« Chomsky & Cie », film de Olivier Azam et Daniel Mermet à partir d'un reportage radio de l'émission de France Inter « Là-bas si j'y suis », tente depuis le 26 novembre de se frayer un sentier sur les écrans alternatifs en France, à l'écart des grandes machineries capitalistes.
C'est une bonne nouvelle, en tant qu'invitation à la réflexion, à partir d'un grand intellectuel, l'Américain Noam Chomsky, à la fois créateur dans la linguistique théorique d'une des œuvres les plus reconnues au monde et engagé avec courage, depuis la guerre du Vietnam, contre les logiques impérialistes de son pays.
Actualité des Lumières
Mais une invitation à la réflexion, dans la tradition des Lumières du XVIIIe siècle, appelant à penser par soi-même, suppose aussi de s'efforcer de penser contre soi-même. Qu'est-ce à dire ? Cela concerne une détermination, parallèle à la critique des stéréotypes et préjugés dominants, visant à interroger ses propres stéréotypes et préjugés.
Les échecs rencontrés depuis deux siècles par les tentatives de construction d'une société non capitaliste, démocratique et pluraliste, durable, qu'il s'agisse de parcours autoritaires, voire totalitaires, ou d'institutionnalisations plus soft dans les cages de fer de la société marchande, donnent une actualité encore plus grande à cette inspiration des Lumières. La relance de la critique anticapitaliste appellerait donc des efforts redoublés d'auto-analyse critique.
Pour asseoir la légitimité de cette critique après une période de dévalorisation, dans les années 1980 et 1990, sous les doubles coups de l'hégémonie de « la pensée unique » néolibérale et de la chute du Mur de Berlin en 1989. Mais aussi et surtout parce que cela participe de la définition même d'un projet d'émancipation individuelle et collective. Après les tragédies du XXe siècle, il est encore moins question qu'avant de remplacer une « pensée unique » par une autre « pensée unique ».
D'une contradiction de Chomsky face à Mermet
Le Monde diplomatique d'août 2007 (n°641) a publié des extraits de l'entretien de Daniel Mermet avec Noam Chomsky. On repère dans ces extraits une contradiction logique, qui ne semble avoir été perçue ni par les rédacteurs du Monde diplomatique, ni par Mermet, ni par Chomsky.
Au départ de l'entretien, Chomsky reconnaît (proposition A) :
« Le travail sur la manipulation médiatique ou la fabrique du consentement fait par Edward Herman et moi n'aborde pas la question des effets des médias sur le public [référence à Edward Herman et Noam Chomsky, “Manufacturing Consent”, Pantheon, New York, 2002]. C'est un sujet compliqué, mais les quelques recherches en profondeur menées sur ce thème suggèrent que, en réalité, l'influence des médias est plus importante sur la fraction de la population la plus éduquée. La masse de l'opinion publique paraît, elle, moins tributaire du discours des médias. » (p.1)
Mais plus avant dans la conversation, le même Chomsky dit (proposition B) :
« C'est d'ailleurs l'une des grandes différences entre le système de propagande d'un Etat totalitaire et la manière de procéder dans des sociétés démocratiques. (…) Le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace ; il instille la ligne directrice comme l'air qu'on respire. On ne s'en aperçoit pas, et on s'imagine parfois être en présence d'un débat particulièrement vigoureux. Au fond, c'est infiniment plus performant que les systèmes totalitaires. » (p.8)
Dans le premier extrait, Chomsky nous indique que, n'ayant pas directement travaillé sur les effets des médias sur le public, il ne peut pas en dire grand-chose. Les études dont il a connaissance indiqueraient seulement que « la masse de l'opinion publique » serait moins influencée par les médias et que sa composante « la plus éduquée » le serait bien davantage.
Dans le deuxième extrait, il pose une grande efficacité (donc des « effets » puissants) du « système de propagande » des « sociétés démocratiques ». Mais comment peut-il s'avancer avec tant de certitude, alors que :
- il est censé ne pas avoir de données précises en la matière ;
- le peu qu'il peut en dire, en regard des travaux qu'il a lus, nous orienterait vers une faible efficacité sur la majorité de la population ?
Ici son propos contrevient au principe de non-contradiction des arguments rationnels les uns par rapport aux autres, bref exprime un vice de raisonnement d'un point de vue logique. Pour en sortir, il faudrait insérer une série de médiations entre les deux propositions pour les rendre compatibles. Il est fort probable que tant Noam Chomsky que Daniel Mermet, rationalistes invétérés, admettraient facilement cette erreur s'ils s'en apercevaient. Ou alors ils s'efforceraient de trouver des médiations rationnelles permettant de rendre les deux propositions conciliables.
Esprit critique et autojustification
Le problème se situe davantage dans la difficulté à reconnaître la possibilité d'une telle erreur chez les militants et sympathisants des gauches radicales. Dans un premier temps, on trouve, chez les publics les plus critiques, une tendance à adhérer à (au sens de « coller à ») ce que peuvent dire de grands intellectuels critiques comme Chomsky. Dans un deuxième temps, quand la contradiction est pointée -ce que j'ai fait devant différents publics critiques depuis août 2007-, il y a des réticences à la prendre en compte.
J'ai été notamment confronté à deux logiques : soit on avait du mal à reconnaître le problème (« Il doit y avoir une explication, il n'a pas pu faire une telle erreur »), soit on le minorait au nom d'un combat principal (« Ce n'est pas le moment de s'intéresser à de telles petites erreurs, alors que nous sommes matraqués du matin au soir par l'idéologie dominante »).
Imaginons que Nicolas Sarkozy, interrogé par Patrick Poivre d'Arvor -s'il officiait encore au journal de 20 heures de TF1- dise à deux moments différents de l'entretien :
- « La situation de l'emploi s'est améliorée en France depuis quelques mois grâce à l'action du gouvernement » et
- « à cause de la situation économique internationale défavorable, le chômage a progressé dans notre pays, malgré les mesures prises par le gouvernement. »
Si PPDA ne relevait pas la contradiction, que dirait-on dans les diverses gauches ? « Connivence », « contrôle des médias », voire « vendu au Pouvoir »… Qui, dans les gauches radicales, a utilisé des expressions analogues pour Mermet face à Chomsky dans le cas relevé ? Combien de personnes se sont même aperçues, dans cette galaxie politique, de la contradiction de Chomsky ?
L'humaine fragilité du grand penseur
On touche là certaines limites fréquentes chez les citoyens les plus critiques. Notre esprit critique n'est-il pas plutôt paralysé quand il s'agit de notre « camp » et plutôt actif quand il s'agit des autres « camps » ? Notre exigence de vérité n'est-elle pas moindre quand il y a une proximité et plus élevée quand il y a une distance ? Ne sommes-nous pas portés spontanément à l'autojustification parallèlement à la critique des « adversaires » ?
Mais est-ce que cet (auto-)aveuglement ne tend pas à délégitimer notre esprit critique lorsqu'il s'exerce ensuite fort justement contre les visions dominantes du monde ? S'émanciper des stéréotypes et des préjugés, n'est-ce pas aussi s'émanciper des stéréotypes et des préjugés enracinés en nous, et que nous ne percevons pas comme tels ?
Pourquoi avoir du mal à admettre la possibilité de l'erreur chez un grand penseur critique (comme Chomsky), et ne pas alors le réinsérer dans une humaine fragilité ? Quelqu'un comme Chomsky, quelles que fussent ses compétences intellectuelles et son courage politique, ne participe-t-il pas également de ces multiples fragilités ordinaires que nous content avec intelligence, émotion et drôlerie les reportages de « Là-bas si j'y suis » ? Le nom (ici « Chomsky ») ne fait-il pas écran à notre lecture critique du texte ?
Ce dernier point revêt des analogies avec une observation faite dans un autre cadre. Alors que j'animais en novembre-décembre 2007 un atelier d'« Apprentissage du philosopher » d'une vingtaine de personnes dans le cadre de l'Université populaire de Lyon, j'ai apporté deux textes, l'un de Bernard-Henri Lévy et l'autre de Michel Onfray, mais en intervertissant les noms des auteurs.
La plupart des participants (se sentant plus proches d'Onfray) ont critiqué fortement le texte signé BHL (mais d'Onfray) et ont défendu le texte signé Onfray (mais de BHL). Comme si le seul nom faisait le plus gros de la lecture d'un texte, avant même sa lecture…
Donner une place aux faits dérangeants
L'éducation populaire face aux chausse-trapes des discours dominants ne semble pas pouvoir se passer, dans sa visée émancipatrice même, d'une composante d'auto-analyse critique. Car quand le discours critique se présente sans distance vis-à-vis de lui-même, il révèle aussi une chausse-trape.
C'est dans cette perspective qu'un des fondateurs de la sociologie, l'Allemand Max Weber, promouvait l'idéal universitaire -encore trop peu actif, pourtant, dans les universités officielles- (La science, profession & vocation, conférence de 1917, Agone, 2005, p.43) :
« Quand un enseignant remplit correctement sa fonction, sa première tâche est d'apprendre à ses élèves à reconnaître l'existence des faits qui les dérangent, je veux dire qui les dérangent dans leurs partis pris ; et tous les partis pris -y compris les miens, par exemple- rencontrent ce genre de faits extrêmement dérangeants. »
Chiche, camarades critiques ?






















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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 21H03 | 08/12/2008 |
La question que je me pose est la suivante : combien de lecteurs de cet article voteront en sa faveur avec enthousiasme en se contentant d'en lire le titre ?
Parce que, sur ce coup-là, on ne peut pas dire que Corcuff caresse dans le sens du poil, et c'est d'autant plus intéressant. Pas révolutionnaire, sans doute ; mais intéressant.
à thierry reboud
De Nysos
informaticien | 14H53 | 09/12/2008 |
Sauf que tout l'article repose sur une érreur d'interprétation…
Dans (A) Chomsky dit :
D'après d'autres équipes de chercheurs qui ont étudié l'impacte des médias sur les differentes couches de la population, il semblerait que les personnes les plus éduquées soient plus influancés que les autres.
Dans (B) Chomsky dit :
Les médias génèrent une grille de lecture dans la pensée des gens dans les sociétés « Démocratiques ». Ce qui est plus efficace que l'usage de la force dans les sociétés totalitaires, car pour la population concernée cette « prison de la pensée » est invisible.
Maintenant, dites moi où ce trouve la contradiction ?
Exact, nulle part…
Ici (A) et (B) enssemble :
Les média créent les grilles de lectures (« la prison de l'esprit ») de la société ET il semblerait que les plus éduqués soient les plus influancés par ce « formatage » médiatique.
C'est la raison pour laquelle Chomsky prétend que lorsque le discour médiatico-politique s'éloigne trop des réalités quotidiennes de la majorité moins « élitique », une tension se créé jusqu'à une potientielle décharge. Illustré par l'exemple de la constitution européenne pour Mermet/Chomsky, où cette majorité avait votée à l'encontre du matraquage et provoqué l'inconpréhension des « élites » (qui elle, restaient influancées).
Voilà. Avant d'écrire un article, il serait bien de médité sur les propos tenu…
à thierry reboud
De freestyler
15H02 | 09/12/2008 |
Moi j'ai tout lu par contre l'auteur lui n'a retenu que deux paragraphes pour résumer le documentaire, dois-je en conclure que tout le reste est de bonne facture comme le passage avec Normand baillargon et son petit cours d'autodéfense intellectuel.
En tout les cas ce qui est sur c'est que résumer un travail documentaire à deux petits passages et en profiter pour faires des amalgames avec l'oeuvre entière de Chomsky et les émissions de Mermet, moi je dis bravo, c'est faire preuve d'une grande inpartialité et un sens aigue de la critique.
Philippe Val n'aurait pas fait mieux !
Pour en finir avec les poncifs relayés par les médias sur Chomsky lisez ceci :
http://www.acrimed.org/article1416.html
à freestyler
De Nysos
informaticien | 16H19 | 09/12/2008 |
L'article d'acrimed dont tu donnes le lien résume bien la situation…
à thierry reboud
De Nysos
informaticien | 15H04 | 09/12/2008 |
Après avoir tout lu, je dirais que l'article est complètement hors sujet, nul.
« Quand un enseignant remplit correctement sa fonction, sa première tâche est d'apprendre à ses élèves à reconnaître l'existence des faits qui les dérangent, je veux dire qui les dérangent dans leurs partis pris ; et tous les partis pris -y compris les miens, par exemple- rencontrent ce genre de faits extrêmement dérangeants. »
C'est exactement la démarche de Chomsky car il ne donne jamais d'avis dans ses textes de recherche (« La fabrique du concentement »), il ne fait qu'analyser, isolé les facteurs de « formatage » de la pensé unique et ses méchanismes.
Libre à tout ses lecteurs d'y réfléchir et de les utiliser pour analyser le discour médiatique.
à thierry reboud
De tox
www.dessins-tox.com | 08H54 | 11/12/2008 |
Fort intéressant, certainement (quoique … ), mais ne faudrait il pas concentrer ses énergies sur d'autres cibles ? pour l'heure, Chomsky n'a pas trop d'incidences négatives sur ma vie de tous les jours, il m'a même plutôt permis de l'envisager sous un autre angle, plus vrai. Donc de grâce si chomsky dispose d'une petite fenêtre d'expression dans ce mur d'imposture, ne fermez pas les volets, et mobilisez votre plume par priorités.
De Bardamu
difficile | 21H16 | 08/12/2008 |
Franchement, relever les contradictions du discours de Chomsky, dont la cohérence n'est pas le fort, c'est sombrer dans la facilité.
Il vaut mieux lire et relire « L'art de se persuader des idées douteuses fragiles ou fausses » de l'indispensable Raymond Boudon.
Après on peut s'amuser à appliquer les analyses de Boudon à Chomsky, et dégonfler la baudruche.
Ce qui permet de lire Chomsky sans perdre complètement son temps.
à Bardamu
De déluge
menuisier | 21H41 | 08/12/2008 |
Ca c'est du pur Bardamu.
Deux noms propres, un peu de mayo autour, un certain sens du rythme quand même dans le phrasé, et hop :
L'affaire est dans le sac.
Pour ce qui est des baudruches : Un maître.
à déluge
De JJ Reboux outrageur de poulets
21H50 | 08/12/2008 |
C'est marrant, je me faisais la même réflexion ; droping-name, façon Vincent Delerm. Mis en chanson, ça aurait toutes les chances de plaire aux programmateurs d'eau tiède de France Inter.
à JJ Reboux outrageur de poulets
De déluge
menuisier | 22H18 | 08/12/2008 |
Bonsoir JJ.
Le caudédos, il est où ?
J'ai pas trop suivi ces derniers jours…
Une adresse ?
à déluge
De JJ Reboux outrageur de poulets
22H39 | 08/12/2008 |
Salut Déluge,
Le CODEDO va bien. Il pète la forme, même ! La pétition sera en ligne sur le site de la Ligue des droits de l'homme le 15 décembre. Pour le moment, on a 300 signatures, dont une quarantaine de « pesonnalités », on en cherche encore, histoire de « bétonner ». Le « manifeste » sera présenté le jour-même là où tout a commencé, c'est-à-dire sur Rue89. Pour signer, il suffit d'envoyer un @ à codedo2008@gmail.com (car le site que je nourris nuit et jour (ou presque) n'est pas armé pour répondre automatiquement…
Remise de la pétition le 23 février, pour fêter dignement les un an de « casse-toi pauvre con ! »
http ; //codedo.blogspot.com/
à JJ Reboux outrageur de poulets
De déluge
menuisier | 00H33 | 09/12/2008 |
C'est noté. : -)
De Chris.A
Ni pour,ni contre,bien au contraire | 21H49 | 08/12/2008 |
Merci monsieur Corcuff pour cet article fort intéressant. Vous faites bien de souligner la primauté du principe de non-contradiction logique.
Il m'a d'abord paru que les assertions mentionnées étaient complémentaires dans le sens où, la majorité ( même éduquée ) est manipulée à son propre insu d'autant plus qu'elle évolue dans un régime démocratique. Puis en relisant, je suis tombé sur un os. Ce qui m'amène donc à reconsidérer mes a priori sur les populations sujettes à la propagande étatique via les médias.
De fâché.com
perdu | 21H57 | 08/12/2008 |
1-Il n'y a pas de contradiction entre la proposition A et la proposition B, pour la simple raison que les mieux éduqués (très sensibles à la propagande, mais minoritaires) ont beaucoup plus de relais sociaux et d'influence dans la société. Les moins éduqués ne sont pas ou peu sensibles aux discours élaborés des médias, répercutent peu leur ressenti autour d'eux par manque de relais. Sur ce point, Chomsky est lucide, n'en déplaise à Corcuff.
Je ne vois pas le rapport avec l'exemple farfelu de N.S (encore lui) interrogé par PPDA. C'est capilo-tracté, à côté de la plaque.
On dirait que l'auteur de l'article cherche surtout à dé-légitimer Chomsky, Mermet, tout en admettant le travail critique qu'ils font.
La phrase qui suit peut lui être retournée (lui, c'est Corcuff) : S'émanciper des stéréotypes et des préjugés, n'est-ce pas aussi s'émanciper des stéréotypes et des préjugés enracinés en nous, et que nous ne percevons pas comme tels ?
Sans rancune
à fâché.com
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 00H06 | 09/12/2008 |
Sans rancune , sans rancune , moi , ça m » aurait pas plu, si j » avais écrit l » article , qu'on en démonte les arguments comme ça en trois coups de cuillères à pot .
Vous n » avez pas l'air si perdu que ça , fâché .
Cinq boules !
à fâché.com
De r_v
08H53 | 09/12/2008 |
Bonjour et merci pour cette mise au point.
C'est étonnant de voir que tout cet article est basé sur son exemple (que vous venez de démonté en quelques lignes) et qu'il ne tient pas debout (l'exemple), du coup l'article, qui aurait pu déconstruire certaines choses n'est pas crédible.
Ce qu'il est étonnant de constater également lorsqu'on a vu le film (ce que je vous conseille a tous fortement), c'est de voir que Philippe Corcuff est lui même pris dans la spirale de la « fabrique a consentement » (comme nous tous bien sur) mais que lui a la prétention de croire que ce n'est pas le cas…
à r_v
De Unstern
15H53 | 10/12/2008 |
@ RV
Bref, avec cet article, la vérité est encore une fois corcuffiée.
De Alex Engwete
Consultant | 22H15 | 08/12/2008 |
Il faut replacer cette contradiction apparente dans la perspective générale de la critique sociopolitique de Noam Chomsky (ou des études plus systématiques de Pierre Bourdieu et Régis Debray) pour la voir se dissiper instantanément. Dans le premier extrait de l'interview, il est bien question de « manipulation médiatique » alors que dans le second il s'agit plutôt du « système de contrôle » mobilisé par les sociétés démocratiques. On est donc dans le deuxième extrait non plus sur le plan de la communication, mais dans le champ biopolitique plus vaste de la transmission et de l'itération diachronique d'une formation sociale. Chomsky a d'ailleurs consacré certaines de ses réflexions à la machine reproductive qu'est la structure de l'enseignement formel comme architecture panoptique assurant la durabilité de ce contrôle insidieux.
à Alex Engwete
De Laurent76d
Mineur | 23H14 | 09/12/2008 |
Exactement, les deux extraits ne parlent pas de la même chose.
Dans le premier exemple, Chomsky évoque « la question des effets des médias sur le public », alors que dans le deuxième, il explique que « Le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace ».
Mais si Philippe Corcuff veut bien venir en discuter ici, sur le forum, ce sera avec plaisir et nous pourrons tous en débattre. Il est toujours intéressant de décortiquer ce que les intellectuels, et même ceux qui ont l'air d'être au-dessus de tout soupçon, déclarent.
Enfin, il est grand temps, en France, que l'on s'intéresse intelligemment à Noam Chomsky reconnu pour la justesse de ces idées dans le monde entier, sauf en France.
à Laurent76d
De zorbek
07H52 | 11/12/2008 |
Je ne suis pas convaincu que les 2 propositions ne parlent pas de la même chose, car elles ont bien toutes les deux pour objet ce qui forme l'opinion. Ce qui reste contradictoire l'est d'avantage dans les présupposés idéologiques du lecteur. La première proposition indique que seule la population éduquée est influencée par les médias, ce qui laisse la porte ouverte à deux interprétations divergentes : soit l'opinion publique n'est que le reflet de l'opinion des élites, elle-même influencée par les media (se pose alors l'intéressante question de savoir comment la population éduquée transmet son savoir et ses valeurs), soit elle existe en elle-même indépendamment du discours médiatique, ce qui laisse supposer que les medias n'ont que peu d'influence directe et que l'opinion des masses se forme de manière indépendante, ce qui est difficile à gober pour toute belle âme qui se respecte. Il est pour moi évident que la première proposition et ses corolaires sont en contradiction avec l'interprétation marxiste classique qu'est la deuxième proposition qui elle fait référence à un système de contrôle (et on se demande bien lequel si on exclut les media) extérieur pour expliquer que le peuple puisse avoir des opinions différentes de ses élites autoproclamées.
Bref, bravo à Corcuff pour son coup de pied aux idées reçues. Ca n'empêche pas que d'autres propos de Chomsky dans l'article du MD méritent le détour, notamment ceux par lesquels il compare l'exercice de la liberté d'expression en Europe avec les US : l'Europe anti-libérale n'en sort pas grandie, c'est le moins que l'on puisse en dire…
De clive
22H13 | 08/12/2008 |
Trouver une contradiction (apparente ? ) dans le discours de Chomsky ne me semble pas si exceptionnel, on doit pouvoir en trouver chez beaucoup d'autres penseurs (tous ? ).
Si vous n'en avez trouvé qu'une.
Partir de celle-ci pour insinuer l'incohérence dans l'ensemble, et suggérer l'absence de recul critique et d'auto-remise en question de la « gauche radicale » (l'ultra-gauche ? )… sortir un élément et lui faire raconter une généralité…
« interroger ses propres stéréotypes et préjugés »
dites-vous…
De compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
bye bye.... | 22H48 | 08/12/2008 |
Je cite :
« Au départ de l'entretien, Chomsky reconnaît (proposition A) :
“Le travail sur la manipulation médiatique ou la fabrique du consentement fait par Edward Herman et moi n'aborde pas la question des effets des médias sur le public [référence à Edward Herman et Noam Chomsky, ‘Manufacturing Consent’, Pantheon, New York, 2002]. C'est un sujet compliqué, mais les quelques recherches en profondeur menées sur ce thème suggèrent que, en réalité, l'influence des médias est plus importante sur la fraction de la population la plus éduquée. La masse de l'opinion publique paraît, elle, moins tributaire du discours des médias.” (p.1)
Mais plus avant dans la conversation, le même Chomsky dit (proposition B) :
“C'est d'ailleurs l'une des grandes différences entre le système de propagande d'un Etat totalitaire et la manière de procéder dans des sociétés démocratiques. (…) Le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace ; il instille la ligne directrice comme l'air qu'on respire.On ne s'en aperçoit pas, et on s'imagine parfois être en présence d'un débat particulièrement vigoureux. Au fond, c'est infiniment plus performant que les systèmes totalitaires.” (p.8) “
Il y aurait contradiction si les deux expressions ici soulignées étaient présentées comme des équivalents. Or il se trouve que ce n'est le cas ni dans le texte cité, ni dans ledit système de contrôle : le pouvoir des médias (et encore faudrait-il préciser de quoi il est précisément question ici, quand le terme ‘médias’ est employé) n'est pas, loin de là, le seul outil de contrôle des démocraties.
à compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
De Servais-Jean
4591
alpha-béta | 23H51 | 08/12/2008 |
Merci d'avoir fait ce travail de dépiautage de cet article car pour ma part je n'en ai pas eu le courage aprés avoir reniflé la tendance pédante de l'auteur.
Dit autrement : Je n'aime pas ceux qui essaient, par des contorsions plus ou moins habiles, de démolir un travail sincère et utile à ceux a qui il s'adresse.
à Servais-Jean
De compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
bye bye.... | 00H52 | 09/12/2008 |
Je ne dirai pas ce que je pense de la manière de s'exprimer de M. Corcuff, c'est hors charte. Mais je dirai plus simplement que lui que, pour ce que j'ai lu de Noam Chomsky, soit plus de deux paragraphes, il me semble être quelqu'un de cohérent et d'intellectuellement honnête.
à compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
De Quinine
traducteur et amoureux des chats | 01H13 | 09/12/2008 |
Chapeau, Madame Nompas !
De pétain
la paisibilité d'une île | 22H23 | 08/12/2008 |
Permettez-moi de vous saluez, madame. Votre expression est claire, concise, c'est du nanan.
De blabla
22H32 | 08/12/2008 |
Vraiment libre notre arbitre ?
Pas si sûr…
http://www.20minutes.fr/article/226302/Sciences-Quand-le-cerveau-precede…
De Béatrice1
| 22H59 | 08/12/2008 |
La manipulation médiatique par Chomsky et Mermet : deux spécialistes !
à Béatrice1
De compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
bye bye.... | 00H07 | 09/12/2008 |
Quand c'est bien démontré, c'est tout de suite convaincant.
à Béatrice1
De Quinine
traducteur et amoureux des chats | 01H10 | 09/12/2008 |
Je me disais aussi : « Qu'est-ce qu'elle attend, la “réactionnaire de gauche” attitrée de la Rue, pour intervenir ? » Et avec quelle pertinence, quelle argumentation ! À supposer, bien sûr, que l'on puisse qualifier d'argumentation pertinente le fait de rabâcher jusqu'à plus soif des accusations éculées contre tous ceux qui dérangent Béatrice 1 et ses congénères dans leurs convictions confortables de petits-bourgeois « de gauche » (eh oui, Béatrice 1 est de gauche, puisqu'elle le dit elle-même). En fait, le grand reproche de Béatrice 1 à Chomsky et Mermet, c'est de ne pas présenter les États-Unis comme un paradis sur terre (c'est généralement à ce moment que Béa s'insurge et excipe de son passé de militante des droits de l'homme aux States et de son adhésion à Amnesty International). Et il serait bien étonnant que, dans le cours du débat, Béatrice 1, championne des droits de l'homme (enfin, de certains hommes), ne nous ressorte pas 1) les accusations d'antisémitisme dont Mermet a d'ailleurs été entièrement lavé et 2) une déclaration de Chomsky selon laquelle cette ordure de Faurisson avait parfaitement le droit de s'exprimer, même pour éructer les pires saloperies, au nom de la liberté d'expression, liberté que notre chère Béatrice 1 est toujours si prompte à défendre, sauf lorsqu'il s'agit de la partager avec ses ennemis politiques.