Revue de blogs 07/12/2008 à 19h30

Grèce : les Athéniens racontent les émeutes

Zineb Dryef | Journaliste Rue89



Manifestant devant la police anti-émeutes à Athènes le 7 décembre 2008 (John Kolesidis/Reuters).


C’est le ton navré qu’Un Américain à Athènes livre le récit des émeutes en Grèce de ces deux derniers jours.

« On a vu ces derniers jours une résurgence de la criminalité incluant : un kidnapping, une prise d’otages, des manifestations, des émeutes et une fusillade dans la capitale grecque [plusieurs faits divers ont eu lieu à Athènes ces derniers jours, dont l’explosion d’une bombe dans les locaux de l’AFP, ndlr]. Ajoutons à cela la grève générale prévue mercredi et on a de très bonnes raisons de redouter la semaine qui arrive alors qu’on n’est même pas encore lundi. C’est ça la vie en Grèce. »

Samedi soir, vers 20 heures, à l’issue d’une rixe entre une trentaine de jeunes et des policiers, l’un d’eux a tiré trois balles en direction d’un adolescent de 15 ans qui n’a pas survécu. (Voir la vidéo)


Depuis, des affrontements opposent manifestants et policiers. Dimanche après-midi, à Athènes et dans d’autres villes du pays, des groupes ont saccagé et incendié des magasins à l’aide de cocktails Molotov.

[Dimanche soir, dans un geste d’apaisement en direction des jeunes, deux policiers, dont celui soupçonné d’avoir tué un adolescent, ont été arrêtés et placés en garde à vue, le premier pour « homicide volontaire » et le second pour « complicité ».]

« On savait que ce ne serait pas une marche pacifiste »

Sur un blog d’inspiration anarchiste, un des 5000 manifestants d’Athènes a publié des photos de la manifestation et raconte :

« Beaucoup de gens sont venus, écolos, gauchos, anarchistes. C’est la plus grosse marche de ce genre à laquelle j’ai jamais assisté. (...) Dès le départ, l’atmosphère était éléctrique, on savait que ce ne serait pas une marche pacifiste mais personne n’allait partir à cause de ça.

Tout le long, la marche était emplie de colère. Il y a eu du feu, des bombonnes de gaz. On a été battu et on nous mis en pièces mais certains se sont débrouillés pour avancer vers le commissariat central à la fin de la marche. Les gens ont essayé de reformer des groupes, certains ont décidé d’aller au parlement, finalement, après trois heures, on est retourné à l’école polytechnique, déjà occupée. »

34 personnes ont été blessées, dont une femme qui est dans un état grave. Plusieurs universités sont occupées par des étudiants. (Voir la vidéo)


« Ces anarchistes en ont quelque chose à faire de la mort de cet ado ? »

Exarchia, le quartier où s’est déroulé le drame, connait régulièrement des heurts entre forces de l’ordre et jeunes. Lesquels sont accusés par EllasDevil, un blogueur athénien, d’instrumentaliser la mort de l’adolescent uniquement dans l’objectif de créer davantage de désordre :

« Ils ont franchi un stade avec ces voitures et commerces incendiés. Ils ont mis des messages sur les sites anarchistes et le résultat sont ces manifestations de sympathies qui éclatent dans toutes les villes de Grèce- le meilleur moyen de manifester son respect à un adolescent mort ?

Pensez-vous vraiment que ces anarchistes en ont quelque chose à faire de la mort de cet ado ou pensez-vous qu’ils se frottent allègrement les mains parce qu’ils ont une excuse pour justifier leurs dommages à grande échelle ? »

En dépit de l’arrestation du policier responsable de la mort de l’adolescent et des appels au calme du gouvernement, l’ambiance semble toujours explosive dans les grandes villes grecques.

Un professeur d’anglais, installé au nord du pays, explique que la situation continue de se dégrader au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête :

« On parle désormais davantage de meurtre de sang-froid que de légitime défense (...) Pour tout vous dire, cette grave accusation ne m’étonne pas, tant la police a la terrible réputation de faire usage de la violence. »

Athènes, ce dimanche soir, ne connait toujours pas le calme. Sur les blogs anarchistes, les appels à la mobilisation contre les violences d’Etat se poursuivent.

► Mis à jour le 07/12/08 à 23h00 avec l’arrestation de deux policiers.

Photo : manifestant devant la police anti-émeutes à Athènes le 7 décembre 2008 (John Kolesidis/Reuters).

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  • Humain
    • Posté à 01h23 le 08/12/2008
    • Internaute 21387

    Il semble qu’il soit très difficile d’obtenir quelques infmormations que ce soit sur les « causes » profondes de ces evènements.

    Il s’agit pour l’endroit du « quartier Exarchia », non loin des universités, ce quartier est présenté comme le fief de la mouvance anarchiste.

    La presse locale rapporte que ce quartier est le lieu de fréquents affrontements entre la police et « les jeunes ».

    C’est depuis ce quartier qu’avaient commencé en 1973 les manifestatioins qui ont abouti à la chute, deux années plus tard du régime des Colonels.

    Peu trouvé d’informations dans la presse, y inclu Grecque, sur les causes elles-mêmes.

    A mon sens, les précédentes rixes n’avaient pas abouti à la démission (refusées) de deux responsables du ministère de l’interieur ! !

    A lire la presse Grecque, il semble que lon
    veuille se cantonner a la simple mort d’Andréas Grigoropoulos mort samedi dernier.
    Cette mort est inbdubitablement un fait important, mais les causes profondes de mobilisation semblent vouloir être occultées par les responsables politiques : éviter de propager les motifs de diatribes, et exposer d’autres sources de revendications.
    A commencer par la semaine qui devait être « socialement » chargée » !

    Les manifestations concernent grosso modo, l’arrêt de la privatisation de « la poste » Grecque, des « Chemins de fer », des ports et aéroports, et demande le renforcement des politiques sociales... Qualifiées de loi dites « anti-sécurité » sociale » !

    Les autres causes possibles ? Un PIB qui recule (de 3,9 à 3,6 !), des banques absentes pour les PME ou PMI, et un taux d’inflation relativement plus fort que les salaires, et peu de perspectives d’emplois ! !

    En effet en grèce, le chômage (entre 7 à 8%) inquiète plus que le terrorisme ! La dette est presque égale au PIB (95%) ce qui n’est pas le plus important !
    (Une dette publique ne devient réellement inquiétante que si l’économie, donc les PME et PMI, se portent mal
    )

    Le plus important étant que les banques Grecques ont augmenté leurs taux après avoir recu des subsides (28 milliards d’Euros) ! !
    Et les PME Grecques se voient accorder 35 millions (Millions, pas milliards !) par la généreuse banque Européenne !

    Le motif de fond de la « crise grecque » serait plutôt ici me semble-t-il .

  • rigas
    rigas
    sociologue
    • Posté à 09h05 le 08/12/2008
    • Internaute 1087
      sociologue

    @ Zineb drief

    La vidéo que vous montrez n’est pas celle qui montre « à l’issue d’une rixe entre une trentaine de jeunes et des policiers » mais une vidéo tournée à l’intérieur de l’école polytechnique par un anarchiste blogueur.

    Eleftherotipia posté dimanche la vidéo prise sur les faits mais on n’y voit pas grand chose en dehors du fait qu’il n’y a pas grand monde là où a lieu ce meurtre, que les policiers sont partis tranquillement après les coups de feu et qu’il y a bien trois coups de feux un d’abord puis deux.... Mais c’est très loin d’êtreévident à voir .

    Voici le lien je ne sais pas s’il marche toujours, voir mon commentaire à la brève du dimanche au sujet de la Grèce : Lien

  • rigas
    rigas
    sociologue
    • Posté à 09h26 le 08/12/2008
    • Internaute 1087
      sociologue

    Puisque tout le monde y va de son explication sur la Grèce, j’en profite pour faire de la pub pour un petit bouquin qui explique un certain nombre des particularités de ce pays qui est effectivement une charnière entre l’Europe et l’Asie à la fois historiquement et géographiquement et une des principales portes de l’UE (ce qui est loin d’être anodin).

    Le livre est : La Grèce des grecs, par Françoise Arvanitis, éditions Liana Levi.

    J’ai mis en ligne le chapitre intitulé « L’espace social »
    Lien

    Plus « académique » un livre en anglais : Greece teh modern sequel from 1831 to the present par Koliopoulos et Veremis (assemblage improbable de deux historiens l’un de droite l’autre plutôt de gauche), Ed. Hurst & Company `à Londres.

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    JPG
    Grec par adoption
    • Posté à 11h46 le 08/12/2008
    • Internaute 61740
      Grec par adoption

    Les manifs, en Grèce, sont souvent très « dures ». Les manifestants n’hésitent pas à rechercher systématiquement l’affrontement avec la police (elle aussi très violente, et un peu fach).
    La mouvance autonome-anarcho-trotscarde y est très vivante, plus développée qu’en France, avec une compréhension spontanée dans une parie importante de la population (En fait, il me semble qu’il y a en Grèce, plus encore qu’en France, un peuple de gauche et un peuple de droite... Vieil héritage de la guerre civile ?).
    Question de façon d’être sans doute aussi : remémorez-vous le comportement des supporters lors des matchs de foot ou de basket.
    ...Mais plus que tout : dans le partage de l’organisation économique de l’Europe (et peut-être du monde), il revient à la Grèce le tourisme, et rien d’autre. C’est-à-dire offrir massivement à des moyens riches les meilleures vacances possibles à pas trop cher.
    Avec pour seul horizon professionnel pour les jeunes Grecs (surdiplômés ou pas) : devenir barmen, serveuses et femmes de ménage.
    ...Désespérant, non ?

  • le copain de fredo
    le copain de fredo
    Un coup avec un coup sans
    • Posté à 12h36 le 08/12/2008
    • Internaute 60826
      Un coup avec un coup sans

    Hier soir à Athènes, l’air était tellement irrespirable que le ministre de la santé a demandé aux forces de l’ordre de ne plus faire usage de gaz lacrymogène pour disperser les foules.

    Je suis d’ailleurs surpris après avoir consulté plusieurs sites d’information français, de voir sous quels angles ont été traités et abordés ces évènements. Où on parle de bande de jeune comme pour éviter de parler du fond. Où on reprend à son compte la version policière sans se donner la peine de mener une enquête approfondi. Où on écrit n’importe quoi, pour ne pas être en reste. Où ont se copie mutuellement quitte à propager des contre-vérités... Il suffit de lire les dépêches de l’AFP et de les comparer aux différents papiers publiés par des journaux aussi sérieux que Libé ou Le Monde (sic) pour se rendre compte que le métier de journaliste souvent se résume à un simple copier-coller...

    Pourquoi dans pareil moment chaque fois qu’une personne se fait tué par un policier, les médias s’empressent de le caricaturer. On se souvient de Carlo à Gènes décrit comme un marginal... Ce qui s’est avéré être faux. Dans ce cas présent on nous parle de jeunes bohèmes, etc. qui auraient tentés de jeter sur un véhicule de police un cocktail molotov... Comme si le but des médias était d’en atténuer la porter !
    La peine de mort aurait été aboli que l’indignation en serait la même si ce jeune homme avait été de bonne famille... On en est loin, très loin, puisque l’appartenance à une classe sociale défavorisé (les banlieues) ou à un groupe politique marginalisé (anarchiste, extrême gauche, etc.) semble bien constituer dans ce genre d’affaire un délit.

    Le temps journalistique à sa logique. Il ne s’encombre d’aucun scrupule. Il faut faire vite et taper fort. La vérité est ailleurs. Ne cherchez plus...