau paul
    chemineau paul répond à Jean-Marc Proust
    citoyen du monde
    • Posté à 12h15 le 08/12/2008
    • Internaute 59858
      citoyen du monde

    Ceci dit, si la bourse est un lieu utile au financement des grandes entreprises, elle mérite une régulation limitant la spéculation qui elle ne soutient pas l’économie mais la déstabilise.
    La régulation que propose M Marini consiste à faire payer par le budget de l’Etat une partie des pertes engendrées.
    Après tout pourquoi pas puisque l’Etat engrange l’impôt sur les plus values dégagées.
    Mais quand l’on voit que la valeur des actions peut varier aussi sensiblement en une journée, on se dit qu’on est loin d’un outil économique.
    Les cours pourraient être par exemple systématiquement bloqués lorsqu’ils varient de 1% maximum dans la journée. Cela laisserait la possibilité d’une dépreciation ou d’une plus value de près de 250 % dans une année et éviterait les « coup » de bourse spéculatifs à court terme.

  • 101.7
    101.7
    Promeneur
    • Posté à 12h46 le 08/12/2008
    • Internaute 59121
      Promeneur

    On fait des prises de sang sur la route pour vérifier si les conducteurs ne seraient pas sous une quelconque influence de substances diverses.
    Je me demande si on ne devrait pas en faire à la porte du sénat.

    Sinon je ne comprends pas... ou alors ils font un concours, c’est pas possible autrement.

    Mais dans le fond je suis d’accord sur le fait que les petits porteurs qui ont perdu en bourse soient remboursés, par les gros qui ont gagné.

  • Alexandrecorton
    Alexandrecorton
    consultant
    • Posté à 12h46 le 08/12/2008
    • Internaute 61747
      consultant

    Désolé, mais votre article n’est pas tout à fait juste et induit une contre vérité.
    En effet, tout amendement d’origine parlementaire qui engage les dépenses de la Nation doit être « gagée » à hauteur du cout de la modification proposée.
    Généralement, par commodité, tous les amendements (ou presque) sont gagées sur les taxes sur le tabac.
    Lors de la discussion du texte, le Gouvernement peut lever le gage afin de permettre l’application de l’amendement.
    Vous pouvez vérifier auprès des deux assemblées et retrouver ce gage sur tous les amendements. Je reconnais que parfois, compte tenu du montant cela porterait le prix du tabac à 1000 euros mais il ne s’agit que d’un artifice législatif.
    Que les fumeurs, même de havanes, de rassure.
    Merci de rectifier
    (je vous rassure, je ne suis pas parlementaire)

  • Séverine Barthes-Vignes
    Séverine Barthes-Vignes
    En lisant, en écrivant
    • Posté à 13h14 le 08/12/2008
    • Internaute 17693
      En lisant, en écrivant

    Si on en est là, je propose des nouvelles taxes tout aussi « logiques » :
    - une taxe sur le chocolat pour soutenir le BTP (et oui, les carrés de chocolat ressemblent à des briques)
    - une taxe sur les Majorettes et les garages Fisher Price pour soutenir le secteur automobile

    Je suis sûre qu’on peut en trouver plein d’autres...

  • authueil
    authueil
    authueil.org
    • Posté à 14h06 le 08/12/2008
    • Internaute 32575
      authueil.org

    Augustin, petite leçon de droit parlementaire.

    L’article 40 de la constitution interdit aux initiatives parlementaires, sous peine d’être déclarées irrecevables, soit de diminuer les recettes publiques, soit d’augmenter les charges publiques.

    Il est admis, qu’un amendement parlementaire puisse baisser une recette publique, à condition de proposer en parallèle l’augmentation d’une autre recette pour compenser. On appelle cela le gage. Celui qui est le plus utilisé est celui sur les tabacs, mais on peut en trouver d’autres. Tous les assistants parlementaires efficaces ont un texte tout prêt sur leur ordinateur, appelé « gage » et dont il font un copier-coller sur l’amendement de leur patron qui doit être « gagé » car susceptible de diminuer une recette publique. A défaut d’être adopté, cela permet à l’amendement d’être discuté, et souvent, le parlementaire n’en demande pas plus.

    Le gage est une proposition « fictive » car si la mesure est acceptée par le gouvernement, le ministre annonce en séance que « le gage est levé », c’est à dire que le gouvernement prend acte de la diminution de recettes et laisse tomber la compensation.

    Depuis quatre ans que je suis de très près les débats parlementaires, je n’ai jamais vu une mise en application d’un gage ! Soit l’amendement est rejeté, soit le gage est levé.

  • versac
    • Posté à 14h21 le 08/12/2008
    • Internaute 12505

    En fait, cette justification par les taxes sur le tabac est explicable assez logiquement.

    Un député n’a pas le droit de présenter de nouvelle dépense sans expliquer quel sera son financement. Du coup, on plonge depuis quelques années, pour justifier toutes sortes de choses totalement foldingues, dans la cagnotte supposée que représenterait le tabac. Les fumeurs, de toute façon, ne peuvent plus gueuler. Seuls les débitants le font. Et, en général, ça ne passe plus (de toute façon, les propositions de lois ou amendements de ce genre passent rarement).

    Il y aurait un travail rigolo à faire : cumuler tous les financements supposés qui mettent à contribution le tabac, et additionner le tout ? Je pense que ça ferait passer le prix du paquet de clope à facile 25-30€...

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 14h26 le 08/12/2008
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    Dites Augustin,

    Pourquoi mettre en avant le tabac sur ce sujet de l’indemnisation des pertes en bourse ?

    La provocation n’est-elle pas suffisante, sans que l’on soit obligé de faire intervenir les accros - ou les adversaires - du tabac ?

    On dirait un titre du Parisien (ou de Nice-Matin )....

  • Garasixti
    Garasixti
    Lucide
    • Posté à 14h34 le 08/12/2008
    • Internaute 61763
      Lucide

    Je ne comprends pas cette levée de boucliers.
    Des milliards ont été donnés aux banques. Alors pourquoi ne pas anticiper sur le remboursement de moins values des petits porteurs(déjà en place depuis 2003) qui n’ont rien à voir avec les spéculateurs. La Bourse peut être un placement comme un autre et la limitation comme elle était prévue autour de 20000 € de vente et environ 10000€ de PV ne concerne que les placements « de père de famille » et donc ceux qui ont été obligé de vendre pour vivre et non pas ceux des pro de la Bourse.