Automobile, logement, infrastructures… les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy étaient souvent déjà prévues.

Selon l'économiste Thomas Piketty, proche du parti socialiste, les chiffres lancés par Nicolas Sarkozy dans son discours de Douai sont en grande partie fallacieux :
« On prétend injecter 26 milliards d'euros dans l'économie, alors qu'en vérité il ne s'agit que de un ou deux milliards d'argent frais. »
Piketty note ainsi que la grande masse des dépenses annoncées étaient déjà prévues : le Président se contente d'accélérer certaines dépenses (ce qui n'est pas mauvais, en soi).
Le plan a été évalué à 26 milliards d'euros sur deux ans. Environ 15 milliards portent sur l'année 2009. Cette enveloppe comporte deux grands postes : 11,5 milliards d'avances de trésorerie aux entreprises (des sommes qui leur leur sont dues de toute façon) et 10,5 milliards pour des investissements publics (programmés jusque là sur une plus longue période).
C'est un plan tourné vers les entreprises et l'investissement. La part réservé à la consommation (et particulièrement les ménages modestes) est très faible : la prime de 200 euros aux bénéficiaires des minima sociaux ne représente qu'une dépense limitée, 760 millions d'euros.
Une « correction utile mais pas un new deal » résume Alternatives économiques. Malgré l'audace affichée par le chef de l'Etat, c'est un plan de relance assez classique, d'inspiration néokeynésienne, mais enjolivé par des mesures qui étaient déjà dans les tuyaux ou qui, pour certaines, auront un impact concret très limité. Gare aux déceptions, donc.
Pour évaluer la « part de pipeau » du plan, nous avons passé au peigne fin quelques annonces phares. Evidemment, il est très difficile de tout vérifier. C'est tout l'art de ce type de communication : face à cette avalanche de chiffres et d'annonces, il est complexe, sauf à prendre énormément de temps, d'avoir un regard critique sur chaque détail, de faire la part des chose entre véritables nouveautés, repackaging d'anciennes annonces, ou promesses sans lendemain possible.
Nous commençons ici avec un bel échantillon, que nous complèterons au fur et à mesure (avec votre aide, nous l'espérons).
1) La « prime à la casse »
L'annonce. L'Etat versera 1000 euros aux automobilistes qui se débarrasseront d'une voiture de plus de dix ans et qui en achèteront une n'émettant pas plus de 160 grammes de CO2. La mesure a déjà été expérimentée dans les années 90, sous les gouvernements Balladur et Juppé. Elle s'appliquait alors à plus de véhicules (vieux de plus de huit ans), mais était moins généreuse (572 euros). Elle avait effectivement relancé les ventes.
Une efficacité médiocre. Pour Bernard Jullien, directeur du Gerpisa (Groupe d'études et de recherches permanent sur l'industrie et les salariés de l'automobile), l'impact sera très limité. Le budget prévu est de 200 millions d'euros, soit 200000 voitures ou encore 2% des véhicules de plus de dix ans circulant en France. Selon le chercheur, un quart de ces voitures aurait été de toute façon acheté.
Pire, cette mesure ne profitera pas aux usines françaises :
« Les acheteurs vont se tourner vers les modèles qui se vendent déjà le mieux (Twingo, 107…). Le problème, c'est qu'ils ne sont en général pas fabriqués en France.
“Pour les ventes, la mesure peut être intéressante. Mais pour l'industrie, elle n'aura aucun effet. On peut estimer qu'elle ‘sauvera’ 35000 voitures dans les usines françaises, alors que la production totale en France est de 2 millions.”
2) L'aide aux sous traitants
L'annonce. Un “fonds de restructuration” de 300 millions d'euros viendra en aide aux sous-traitants. Il sera abondé à la fois par l'Etat (à hauteur de 100 millions) et par les constructeurs.
Efficacité limitée. Le gouvernement n'apportera pas d'argent frais, il ira le chercher auprès du Fonds stratégique d'investissement, le fonds souverain créé par Sarkozy en novembre. Verdict de Bernard Jullien :
“Ça peut donner un petit peu d'oxygène à des boîtes qui vont mourir. Mais ce n'est qu'une mesure d'urgence, sans véritable stratégie industrielle.”
3) La relance de l'achat à crédit
L'annonce. Pour relancer les ventes, l'Etat va ouvrir une “ligne de refinancement” de 1 milliard d'euros aux organismes de crédit de Renault et PSA.
Une piste sérieuse. “C'est sans doute la mesure la plus sérieuse et la plus attendue par les constructeurs”, juge Bernard Jullien. En effet, les analystes n'accordent pas aux filiales de crédit des constructeurs la même crédibilité qu'aux banques et aux autres sociétés financières. Renault et PSA ont donc du mal à réunir les fonds nécessaires pour accorder des prêts.
Mais le diagnostic dressé par Sarkozy à Douai laisse à désirer. Le chef de l'Etat a justifié la mesure en rappelant que trois voitures sur quatre étaient achetées à crédit. Exact, sauf que tous ces crédits ne sont pas accordés seulement par les constructeurs.
1) Le prêt à taux zéro
L'annonce. En 2009, le plafond du “prêt à taux zéro” (un prêt complémentaire accordé par l'Etat aux primo-accédants aux revenus modestes) sera doublé pour tout achat dans le neuf. Les prêts vont ainsi passer, pour un couple, à 33000 euros (45000 euros en région parisienne). Le montant du prêt pourra atteindre 30% du prix du logement (contre 20% auparavant).
Efficacité faible. Le doublement du plafond est réservé à l'achat d'un logement neuf. Or, les acheteurs de logements anciens représentent les deux tiers des bénéficiaires actuels du prêt.
2) Les 100000 nouveaux logements sociaux
L'annonce. Le Président a annoncé la construction de 70000 logements en deux ans. Ils s'ajoutent aux 30000 logements annoncés en octobre. Sur les 70000, 30000 seront des logements sociaux, 40000 à loyer intermédiaire.
Une annonce bienvenue. C'est un changement d'approche qu'il faut saluer (le gouvernement, dans le projet de loi de finance, prévoyait un budget en baisse de 30% pour le logement social). En revanche, le pouvoir rechigne toujours à utiliser un levier simple : obliger les communes qui refusent de construire des logements sociaux à le faire.
Toutefois, le groupe socialiste au Sénat s'interroge : “Comment comprendre l'annonce de construction de 100 000 logements sociaux supplémentaires alors que le budget pour 2009 en prévoit déjà 120 000, dans un contexte de baisse des subventions ? ”
L'annonce. Le seuil de passation des marchés publics va passer de 206000 euros à 5,15 millions d'euros, qui est le seuil européen.
Une simple obligation européenne. En réalité, la France n'a pas le choix et elle a déjà aligné ces différents seuils, en vertu des plus récentes directives européennes sur le sujet.
La vraie nouveauté concerne les collectivités locales, où le niveau d'exemption totale de procédure va passer de 4000 à 20000 euros. Plus une rallonge possible de 50% d'une commande, sans faire d'appel d'offres. L'argument du Président : favoriser les entreprises locales.
Commentaire de l'expert des collectivités locales Michel Klopfer : “Il n'y a pas de raison pour qu'une collectivité achète de la papèterie localement si elle est moins compétitive qu'ailleurs.” S'il salue la volonté d'assouplir les procédures, l'expert nuance la portée de cette mesure :
“D'un côté, bien sûr, il y a de la paperasserie -la procédure de la double enveloppe à l'heure d'Internet- et une sorte de dictature des services de marchés publics. On préfère parfois garder le même fournisseur à cause de la procédure. De l'autre, il faudrait les faire évoluer vers une vraie fonction achat, qui n'existe pas dans les collectivités. On pourrait aussi créer des centrales d'achat communes aux collectivités.”
En résumé, l'effet escompté ne sera pas forcément au rendez-vous.
Le Président promet une “accéleration” de l'investissement public, via les contrats de Plan Etat-Régions, la loi de programmation militaire, le patrimoine, les hôpitaux, les prisons : “Pour 2009-2010, cette accélération représentera pour l'Etat un effort de l'ordre de 4 milliards d'euros.” C'est un chiffre lancé, qu'il faudra vérifier… dans deux ans. Merci de nous y faire penser.
1) Les quatre lignes de TGV
L'annonce. “Cet effort s'ajoutera à celui consacré aux grands projets qui vont s'échelonner sur les années à venir tels que le plan campus, les TGV, le canal Seine-Nord, la liaison Lyon-Turin. Ils représentent un
effort sans précédent depuis bien longtemps. C'est ainsi qu'entre 2010 et 2014, c'est quatre lignes de
chemin de fer à grande vitesse qui seront construites en parallèle.”
Rien de nouveau. Les 2000 km de lignes à grande vitesse figurent déjà sur la carte ci-dessous. Ils font partie des dispositions arrêtées à la suite du Grenelle de l'Environnement et débattues au Parlement cet automne avant d'avoir été adoptées.

2) Le tunnel Lyon-Turin
Le montage financier du tunnel Lyon-Turin reste à construire. Actuellement, seules les galeries d'accès sont percées. Le coût du percement des 65 km de la partie internationale (comprenant le tunnel de base de Modane et celui de Bussoleno) a été réévalué à 7,6 milliards en janvier 2006. Le mémorandum franco-italien prévoit que la France et l'Italie financeront à 50/50 l'ensemble de la ligne. C'est en 2010 que les modalités de financement devront être fixées, selon le calendrier établi jusqu'à présent. Avec pour objectif une mise en service à l'horizon 2020.
3) Le Canal Seine-Nord
Son ouverture est prévue à horizon 2012.
4) EDF
Sarkozy évoque probablement la construction du 2e EPR, dont il a déjà parlé.
5) Gaz de France
Gaz de France n'existe plus, la société a été remplacé par GDF Suez (il faudrait le lui dire).
6) La RATP
Des tramways pour compléter la petite ceinture qui contourne Paris (prévus pour 2012). La rocade souterraine (métro) Arc Express en grande couronne, dont le premier tronçon dans le sud-est parisien n'est pas attendu avant 2020. Un train Roissy Express, mais sur ce dossier rien n'est encore arrêté.
L'annonce. “Les charges patronales seront totalement compensées par un versement forfaitaire pour les nouvelles embauches en 2009 dans les entreprises de moins de 10 salariés. Cette exonération totale au niveau du Smic serait dégressive jusqu'à 1,6 Smic.” Une aide à l'emploi de 700 millions d'euros.
Une efficacité limitée. La CGPME n'est pas extatique : “Les exonérations de charges sociales favoriseront l'embauche dans les TPE, à condition toutefois que les carnets de commandes le permettent.” Les représentants des PME regrettent au passage que les annonces du ministre du Budget sur la possibilité de reporter le paiement des charges sociales n'aient pas été confirmées…
Par ailleurs, il est très difficile d'évaluer l'effet d'aubaine d'une telle mesure (des petites entreprises embauchent de toute façon, crise ou pas) et donc l'effet sur l'emploi.
Enfin, des exonérations totales ou partielles de cotisations sociales patronales existent déjà dans de nombreux cas particuliers : pour les entreprises dans les ZRU (Zones de redynamisation urbaine) et ZFU (Zones franches urbaines) ; pour les entreprises embauchant un apprenti ou un salarié en contrat aidé ; ou encore pour les entreprises pouvant bénéficier de la “réduction Fillon” (qui vous donne droit à un allègement des cotisations patronales de sécurité sociale).
L'annonce. Sarkozy a une nouvelle fois promis de tout faire pour que la TVA passe de 19,6% à 5,5% pour certains produits : restauration, disques, produits propres.
En attendant Bruxelles… C'est un engagement qui n'engage à rien, puisque toute baisse en-dessous du minimum autorisé en Europe, 15%, nécessite l'accord de Bruxelles et des autres Etats-membres. Et cette autorisation semble encore lointaine. Le chef de l'Etat a simplement élargi la gamme de produits qu'il souhaite soutenir.
En tout cas, le Président n'a aucune intention de suivre l'exemple de Gordon Brown. Pour relancer la consommation, le Premier ministre britannique a en effet opté pour une mesure radicale : une baisse générale du taux de TVA de deux points, en la ramenant au seuil minimum de 15%.
G.B., D.S, F.K, J.M, P.R.
► A lire : le discours de Douai.




















3
De Patrick C
Professeur de SES | 22H37 | 04/12/2008 |
Un élève de 1ère ES pourrait facilement dire à M. Sarkozy que son plan n'a aucune légitimité économique.
En 2007, la France avait une surproduction de 13,6 milliards d'euros selon l'INSEE. Ce qui signifie que les entreprises et administrations françaises produisaient beaucoup plus que ce qui était consommé. En 1992, l'année précédent la grande dépression de 1993, la situation était identique. Cela signifie simplement que les entreprises ont des capacités de production excédentaires. Ils ont plus de capital productif de tout type qu'il leur est nécessaire pour produire. Par conséquent, ils n'ont pas besoin d'investir en 2008. Et encore moins d'embaucher. C'est d'ailleurs pour cette raison que les embauches au premier trimestre 2008 étaient 4 fois inférieures à celle du premier trimestre 2007, toujours selon l'INSEE.
Proposer des aides aux investissements et aux embauches à destination des entreprises est donc une façon d'agir inappropriée en la circonstance.
Peut-être que l'investissement public peut alors changer les choses ?
Proposer un plan de relance par l'investissement public a une vertu, certes, celle d'enclencher un phénomène dit de multiplicateur keynésien. En lançant l'investissement public, on embauche une partie de la population au chômage. Cette population peut donc consommer, ce qui apportera des revenus à d'autres entreprises, et par effet de cascade, la production peut reprendre.
Dans le cas actuel, le plan de relance par l'investissement public est très faible, (merci à l'article de très bien le montrer par ailleurs) donc l'effet multiplicateur le sera également. Il y a peu de chances que les emplois publics créés aient beaucoup d'effets positifs sur le reste de l'économie.
Que faut-il alors faire ? Il ne reste qu'une solution, à la fois pertinente économiquement (car ce n'est pas l'investissement qui fera grand-chose) et symboliquement (car tout le monde ne parle que de cela et que c'est un moyen de montrer concrètement le pragmatisme économique et non l'idéologie). C'est relancer la consommation. Agir pour augmenter la consommation concrètement, à l'instar du gouvernement britannique qui a diminué la TVA pendant les 2 ans à venir. Ce faisant, on redonne un dynamisme à l'économie : les entreprises auront à nouveau une demande à laquelle répondre. Et l'investissement aura dans ce cadre, mais dans ce cadre seulement, un intérêt pour les entreprises.
Sans relance de la consommation, il n'y aura pas de reprise de l'économie française. Nous sommes partis pour une belle dépression, c'est-à-dire un taux de croissance négatif, pendant au moins plus d'une année.
Les marchés financiers ne s'y trompent d'ailleurs pas. A 12h, heure de début du discours de Nicolas Sarkozy, le CAC40 était coté à 3220, en remontée depuis l'heure d'ouverture en attente des mesures. A 14h, une heure après la fin du discours, il était coté à 3110. Une perte de 110 points. En effet, à quoi bon être propriétaire d'une entreprise qui ne fera pas de ventes ?
On pourra me dire que les cours ont remonté à 3600 à la fin de séance. Certes, mais les entreprises qui ont vu leur cotation augmenter sont toutes les banques (+8% pour le Crédit Agricole), qui ont profité de l'annonce de la baisse des taux de la BCE (et non du plan de relance français). Et les entreprises qui ont vu leur cotation baisser sont les entreprises de production de biens, ce qui confirme le constat précédent. La plus mal classée : Rexel (production de matériaux liés à l'électricité) avec -8% et Peugeot avec -5% de valorisation.
Triste constat
De pablico
01H25 | 05/12/2008 |
il est obligé de faire du pipeau.
La relance n'est que franco-française, alors qu'elle devrait profiter et se servir de l'effet de masse de l'Europe.
Mais voila les européens au lieu de jouer collectif, et d'imposer leur masse, leur poids, préfèrent jouer personnel chacun dans leur coin, et chacun chez soi.
c'est voué à l » échec, un demi échec avec beaucoup de chance..
l'union en Europe ne fait pas la force….aux us oui… en chine oui..
disputons nous sur des broutilles, pendant que le tsunami arrive. (c'est bien européen…)
De lancienz
libre penseur | 07H40 | 05/12/2008 |
Un commentaire simple et rapide !
Ce plan « massif » ne l'est pas, il fait preuve d'opportunisme pragmatique et ne reste qu'un « one shot » .
La crise durera longtemps ! Quid de l'économie dans 6 mois un an quand les effets immédiats seront passés, que notre pays aura plus de 3 millions de chômeurs inscrits, que le budget et disponibilités finançieres seront exangues !
Un plan massif aurait étè de plus de 200 milliards sur trois ans avec une répartition sur l'investissement en particulier pour les PME et TPE qui sont le vrai gisement économique mais aussi en direction des salariés,, plan de soutien aux plus pauvres, maintien du pouvoir d'achat à 1% en plus de l'infation ou de la la déflation,, controle du des conditions de crédit, controle efficace des aides apportées aux entreprises, plan de reconversion (formations longues avec maintien du salaire intégral) des salariés licenciés vers des emplois qualifiés