Enquête 03/12/2008 à 19h56

Inculpations en Belgique : la fin du « système Ryanair » ?



Michael O'Leary, PDG de Ryanair, au mois d'août (Susana Vera/Reuters)

Le « système Ryanair », qui consiste à profiter de subventions publiques pour proposer des billets à prix réduit, a du plomb dans l'aide depuis la récente mise en examen de deux cadres de la compagnie low-cost. Le début de la fin d'un modèle économique atypique ?

L'Irlandais vient de relancer son OPA sur son concurrent local, Aer Lingus. Histoire de rassurer les investisseurs sur la santé de sa boîte.

Pourtant, si l'on regarde de près, la nouvelle offre est inférieure de moitié à celle de l'an dernier et les agences boursières ont déclassé une action qui dégringole depuis un an en demi, passant de 6,6 euros en avril 2007 à 2,76 euros le 2 décembre.

Surtout, les médias s'intéressent moins à la mise en examen, début novembre en Belgique, de deux cadres supérieurs de Ryanair pour leur implication dans un savant montage de sociétés écran off-shore.

Un événement qui pourrait marquer la descente aux enfers du juteux business qui a rendu son PDG, Michael O'Leary, 400 fois millionnaire en euros en 17 ans. Car si les épisodes judiciaires visant les méthodes de la compagnie irlandaise foisonnent, celui-ci est le premier à mettre ouvertement en cause deux personnalités de la haute direction.
Sont dans le collimateur des juges belges, trois cadres de l'aéroport de Charleroi (dit « Brussels South »), l'un des plus généreux pourvoyeurs de Ryanair en subventions de toute nature.

Des liaisons suspendues

Un vent de panique s'est donc mis à souffler sur les autres aéroports ayant multiplié les amabilités à l'endroit de Michael O'Leary, d'autant que la plupart sont liés par contrat avec Ryanair pour dix ans, quand ce n'est pas quinze. A Valencia, en Espagne, les autorités locales ont immédiatement décidé de ne pas renouveler leurs « plans marketing » avec le transporteur low-cost. Résultat : Ryanair a fermé sans préavis toutes ses liaisons avec Valencia.

Idem à Fuerteventura, aux Canaries, où l'Irlandais a menacé de fermer ses lignes si l'aéroport dénonçait son « accord commercial de promotion ».

Pour Charleroi, c'est plus délicat, vu que Ryanair y a installé un véritable hub, engloutissant quelque 250 millions d'argent public. Toutefois, la compagnie a ouvert quelques lignes au départ de Lille, voisine de 80 kilomètres... Histoire de mettre la pression sur les Belges au cas où l'on persisterait à lui faire des tracasseries juridiques.

Une méthode mise en lumière

Voilà mis à jour le « système Ryanair » : la compagnie menace de tout plaquer si on lui résiste, quitte à laisser en plan des sites où les pouvoirs locaux, alléchés par la perspective d'un développement économique et touristique, ont lourdement investi dans les infrastructures et les aides –marketing et autres.

Ainsi, à Charleroi, dès qu'une grève ou une taxation des voyages aériens s'annonce, on brandit sur le champ le spectre d'un départ vers des cieux plus cléments et celui des nombreuses pertes d'emplois subséquentes. Les choses s'arrangent alors très vite, quitte à ce que le gouvernement belge soit forcé d'assumer une piteuse volte-face.

De son coté, la Commission européenne autorise la subvention à l'ouverture de nouvelles liaisons, à hauteur de 250000 à 300000 euros par nouvelle ligne ouverte sur une durée maximale de deux ou trois ans, selon les cas. Puis les aéroports locaux ajoutent au pot (marketing et ristournes en tous genres), quitte à avoir à le regretter. Ainsi, l'aéroport basque de Vitoria avait offert quelque 6 millions d'euros à Ryanair avant que la compagnie ne ferme sa ligne vers Londres Stansted, deux ans après son lancement.

Mi-octobre, c'est Toulon qui, trois ans exactement après avoir accueilli (et financé) une rotation régulière avec Londres, voit les avions à la lyre lui dire bye bye sous prétexte de crise économique. Comme par hasard, exactement à l'expiration de la légalité des aides reçues.

Des enquêtes en cours

La Commission européenne a, de son coté, lancé des « enquêtes formelles » sur une kyrielle d'aéroports européens (dont Pau-Béarn) englués dans le même système.

Et la Cour des comptes, dans un rapport rendu en juillet dernier, a stigmatisé les tombereaux d'argent public « investis » à perte par les Chambres de commerce dans les aéroports où l'on déroule le tapis rouge à Ryanair. Voilà qui ne fait rien pour rassurer d'éventuels candidats et pourrait signer la chute de tout un système.

Justement, on observe que les profits de Ryanair ont chuté de 47% au premier semestre 2008, alors même que la compagnie annonce des fréquentations record. Comme si les robinets à subsides étaient en train de se tarir soudain, obligeant les compagnies low-cost à augmenter les coûts annexes facturés aux voyageurs...

Des frais annexes qui multiplient le prix annoncé par trois ou quatre, selon les cas. Et qui, en hausse de 28% en 2007, représentent désormais quelque 18% des revenus des la firme. C'est ainsi que O'Leary peut se vanter d'un chiffre d'affaires en hausse, alors que ses profits, eux, dégringolent. Tant que la presse relaie docilement, pourquoi s'en priver ?

Action en chute libre

O'Leary n'est pas à un paradoxe près lorsqu'il s'est réjoui ouvertement de la crise financière qui va, a-t-il dit, favoriser son business. Mais ce chantre de la libre concurrence gros consommateur de subventions publiques n'a pas de mots assez durs pour réclamer que l'on « vire tous ces p... de fonctionnaires ».

Quant à lui-même, il s'est acheté une licence de taxi pour pouvoir rouler à son aise dans les couloirs de bus à Londres. A un journaliste qui lui demandait s'il trouvait ça bien civique, le redoutable irlandais a eu cette réponse cinglante :

« La dernière fois que j'ai vérifié, nous étions en démocratie. Je fais donc ce que je veux de mon argent. »

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  • ramassis
    • Posté à 20h34 le 03/12/2008

    Que l'argent public serve à rémunérer le PDG et les actionnaires de Ryanair, ça me hérisse le poil.

    Dire qu'il suffirait d'une réglementation européenne interdisant les subventions pour mettre tous les aéroports à égalité et mettre fin à cette surenchère de dépenses publiques à destination d'investisseurs privés.

    On pourrait alors consacrer l'argent public à développer le rail, en consolidant les petites lignes afin de permettre des liaisons fréquentes et des correspondances faciles.
    Ce qui permettrait un renouveau du train, en développant son maillage, moyen de transport à la fois moins polluant que la bagnole (et seul moyen de transport pour ceux qui n'ont pas les moyens d'en acheter une).

    Malheureusement, ce n'est pas du tout la ligne directrice suivie par l'Union Européenne !

    • Ermite
      Ermite répond à ramassis
      Consultant IT
      • Posté à 12h01 le 04/12/2008
      • Internaute
        Consultant IT

      Comme je le dis dans un autre post, inutile d'avoir attendu ce jean-foutre d'O'Leary pour avoir le poil hérissé : ça fait des décennies que les Dassault sévissent en France.

      D'où vient la base de leur fortune ?
      De la commande publique, française (surtout) ou autres.
      Et pourtant, c'est parmi les plus ultra de la droite la plus pro-capitaliste qu'on les trouve, les Dassault, génération après génération.
      Une aristocratie capitaliste fondée sur le pognon public ! ! !

      O'Leary a encore beaucoup de chemin à faire : il faut qu'il continue à vampiriser les collectivités de manière à assurer la richesse de sa descendance au moins jusqu'à la deuxième génération.

  • Tyb
    Tyb
    • Posté à 09h55 le 04/12/2008

    en taule.

  • Johnny Boy
    Johnny Boy
    from london town
    • Posté à 11h15 le 04/12/2008
    • Internaute
      from london town

    Pourquoi les personnes, comme ce cher Michael O'Leary qui se disent ultra-libéraux ne peuvent survivrent sans fonds publics... il ferait mieux de comprendre d'ou vient la réussite de son systeme avant de le dénigrer sauvagement... moralité... ? no comment...

    En meme temps... faut il taper sur lui car il a fait son succes sur des aides publiques ou sur les directeurs d'aéroports et de collectivités locales.... qui veulent tous avoir un joujou polluant plus gros que leur voisin... ?

  • Ermite
    Ermite
    Consultant IT
    • Posté à 11h56 le 04/12/2008
    • Internaute
      Consultant IT

    Johnny Boy, c'est tout simplement la base même du capitalisme !

    On ne devient pas riche sans faire les poches des autres : le pognon ne pousse pas sur les arbres, il est le résultat de l'activité humaine.
    Or il y a une limite à l'activité d'une personne seule donc toute personne qui s'enrichit VRAIMENT le fait nécessairement aux dépens des autres (dont il exploite l'activité et détourne une partie de leur part du gâteau produit).
    Or les poches les plus profondes sont celles de toute collectivité dans lesquelles on trouve l'argent résultat d'une activité collective (partant du principe que l'activité générée par une collectivité est supérieure à la somme des activités individuelles).
    Donc... donc pour devenir vraiment riche, il faut faire les poches d'une ou plusieurs collectivités. Bien entendu, il faut en même temps se donner des apparences de « self made man » si on veut que ça passe dans l'opinion publique.

    Vous voulez un autre exemple ?
    Bien franco-français ?
    Dassault !
    L'archétype de la pourriture capitaliste qui vomit sur tout ce qui est « public » tout en vivant de la commande publique.

    • Johnny Boy
      Johnny Boy répond à Ermite
      from london town
      • Posté à 14h08 le 05/12/2008
      • Internaute
        from london town

      Base du capitalisme... peut etre... mais il a cependant existé des traces de capitalisme social... par contre base d'un capitalisme immoral... oui... et entierement d'accord avec vous Dassault... (Pourriture qui a noyé le FC Nantes... blablabla... )

      Si ce cher OLeary a fait son beurre en récupérant des aides publiques... on change la législation...ou on le juge... (si bien sur qq chose peut etre retenu contre lui) mais quid des personnes qui lui on filé toutes ces aides, ceci a l'encontre du bien collectif ? On refait le vote ? ? ?

  • bonbon rose
    bonbon rose
    à croquer
    • Posté à 16h06 le 04/12/2008
    • Internaute
      à croquer

    D'un autre côté on est bien heureux de pouvoir voyager à des prix très intéressants !
    Exemple : liaison quotidienne Lille - Marseille pour 22 euros ... (environ 105 euros par Air France et 75 euros avec la SNCF)
    M'en tape que le PDG s'en mette plein les poches puisqu'il renvoie l'ascenseur.

    • Ermite
      Ermite répond à bonbon rose
      Consultant IT
      • Posté à 16h26 le 05/12/2008
      • Internaute
        Consultant IT

      Mais JUSTEMENT ! ! !
      Les prix ne sont intéressants qu'en apparence...
      Effectivement, sur le coup, ça a l'air sympa de voyager sans avoir à trop vider son porte-feuille.
      Mais en fait, le détroussage a déjà eu lieu AVANT... sous la forme des subventions qu'encaisse RyanAir.
      Et d'où croyez-vous que l'argent de ces subventions provient ? ? ?
      DE NOS IMPOTS ! Et donc... de votre porte-feuille, entre autres...
      La boucle est bouclée.
      Vous n'y avez pas gagné in fine, RyanAir et O'Leary, si.
      La seule chose dont vous pourriez vous félicitez c'est d'en partie faire payer vos voyages à vos concitoyens.
      Mais si vous vous en félicitez, c'est que vous êtes une ordure du même acabit qu'O'Leary.

  • boboétie
    • Posté à 18h34 le 04/12/2008
    • Internaute

    « La dernière fois que j'ai vérifié, nous étions en démocratie. Je fais donc ce que je veux de mon argent. »

    Cours, homme traqué ! Pour ma part, je fais à peu près ce que je veux de mon temps, quand je ne le donne pas aux autres pour gagner ma croûte !

  • Menfeser
    • Posté à 18h54 le 04/12/2008

    subvention.

  • kawouede
    • Posté à 13h13 le 07/12/2008

    C'est bien triste ce développement absurde et incontrôlé des transports aériens, avec argent public, alors que le renforcement du réseau ferroviaire (et des subventions pour baisser les prix du train) seraient aussi intéressants, voire plus, pour la plupart des habitants de l'Europe.

    Il nous faut une politique de relance résolument écologiste, vite !