
Une campagne de com aux petits oignons pour la dernière innovation de notre secrétaire d'Etat chargé du Commerce, Hervé Novelli : le statut d'auto-entrepreneur. C'est tout simple en apparence : vous avez une idée en tête et un client, vous pouvez vous lancer par une simple lettre à partir du 1er janvier.
C'est vrai, le statut d'auto-entrepreneur va simplifier radicalement les « formalités » de création d'une entreprise puisqu'il suffira d'envoyer une déclaration à votre Centre de formalités des entreprises.
De plus, les procédures diverses et même la comptabilité sont simplifiées : un livre des recettes–dépenses suffit ; pas de TVA à récupérer. Surtout, et c'est l'essentiel, des charges fiscales et sociales calculées et prélevées d'un seul geste, uniquement sur les recettes encaissées.
Ceux qui ont subi le régime précédent apprécieront. Questionnaires interminables ; aussitôt inscrit, le fisc, l'Urssaf et les autres vous tombent dessus. Et vous payez un forfait de charges, que vous gagniez de l'argent ou pas, quitte à régulariser deux ans après. Bref, vous aurez le temps de mourir plusieurs fois entre temps.
Chambres d'hôtes et vendeurs sur Ebay
Mais qui va utiliser cette nouvelle possibilité ? Chaque semaine, on entend Hervé Novelli intervenir dans les medias pour dire qu'il attend de cette réforme 100 000 auto-entrepreneurs dès le premier semestre 2009, et même « 500 000 entrepreneurs nouveaux chaque année en rythme de croisière », s'emballe-t-il.
En fait, ils sont déjà là, si l'on écoute attentivement le ministre. Ce sont tous ceux qui vendent sur eBay et hésitent entre l'amateurisme et « le black » ; ce sont aussi les propriétaires de chambres d'hôtes, dont beaucoup n'étaient pas très attentifs à leurs obligations en tant que commerçants, ce qui déclencha la colère des syndicats hôteliers. Novelli estime ces derniers à 50 000 et des dizaines de milliers de vendeurs sur Internet. Ils devraient très rapidement se mettre en règle.
C'est le bonheur, l'auto-entrepreneur ?
Oui si vous comptez créer une toute petite activité. Pour ceux qui vendent des services, il ne faut pas facturer plus de 32000 euros de prestations par an, ou 80000 euros de biens si vous avez une activité commerciale. Les prélèvements fiscaux et sociaux seront de 23% dans le premier cas, et de 13% dans le second.
Ainsi, si par exemple vous voulez devenir consultant, vous pouvez utiliser ce statut ; mais ce qui rentrera dans votre poche sera au maximum de 32000 – 23%/12 = 2053 euros par mois (sans pouvoir déduire des fais professionnels). Au-delà, il faudra changer de statut un jour ou l'autre…
Donc auto-entreprendre, c'est surtout fait pour tester de petites activités d'appoint : on imagine volontiers de nombreux salariés collectionneurs amateurs, ou brocanteurs du dimanche qui développent leur micro-business en sortant des risques de la clandestinité. Mais aussi des experts d'un domaine pointu qui, occasionnellement, vendraient des prestations de conseil, en complément d'un revenu régulier.
Attention aux abus de langage
Hervé Novelli fait une campagne énergique et convaincante. Mais elle ne porte que sur les formalités et simplifications, pas sur le coût. Au total, il n'est pas certain que les charges soient dans tous les cas de figure plus faibles pour les auto-entrepreneurs que pour les autres types d'entreprises.
En 2003, Renaud Dutreil, qui assurait la promotion de la « SARL à 1 Euro » s'était vite rendu compte qu'il faisait une gaffe psychologique. Tous les gens raisonnables savent que « ça ne coûte pas un euro » de créer une entreprise : c'est souvent beaucoup plus cher et c'est surtout risqué.
Ce qui manque à la campagne actuelle, disent les réseaux d'accueil aux futurs auto-entrepreneurs, c'est de dire que pour auto-entreprendre, il faut des clients. Et qu'il faut, quand on est inexpérimenté, prendre conseil auprès de professionnels comme l »APCE (l'Agence pour la création d'entreprise) pour limiter les risques.
Photo : Sarkozy, Novelli et Chatel chez Yoplait à Vienne le 13 mai (Eric Feferberg/Reuters).




















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De 2pil
18H09 | 06/12/2008 |
Oui cela existe déjà ! C'est la micro-entreprise mais micro ça fait petit…par contre auto ça fait voiture…industrie…emploi…pétrole…croissance !
Je suis une micro-entrepreneuse depuis 2004, une simple lettre pour la création, une déclaration unique en fin d'année au centre des impôts, pas de TVA récupérable et un plafond de revenus à ne pas dépasser et c'est tout !
De electron.libre
cadre et militant associatif | 18H12 | 06/12/2008 |
Continuons d'aller dans le même sens (stérile) de l'histoire capitaliste, qui a pourtant vu exploser ce genre de croyance en la croissance exponentielle du nombre d'entreprises, qu'elles soient auto, micro ou pseudo…. Car le contexte est tel que ce genre d'entreprises aura une durée de viabilité encore plus réduite (trois ans en moyenne pour les entreprises avant la crise) que celles qui faisaient l'effort de réaliser une étude de faisabilité, garde-fous certes sommaire mais qui a le mérite d'exister, contre les auto proclamés chefs d'entreprises qui n'ont aucune idée de ce qui les attend en termes de possibilités d'auto financement de leur entreprise, et qui se retrouveront acculés quand il sera trop tard, faute de compétences et de capacités d'analyse fine de la gestion de leur (même petite) entreprise…
L'idéologie selon laquelle il suffirait de créer son entreprise pour exister a vécu. Créer son emploi, certes, mais avec quelle mesure des risques ? On aura beau faciliter les formalités, il faudra toujours des clients en nombre ou en masse financière suffisants. Et vu le climat actuel, c'est pas gagné d'avance…. Cela s'appelle vraiment faire prendre des vessies pour des lanternes. La farce est trop énorme. Et Sarkosy ridicule à force d'idéologie libérale. De qui se moque-t-on ?
De pene-r
22H47 | 06/12/2008 |
C'est encore une tentative pour récupérer le black (ben oui si on supprime des inspecteurs ou qu'ils se font tirer dessus, faut trouver autre chose), mais au black restera toujours 23% de revenu en plus et pas de plafond : -D
Quid de ce statut en plus de revenus « sociaux » ou assedic ? ?
De Jean-Baptiste
Projets entre marketing, éditorial ... | 00H06 | 07/12/2008 |
Je suis un peu étonné de cet article.
Je suis consultant. Avec auto-entrepreneur le taux serrai de 23%.
Je facture avec une coopérative d'activité et d'emploi (un peu comme portage salarial mais en mieux pour le reseau et l'accompagnement).
Je paye 40% de mon CA en charge sociale + 10% de gestion, c'est nettement plus que les 23% annoncé.
Question coût cette réforme permet de réduire considérablement les charges il me semble.
En meme temps ce qui me semble inquiétant c'est un risque de dumping avec des consultants qui risquent de mal calculer leur tarif en pensant à tord pouvoir facturer 20 jours par mois. Quid de l'accompagnement de ce genre de formule ?
De Mederic
le tentation de la création d'entre... | 10H06 | 07/12/2008 |
Il ne faut pas confondre le statut juridique d'auto entrepreneur et le statut fiscal de la micro entreprise. En effet les entreprises individuelles avaient déjà la possibilité de rentrer dans le dispositif du micro social (calcul des charges sur la base du CA donc pas de comptabilité contraignante) mais le statut d'auto entrepreneur amène encore plus de facilité : juste une inscription au RCS (registre du commerce) et c'est parti, possibilité de payer son impôt sur le revenu directement sur le CA de son entreprise (environ 1% de charges en plus), et peut être maintien des allocations types ASS ou autres (on attend les decrets d'application pour en savoir plus).
Je sors d'un stage d'une semaine dispensé par la CCI sur le sujet : le plublic intéressé par le sujet est en majorité des gens exercant déjà une activité au black et cherchant à légaliser tout ça. En ce sens, c'est bénéfique à tous : la société récupère des charges et les entrepreneurs peuvent garder leur activité en toute légalité sans « trop » payer de charges.
Mais attention :
- les seuils peuvent arriver assez vite (32000€ pour la prestation de services)
- si les charges réelles sont élevées, les charges restent toujours calculées sur le forfait (j'ai 70% de charges réelles sur mon CA, on me prendra toujours 23% de charges sociales ! )
En bref, c'est un statut qui peut arranger pas mal de choses mais ce n'est pas la solution pour tous !