(D'Antananarivo) 47 vous-dit-elle quelque chose ? 29 mars 1947. Une date. Une simple date. De printemps. De massacre. L'histoire de France n'a-t-elle pas basculé ce jour-là sous les assauts de quelques indigènes armés de sagaie, de lance et de flamme ? Peut-on le dire ? Que l'histoire de France, la grande histoire de France, s'est infléchie sous les coups de quelques sauvages croyant fort à la puissance de leurs amulettes et talismans ?
La France eut-elle à partir de ce jour-là les mêmes rapports, les mêmes liens avec ses colonies ? N'a-t-elle pas choisi désormais la répression et l'abandon de ses idéaux nés de la Révolution de 1789 ? Tous les hommes naissent libres et égaux en droits… L'Indochine suivra très vite, l'Algérie, le Cameroun…
Faisant suite aux promesses d'après-guerre d'accorder liberté aux colonies, faisant suite aux espoirs nés de la victoire contre le fascisme et le nazisme, Madagascar ou toute autre colonie ne pouvait-elle pas espérer vivre enfin hors domination, hors indigénat et humiliation perpétuelle ? Ce pays pouvait-il dépasser son statut de dominé, sortir de cette situation étrange d'infériorité accolée à sa « race » ? Pouvait-il mener sa propre histoire ? Les colonies ne pouvaient-ils plus faire confiance à la parole de la France ? Celle des Lumières, superbe promesse d'humanisme ?
Las, la France d'alors, 1946, choisit de maquiller les promesses et refusa toute idée d'indépendance. Rejetant l'idée d'autonomie dans l'union française proposée par l'Etat français, les Malgaches se soulevèrent, choisirent d'être rebelles. La politique a perdu, les armes ont parlé.
1947 ou cette arrogance, ce désir de ne pas lâcher sa proie -main d'œuvre, marchés et ressources des colonies… 1947 ou ce refus de reconnaître l'humanité pleine de l'Autre, cette soif d'exploitation prenant le pas sur toute autre considération… Le 29 mars 1947, à Moramanga, les rebelles malgaches se lancèrent dans un assaut sans espoir.
Si la première nuit fut de victoire, les suivantes furent de cauchemar. Des massacres et des exactions en nombre, des fusillades sans fin et des exécutions sommaires. Des « enquêtes ». Des « questions ». Des dizaines de milliers de morts civils, de faim, de maladie. Des milliers de réfugiés en fuite devant la guerre, guerre coloniale. L'expérimentation de tout ce qui allait suivre en Algérie. En tout : l'impossibilité de chiffrer les morts, tant on a tué… 89000 morts selon l'armée française en 1949. 11000 morts, chiffre officiel et risible un an plus tard.
Les années suivantes furent de négation. Les années suivantes furent de silence. On brûla des archives. On classa des archives. On ferma des archives. On ne jugeât point. Sauf les Malgaches, coupables pour avoir refusé l'injustice du colonialisme.
A l'indépendance, promesse toujours d'une vie commune, dans une humanité partagée, dans un élan démocratique respectueux de chacun, dans des rêves de progrès universel. On appela cela coopération. Mutisme et complicité. Dictature. Corruption. Silence toujours. L'oubli a succédé. Les générations furent autant de couches de linceuls naturelles. C'est ce qu'on a cru.
La parole insoumise
Silence pèse sur la mémoire. Les langues se délient. Des hommes et des femmes voudront comprendre. Dans ce désir, réel cette fois-ci, de vivre ensemble. Des hommes et des femmes, au-delà des frontières de l'histoire et des rapports de force, voudront savoir. Pourquoi en 47, deux ans après le carnage, deux ans après le « plus jamais ça », pourquoi à Madagascar s'est perpétré l'un des plus grands massacres coloniaux ? Un massacre commis par les vainqueurs du nazisme ? Par ceux qui ont vu de près les horreurs de la guerre ?
C'est ce silence qu'explore le spectacle « 47 », créé en septembre 2008 au Centre culturel français d'Antananarivo, de concert avec Thierry Bedard, metteur en scène, de concert avec Sylvian Tilahimena et Romain Lagarde, comédiens malgache et français. Une histoire commune. Violente. Sensible. Un théâtre qui nous ramène dans ce désir de vivre ensemble, de comprendre ce qui a déchiré, les corps malmenés et torturés, les paroles étouffés et les non-dits qui corrompent les âmes. Pour un langage du présent, un langage partagé. Enfin. ( voir un extrait en cliquant sur la vidéo.)
Mais ainsi en a décidé le « bureau politique » de la DGCID1 [direction générale de la coopération internationale et du développement du ministère français des Affaires étrangères, ndlr]. Coopération et développement ? Silence sur « 47 ». Censure sur le spectacle. Interdiction d'emmener cette parole dans les centres culturels africains et alliances françaises. Etouffer les mémoires pour perpétuer quelle tradition ? Quelle domination ? La France grande et rayonnante ? Mère du progrès et de la civilisation ?
Ainsi, le spectacle ne peut tourner dans ces centres culturels vitrines de la France et de sa capacité de dialoguer avec le monde, vitrines de sa culture, vitrines des cultures. Une vitrine, selon la DGCID, ne saurait comporter la moindre trace de salissure -ces pages sombres de l'histoire coloniale…
Un puits de vérité sans fonds
Il est vrai qu'accorder vitrine à l'histoire coloniale française, c'est plonger dans un puits de vérité vertigineux, c'est plonger dans une saleté sans mesure et inavouable. La mission des centres culturels serait-elle politique, idéologique, partisane ? La culture a-t-elle réellement sa place quand s'exprime une certaine tendance politique du ministère des Affaires Étrangères qui a droit de veto sur la programmation des centres en question ? « Bureau politique » de la DGCID ? Quel est ce bureau qui n'apparait dans aucun organigramme officiel ?
Et dans cette affaire, le devoir de réserve imposé à ces responsables culturels ne vire-t-il pas à l'obligation de collaborer à une politique discriminatoire, un déni de l'histoire des colonies, un déni de l'histoire de France ?
Alors que la politique africaine de la France est déjà un désastre, obligerait-on les hommes et femmes de cultures français à trahir leurs éthiques et convictions ? Faut-ils qu'ils s'alignent sur le même plan que ceux qui ont terni pour longtemps l'image de la France : ces aventuriers politiques qui n'ont jamais considérés les Africains, ces barbouzes et autres prédateurs économiques du continent ?
Mais la mémoire se moque bien de la censure même si c'est une censure d'Etat. Le désir est profond de comprendre d'autant plus que nous avons maintenant le recul nécessaire pour tout entendre, pour enfin échanger.
Auteur, ancré dans les deux cultures -malgache, française, j'ai la conviction que ces actes et discours stigmatisant la légitime revendication des mémoires ne sont que les sursauts d'une certaine France imbue encore de culture coloniale.
Le monde d'aujourd'hui a aboli les frontières, le monde d'aujourd'hui est un monde où la parole peut être infiniment plus libre si on se donne la peine d'utiliser tous les moyens à notre disposition, le monde d'aujourd'hui est un monde où la parole se multiplie, se diversifie, un monde excitant où l'Autre se trouve au bout d'un clic, au bout d'un fil, au bout d'une lettre.
Oui, j'ai cette conviction… A moins qu'une période totalitaire ne se prépare et que je ne m'illusionne, à moins que cette période ne fasse table rase de toutes ces paroles incontrôlables, insoumises, à moins que ces régimes politiques, économiques, qui ont déjà le sort du monde en main, ne deviennent réellement fous et ne viennent à effacer toute velléité de culture, de mémoire, de résistance, à moins que…
Mais le 29 mars 1947, les rebelles ne sont pas tombés pour ça…
► A lire : Un prolongement de cet article peut-être trouvé sur Global Voices Online, en français, avec une revue des commentaires qu'il a suscités.
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De brothe
chercheur Postdoc | 17H26 | 05/12/2008 |
Sur l'histoire (recente) il y a Mahaleo, un documentaire a voir (et une musique a ecouter) sur Madagascar les annees 1970.
Il a ete diffuse sur Arte il y a 1 ou 2 ans, il doit etre en vente sur amazon ou meme a la fnac. Je l'ai pas encore vu, mais des proches en parle comme un modele du genre.
Sinon les livres de l'auteur du billet ont l'air tres bon.
De Servais-Jean 4591
alpha-béta | 18H11 | 05/12/2008 |
Les Galates ont si bien écouté Saint Paul qu'ils n'existent plus.
Signé : Un judéo-Chrétien Occidental.
à Servais-Jean
De Ouko
Citoyen réinformateur ..... | 13H14 | 06/12/2008 |
lettre ouverte à Servais jean…
les Galates ? ? ! ! ! …
Vous devriez remonter plus loin dans l'histoire…
Vous devriez faire un article sur l'esclavage actuel, et notamment dans les pays africains et musulmans..
Combien coûte encore en aides diverses Madagascar à la France …..
Ah j'avais oublié , qu'il faut être courageux pour faire un tel article et comme vous êtes de gauche , cela vous est impossible …
et oui, je sur estime trop souvent les gens et c'est un de mes défauts…
je devrais plutôt regarder les gens à leurs justes hauteurs ..
sur ce…
cqfd
De Akaz
Malfini | 18H38 | 05/12/2008 |
Rue 89 devient un drôle de repaire remplis de trolls et d'affreux bouffons qui vous parlent de « supporter la contradiction » quand ont leur dit que 89000 personnes sont mortes.
On ne peut rien dire à un français, il aura toujours quelque chose à redire au lieu d'assumer tout bêtement ses responsabilités, les responsabilités de sa nation et de son Etat.
89000 personnes qui disparaissent comme ça du jour au lendemain et ça n'a pas de conséquences ? Si je ne suis pas trop sot, je crois savoir que lors des dernières rocambolesques élections c'est un pro-français soutenus par les habituels réseaux qui a été élu à grand frais ?
Vous, les Français, n'êtes jamais vraiment partis, et dieu sait qu'il est bon de vous dégager.(Je sais pas ce que j'ai en ce moment, mais la pestilence m'irrite, et la pestilence française tout en hypocrisie et donnage de leçons pue au plus haut point).
à Akaz
De ras-la-patience
18H46 | 05/12/2008 |
soyez sympa ; ne généralisez pas « vous les français » est bien schématique, et tous ne pensent pas pareil, (c'est comme l'autre imbécile qui parle de « notre dieu ») lisez attentivement tous les commentaires
bien cordialement
à Akaz
De mechante langue
23H46 | 05/12/2008 |
« On ne peut rien dire à un français, il aura toujours quelque chose à redire au lieu d'assumer tout bêtement ses responsabilités, les responsabilités de sa nation et de son Etat. »
De quoi parlez vous ?
Il s'agit d'une piéce jouée a Madasgacar financé par l'état français .
Est il necessaire de denoncer les massacre de 47 a Madagascar alors que ces faits y sont largement enseignés . A la rigueur en France …
Si les institutions culturelles frnçaises voulaient aider la création , la liberté d'expression , le debat démocratique elle soutiendrait des oeuvres qui bousculent le statut quo africains
« Vous, les Français, n'êtes jamais vraiment partis, et dieu sait qu'il est bon de vous dégager.(Je sais pas ce que j'ai en ce moment, mais la pestilence m'irrite, et la pestilence française tout en hypocrisie et donnage de leçons pue au plus haut point). »
Mais que faites vous là , M le donneur de leçon !
Au lieu de chercher la source de vos malheurs chez les autres commencer a nous parler de vos propres responsabilités.
De Droopydiego
I'am happy | 19H24 | 05/12/2008 |
Réver avec le CCAC et les AF : Personne ne veut ressortir l'Histoire… et le MDRM non plus.
Hors contexte :
La presse Malgache est Conplétement muette sue cette informations, qu'en penser
Par Song Jung-a et Christan Oliver à Séoul et Tom Burgis à Johannesbourg, article paru le 19 novembre 2008 dans le Financial Time.
Lors de la signature d'un protocole d'accord en mai, Daewoo annonçait qu'il s'était entendu avec le gouvernement de Madagascar pour avoir une license gratuite de 99 ans dans le but de cultiver 1,3 million d'hectares de terres agricoles. Lorsque la compagnie signa le contrat en juillet, elle accepta de discuter du coût de l'opération avec Madagascar, mais il semblerait maintenant que Daewoo n'ait rien à payer.
D'après Mr Hong : « Madagascar est un pays totalement sous-développé qui est resté intact. Nous allons leur fournir des emplois en leur faisant cultiver la terre, ce qui est bon pour Madagascar ». Les 1,3 million d'hectares sous licence représentent presque la moitié des terres actuellement arables de ce pays africain qui en compte environ 2,5 millions.
Madagascar pourrait aussi bénéficier des investissements de Daewoo sous forme de routes, d'irrigation et d'équipements pour le stockage des grains.
Un diplomate européen en poste en Afrique du sud, déclare cependant « Nous craignons qu'il y ait très peu de bénéfices directs (pour Madagascar), les projets extractifs ayannt très peu de retombées pour une industrialisation plus large ».
Depuis ces 5 dernières années, les pays asiatiques se tournent de plus en plus vers l'Afrique pour satisfaire leurs besoins en ressources. La Chine a renforcé de façon particulièrement agressive ses participations dans les champs de pétroles et les mines sur le continent africain et s'est même parfois vue accusée de néo-colonialisme.
Mais actuellement, les pays délaissent le pétrole et les mines pour favoriser l'alimentation. Roelof Horne qui dirige le fond Investec Asset Management's Africa, s'attend à voir une augmentation des investissements dans les terres agricoles sur le continent noir. Pour lui, « L'Afrique possède la plus grande surface de terres sous-utilisées dans le monde », même s'il ajoute un bémol « La terre a toujours une charge affective forte ».
Indépendamment de Daewoo, un nombre croissant de compagnies sud-coréennes s'aventurent à Madagascar, investissant dans des projets allant des mines de nickel, à des centrales hydrauliques. L'entreprise d'état, Korea Ressources, a signé récemment un accord préliminaire avec Madagascar pour accroître la collaboration sur le développement des ressources, y compris des projets miniers pour d'autres métaux.
Daewoo projette de commencer la production de maïs sur 2000 ha à partir de l'an prochain et de l'étendre progressivement à d'autres parties des terres sous licence. La compagnie prévoit ainsi de planter 1 million d'ha en maïs dans la partie ouest du pays et 300 000 ha en canne à sucre [1], dans la partie est.
La compagnie prévoit d'envoyer par bateau la récolte brute en Corée du sud et d'en exporter une partie vers d'autres pays. On ne sait pas si la moindre production va rester à Madagascar, une nation très pauvre où le fond Alimentaire Mondial fournit une aide alimentaire pour environ 600 000 personnes soit 3,5% de la population.
Le Programme Alimentaire Mondial - agence de l'ONU en charge de l'aide alimentaire d'urgence - estime que 70% de la population de Madagascar vit en dessous du seuil de pauvreté. « Plus de la moitié des enfants de moins de 3 ans souffre d'un retard de croissance, dû à un régime alimentaire chroniquement inadapté ».
Les investissements étrangers dans les terres agricoles se poursuivent, alors que cette année a connu une crise alimentaire qui vit les aliments de base comme le riz et le blé, atteindre des prix record et que des émeutes de la faim éclatèrent de Haïti à l'Egypte.
Daewoo déclare avoir choisi d'investir à Madagascar car ce pays est resté relativement épargné par les compagnies occidentales. Pour Mr Hong « Le pays pourrait s'avérer être encore plus intéressant pour nous, car peu de compagnies occidentales sont présentes ».
Daewoo prévoit de développer les terres arables à Madagascar durant les 15 années à venir et de fournir ainsi près de la moitié des importations en maïs de la Corée du Sud. La Corée du Sud est un pays très peuplé disposant de peu de ressources. C'est le 4ème importateur mondial de maïs.
[1] Selon les explications de son Président, Daewoo Logistics s'intéresse tout particulièrement à Madagascar parce que le pays présente des similarités avec l'Indonésie où son entreprise travaille déjà dans le domaine de l'agriculture, particulièrement dans la plantation de palmiers à huile et qu'il y a une forte demande mondiale, estimée à 50 millions de tonnes par an. (AllAfrica.com)
à Droopydiego
De mechante langue
23H52 | 05/12/2008 |
Voila ce que devrait denoncer la création culturelle « engagée » subventionnée par la France .
Et non pas les massacres de 47 qui est aussi risqué et aussi utile que faire une piéce sur la Guerre de Cent-ans ici
à mechante langue
De zorbek
11H12 | 07/12/2008 |
Dénoncer quoi au juste ? De réussir là où la Francafrique a largement échoué ? D'apporter du travail et une source de revenus à des crèves-la-faim ? Ou bien serait-ce la perspective de concurrencer notre agriculture subventionnée qui vous fait peur ?
Ceci posé, vous n'avez pas à mes yeux tout à fait tort dans votre dénonciation. S'il est indéniable que l'Etat colonialiste Francais a commis des crimes à une échelle superbement ignorée par l'histoire officielle, je ne vois pas ce que ce genre de dénonciation apporte aux Malgaches (même si j'en perçois l'utilité du coté français) : ce ne sont pas de théâtres dont ils ont besoin, mais d'ingénieurs et de gestionnaires capables de construire une économie dans le pays le plus pauvre de la planète. Au risque de froisser vos préjugés idéologiques, que ce soit avec Daewoo ou autre, je n'en ai rien a foutre du moment que ça marche. Laissez-moi seulement espérer que les notables locaux sauront se retenir de mettre la main sur les profits dès qu'ils apparaissent (et de tuer la poule aux oeufs d'or, comme c'est si souvent le cas en Afrique)…
De Yasmine Modestine
Comédienne | 20H20 | 05/12/2008 |
je n'ai pas lu tous les commentaires donc peut être quelqu'un a déjà dit ce que je vais écrire.
Cet article est un bel écrit dont je retiens l'émotion. Je ne suis pas assez calée sur l'histoire de Madagascar -et de France, en général- et j'aurais aimé que l'auteur nous explique plus concrètement les faits. Je les comprends, je les devine, mais ne les sais pas et le lyrisme du texte ne m'éclaire pas suffisamment.
Un ami réalisateur m'a fait remarquer qu'en France il y avait 3 films sur la guerre d'Algérie en tout et pour tout et que le sujet restait aujourd'hui difficile à traiter.
A l'inverse du Vietnam aux Etats Unis, par exemple. Ou de l'Iraq.
C'est une question de « culture » (je ne suis pas sûre que le mot soi juste). En France, il semblerait que le politique et l'actualité doivent sortir du champ de représentation culturelle justement, dans les pays anglo-saxons, le cinéma, le théâtre, la télévision s'en emparent quasi immédiatement (cf la pièce de david hare « stuff happens » par ex)
Tout cela pour dire quoi me demanderez-vous ? Rien d'autre, que de souligner-encore-une habitude « culturelle » de déni (encore une fois culture ici n'est peut être le bon mot ) contre laquelle il faut bien sûr toujours lutter, mais qui est déjà en train de s'ébrécher.
Je me demandais si cette pièce en revanche ne pouvait trouver un théâtre en France, car ce que vous en écrivez donne envie d'en savoir plus, et il existe des directeurs et directrices de théâtres subventionnés qui au contraire seraient sans doute intéressés par cette pièce justement à cause de son sujet. Et à partir de là peut être qu'une tournée serait envisageable.
à Yasmine Modestine
De zorbek
11H30 | 07/12/2008 |
Vous avez à mes yeux tort de prendre autant de précautions avec le mot « culture », que je prends ici au sens anthropologique. Vos propos sont tout à fait pertinents, et s'il est une constante parmi la production intellectuelle française, c'est de rarement se remettre en question, ce qui fait de la France un pays fondamentalement conservateur, replié sur un passé mythique, et particulièrement inapte aux changements.
De Chris du Fier
Chroniqueur | 21H53 | 05/12/2008 |
Ah ouais.. Surtout si ils sont « subventionnés'…
Là, pas de problèmes. On trouve des directeurs et directrices de théâtre à tous les coins de rues..
Restons sérieux. Certains malgaches (surtout ceux travaillant en France) ont des états d » âme sur leur condition passée durant la colonisation ? ?
Et alors ? … C'est leur problème. Je ne vois pas en quoi moi métropolitain n » ayant jamais mis les pieds dans cette île, je devrais me sentir coupable de quoi que ce soit…
Et en plus, je suis très heureux qu » ils sont « indépendants » aujourd'hui.. Autrement, faudrait encore payer pour les assedics, rmi, CMU et compagnie pour ces braves gens.. qui alors là, comme à la réunion, nous traiteraient de sales zoreilles..
Non, non.. Bravo.. Vive l » indépendance de Madagascar.. Et gardez la bien surtout.
De cdmlyon
citoyen du monde | 03H16 | 06/12/2008 |
un jour , discutant avec mon voisin malgache, j'abordais le génocide de 1947 en faisant le parallèle avec ceux d'Algérie. Emu, il m'interpella pour me dire : » vous êtes au courant «
Pour lui , la France avait tellement effacé cet évènement qu'il était persuadé que personne ne savait.
Et c'est un devoir pour ceux qui savent de faire savoir.
Il n'est pas trop tard pour le peuple malgache de demander des comptes à la France coloniale. Les juifs ont bien attendu 40 ans pour juger certains criminels.
De Chris du Fier
Chroniqueur | 11H39 | 07/12/2008 |
Au lieu de pleurer sur les taquineries de l » armée française en 1947 ils feraient aussi bien d » ériger deux énormes statues de Churchill et de Montgoméery en remerciements.
Si l » armée britannique n » avait réussi à arrêter Rommel en Lybie (Bir Hakeim inclus) le canal de Suez aurait servi de voie royale pour l » émigration des juifs européens vers Madagascar.
Cet île serait aujourd'hui colonie et possession juive….
La pouplation française a plus subie la brbarie républicaine (Vendée,Rhône, Loire, etc..) que les malgaches celle de l » armée coloniale.
à Chris du Fier
De zorbek
12H48 | 07/12/2008 |
Si je comprends bien, les camps d'extermination, c'est finalement à cause de la perfide Albion, voila les Churchill et Montgomery remis à leur place dans l'histoire.
Petit taquin va !
(très petit)
à zorbek
De Chris du Fier
Chroniqueur | 11H32 | 08/12/2008 |
Je regrette, cher Monsieur, mais je n » ai rien inventé.
Les USA et la Grande Bretagne, dés 1937-38 avaient fermé leurs frontières à l » immigration des juifs d » Europe, et ce malgré toutes les déclarations menaçantes et tonitruantes des nouveaux dirigeants nazis de l » Allemagne envers la communauté juive.
Et c'est également vrai que le plan préféré d » Hitler et autres nazis était de déloger les juifs d » Allemagne pour les installer à Madagascar… Et pour cela il fallait pouvoir passer par le canal de Suez…. L » Atlantique leur étant pratiquement interdit pas la Navy.
On peut affirmer que si en 41 Rommel était parvenu au Caire, les charters auraient se seraient succédé à destination de Madagascar.
Pour ce qui concerne les camps de concentration, il faut aussi dire que les premiers visiteurs dés 36 n » étaient pas les juifs, mais les opposants politiques à Hitler : démocrates chrétiens et catholiques pour commencer suivi rapidement par les cocos.
à Chris du Fier
De déluge
menuisier | 13H51 | 07/12/2008 |
Dis donc cricri, faut dire à ton maître qu'il prenne un sac plastic avec lui quand il te sort.
Ca fait sale de laisser les crotes derrière toi.
De Alex Engwete
Consultant | 00H07 | 08/12/2008 |
C'est vraiment honteux, la censure que vous rapportez — la violence bureaucratique dans son état le plus virulent — surtout lorsque l'entité dispensatrice de cette violence s'appelle « Bureau Politique » ! On croit rêver… Et tout ça dans l'indifférence générale de la presse et du public français. Quelqu'un m'a récemment dit que Watergate n'aurait pas été un scandale en France pour la simple raison que le quotidien « Le Monde » par exemple n'aurait jamais permis à deux journalistes stagiaires de faire une enquête sur une affaire sordide impliquant un président de la République française. La clé de cet autoritarisme et l'indifférence concomitante des citoyens serait peut-être à rechercher du côté des « indices des dimensions culturelles » développés par le psychologue hollandais Geert Hofstede. Deux indices en particulier : 1) la distance hiérarchique (« degré d'inégalité attendu et accepté par les individus »), indice pour lequel la France fait un score de 68 (comparé au score de 41 pour les USA), presque le même score que les républiques bananières africaines (dont le Madagascar) ; et 2) le contrôle de l'incertitude (ou la façon dont les membres d'une société abordent le risque, avec comme corollaire le fait que dans les pays où le contrôle d'incertitude est très élevé les « institutions […] vont donc chercher à créer la sécurité et à éviter les risques de trois façons : par la technologie, par les règles juridiques et par la religion ») : encore une fois, le score de la France est très élevé : 86 (contre 46 pour les Etats-Unis)…
Voir : 1) http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/bollinger_hotsf.html#result… 2)
http://www.clearlycultural.com/geert-hofstede-cultural-dimensions/power-… et 3) Malcolm Gladwell, « Outliers : The Story of Success ».
De juliettelucie
Agitée du bocal | 12H15 | 09/12/2008 |
J'ai découvert l'histoire de 1947 dans un très bon livre « Le Gout de la Mangue », de Catherine Missionier. J'avais 14 ans, et j'ai attendu dans mes cours d'histoire sur la dçolonisation, qu'on parle de ce massacre. En vain.
Parents, je vous conseille donc de laisser ce bouquin trainer sur la table de chvet de vos enfants. Il faut un peu combler le manque d'histoire dans nos classes…
De Antoine Piel
citoyen | 13H23 | 10/12/2008 |
Je viens de m'inscrire sur Rue89 pour soutenir Raharimanana et les artistes qui ont créé le spectacle « 47 ».
Ce soutien bien sûr parce que je suis, comme la plupart de ceux qui ont déjà écrit ici leur commentaire, scandalisé de la censure exercée contre ce spectacle. Je suis scandalisé par principe qu'une censure de quelque nature qu'elle soit puisse s'exercer dans notre pays sur une œuvre d'art. Je suis aussi profondément bouleversé sur le fond de cette censure-là qui perpétue la négation de notre Histoire.
J'ai parcouru la plupart des commentaires parus à ce jour, et je crois nécessaire d'apporter les quelques précisions dont je dispose pour ma part. Je n'ai malheureusement pas eu la possibilité de voir le spectacle « 47 », qui a pourtant été représenté tout près de chez moi les 6 et 7 novembre 2008 au théâtre de Bonlieu Scène Nationale à Annecy. Mais à cette occasion j'ai eu la chance de rencontrer Raharimanana pour la première fois, et surtout j'avais eu la chance, grâce à cet événement culturel de ma ville, de découvrir en lui un immense auteur, notamment pour son magnifique et terrible roman « Za », paru en 2008 aux éditions Philippe Rey. Si je n'ai pas vu le spectacle « 47 », j'ai en revanche lu l'essai dont il est l'adaptation théâtrale : « Madagascar, 1947 » (Editions Vents d'ailleurs, 2007). Ce livre, dont je recommande évidemment la lecture, éclairera tous ceux qui désirent en savoir plus sur le massacre de 1947, car l'auteur y fait référence à des faits précis en incluant notamment de nombreux témoignages, ainsi que des photos d'archives du Fonds Charles Ravoajanahary. Mais il fait plus : c'est un admirable texte de réflexion qui met cet événement en perspective avec la décolonisation, la politique actuelle de la France et le travail de mémoire.
Bref, pour ceux qui pensent que le spectacle censuré ne parle que du passé et que cela ne vaut pas la peine qu'on s'y intéresse (et quand cela serait, la connaissance du passé n'est-elle pas essentielle à ceux qui veulent s'occuper de notre présent ? ), j'attire donc l'attention sur le fait que Raharimanana ne fait pas que dénoncer un massacre, il montre comment dans le monde d'aujourd'hui les restes de ce lien colonial entre la France et Madagascar perdurent. Il cite notamment un écrit essentiel de Sartre, qui interrogeait en 1961 notre complicité de citoyens qui avions tant profité du système colonial. Ce texte à chaud était alors singulièrement clairvoyant : « (…) nous aussi, gens de l'Europe, on nous décolonise : cela veut dire qu'on extirpe par une opération sanglante le colon qui est en chacun de nous. » Tellement clairvoyant qu'il est encore d'actualité : ce colon a été si bien extirpé, et si vite, si autoritairement, qu'on l'ignore aujourd'hui, qu'on l'a oublié, et qu'on en nie volontairement les séquelles dans nos comportements de néo-coloniaux d'aujourd'hui. On ne peut évidemment pas dire que la conscience de ces comportements n'existe pas : ce serait négliger toutes les sonnettes d'alarme tirées par les tenants d'un commerce équitable et d'un développement durable établi sur des règles communes plus justes. Mais cela n'empêche pas encore que les pratiques financières et commerciales à sens unique entre le Nord et le Sud soient les plus répandues.
Si ces ignorances me bouleversent pour Madagascar, avec lequel j'ai tissé des liens affectifs très forts, et pour nombre de pays dans la même situation de dépendance ou de mépris, elles ne m'affligent pas moins pour mon propre pays, qui ne peut que souffrir de ces mensonges — qu'on songe seulement à ce fameux « rôle positif de la colonisation »… Voici encore un extrait du texte de Sartre cité par Raharimanana : « Regardons-nous, si nous en avons le courage, et voyons ce qu'il advient de nous. Il faut affronter d'abord ce spectacle inattendu : le strip-tease de notre humanisme. Le voici tout nu, pas beau : ce n'était qu'une idéologie menteuse, l'exquise justification du pillage ; ses tendresses et sa préciosité cautionnaient nos agressions. ». Je voudrais rappeler cette évidence à ceux qui ne pensent pas que la culture soit nécessaire pour lutter contre l'oubli de l'Histoire : c'est qu'ils donnent des armes à ceux qui ne cherchent déjà qu'à contrôler, de plus en plus, l'éducation, la pensée, la liberté individuelle, bref qu'ils font le lit à de possibles dictatures. La réflexion philosophique sur l'humanisme et l'anti-humanisme a fait son chemin depuis cet écrit de Sartre, et elle était salutaire. A nous aujourd'hui de ne plus accepter de vivre dans des mensonges quotidiens. A nous le devoir de ne pas laisser construire l'humain et l'humanité sans y apporter notre pierre : sinon cela revient à laisser faire ceux qui veulent encore rabaisser l'homme à l'état d'instrument ou de marchandise.
Combien de temps encore la France prétendra-t-elle systématiquement n'avoir eu que le beau rôle dans l'Histoire ? Comment peut-elle dans ces conditions se faire donneuse de leçons ? Cela ne durera évidemment pas si l'on observe un peu l'équilibre du monde : la mauvaise foi finira par lui coûter isolement et repli sur elle-même. Mais par là ne continue-t-elle pas à alimenter les tensions et les haines ? Si c'est l'intérêt du gouvernement, parce que c'est l'intérêt de quelques-uns, alors l'affaire de tous est plus que jamais de travailler à la reconnaissance de l'autre.
Pardon si pour vous j'enfonce des portes ouvertes : il m'apparaît parfois tellement que certains voudraient les refermer, ces portes… Alors je voudrais mentionner cette idée d'Amin Maalouf, dans « les Identités meurtrières » (Le livre de poche, 1998), un autre livre tellement utile dans notre monde comme il va : cesser de se cramponner à une seule identité, celle d'un pays, d'une région, d'une culture, d'une religion, pour prendre en compte deux choses : la première est que chacun est composé d'identités multiples, par ses origines et appartenances diverses, comme par ses rencontres et ses apprentissages ; la deuxième est que chacun doit faire l'effort de connaître l'identité de l'autre, sa culture, sa langue, son Histoire… Un premier pas pour le reconnaître.
Si conscient, si informé, si ouvert que j'aie l'impression d'être, comme citoyen du monde, j'ai besoin pour ma part de toutes les ressources de la culture pour comprendre certaines choses de l'intérieur. Parfois c'est comme le réveil d'un songe qui me fait comprendre l'immense mensonge dans lequel je vis.
Merci à Raharimanana de m'avoir offert l'occasion d'un de ces réveils. Je ferai tout mon possible pour que l'information concernant cette censure fasse son chemin.